Le projet terrifiant du « Nouvel Age » est une dystopie

une B – La Cité du Soleil de Tommaso Campanella

II. La Cité du Soleil de Tommaso Campanella

 

Tommaso Campanella (1568-1639) naît en Calabre dans une famille pauvre. Son père est un cordonnier analphabète. L’enfant fait preuve dès son plus jeune âge de grandes facultés intellectuelles. Il apprend avec passion. Mais, à quatorze ans, il faillit succomber à une fièvre cérébrale. Son père veut alors l’envoyer étudier la jurisprudence à Naples, avec son oncle, professeur de droit. Mais le garçon refuse. Il entre comme novice au couvent des dominicains de Stilo, apprend tout ce qu’il peut, puis prononce ses vœux. Il est ensuite envoyé au couvent de San Giorgio, où il peut continuer à apprendre. Dominicains et franciscains s’opposent régulièrement lors de défis. Un jour, Campanella est choisi pour remplacer un professeur de philosophie malade. Il se rend chez les franciscains de Cozensa, fait preuve d’une grande éloquence et bat son adversaire, soulevant l’enthousiasme de l’auditoire. On le compare à Bernardino Telesio, philosophe de Cozensa, dont les idées s’opposent à celles d’Aristote. Telesio prétend atteindre la vérité par l’observation de la nature. Campanella, qui ne le connaît pas, lit ses écrits et aimerait le rencontrer, mais le sage meurt avant. Le jeune dominicain a alors vingt ans. Il part à Naples où il exerce ses talents d’orateur et se fait des ennemis. Puis il voyage dans toute l’Italie, où il ne passe pas inaperçu, avec ses idées nouvelles. A trente ans, il retourne au couvent de Stilo.

Toujours sensible aux souffrances de son peuple, Campanella voit l’an 1600 approcher, et, superstitieux, veut en profiter pour renverser le gouvernement espagnol (qui possède la Calabre) et le remplacer par une république ou plus précisément une théocratie. Mais deux traîtres dénoncent la conjuration, qui échoue. Campanella est incarcéré à Naples et subit la torture. Malgré l’atroce souffrance, il ne parle pas. Pour échapper à la peine de mort, il simule la folie. Il finit par rester en cellule. Là, il lit et écrit, notamment La Cité du Soleil (Civitas solis). La première version de l’œuvre, en italien (Città del Sole), date de 1602, la seconde version de 1611, puis viennent plusieurs versions en latin, dont celle publiée à Francfort en 1623. Campanella reste en prison vingt-six ans (jusqu’en 1626), puis il est assigné à demeure dans la prison de l’Inquisition de Rome, où le Pape le protège contre ses ennemis espagnols. En 1629, il est libre. Mais il est en danger s’il reste dans son pays. Or, les Français ont eux aussi pour ennemis les Espagnols. Campanella a l’appui du comte de Noailles, ambassadeur de France à la cour de Rome. Avec son aide, il fuit vers la France. Il passe quelques temps à Aix, en 1634, avec son ami Gassendi, puis monte à Paris, où Richelieu l’attend. Il voit plusieurs fois Louis XIII. En 1638, il effectue un bref séjour en Hollande pour rencontrer Descartes. Il meurt à Paris peu après son retour.

 

Dans La Cité du Soleil, Campanella décrit la communauté qu’il aurait voulu créer si sa conspiration avait réussi. Tout au long de sa vie, il a également cherché à convaincre un souverain de l’aider à instaurer un gouvernement théocratique européen. Il s’est adressé au roi d’Espagne, au roi de France et même à Richelieu. Mais sans succès. Le titre de l’œuvre est emprunté notamment à un texte éponyme datant de 135 avant J.-C. et rédigé par Iambule, un écrivain grec. Le texte original, qui est perdu, fait partie, selon Régis Messac, des premières utopies jamais écrites. Pour le contenu, Tommaso Campanella s’inspire de La République de Platon, qu’il cite. Il évoque aussi saint Augustin et reprend certains éléments de More. Il s’appuie sur la doctrine des premiers chrétiens, et, pour l’eau, les égouts et l’hygiène, des Romains (« ils se servent de bains et de thermes semblables à ceux des Romains »). Enfin, il utilise son expérience de la vie monastique. Le livre est un dialogue entre le grand maître des Hospitaliers et un capitaine de vaisseau génois, son hôte, qui raconte ce qu’il a vu dans la cité du Soleil.

 

1. La localisation

 

La cité du Soleil se trouve sur Taprobana, l’île de Ceylan. Elle est bâtie sur une colline qui s’élève au milieu d’une plaine. Moins bien isolée que l’île d’Utopie, elle nécessite une surveillance continuelle. Quatre troupes de soldats assurent la sécurité dans les champs. Jour et nuit, des sentinelles gardent les quatre portes et l’enceinte la plus extérieure (des femmes le jour et des hommes la nuit). Mais la ville reçoit quand même des étrangers et ceux-ci peuvent en devenir citoyen. Elle a été construite par une race d’hommes partie d’Inde pour fuir la cruauté des mages, des brigands et des tyrans. Il n’y a pas de fondateur, contrairement à L’Utopie de More. « Ils disent que le monde entier en viendra à adopter leurs usages ».

La ville est circulaire et pourvue de sept enceintes concentriques. Elles « portent les noms des sept planètes » identifiées à l’époque. La muraille externe s’ouvre par quatre portes sur des rues « qui correspondent aux quatre points cardinaux ». Les palais s’adossent à l’enceinte suivante et à la colline. Des marches facilitent l’ascension. Le dernier rempart, au sommet, s’ouvre sur un vaste plateau. Au centre se dresse le temple, circulaire. Son dôme s’appuie sur des colonnes. Il est ouvert au sommet et surmonté d’un dôme plus petit. L’autel, placé au centre du temple, est en dessous de l’ouverture. Sur l’autel se trouve « un vaste globe sur lequel est dépeint le firmament » et un autre « représentant la terre ». L’intérieur du grand dôme représente le ciel étoilé (incomplet à cause du trou). « Sept lampes d’or, qui portent le nom des planètes, brûlent toujours ». Une galerie couverte entoure le niveau inférieur du temple et abrite des sièges. Au niveau du petit dôme et au-dessus de la galerie se trouvent des cellules « habitées par quarante-neuf prêtres et religieux ». Au sommet du temple, une girouette indique les trente-six directions des vents.

La zone entre deux enceintes est organisée comme un quartier. « Le rez-de-chaussée de tous les édifices est occupé par les ateliers, les cuisines, les celliers, les greniers, les offices, les réfectoires et les lavoirs ». L’eau est fournie par de nombreuses fontaines. Elle est montée de la base de la colline par un mécanisme. Il existe aussi des citernes d’eau de pluie. « L’eau sale est conduite dans les égouts par des canaux ». Les hôpitaux semblent absents dans la cité du Soleil. Avec leur vie saine (nourriture, sport, hygiène, air frais), les habitants n’ont pas de maladies. Ils se soignent avec les plantes.

 

 

2. La propriété

 

Elle est abolie, car elle est source de tous les maux. Pour Campanella, « l’esprit de propriété ne naît et ne grandit en nous que parce que nous avons une maison, une femme et des enfants en propre ». Ainsi, ce n’est pas seulement la propriété de biens matériels qui lui pose problème, comme Thomas More, mais aussi le mariage et le fait que les enfants soient élevés dans leur famille. « Tous les six mois les magistrats désignent à chacun le cercle, la maison et la chambre qu’il doit occuper ». Dans L’Utopie de Thomas More, les familles changent de maison tous les dix ans suite à un tirage au sort. Ici, le changement est plus fréquent, mais il est facilité par le fait qu’il n’y a pas de famille. Les habitants « ne sont ni riches ni pauvres ». « Ils sont riches, parce qu’ils possèdent en commun, pauvres, parce qu’ils n’ont rien en propre ». L’homme n’est plus esclave de ses possessions. « Ils se servent des choses, mais ne les servent pas ». La monnaie est inutile, car « tout ce dont ils ont besoin leur [est] donné par la communauté ». « Ils font très peu de commerce ». Avec les commerçants étrangers, « ils se contentent d’échanger ». L’or et l’argent servent à « faire des vases et des ornements dont la jouissance est commune à tous ». Ces métaux ne sont donc pas considérés comme avilissants, comme dans l’utopie de More.

 

3. Les femmes

 

Les habitants de la cité du Soleil pratiquent l’eugénisme, car « les hommes mal nés n’accomplissent le bien que par crainte de la loi, mais si celle-ci vient à disparaître, ils renversent l’État par des actions manifestes ou en secret. C’est pourquoi tout l’effort doit porter sur la génération et sur l’examen des qualités naturelles, non sur la dot ou une trompeuse noblesse ». Ils se moquent de nous « qui donnons tout nos soins à l’amélioration de la race des chiens et des chevaux, et qui négligeons celle de notre espèce » (Étienne Cabet reprendra l’idée dans Voyages en Icarie). Les accouplements sont décidés en fonction de l’amélioration de la race, « les grandes et belles filles avec les hommes grands et intelligents, les grasses avec les maigres, et les maigrelettes avec les gros, de manière à tempérer les excès ». De même, les magistrats et les scientifiques, plus intellectuels que physiques, s’unissent à des « femmes vives, fougueuses et belles ». Les hommes actifs et énergiques reçoivent des « femmes grasses et d’un tempérament doux ».

Le mariage n’existe pas, il est remplacé la « communauté des femmes ». Elles s’accouplent à partir de dix-neuf ans et les hommes à partir de vingt et un an. Certains garçons, « ceux qui sont le plus tourmentés par Vénus », peuvent avoir des rapports avant, avec des femmes stériles ou enceintes, « pour éviter les récipients indus ». Les unions ont lieu tous les trois jours. Les partenaires sont choisis, ainsi que l’heure de l’acte, « déterminée par l’Astrologue et le Médecin ». Ils doivent être propres, avoir digéré et prié. « Ils dorment dans deux cellules séparées jusqu’à l’heure où ils doivent s’aimer ». La sexualité est seulement utilitaire. L’amour est plutôt un handicap et la notion de plaisir n’est jamais mentionné. « Si quelqu’un s’éprend d’une femme […] si la race est en cause, ils n’ont pas le droit de s’aimer physiquement, à moins qu’elle ne soit enceinte ou stérile ». Les femmes infécondes « peuvent multiplier les rencontres, mais elles ne sont pas honorées » pour « éviter que certaines ne se rendent stériles par goût de la luxure ». La famille n’existe pas dans la cité du Soleil. Les femmes participent à la guerre avec les hommes, comme dans l’utopie de More. Elles font du sport.

 

4. Les enfants et l’éducation

 

Les mères les « nourrissent de leur lait pendant deux ans, ou davantage, si le Physicien en décide ainsi ». « Les noms ne sont pas donnés au hasard. C’est le Métaphysicien qui en est responsable et il en use comme les Romains selon le caractère de l’individu ». Les enfants sont élevés en commun à partir de deux ans. Ils suivent la même éducation, mais sont séparés selon les sexes. « Après le sevrage, l’enfant est remis comme les autres entre les mains des maîtresses si c’est une fille, des maîtres si c’est un garçon ». Sagesse, l’un des magistrats, a fait orner les murs de la cité de peintures qui représentent toutes les sciences :

–        Sur le mur intérieur du premier cercle, on a peint toutes les formules mathématiques ;

Sur le mur extérieur se trouve la description de toute la terre ;

–        Sur le mur intérieur du second cercle on voit toutes les espèces de pierres ;

Sur le mur extérieur sont décrits toutes les mers, fleuves, lacs et sources du monde, et les vins, les huiles et autres liquides ; la grêle, la neige, le tonnerre et les autres phénomènes météorologiques sont expliqués aussi ;

–        Sur le mur intérieur du troisième cercle sont représentés les arbres et toutes les espèces de plantes ;

Sur le mur extérieur sont reproduits tous les poissons, mollusques, etc. ;

–        Sur le mur intérieur du quatrième cercle figurent les oiseaux ;

Sur le mur extérieur sont montrés les reptiles, insectes, etc. ;

–        Sur le mur intérieur et extérieur du cinquième cercle, se trouvent les animaux terrestres ;

–        Le mur intérieur du sixième cercle est consacré aux arts mécaniques ;

Sur le mur extérieur, on voit des portraits de personnalités. Ils connaissent ceux de toutes les parties du monde, car ils envoient des explorateurs.

« D’un à trois ans ils apprennent l’alphabet et la langue sur les murs ». Ils font de la « gymnastique » : course, disque, etc. De plus, « on les conduit tous ensemble dans les lieux où l’on pratique des métiers […] afin que la vocation de chacun se détermine ». « Après leur septième année, lorsqu’ils ont appris sur les murailles les termes mathématiques, on leur enseigne toutes les sciences naturelles ». « Ensuite ils s’appliquent aux hautes mathématiques, à la médecine et à toutes les autres sciences ». Ainsi, grâce aux fresques, « les enfants apprennent […] presque toutes les sciences et leur histoire avant l’âge de dix ans, sans fatigue, et presque en se jouant ». Ils apprennent la théorie avant de passer à la pratique.

Ils « vont dans la campagne » pour courir, chasser, connaître les plantes et les minéraux, apprendre l’agriculture et l’élevage (à peu près comme dans l’utopie de More). Les enfants au-dessus de douze ans apprennent le métier des armes, y compris les filles. Les entraînements sont fréquents. Puis ils apprennent tous les métiers et exercent ensuite celui qui leur convient le mieux. « Tous ensemble sont instruits dans tous les arts ». « Ceux qui se sont distingués […] sont faits magistrats. Celui qui exerce le mieux le plus grand nombre de métiers est le plus considéré ».

« Tous les arts mécaniques et spéculatifs sont communs aux deux sexes. Seulement, les travaux qui exigent plus de vigueur et qui se font hors des murs sont exécutés par les hommes ». Parmi eux : labour, semailles, moissons, battage des grains et parfois les vendanges. Ils travaillent le bois et le fer, fabriquent les armes. Les femmes sont employées à traire les brebis, faire le fromage, cultiver et cueillir les fruits. Elles tissent, filent, cousent, coupent les cheveux et la barbe, préparent les médicaments, font les habits. Elle peuvent « s’occuper de peinture ». La musique leur est réservée, ainsi qu’aux enfants. Mais l’usage du tambour et de la trompette leur est interdit. Ainsi, « les métiers les moins fatigants sont exercés par les femmes » et « les travaux les plus fatigants paraissent aux Solariens les plus dignes d’éloges ». Les femmes ne peuvent donc rien faire qui soit digne d’éloges ?

 

5. Le travail et la vie en communauté

 

Les « travaux » les plus honorables et que tous pratiquent sont la guerre, l’agriculture et l’élevage. Les deux derniers sont soumis aux lois de l’astrologie. Tout le monde travaille, même les infirmes, et avec plaisir, car les « travaux coïncident avec leurs dispositions naturelles ». Les tâches ne sont pas variées. Chaque jour, les Solariens se lèvent, se peignent, se lavent le visage et les mains, disent une courte prière. Puis ils travaillent pendant quatre heures (contre six heures dans l’utopie de Thomas More). Ensuite, ils suivent des cours, vont au temple, font du sport, se reposent et vont au réfectoire.

Grâce à leur régime alimentaire, ils vivent jusqu’à cent ans, voire même deux cents ! « Les médecins sont chargés de dire aux cuisiniers les mets qui conviennent chaque jour aux vieillards, aux jeunes gens et aux malades ». « La composition du repas change tous les jours. Un jour, c’est de la viande, le lendemain, du poisson, et le troisième jour, des légumes ». Ils mangent des fruits et légumes de saison. Les vieillards mangent trois fois par jour, les enfants, quatre et les autres, deux, « selon l’avis du médecin ». « Les magistrats ont des portions plus fortes et plus délicates ». Les repas sont pris en commun. Les femmes sont assises d’un côté de la table, les hommes de l’autre, comme dans L’Utopie de More. Les femmes « préparent la nourriture et dressent les tables qui sont servies par des jeunes filles et des garçons au-dessous de vingt ans ». « Les jeunes gens servent tous ceux qui sont âgés de plus de quarante ans ». Quant à eux, ils se servent mutuellement. « Un vieillard et une vieille femme respectables président à chaque fonction et ils ont le droit de frapper ou de faire frapper les négligents et les indociles ». « On garde le silence, comme dans les réfectoires des couvents ». Un jeune homme fait une lecture et, malgré le silence, elle est « souvent interrompue », mais par les « plus respectables membres de l’assemblée ». Certains loisirs rappellent ceux des moines : étudier, discuter, lire, écrire, se promener, etc. « Les Solariens jouent à la paume, au sabot, ils luttent, lancent des flèches et des javelots et tirent à l’arquebuse ». Ils savent tous nager, car ils ont construit des piscines.

 

6. Le gouvernement

 

Le régime politique est la théocratie. Le souverain est un prêtre appelé Soleil ou Métaphysicien. Il est assisté de trois chefs : Pon (Puissance), Sin (Sagesse) et Mor (Amour). « Puissance est chargé des affaires de guerre et de paix, des arts militaires ». « Sagesse est chargé des arts libéraux et mécaniques, ainsi que des sciences ». Sous ses ordres, « il y a l’astrologue, le cosmographe, le géomètre, l’historiographe, le poète, le logicien, le rhéteur, le grammairien, le médecin, le physicien, le politique, le moraliste », mais aussi l’économiste, l’astronome, le musicien, le professeur de perspective, l’arithméticien, le peintre, le sculpteur, etc. « Ils ont un seul livre […] qui résume toutes les sciences ». « Amour est chargé spécialement du soin de la génération », afin que les unions sexuelles produisent la plus belle progéniture possible. « Ce magistrat est aussi préposé à l’éducation des enfants, à la médecine, à la pharmacie, aux semailles et aux moissons, aux récoltes des fruits, à l’agriculture, au soin des troupeaux », à la nourriture, aux vêtements et à l’hygiène. « Il y a chez eux autant de magistrats qu’il y a chez nous de noms de vertus, et chacun d’eux porte ce nom en guise de titre », comme, par exemple, « magnanimité, courage, chasteté, libéralité, justice criminelle et civile, adresse, vérité, bienfaisance, reconnaissance, gaieté, activité, sobriété, etc. ».

Les quatre chefs transmettent leur charge à toute personne qu’ils jugent plus apte qu’eux à l’occuper. « Mais ces changements sont peu fréquents ». Pour devenir Métaphysicien, un Solarien doit avoir trente-cinq ans minimum. Les enfants qui, à l’école, se distinguent dans un art ou une science deviennent magistrats. Pour ceux qui représentent des vertus, « on élit […] celui qui, dès son enfance, […] a montré le plus de penchant pour telle ou telle vertu ». « Tous les magistrats peuvent être changés par la volonté du peuple, à l’exception des quatre grands dignitaires ». Ils peuvent être des hommes ou des femmes. « Tous les jours le Soleil et les triumvirs se réunissent » pour régler les affaires courantes. Tous les huit jours se rassemblent Soleil et douze magistrats, c’est-à-dire Pon, Sin et Mor et les trois qui sont au-dessous de chacun d’eux. Les chefs de divisions, des décurions aux centurions, se joignent à eux. Ils débattent les affaires de l’État et élisent les magistrats. À la nouvelle lune et à la pleine lune, le conseil se réunit. Tous les individus de plus de vingt ans peuvent y participer et donner leur avis sur les besoins de l’État et les magistrats. Comme dans l’utopie de More « Leurs lois [sont] peu nombreuses, courtes et claires ». Elles sont écrites « sur des tables d’airain suspendues aux portes et aux colonnes du temple ».

Ils font la guerre « aussitôt qu’ils ont reçu quelque insulte, ou que leurs alliés ont été lésés ou bien encore qu’une ville opprimée les appelle ». Ils sont toujours victorieux, utilisent la ruse (comme dans L’Utopie) et ont des machines plus perfectionnées que les autres. « Celui qui monte le premier à l’assaut reçoit une couronne de gazon », puisque l’or et l’argent ne servent que pour les objets décoratifs communs.

 

7. La religion

 

Il n’ont qu’une seule religion et donc pas de liberté de culte. « Le Soleil lui-même est le grand prêtre des Solariens ». Leur trinité est puissance, science et amour. « Les magistrats sont tous prêtres ». « Vingt-quatre prêtres habitent dans les dépendances du temple ». Les prêtres sont le lien entre les hommes et dieu. Ils chantent des psaumes quatre fois par jour et étudient le mouvement des étoiles. Grâce à l’astrologie, ils « fixent le moment des unions sexuelles, des semailles, des moissons et des vendanges ». « Ils ont adopté les mois lunaires et les années solaires ». Ils ont quatre fêtes annuelles, qui sont célébrées « quand le soleil entre dans le Cancer, la Balance et le Capricorne et le Bélier ». Chaque nouvelle lune et pleine lune est également jour de fête, ainsi que l’anniversaire de la création de la cité et celui de chacune de leurs victoires, etc. Sur l’île d’Utopie, c’était les premiers et derniers jours du mois et de l’année qui étaient fêtés. Les fidèles se confessent. Les Solariens ne font pas de sacrifices d’animaux, comme c’était déjà le cas dans l’utopie de Thomas More. Contrairement à son prédécesseur, Campanella n’aborde pas le sujet des mortifications. Mais, comme en Utopie, « on n’enterre pas les corps, on les brûle ». Ils croient aussi en l’immortalité des âmes.

 

8. La liberté

 

Les habitants de la cité du Soleil n’ont jamais à prendre de décisions ni à faire de choix. L’astrologie et les magistrats décident pour eux. L’heure de l’accouplement, le moment du sevrage, le nom de l’enfant, les menus, la fréquence des bains, ce qui concerne l’agriculture et l’élevage, tout est sous leur responsabilité. La liberté, le libre-arbitre n’existent pas dans cette société. Seul le choix d’un métier échappe aux lois de l’astrologie en ce basant sur les dispositions naturelles. Les Solariens portent un vêtement uniforme. « Le vêtement des deux sexes est à peu de choses près le même ». « Les habitants de la cité portent une chemise blanche sur la peau, et sur cette chemise un vêtement qui couvre tout le corps […] ; le tout […] est couvert par une toge ». « Tous les habits sont blancs et lavés chaque mois à la lessive et au savon ». Les Solariens reçoivent de nouveaux vêtements aux solstices et aux équinoxes. « Ils changent quatre fois l’an de vêtements, c’est-à-dire, quand le soleil entre dans les signes du Bélier, du Cancer, de la Balance et du Capricorne ». Ils possèdent aussi des vêtements rouges en laine ou en soie pour sortir. Par contre, ils ne portent jamais de noir. « Tous les Solariens se baignent souvent, selon l’ordre du médecin et du magistrat ». « Les jeux sédentaires, tels que les cartes, les échecs, etc. sont défendus ». La chasse est autorisée, contrairement à L’Utopie de More, qui ne voulait pas donner à ses insulaires le goût du sang. Ainsi, « les Solariens cultivent le plaisir de la chasse, comme étant une image de la guerre ».

 

9. La justice

 

« Chaque individu est sous la juridiction immédiate du chef de son emploi. Par conséquent, les magistrats qui président à chaque fonction sont les juges de tous leurs subordonnés ». Personne ne commet de fautes graves. « Ils ne connaissent ni le vol, ni le meurtre, ni la débauche, ni l’inceste, ni l’adultère ». Mais les petits infractions ne leur échappent pas. « Ils s’accusent d’ingratitude, de malignité, d’incivilité, de paresse, de tristesse, de mauvaise humeur, de légèreté, de médisance et de mensonge ». Lorsqu’une accusation est portée devant le juge, il « entend les témoins et les réponses de l’accusé ». « Il faut cinq témoins pour qu’une accusation soit valable ». Il est possible d’en réunir autant, car les Solariens vivent en communauté. « La sentence est rendue séance tenante » et « ils les punissent par l’exil, le fouet, la réprimande, la privation de la table commune, l’interdiction du temple et du commerce des femmes ». « Le coupable est obligé de se réconcilier avec l’accusateur et les témoins ». Lorsqu’une faute est avouée, la peine est commuée. Dans le cas d’une accusation calomnieuse, le calomniateur subit la peine qu’aurait subie la personne qu’il a injustement dénoncée (loi du talion). « Il n’y a qu’une prison dans la cité » qui ne sert que pour les ennemis rebelles.

« Lorsqu’un Solarien a tué ou blessé quelqu’un avec préméditation, on lui applique la loi du talion, c’est-à-dire : la mort, s’il a tué ; on le prive d’un œil s’il en a crevé un à sa victime […]. La peine est atténuée, s’il n’y a pas eu préméditation, comme dans une rixe ». Les triumvirs peuvent diminuer la peine et le Soleil faire grâce. La peine de mort est prononcée aussi dans d’autres cas. « On blâme ceux que l’on surprend en délit de sodomie, et on leur fait porter pendant deux jours un soulier attaché à la nuque, pour signifier qu’ils ont inverti l’ordre de la nature et qu’ils ont marché la tête en bas. La deuxième fois on aggrave la punition et l’on va jusqu’à la peine capitale ». Un soldat qui a fui ne peut échapper à la mort. S’il n’a pas porté secours à un autre, il est fouetté, s’il n’a pas obéi, il finit dévoré par les bêtes. « La peine de mort n’est infligée que par le peuple, qui tue ou lapide le coupable. Ce sont, toutefois, les témoins et l’accusateur qui doivent commencer l’exécution ». Le condamné à mort a aussi la possibilité de se suicider : il « s’entoure de sacs de poudre et y met lui-même le feu ». « La sentence ne s’exécute que lorsqu[…]’ils ont persuadé le coupable qu’il est nécessaire qu’il meure, et qu’ils l’ont amené au point de désirer lui-même l’exécution de la sentence ». « D’après la religion, […] on le force à dire les raisons qui pourraient le disculper » et on l’encourage à la délation. S’il convainc, il est seulement exilé. La mise à mort d’un coupable par la collectivité permet de renforcer le lien social. « Les Solariens se conduisent les uns envers les autres de telle sorte qu’on les dirait membres d’un même corps ».

Source : https://sites.google.com/site/rachelgibert/utopies/la-cite-du-soleil-campanella

Texte complet : http://vendemiaire.fr/cite_du_soleil.pdf

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