Une encyclique de 1914, plus que jamais, contemporaine !

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Aux Patriarches, Primats, Archevêques, Evêques et autres ordinaires du monde catholique en paix et en communion avec le Siège Apostolique.

Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique

À peine fûmes-Nous appelés par les secrets desseins de la Providence, sans aucun mérite de Notre part, à Nous asseoir sur le Siège du bienheureux Prince des Apôtres, que, considérant comme adressée à Nous-mêmes la parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ à saint Pierre : Pasce agnos meos, pasce oves meas, (Ioan., XXI, 15, 17.) Nous tournâmes Nos regards, avec une souveraine affection, vers le troupeau confié à nos soins, troupeau immense en vérité, puisqu’il embrasse, sous un aspect ou sous un autre, l’universalité des hommes. Tous tant qu’ils sont, en effet, ils ont été rachetés de la servitude du péché par Jésus-Christ, qui a offert pour eux le prix de son sang, et il n’en est aucun qui soit exclu des bienfaits de cette rédemption. C’est pourquoi le divin Pasteur a pu dire de tout le genre humain, que pour une part Il le garde déjà enfermé dans l’enceinte de son Eglise, et que l’autre se verra forcée d’y entrer par les douces contraintes de son amour : Et alias oves habeo, quae non sunt ex hoc ovili ; et illas oportet me adducere et vocem meam audient. (Id., X, 16.)

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À voir ces peuples armés les uns contre les autres, se douterait-on qu’ils descendent d’un même Père, qu’ils ont la même nature et font partie de la même société humaine ? Les reconnaîtrait-on pour les fils d’un même Père qui est aux Cieux ? Et tandis que des armées immenses se battent avec acharnement, la souffrance et la douleur, tristes compagnes de la guerre, s’abattent sur les Etats, sur les familles et sur les individus : chaque jour voit s’augmenter outre mesure le nombre des veuves et des orphelins ; le commerce languit, faute de communications ; les champs sont abandonnés, l’industrie est réduite au silence ; les riches sont dans la gêne, les pauvres dans la misère, tous dans le deuil.

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Mais ce n’est pas seulement la guerre actuelle avec ses horreurs, qui est la cause du malheur des peuples, et qui provoque Nos anxiétés et Nos alarmes. Il y a un autre mal, inhérent aux entrailles mêmes de la société humaine, un mal funeste, qui épouvante toutes les personnes sensées, car, en outre des ravages qu’il a déjà produits et qu’il produira encore dans les différents Etats, on peut le considérer à bon droit comme la véritable cause de la terrible guerre présente. En effet, depuis que les préceptes et les règles de la sagesse chrétienne, condition indispensable de la stabilité et de la tranquillité publiques, ont cessé de présider au gouvernement des Etats, ceux-ci ont commencé, par une conséquence nécessaire, à chanceler sur leurs bases, et il s’en est suivi dans les idées et dans les mœurs une telle perturbation, que la société humaine court à sa ruine, si Dieu ne se hâte de lui venir en aide.

Voici en effet ce que Nous voyons : absence de bienveillance mutuelle dans les rapports des hommes entre eux ; mépris de l’autorité ; luttes injustes des différentes classes de citoyens ; appétit désordonné des biens périssables, comme s’il n’y en avait pas d’autres, supérieurs de beaucoup, proposés à l’activité humaine. Tels sont, à Notre avis, les quatre chefs de désordre, d’où proviennent les perturbations si graves de la société, et contre lesquels doivent se réunir tous les efforts, par le recours aux principes du christianisme, si l’on veut sérieusement ramener dans les Etats l’ordre et la paix.

Et d’abord, lorsqu’Il descendit du ciel précisément pour rétablir parmi les hommes le règne de cette paix, détruite par la jalousie de Satan, Notre-Seigneur Jésus-Christ ne voulut pas d’autre fondement pour cette restauration que celui de la charité. De là ces recommandations si souvent répétées : Mandatum novum do vobis, ut diligatis invicem ; (Ioan., XIII, 34.) Hoc est praeceptum meum, ut diligatis invicem ; (Id., XV, 12.) Haec mando vobis, ut diligatis invicem ; (Id., ibid., 17.) comme s’il n’avait pas d’autre charge ni d’autre mission que d’amener les hommes à s’aimer les uns les autres. Et pour y arriver, à combien d’arguments de toute sorte n’a-t-Il pas eu recours ? Il nous ordonne, à tous, de lever nos regards vers le ciel : Unus est enim Pater vester, qui in caelis est ; (Matth., XXIII, 9.) à tous, sans avoir égard aux divergences de nationalité, de langue ou d’intérêts, Il nous enseigne la même formule de prière : Pater noster, qui es in caelis : (Id., VI, 9.) bien plus, Il nous affirme que ce Père céleste, dans la distribution des bienfaits naturels ne tient pas compte des mérites de chacun : Qui solem suum oriri facit superbonos et malos, et pluit super iustos et iniustos : (Id., V, 45.) Il nous dit encore que nous sommes tous frères : Omnes autem vos fratres estis ; (Id., XXIII, 8.) et que nous sommes ses frères : Ut sit ipse primogenitus in multis fratribus. (Rom., VIII, 29.) Pour nous exciter très efficacement à l’amour fraternel, même à l’égard de ceux que méprise notre orgueilleuse nature, Il veut que nous reconnaissions jusque dans les plus petits la dignité de sa propre Personne : Quamdiu fecitis uni ex his fratribus meis minimis, mihi fecistis. (Matth., XXV, 40.)

Quoi de plus ! Sur la fin de sa vie, il prie son Père avec ardeur, afin que tous ceux qui

croiront en Lui ne fassent entre eux qu’une seule chose par le lien de la charité : Sicut tu, Pater, in me, et ego in te. (Ioann, XVII, 21.) Enfin, suspendu à la croix, Il répand sur nous tout son sang, afin qu’étant façonnés et comme pétris en un seul corps, nous nous aimions les uns les autres, comme s’aiment entre eux les membres d’un même corps.

Mais, hélas ! il en va bien autrement parmi les hommes de notre temps. Jamais peut-être, plus que maintenant, on n’a parlé de fraternité humaine : on n’hésite même pas à laisser de côté les enseignements de l’Evangile, l’œuvre de Jésus-Christ et de l’Eglise, et à prétendre, quand même, que ce zèle pour la fraternité est un des fruits les plus précieux de la civilisation moderne. Cependant, à dire vrai, jamais la fraternité n’a été moins pratiquée que de nos jours. Les haines de race sont portées au paroxysme ; les peuples sont divisés par leurs rancunes encore plus que par leurs frontières ; au sein d’une même nation et dans les murs d’une même cité, les différentes classes de citoyens se jalousent mutuellement, et chez les individus tout est réglé par l’égoïsme devenu la loi suprême. Vous voyez, vénérables Frères, combien il est nécessaire de faire tous les efforts possibles, afin que la charité de Jésus-Christ reprenne son empire sur les âmes : ce sera Notre objectif et comme l’entreprise spéciale de Notre Pontificat : que ce soit aussi, Nous vous y exhortons, le but de votre zèle. Ne cessons pas de répéter aux oreilles des fidèles et de traduire dans nos actes la parole de saint Jean : Ut diligamus alterutrum. (I Ioan., III, 23.) Belles assurément et recommandables sont les institutions de bienfaisance, si nombreuses à notre époque, mais à condition qu’elles contribuent à nourrir dans les cœurs le véritable amour de Dieu et du prochain ; alors seulement elles seront d’une solide utilité : dans le cas contraire, elles sont de nulle valeur, car qui non diligit, manet in morte. (Id., ibid., 14.)

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À peine sa volonté s’était-elle séparée de Dieu, que ses passions répudièrent avec frénésie l’empire de la volonté ; de même, à peine les gouvernements ont-ils méprisé l’autorité divine, que les peuples se moquent à leur tour de l’autorité humaine. Il reste sans doute l’expédient accoutumé, l’emploi de la force, pour réprimer les révoltes ; mais avec quel profit ? La force peut réprimer les corps, mais non les âmes.

Dès qu’a été enlevé ou affaibli ce double élément de cohésion de tout corps social, à savoir l’union des membres entre eux par une charité réciproque et l’union des membres eux-mêmes avec la tête par la soumission à l’autorité, qui pourrait s’étonner, vénérables Frères, de voir la société actuelle divisée comme en deux camps, qui soutiennent l’un contre l’autre une lutte continuelle et acharnée ? En face de ceux qui possèdent des richesses, dues à leur patrimoine ou à leur travail, se dressent les prolétaires et les ouvriers, brûlant de haine et d’envie, parce que, participant à une même nature, ils ne partagent pas les mêmes avantages. Une fois en effet qu’ils ont été séduits par les tromperies des meneurs, dont ils adoptent d’ordinaire les moindres suggestions, comment leur faire comprendre que, tout en étant égaux par nature, il ne s’ensuit pas qu’ils doivent avoir la même situation dans la vie, mais que chacun, sauf des circonstances défavorables, occupe la place qu’il s’est procuré par sa conduite ? Et ainsi, quand les pauvres attaquent les riches, comme si ces derniers s’étaient emparés du bien d’autrui, ils agissent non seulement contre la justice et la charité, mais encore contre le bon sens, attendu qu’ils pourraient, s’ils le voulaient, améliorer par un travail honnête leur propre condition. À quelles conséquences, non moins désastreuses pour les individus que pour la société, mène cette haine de classes, il est superflu de le rappeler. Tous nous voyons et nous déplorons la fréquence des grèves, qui arrêtent subitement le cours de la vie civile et nationale dans ses opérations les plus nécessaires : il en est de même des soulèvements populaires et des agitations, où l’on en vient souvent à l’emploi des armes et à l’effusion du sang.

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C’est en prévision de cet état de choses, que Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans le sublime sermon sur la montagne, spécifia expressément quelles étaient les vraies béatitudes de l’homme sur cette terre, et posa pour ainsi dire les fondements de la philosophie chrétienne. Dans ces maximes, les adversaires eux-mêmes de notre Foi ont trouvé un trésor incomparable de sagesse et la plus parfaite théorie de la morale religieuse : assurément il est reconnu de tous, qu’avant Jésus-Christ, qui est la vérité même, rien de semblable n’avait été enseigné, ni avec le poids d’une autorité aussi grave et un tel amour de l’humanité. Or la raison intime et secrète de cette philosophie consiste en ceci, que les soi-disant biens de cette vie mortelle n’ont que l’apparence du bien, sans en avoir la réalité, et que, par suite, ce n’est pas dans leur jouissance que peut résider la félicité de l’homme. C’est Dieu qui nous l’affirme : il s’en faut tellement que les richesses, la gloire, le plaisir puissent nous apporter le bonheur, que si nous voulons vraiment être heureux, nous devons plutôt nous priver pour l’amour de Dieu de tous ces faux biens : Beati pauperes… beati qui nunc fletis… beati eritis, quum vos oderint homines, et cum separaverint vos, et exprobraverint, et eiecerint nomen vestrum tamquam malum, (Luc., VI, 20-22.) Ce qui revient à dire, que les douleurs, les calamités, les misères de cette vie, pourvu que nous les supportions convenablement, nous ouvriront la voie vers la possession de ces biens véritables et éternels, quae praeparavit Deus iis qui diligunt illum. (I Cor., II, 9.) Mais cette doctrine de la Foi, doctrine si importante, est négligée par le plus grand nombre, et beaucoup semblent même l’avoir complètement oubliée. Il est donc nécessaire, vénérables Frères, de la faire revivre dans l’esprit de tous : sans cela l’homme et la société humaine n’auront point de paix. À tous ceux donc qui gémissent sous le poids de quelque adversité, nous devons recommander de ne pas tenir leurs yeux fixés sur la terre, qui n’est qu’un lieu d’exil, mais de les élever vers le ciel, auquel nous sommes destinés, car non habemus hic manentem civitatem, sed futuram inquirimus, (Hebr., XIII, 13.) Et au milieu des afflictions, par lesquelles Dieu éprouve leur constance à le servir, qu’ils songent fréquemment à l’excellence du prix qui leur est préparé, s’ils sortent victorieux de cette épreuve. Quod in praesenti est momentaneum et leve tribulationis nostrae, supra modum in sublimitate aeternurn gloriae pondus operatur in nobis. (II Cor., IV, 17.) En dernier lieu, mettre tout en œuvre et ne rien épargner pour raviver parmi les fidèles la Foi aux vérités surnaturelles, et en même temps l’estime, le désir, l’espérance des biens éternels, telle doit être la première de vos préoccupations, tant à vous, vénérables Frères, qu’au clergé tout entier et à tous ceux qui, groupés en différentes associations, travaillent à promouvoir la gloire de Dieu et le bien véritable de leurs semblables. Dans la mesure, en effet, où croîtra cette Foi parmi les hommes, on verra diminuer les désirs immodérés des biens terrestres, et peu à peu avec le réveil de la charité se calmeront les agitations et les contentions sociales.

Source : http://www.paxchristi.cef.fr/v2/wp-content/uploads/Ad-beatissimi-apostolorum-principis.pdf

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Le déclin du courage en occident – Alexandre Soljenitsyne

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LE DÉCLIN DU COURAGE EN OCCIDENT par A. SOLJENITSYNE

« Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d’où l’impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu’ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d’agir, qui fonde la politique d’un État sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu’on se place. Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d’un accès subit de vaillance et d’intransigeance, à l’égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup. Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l’Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ? […]

La société occidentale s’est choisie l’organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j’appellerais légaliste. Les limites des droits de l’homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l’Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l’aide d’un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu’un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n’en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n’entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu’aux extrêmes limites des cadres légaux.

J’ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu’une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n’allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s’en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l’homme. […]

Sans qu’il y ait besoin de censure, les courants de pensée, d’idées à la mode sont séparés avec soin de ceux qui ne le sont pas, et ces derniers, sans être à proprement parler interdits, n’ont que peu de chances de percer au milieu des autres ouvrages et périodiques, ou d’être relayés dans le supérieur. Vos étudiants sont libres au sens légal du terme, mais ils sont prisonniers des idoles portées aux nues par l’engouement à la mode. Sans qu’il y ait, comme à l’Est, de violence ouverte, cette sélection opérée par la mode, ce besoin de tout conformer à des modèles standards, empêchent les penseurs les plus originaux d’apporter leur contribution à la vie publique et provoquent l’apparition d’un dangereux esprit grégaire qui fait obstacle à un développement digne de ce nom. Aux États-Unis, il m’est arrivé de recevoir des lettres de personnes éminemment intelligentes, peut-être un professeur d’un petit collège perdu, qui aurait pu beaucoup pour le renouveau et le salut de son pays, mais le pays ne pouvait l’entendre, car les médias n’allaient pas lui donner la parole. Voilà qui donne naissance à de solides préjugés de masse, à un aveuglement qui à notre époque est particulièrement dangereux. (…)

Il est impératif que nous revoyions à la hausse l’échelle de nos valeurs humaines. Sa pauvreté actuelle est effarante. Il n’est pas possible que l’aune qui sert à mesurer l’efficacité d’un président se limite à la question de combien d’argent l’on peut gagner, ou de la pertinence de la construction d’un gazoduc. Ce n’est que par un mouvement volontaire de modération de nos passions, sereine et acceptée par nous, que l’humanité peut s’élever au-dessus du courant de matérialisme qui emprisonne le monde. (…)

Si le monde ne touche pas à sa fin, il a atteint une étape décisive dans son histoire, semblable en importance au tournant qui a conduit du Moyen-âge à la Renaissance.

Cela va requérir de nous un embrasement spirituel. Il nous faudra nous hisser à une nouvelle hauteur de vue, à une nouvelle conception de la vie, où notre nature physique ne sera pas maudite, comme elle a pu l’être au Moyen-âge, mais, ce qui est bien plus important, où notre être spirituel ne sera pas non plus piétiné, comme il le fut à l’ère moderne. »

Alexandre Soljenitsyne, Le déclin du courage, Harvard, 8 juin 1978

Source : http://lesoupirailetlesvitraux.hautetfort.com/media/01/02/13868650.pdf

N’attendez rien du poteau de boue

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Les commentaires personnels sont placés en italiques et entre parenthèses

– L’heure de Dieu n’est pas loin, dit Saint Michel, cette terreur profonde (attentats islamiques) fera ressortir le triomphe de la nouvelle France. Mais ce triomphe ne peut venir avant que la Justice (Justice exécutée lors de la guerre civile causée par le reniement de Dieu) ne se soit appesantie sur cette terre gâtée.

– N’attendez rien de celui qui règne comme roi (président de 2016) et, qui, aujourd’hui, est assis dans le même fauteuil que les autres – fauteuil qui ne porte aucune marque d’un pouvoir spécial et plus grand (un président « normal »).

– Sa pensée est accordée à la pensée des autres, sa parole à leur parole, sa volonté à leur volonté. Sa puissance et ses pouvoirs ne sont pas plus que ceux de celui qui est le dernier (ce président est d’une rare médiocrité, caractérisée par une impuissance politique et une grande faiblesse).

– Dans la tempête, sa voix criera aussi fort que les autres, contre tout ce que Dieu a établi (déchristianisation de la France, destruction des églises et des statues chrétiennes, mensonges éhontés, manipulations outrancières). Il n’y a pas de fermeté en lui : ils l’ont mené ; ils l’ont dirigé (« ils » représente les USA, le Qatar et l’Arabie Saoudie). Voilà le portrait de cet homme : c’est un poteau de boue (un poids mort qui se laisse recouvrir par la boue du blasphème). Plaignons-le, mais n’y pensons guère (car il n’en vaut pas la peine et sera vite oublié après la crise).

– Je n’y pense point, bon Saint Michel.

– Pour ramener le Roi choisi et destiné par Dieu, il faut que tous ceux qui sont à présent soient balayés (la Justice de Dieu balayera ce pouvoir corrompu et soumis à la traîtrise américaine. Sans crise profonde, le renouvellement salutaire de la France serait impossible).

Source de la prophétie : http://www.marie-julie-jahenny.fr/quelques-propheties.htm

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La renaissance de la Croix

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Michel marchait d’un pas résolu dans la ville assombrie par la pollution et la criminalité banalisée. Le ciel était couvert. Une pluie souillée de produits toxiques venait de s’abattre brutalement sur la capitale grisâtre. La radio venait d’annoncer que si de grandes résolutions n’étaient pas prises dans les prochains mois, l’humanité allait prochainement sombrer dans le chaos le plus total. La faim dans le monde avait décimée, l’année passée et sur l’ensemble de la planète, des millions d’individus. À l’échelle de la terre, les richesses étaient concentrées sur deux immenses métropoles. Ce qui avait fait la gloire de l’humanité était tombé, depuis longtemps, dans l’oubli. La pauvreté, la violence et la maladie régnaient en despote.

La première lueur du soleil attira l’œil aguerri de l’individu, ce qui lui décrocha un sourire. Michel était un homme brun de très grande taille. Ses mains étaient larges, ses doigts étaient longs et parfaitement droits. Michel avait une carrure imposante. Il mesurait 2m31. Sa personnalité était tellement charismatique que son regard suffisait à apaiser les tensions.

Michel tourna sur la gauche pour passer, comme chaque jour, par cette petite ruelle glauque qui menait à son domicile. Ses bruits de pas résonnaient le long des murs fissurés et salis par une crasse visqueuse. Un peu plus loin, devant lui, deux hommes se frappaient violemment. L’un était petit, vêtu de blanc, tandis que l’autre devait frôler les 2 mètres. Il était entièrement recouvert d’une combinaison noire. Michel avançait prudemment dans la pénombre. Un peu avant qu’il n’arrive à leur hauteur, la lumière blafarde d’un réverbère éclaira le visage des deux hommes qui venaient de se retourner pour l’observer.

« Qu’est-ce que tu fais là, toi ? demanda le géant revêtu de noir.
– Je ne fais que passer. Ne vous occupez pas de moi, répondit Michel d’une voix grave.
– C’est un peu trop tard, mon gars, annonça l’homme baraqué.
– Laisse le partir, Molosse, répliqua le petit homme d’une voix nasillarde.
– Toi, le minus, ferme-la ! gronda le géant qui bloqua le passage à l’étranger.
– Laissez-moi passer, voulez-vous, dit Michel en posant amicalement la main sur l’épaule de l’homme dont la tête lui arrivait à peine au menton.
– Non, pas question. J’ai envie de te mettre une branlée ! annonça le rebelle d’une voix puissante.
– Vous risqueriez de le regretter. Je vous conseille de vous en aller maintenant avant qu’il ne soit trop tard, répliqua Michel d’une voix posée.
– C’est ce qu’on va voir. Tu te crois fort alors que tu n’es qu’un vulgaire humain » répondit l’homme vêtu de noir en arborant un affreux rictus.

Le géant agrippa le petit homme blanc avant de le serrer de toutes ses forces contre lui. Leurs corps se mélangèrent dans un affreux craquement d’os. Sous les yeux épouvantés de Michel, les deux hommes se fondirent en une seule et unique créature à la peau écailleuse et au visage reptilien. La bête grandissait à vue d’œil en même temps qu’elle prenait sa forme définitive. À la fin de sa douloureuse transformation, le monstre dépassait Michel d’environ deux têtes. Ses muscles saillants étaient bordés d’épines osseuses. Sa peau était de couleur verdâtre. De grandes griffes acérées remplaçaient les doigts de ses mains tandis que des serres jaunâtres lui servaient de doigts de pieds. Michel recula nerveusement contre le mur situé un peu plus loin derrière lui.

« Alors, minable, que dis-tu de ma nouvelle force ? demanda le monstre d’une voix caverneuse.
– Je ne vois en toi qu’une abomination, répondit Michel qui revenait un peu de sa surprise.
– Tu ne sais donc pas reconnaître la puissance ? Agenouille-toi devant moi. Ainsi, je t’épargnerai en te donnant une mort immédiate, répondit la bête.
– Il n’est pas question que je m’incline devant toi. Tu es grand et fort, certes, mais tu restes une horreur blasphématoire, répondit Michel d’une voix monotone.
– Je suis beaucoup plus grand que l’humanité réunie. Te rends-tu compte que je peux t’arracher la tête d’un seul coup de griffes ? gronda le monstre.
– Oui, j’en suis conscient. Mais je vais te poser une seule question : qui est comme Dieu ? dit Michel en fixant sereinement le monstre.
– Assez ! Tu n’es qu’un larbin alors que moi je suis le sublime Mani-Rex ! tonna la bête.
– Je suis l’un des représentants du genre humain. Je suis également leur plus grand défenseur, répliqua doucement Michel.
– Pourquoi souris-tu ? s’enerva Mani-Rex.
– Parce que tu vas bientôt retourner d’où tu viens ! dit Michel en s’agenouillant pour psalmodier des paroles en latin.
– Que fais-tu là ?! Cette langue est morte depuis des siècles. J’ai détruit la vraie foi en ton Dieu Trinitaire par mes mensonges et mes accusations ! Je suis le prince de ce monde, m’entends-tu ?! » hurla Mani-Rex avant de pousser un cri guttural.

Tandis que Michel priait, son corps devenait brillant, son torse s’élargissait. Il écarta les bras avant de se relever. Une force tombée du Ciel frappa ses deux paumes de main tournées vers le haut. Son visage s’élargit afin de retrouver son ineffable beauté. Deux ailes blanches sortirent de son dos avant de se déplier majestueusement. Michel atteignit bientôt la taille de Mani-Rex.

« Ce n’est pas vrai ! Encore toi ! hurla la bête en grimaçant outrageusement.
– Contrairement à ce que tu croyais, les chrétiens continuent de prier Dieu dans le secret de leur cœur ! lança Michel d’une voix douce.
– Tu oses revenir sur mon territoire, moi qui suis la puissance même ! s’écria Mani-Rex en levant les bras pour montrer ses énormes muscles.
– Tu es l’accusateur, l’imposteur, le père du mensonge ! répondit calmement Michel.
– Je vais te découper en morceau, l’archange ! hurla le démon en déployant d’immenses ailes noires.
– Je suis Michel, celui qui a toujours terrassé la bête. Sois anathème pour l’éternité ! » lança-t-il en sortant, d’un fourreau accroché dans le dos, une majestueuse et brillante épée sur laquelle était gravée une croix étincelante.

Mani-Rex avança jusqu’à Michel, pendant qu’il déployait ses griffes, avant de lui balancer sa lourde patte. L’archange se baissa pour le contourner en même temps qu’il abattit le tranchant de son épée sur son avant-bras gauche. L’épée coupa net le poignet du fils de Satan. La main écailleuse tomba lourdement sur le sol. La bête hurla tandis que Michel fit un tour sur lui-même pour entailler profondément l’épaule droite de Mani-Rex. Le monstre décolla pour lui donner un coup de patte dans le torse. Une plaie béante s’ouvrit instantanément. L’archange porta la main à la poitrine en s’aidant de l’épée pour ne pas tomber, avant de finir par s’agenouiller pour prier. Une lumière divine répara miraculeusement sa cruelle blessure. Mani-Rex, effrayé par la puissance de l’archange que lui octroyait Dieu, s’envola. Michel jeta son épée, à la manière d’un lanceur de javelot, dans la direction du lâche. L’arme vola dans les airs pour finir par s’enfoncer, jusqu’à la garde, dans les écailles dorsales du fourbe. Mani-Rex hurla dans les ténèbres avant de retomber lourdement sur le sol. Michel accourut dans sa direction. Il dégagea la glorieuse épée de Justice après avoir posé le pied droit sur le corps monstrueux pour finir par trancher l’épaisse gorge d’un unique coup de glaive.

Le corps de la bête reprit progressivement forme humaine avant de tomber en poussière, comme si son cadavre venait de vieillir de mille années en seulement quelques instants. Le règne de Satan venait de prendre fin. Michel était revenu ce soir pour terrasser définitivement la Bête. La vraie foi allait pouvoir réparer les dégâts que le monstre avait causés sur terre. Il y avait un travail incommensurable, mais, Michel allait pouvoir, après être redevenu invisible, inspirer les hommes afin que des générations de saints viennent sauver l’Église et rétablir la paix selon les commandements de Jésus-Christ.

L’archange leva son épée en direction des Cieux. Un rayon de soleil éclaira la magnifique croix pendant que la lumière du jour se répandait sur la ville. Une atmosphère paisible, toute divine, remplaça l’ancienne qui était pesante et sombre. L’herbe verdissait, les arbres et les fleurs repoussaient, le ciel retrouvait sa couleur bleu azur, l’eau des rivières et des fleuves redevenait transparente, les murs blanchissaient, la couche de pollution disparaissait. Une brise vivifiante à l’odeur exquise de fleurs soufflait doucement. L’archange, en extase, rendit gloire à Dieu avant de disparaître. Quelques femmes, étonnées par la beauté du paysage, tombèrent à genou en louant le Seigneur. Au loin, les premiers clochers retentissaient pour louer l’amour de Dieu. Le son des cloches se généralisa pendant que l’allégresse se déversait sur la population. Un magnifique nuage blanc formant la phrase « Quis ut Deus » persista dans le ciel pendant plusieurs longues minutes. Des cris de joie s’élevèrent et se répandirent. Dieu était de nouveau loué. Vive Jésus !

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Mort à bas prix

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L’homme, parfaitement rasé, habillé d’un magnifique costume gris, se tenait droit devant l’immense stand sur lequel était inscrit en lettres capitales « choisissez votre mort low cost ». Une foule de badauds l’écoutait.

« Approchez, mesdames et messieurs, profitez-en, choisissez votre mort à bas prix. Vous avez le choix : injection létale, coma éthylique, overdose par la drogue de votre choix, assassinat déguisé, suicide organisé, exécution rapide, euthanasie, mort lente, mort accidentelle, allez-y, tout doit partir ! scandait l’homme à la voix arrogante.

– S’il vous plaît ! lança un homme de petite carrure en levant le doigt.

– Oui, quelle mort souhaitez-vous monsieur ? cria l’homme d’une voix tonitruante

– Justement, j’ai envie de vivre. J’ai passé ma jeunesse à travailler dur. Je suis veuf depuis une dizaine d’années et je vois ce stand qui propose la mort de notre choix. Mais, je vous dis que je veux vivre. Alors proposez-moi un voyage vers une destination de rêve !

– Allons, mon bon monsieur, vous devez être raisonnable. Regardez le monde autour de vous. Il n’y a pas assez de place pour tout le monde. Vous, les hommes biologiques, devez mourir afin de laisser la place aux plus méritants. Pensez à ceux qui se sont fait améliorer grâce à la technologie. Eux sont les tenants du nouveau monde, pas vous ! s’esclaffa l’homme en dévoilant un bras bionique après avoir relevé l’une de ses manches.

– Je suis outré monsieur ! C’est grâce à nous que vous avez pu créer cette infâme société. Vous nous avez menti toutes ces années pour en arriver-là. Vous avez su jouer avec nos sentiments pour nous faire accepter cette civilisation mortifère ! s’énerva l’homme moustachu à la peau hâlée.

– Ce sujet a déjà été longuement traité par l’ensemble des médias. Les hommes du passé, c’est-à-dire ceux qui refusent la technologie, doivent mourir. Nous vous offrons une mort à bas prix alors profitez-en, avant que nous ne faisions le choix de vous l’imposer ! lança l’immonde présentateur qui ressemblait à une star américaine.

– Cela tombe bien. Mes amis et moi avons une technologie qui va certainement vous amuser. L’homme siffla entre ses doigts, une troupe armée jusqu’aux dents entra dans la galerie marchande.

– Vous n’avez pas le droit de venir ici pour me menacer ! hurla le présentateur. C’est vous qui devez mourir, pas moi ! Je suis un cyborg ! Pas vous ! »

Une salve de fusil mitrailleur transperça le présentateur bionique pendant que des bruits d’explosion se firent entendre dans la galerie. Une partie des badauds sortirent des armes de poings avant de poser un brassard bleu roi en signe de ralliement. La résistance s’était organisée et avait décidé de ne plus plier aux mensonges des hérésies. La peur se trouvait désormais dans le camp des cyborgs. Les résistants ne reculeraient devant rien pour éliminer jusqu’au dernier robot. La guerre contre les machines étaient désormais déclarée.

Étienne de Calade

Le renard et le corbeau

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Un corbeau, alléché par l’odeur du gâteau que tenait un renard perché dans un arbre, lui tint à peu près ce discours.

« Bonjour, Maître renard, comment allez-vous ce matin ? dit le corbeau en déployant les ailes.
– Je vais bien, je vous remercie de prendre de mes nouvelles, dit le renard au poil soyeux.
– Accepteriez-vous de me donner une part de ce gâteau qui m’a l’air succulent ? demanda le volatile en contemplant le renard perché.
– Certainement pas, mon bon monsieur, répondit le renard d’un air supérieur.
– Je vous signale tout de même que j’ai faim, nous sommes en hiver et je n’ai rien mangé depuis de nombreux mois, répondit l’oiseau au plumage noir.
– Ce n’est pas mon problème, monsieur. En ce qui me concerne, j’ai à manger et à boire. Vous n’aviez qu’à m’imiter, vous n’auriez pas rencontré ce genre de problème à l’heure qu’il est, répondit le renard en fixant le corbeau d’un air malicieux.
– Cher renard, si je vous avais imité, je serai certainement dans cet arbre, sur une branche située plus en hauteur que celle sur laquelle vous vous tenez actuellement, répondit l’oiseau sur un ton solennel.
– Hé bien, pourquoi ne l’avez-vous pas fait, alors ? répondit le renard d’un air curieux.
– Je ne l’ai pas fait pour une simple raison. J’aurai dû accepter de troquer mon honnêteté contre une bonne dose de malice et d’égoïsme et ceci m’aurait fendu le cœur, répondit sagement le corbeau.
– Vous insinuez ainsi que je serai un être perverti ? demanda le renard en élevant un peu la voix.
– Je ne l’insinue pas, mon ami, je l’affirme, répondit l’oiseau en sautillant sur le sol.
– Pour quelle raison, serai-je devenu cet être pervers que vous décrivez tant bien que mal ? demanda le renard en léchant le gâteau.
– Vous êtes devenu un être pervers après m’avoir, dans un lointain passé, volé mon fromage. Vous en souvenez-vous seulement ? demanda l’oiseau d’un air interrogateur.
– Bien sûr, que je m’en rappelle, s’esclaffa le renard, j’ai été bien plus malin que vous.
– Oui, je dois le reconnaître puisque vous avez transformé mon fromage en gâteau, en vous appropriant, de ci et de là, beaucoup d’autres aliments. J’en conclus que vous avez trompé un grand nombre d’animaux pour être en mesure de confectionner votre énorme pâtisserie, répondit le corbeau sur un ton accusateur.
– Quelle est la loi qui m’en empêche ? demanda le renard sur son arbre perché.
– La loi est la même pour tout le monde, mon ami, c’est ce que vous avez sans cesse répété jusqu’à présent. Mais dès que vous avez accompli votre larcin, c’est à dire, transformé mon fromage en gâteau, vous vous êtes empressé de grimper dans cet arbre, rétorqua l’oiseau sur un ton autoritaire.
– Et alors ? répondit du tac au tac l’animal au poil roux.
– Vous savez pertinemment que cet arbre n’est pas soumis à la loi du système. En étant perché là-haut, vous êtes couvert par une sorte d’immunité qui n’a de légale que votre inaccessibilité, répondit le corbeau.
– Cela signifie, par conséquent, que je suis plus intelligent que vous, répondit le renard d’un air triomphal.
– Je ne suis pas d’accord avec vous. Votre égocentrisme vous fait croire que vous êtes supérieur aux autres animaux, mais moi, je vois en vous un être cupide et borné, répondit le corbeau en souriant.
– Si j’étais cupide, je ne vous aurai jamais donné de mon gâteau ! rétorqua le renard sur le ton de la colère.
– Jusqu’à présent, vous ne m’avez donné que des miettes. La preuve en est la suivante. Votre gâteau est entier et vous voulez me faire croire que vous le partagez avec nous ? répondit le corbeau sur un ton professoral.
– Bon, j’avoue. Je veux bien vous en donner un petit morceau mais promettez-moi de ne le dire à personne pour que je ne sois pas obligé d’en donner à tout le monde, chuchota le renard.
– Je ne fonctionne pas à la corruption, mon ami. Si vous ne souhaitez pas partager votre gâteau, vous devrez à un moment ou à un autre en assumer les conséquences qui pourraient être graves pour vous, rétorqua sèchement le corbeau.
– Si vous le prenez ainsi, je monterai plus haut dans l’arbre afin qu’aucun animal ne puisse jamais m’attraper. Ainsi, vous n’aurez jamais de mon gâteau, s’écria le renard.
– Ce n’est pas grave, cher ami. Vous pensez qu’en vous mettant plus en sécurité en utilisant la ruse et l’égoïsme comme moteur, vous vous en sortirez ? demanda sèchement le corbeau.
– Bien sûr que oui ! s’esclaffa le renard.
– Je demande à voir. N’oubliez pas que votre gâteau a une date de péremption et que cet arbre peut être scié. Mes amis les pic-verts sont nombreux et peuvent faire des dégâts sur un arbre. Si ensuite je rameutais les aigles, lorsque vous serez à terre, ceux-ci vous emporteront dans les cieux et vous feront tomber d’une hauteur de mille pieds afin de vous briser les reins, répondit le corbeau.
– Vous me faites des menaces ? C’est bien cela ? répondit le renard d’une voix mal assurée.
– Mes paroles restent pour l’instant au stade de menaces, mais un jour, qui sait, peut-être que mes amis et moi seront suffisamment affamés et fatigués de vous voir perché dans votre arbre pour vous faire chuter et manger, sous votre nez, votre gâteau entier, rétorqua fermement le corbeau.
– Ah, si c’est cela, j’accepte de vous donner mon gâteau, mais par pitié, ne me faites pas de difficultés. Je reconnais que je me suis protégé de vos lois en montant dans cet arbre et que j’ai gardé le gâteau pour moi tout seul. Votre intelligence a percé mon secret bien caché depuis le 18e siècle, date à laquelle je vous ai volé votre fromage, répondit le renard.
– Je vois que la mémoire et la raison vous reviennent subitement. N’oubliez pas que vous n’avez pas seulement volé un fromage, vous avez également volé de nombreux ingrédients à mes amis les animaux. Nous sommes nombreux et vous êtes seul. Il suffit que je m’envole et que je le dise à mes amis pour que vous soyez démasqué, répondit le corbeau en levant une aile d’un air menaçant.
– Oui, je reconnais que je vous ai trompé. Mais admettez tout de même que vous m’avez volé la vedette pendant presque dix-sept siècles. Je suis donc un jeune imposteur comparé à vous, répondit d’un air malicieux le renard.
– Nous ne sommes pas de la même trempe, mon ami. Mes qualités principales sont mon honnêteté, ma loyauté, ma moralité ainsi que ma royauté, répondit le corbeau.
– Vous ne manquez pas de culot. Un corbeau est tout sauf un roi ! s’écria le renard en faisant tomber le gâteau.
– Je vous remercie pour le gâteau que vous venez de faire tomber. Je vous ai eu par la persuasion. Pour votre gouverne, sachez que vous vous êtes fait doublement berné. Je ne suis pas un corbeau, dit l’oiseau en enlevant son déguisement.
– En vérité, vous êtes une colombe ! Vous êtes donc réellement digne d’être roi ! Je me suis fait avoir, quel misérable suis-je ! s’écria le renard en se frappant la tête avec les pattes.
– Oui, effectivement, je suis bien une colombe. Vous avez cru que j’étais un corbeau, mais même au 18e siècle je n’en étais pas un ! s’esclaffa le noble oiseau.
– Ah, le misérable ! maugréa le renard.
– Vous ne m’avez pas reconnu, mais moi, pour ma part, je sais qui vous êtes réellement. Sous votre costume de renard se cache un cochon. Je peux vous le garantir grâce au constat que j’en ai fait. Vous êtes pervers, égocentrique, avide de gâteau et comploteur. Je reconnais bien là la marque de cet affreux animal » rétorqua la colombe blanche en s’envolant.

Le cochon s’extirpa de son déguisement de renard. Sa queue en tire-bouchon sortie, l’animal grogna et leva furieusement la patte en direction de la colombe. Quelques heures plus tard, les pics-verts s’attaquèrent à l’arbre pour le faire tomber. Le cochon grimpa jusqu’au sommet de l’arbre qui penchait de plus en plus sous l’assaut furieux des oiseaux aux longs becs acérés. Le lendemain matin, l’arbre tomba et le cochon mourut écrasé.

La moralité est la suivante, on peut se cacher sous les meilleurs déguisements, si nous sommes illégitimes à cause de notre comportement, nous devrons forcément le payer à un moment ou à un autre et rendre jusqu’au dernier centime ce que l’on a volé pendant des siècles.

Texte initialement rédigé le 21 décembre 2013
Étienne de Calade

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Transhumanisme – l’idée la plus dangereuse du monde

Transhumanisme et Intelligence Artificielle

Par Francis Fukuyama

Il y a douze ans, le livre très remarqué du philosophe américain Francis Fukuyama annonçait La Fin de l’histoire tant l’avancée des sciences nous laissait perplexe quant à la possibilité d’un avenir maîtrisé sous quelque forme que ce soit. C’est la même inquiétude et la même interrogation qui est au centre de La Fin de l’homme, une réflexion sur les conséquences de la révolution bioéthique. Sans être un vulgarisateur pédagogique ou un philosophe qui « s’occuperait » de science, Fukuyama pose la question des rapports actuels entre la science et les techniques. À partir d’un point très clair donné sur les recherches actuelles dans les domaines des opérations transgéniques, du génie génétique, de l’énergie nucléaire, des potentialités informatiques, soit un état des lieux savant de notre monde contemporain, Fukuyama établit le postulat suivant : la science, en l’état actuelle, ne peut plus s’auto-réguler. Convaincu qu’il faut rapidement et internationalement

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Méditation sur l’âne de Balaam

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Balaam, devin de la ville de Péthor, monté sur une ânesse, allait trouver le roi Balac, et, comme il n’avait pas une intention droite, un ange l’attendait en chemin avec une épée pour le tuer. Cette pauvre bête, qui vit l’ange, s’arrêta par trois fois, quelques efforts que fit le prophète, à grands coups de bâton, pour la faire avancer, jusqu’à ce qu’enfin s’étant abattue sous lui, à la troisième fois, elle lui parla, par un miracle bien extraordinaire, pour lui adresser ce reproche : « que vous ai-je fait, et pourquoi me frappez-vous ainsi jusqu’à trois fois ? » Le Seigneur ayant alors ouvert les yeux à Balaam, ce prophète aperçut l’ange, qui lui dit « Pourquoi as-tu battu ton ânesse ? Si elle ne se fut détournée, je t’eusse tué, et je l’eusse épargnée. » Alors Balaam dit à l’ange « J’ai péché, car je ne savais pas que vous vous opposassiez à mon voyage. » Balaam était la cause de tout le mal, et il s’en prenait à son ânesse, qui n’y avait nulle part ; c’est ainsi que nous agissons dans nos affaires. Un homme commet souvent un péché, et aussitôt sa conscience lui perce le cœur par des reproches intérieurs, qu’elle lui représente comme des traits de la colère de Dieu ; revenant alors à lui : « Ah ! Chair rebelle, dit-il, corps déloyal, tu m’as trahi » ; et il décharge son indignation sur sa chair par l’usage immodéré des austérités. Ô pauvre âme, si la chair pouvait parler comme l’ânesse de Balaam, elle te dirait « Pourquoi me frappes-tu ? C’est contre toi que Dieu s’arme de sa colère ; c’est toi qui es criminelle. Pourquoi me conduis-tu à de mauvaises conversations ? Pourquoi appliques-tu mes yeux et mes sens à des objets déshonnêtes ? Pourquoi me troubles-tu par de sales imaginations ? Cultive de bonnes pensées et je n’aurai pas de mauvais sentiments ; fréquente des personnes qui aient de la pudeur, et la passion ne s’allumera pas en moi. Hélas ! Tu me jettes dans le feu, et tu ne veux pas que je brûle ! Tu me remplis les yeux de fumée, et tu ne veux pas qu’ils s’irritent ! ». Et Dieu vous dit alors : « Brisez vos cœurs de douleur, mortifiez-les, faites-leur porter la pénitence qu’ils méritent, c’est principalement contre eux que je suis irrité. » À l’égard de nos vices, quoiqu’il soit bon de mortifier la chair, il est surtout nécessaire de purifier le cœur.

Source : « introduction à la vie dévote » et « le sermon de paix »

Que valent les évangiles ?

Le livre des Évangiles est le principal document que nous possédons sur Jésus-Christ, le fondateur de la religion chrétienne. Il est donc très important d’en étudier la valeur historique, pour savoir si ce que nous connaissons de Jésus-Christ est du domaine de l’histoire ou de la légende.

Pour évaluer la valeur historique d’un document on le soumet à un triple examen :

  1. Intégrité : ce document est-il tel qu’il est sorti de la main de son auteur ? N’a-t-il pas été altéré et modifié par la suite ?
  2. Authenticité : quel en est l’auteur véritable, et quelle est la date de composition ?
  3. Véracité : l’auteur est-il digne de foi, de confiance ?

Ce sont là les trois parties de cette étude.

1. – Intégrité

C’est la question des manuscrits et de leur identité avec les originaux.

Quand on parle de textes anciens, il ne faut jamais perdre de vue que, jusqu’à l’invention de l’imprimerie, la transmission des écrits se faisait par copiage successif.

Au cours de ce recopiage, le texte courait de multiples dangers : les scribes pouvaient être négligents, ou ignorants, ou trop zélés (avides de compléter des textes qu’ils trouvaient obscurs). On a calculé qu’un bon copiste fait en moyenne une faute toutes les vingt lignes.

Actuellement on ne possède plus les originaux écrits des Évangiles (ni d’aucun autre texte antique). Mais on dénombre environ 12 000 textes manuscrits qui sont des copies. On a relevé environ 150 000 variantes entre ces textes [2]. A partir de là les adversaires de la religion chrétienne disent : le texte des Évangiles est tellement altéré qu’on ne peut être certain de son accord avec l’original.

Cet argument ne vaut rien, pour trois raisons : l’ancienneté des manuscrits, le soin jaloux dans le recopiage, le très grand nombre de manuscrits.

1.1. – Ancienneté des manuscrits

Quant à la date de composition, les manuscrits des Évangiles sont, de tous les textes que nous possédons de l’Antiquité, ceux qui se rapprochent le plus de l’original.

Examinons plus précisément la question : en ce qui concerne la Bible, on dispose de deux sortes de manuscrits, les parchemins et les papyri :
a) Les parchemins sont des manuscrits écrits sur des peaux d’animaux. Ils sont généralement réunis en codex (sous forme de livres). Les codex les plus anciens que nous possédons du Nouveau Testament datent du 4e siècle après Jésus-Christ. Ainsi le codex Vaticanus (conservé au Vatican) et le codex Sinaïticus (découvert au 19e siècle et conservé au British Museum). Les codex les plus anciens de l’Ancien Testament sont les « manuscrits de la mer Morte », découverts à Qumran à partir de 1947. Ils contiennent en particulier des textes d’Isaïe écrits au IVe siècle avant Jésus-Christ.

b) Les papyri sont des manuscrits écrits sur une matière végétale, et qui donc se conservent beaucoup moins bien. Cependant on découvre depuis un siècle une quantité de papyri de l’Antiquité dans les sables d’Égypte, où ils se sont conservés grâce à la sécheresse de ce pays. Souvent ils ont servi à envelopper des momies. Parmi ces découvertes, beaucoup concernent des textes du Nouveau Testament. Si on disposait d’un peu plus de moyens financiers, la recherche archéologique pourrait certainement retrouver encore bien des textes.

Voici les principales découvertes à ce jour :

  • Datant du 1er siècle :
    • Le manuscrit 7Q5Un manuscrit, le papyrus 7Q5 (5e papyrus découvert dans la 7e grotte de Qumran) a été formellement identifié par C. P. Thiede comme une copie en grec d’un passage de l’Évangile de Marc (Chapitre VI, versets 52-53). Les grottes de Qumran ayant été murées en 68, ce papyrus est évidemment antérieur à cette date.
  • Datant du 2e siècle :
    • Le manuscrit « John Ryland » daté de 120 à 130 contenant un extrait de l’Évangile de saint Jean.
    • Des fragments de saint Jean datés d’avant l’an 150 ont été retrouvés dans la giberne d’un soldat.
    • Le manuscrit « Egerton » daté de 150 à 180 contient des morceaux d’Évangiles et d’épîtres.
  • Datant du 3e siècle :
    • Le manuscrit « Bodmer » daté de l’an 200, peut-être avant, contient quatorze chapitres de Jean et quinze de Luc presque complets, avec l’intéressante mention « Évangile selon Luc – Évangile selon Jean. »
    • Le manuscrit « Chester Beatty » daté de 200 à 250 contient des fragments importants des quatre Évangiles et des Actes des Apôtres.

Si on compare avec les autres textes de l’Antiquité, les manuscrits les plus anciens que nous possédons (sauf pour Térence et Virgile) sont du 9e au 10e siècle après Jésus-Christ.

Voici les écarts entre l’original et le plus ancien manuscrit actuellement existant :
— Euripide, Catulle : 1 600 ans.
— Tragédies de Sophocle – Eschyle – Aristophane : 1 400 ans.
— Platon : 1 300 ans.
— Démosthène : 1 200 ans.
— Cicéron : 900 ans.
Ancien Testament : 400 ans (pour Isaïe).
Nouveau Testament : 300 ans pour les codex en parchemin, moins de 100 ans pour les papyri.

Conclusion : On voit facilement combien la situation des Évangiles est privilégiée par rapport aux autres textes de l’Antiquité : les papyri sont presque contemporains des originaux.

1.2. – Soin jaloux dans le recopiage

Les copistes ont apporté un soin jaloux à recopier les manuscrits de la Bible.

Déjà les juifs apportaient un grand soin dans le recopiage des textes de l’Ancien Testament, considérés comme sacrés. Jusqu’à la découverte des manuscrits de la mer Morte à Qumran, le manuscrit le plus ancien que nous possédions de la Bible en hébreu datait du Xe siècle (par respect pour la sainte Écriture, les juifs détruisaient les vieux manuscrits qui menaçaient de s’abîmer, ce qui explique qu’on ne possède pas de manuscrits anciens de la Bible en hébreu).

L’écart entre ce manuscrit du 10e siècle et les manuscrits de la mer Morte datant en moyenne du 2e siècle avant Jésus-Christ, est donc de douze siècles. On a pu constater que le texte sacré n’avait pas subi d’altération pendant cette période de douze siècles, car il n’y a pas de différence notable.

Les premiers chrétiens, dont beaucoup étaient des juifs convertis, ont apporté un zèle semblable à la transmission du texte des Évangiles. Une altération était considérée comme une profanation.

Très tôt on voit apparaître un souci de critique textuel, avec la recherche du meilleur texte. On peut citer ici saint Irénée (2e siècle) et Origène (3e siècle) : ce dernier fit un travail considérable en publiant les Hexaples, une édition de la Bible qui comprenait le texte hébreu et quatre anciennes traductions en grec (la plus grande partie des Hexaples a malheureusement péri dans l’incendie volontaire de la bibliothèque d’Alexandrie allumé par les musulmans lors de la conquête arabe).

Les adversaires des chrétiens, juifs, hérétiques, païens, n’auraient pas manqué de relever les erreurs de transmission s’ils avaient pu en trouver.

Conclusion : Aucun autre texte n’a bénéficié de plus de soin dans son recopiage que celui de la Bible.

1.3. – Très grand nombre de manuscrits

ManuscritLe très grand nombre de manuscrits facilite le travail critique, qui cherche à serrer de plus près le texte original. Nous avons 241 codex en majuscules des Évangiles entre le 4e et le 10e siècle et dix fois plus en minuscules. En comparaison, pour Homère, qui est sans doute l’auteur grec le plus représenté, on a deux manuscrits en majuscules et 188 en minuscules. Certains textes de l’Antiquité (par exemple les six premiers livres des Annales de Tacite) ne nous sont parvenus que dans un seul manuscrit.

Le grand nombre de manuscrits donne un moyen de contrôle. Il s’en ajoute un autre, par le moyen des versions anciennes. En effet les Évangiles furent très tôt traduits en diverses langues, par exemple en syriaque, en latin et en copte au IIe et IIIe siècle, c’est-à-dire à une date antérieure aux premiers codex que nous possédons. Ces diverses traductions (qu’on appelle versions anciennes) constituent des familles indépendantes de manuscrits qui se sont séparées très tôt, et permettent un contrôle à la critique.

En comparant les divers manuscrits, et grâce à des règles critiques, on aboutit ainsi à élaborer ce qu’on appelle le texte critique de la Bible.

1.4. – Conclusion générale sur l’intégrité

Le texte critique actuel est certainement identique dans sa substance au texte original. Si on met en doute son intégrité, il faut remettre en doute tous les textes de l’Antiquité qui donnent, généralement, de moindres garanties.

Remarque : nous nous sommes placés ici au point de vue de la critique historique, c’est-à-dire de la raison. Si on se place au point de vue de la foi, nous savons que le Saint-Esprit veille à la conservation du dépôt révélé et ne permettrait pas une altération sensible du texte sacré. Ainsi le concile de Trente a-t-il pu dire que le texte latin de la Vulgate ne contenait pas d’erreur en ce qui concerne le dogme et la morale. La commission biblique, au début du 20e siècle, a tranché aussi quelques questions relatives à l’intégrité des Évangiles.

Toutefois, en apologétique nous devons en rester au plan de la raison et ne pas faire appel à la foi, puisque nous parlons à des personnes qui n’ont pas encore la foi.

Les quatre Évangélistes2. – Authenticité

C’est la question des auteurs et de la date de composition. Les auteurs ont-ils vraiment connu le Christ ?

Actuellement la « mode » en exégèse est de placer assez tard la rédaction des Évangiles : on dit que l’Évangile de saint Marc a été composé vers 70, ceux de saint Matthieu et de saint Luc entre 80 et 90, celui de Jean entre 95 à 100 (ce sont les dates qu’on trouve par exemple dans Pierres vivantes [3], p. 62). Il est clair que dans ce cas les Évangiles ne seraient pas vraiment l’œuvre personnelle des évangélistes (saint Matthieu l’Apôtre serait mort depuis longtemps en 90, s’il était déjà chef de douane en l’an 27), et surtout ils ne seraient plus des témoignages sur le Christ, mais refléteraient « la catéchèse de l’Église primitive », la « foi des premiers disciples »…

Il faut savoir que ces affirmations ne reposent sur aucun argument sérieux. C’est une sorte de « dogme » qu’on affirme sans démonstration, et qu’on ne veut pas remettre en cause parce qu’il s’harmonise avec les théories a priori que ces exégètes imaginent sur la formation des Évangiles (avec une longue « tradition orale », et des « transformations littéraires » etc…). Cela permet de faire étalage de toute une pseudo-science, mais cela est n’a rien de scientifique. La vraie science part des faits pour établir les théories, et non pas de théories imaginées a priori pour plier les faits à ces théories.

L’abbé Carmignac, par des études réellement savantes, car basées sur les faits, a montré que les Évangiles sont beaucoup plus anciens, certainement d’avant l’an 50 pour Matthieu, Luc et Marc. Dans ce cas les Évangiles ont été écrits par des personnes qui ont connus directement le Christ, ou du moins les principaux témoins. Ils ont été écrits à une époque où les témoins vivants étaient encore nombreux et où on pouvait vérifier ce qui a été écrit. On voit l’importance de la question.

2.1. – Arguments extrinsèques sur l’authenticité

2.1.1. Témoignage général de toutes les Églises primitives.

Le christianisme s’est répandu très rapidement, du vivant même des Apôtres [4]. Ainsi Pline le Jeune, gouverneur d’une province d’Asie mineure, écrit à l’empereur Trajan vers 112 ou 113 que « le christianisme est déjà répandu comme une contagion non seulement dans les villes, mais dans les bourgs et les campagnes ; les temples sont abandonnés, on ne vend presque plus de victimes ».

Nombreuses, ces communautés primitives sont aussi indépendantes sous bien des rapports (races, cultures, etc…). Tout cela favorise la diversité des opinions. Par exemple Alexandrie, où était mort saint Marc, aurait pu n’accepter que l’Évangile de Marc et rejeter les autres.

Or toutes ces Églises, sont unanimes à déclarer authentiques, c’est-à-dire apostoliques, les quatre Évangiles.
« Une croyance admise uniformément par de nombreuses Églises, ne provient pas d’une erreur mais de la Tradition » dit Tertullien.

2.1.2. Nombreux témoignages particuliers

Outre ce témoignage général, on pourrait trouver de nombreux témoignages particuliers dès le 2e siècle. En voici quelques-uns :

a) Papias évêque de Hiérapolis (95 à 150 environ) a écrit ceci, sans doute avant l’an 130 : « Marc, étant le traducteur de Pierre, écrivit exactement, mais non dans l’ordre, tout ce qu’il se rappelait des paroles ou des actions du Seigneur (…). Quant à Matthieu, il a mis en ordre les dires relatifs au Seigneur en langue hébraïque… »

b) En 1740 Louis-Antoine Muratori découvrit à la bibliothèque de Milan un texte que l’on date de l’an 160 environ. Ce texte contient la liste des livres du Nouveau Testament avec quelques renseignements sur leurs auteurs, pour les distinguer des écrits apocryphes que l’Église rejetait déjà. On appelle ce texte le « canon de Muratori ». Il est malheureusement mutilé et ne parle explicitement que de saint Luc et de saint Jean : « Le troisième Évangile est de Luc, le médecin, compagnon de Paul (…) ; le quatrième est de Jean, parmi les disciples. »

Saint IrénéePuisqu’il parle d’un troisième et d’un quatrième Évangile, c’est qu’il connaissait les deux premiers, ceux de saint Matthieu et saint Marc.

c) Saint Irénée, à la fin 2e siècle parle des quatre Évangiles, et les attribue aux quatre évangélistes que nous connaissons.

d) On pourrait aussi rappeler le papyrus Bodmer qui date de l’an 200 au plus tard et mentionne « l’Évangile selon Luc », et « l’Évangile selon Jean ».

e) Enfin on pourrait citer les témoignages de non chrétiens : des hérétiques (Basilide vers 130, Valentin vers 140, Marcion vers 150) cherchent à interpréter les Évangiles en leur faveur ou à les mutiler, des juifs (Tryphon au 2e siècle) et des païens (Celse vers 170) citant les Évangiles pour essayer de les prendre en défaut. Tous ces auteurs tiennent les Évangiles pour authentiques.

Conclusion sur les arguments extrinsèques en faveur de l’authenticitéTous les auteurs du IIe siècle, catholiques et hérétiques, infidèles et païens, rendent hommage à l’authenticité du Nouveau Testament. Un tel accord, s’ajoutant à celui de toutes les Églises, est d’autant plus décisif qu’il s’agit d’un fait important, alors facile à constater, et que les intérêts étaient très divers.

2.2. – Arguments internes (ou intrinsèques) en faveur de l’authenticité :

2.2.1. Le contenu des quatre Évangiles

Le contenu des quatre Évangiles s’accorde fort bien avec ce que nous savons des auteurs :

Saint Matthieu : l’auteur devait être juif, palestinien, et même publicain (nombreux sémitismes, connaissances précises du pays, connaissance technique des monnaies et des impôts. Il ne cache pas la profession de publicain de Matthieu (honteux chez les juifs) et dans la liste des Apôtres se place après Thomas, ce qui est signe d’humilité. Il écrit pour des juifs convertis, car il n’explique pas les nombreux sémitismes et note souvent l’accomplissement des prophéties.

Saint Marc : l’auteur devait aussi être juif palestinien (sémitisme, connaissance des mœurs et de la géographie). Il devait être un disciple de saint Pierre dont il parle souvent, avec précision, mais sans cacher ses faiblesses. Quelques tournures latines et une bonne connaissance des latins s’expliquent bien si l’auteur a écrit son livre pour des Romains.

Saint Luc : l’auteur devait être de culture grecque et cultivé comme le témoigne sa connaissance du grec. Il devait être médecin car il décrit parfaitement les maladies (et jusqu’à la sueur de sang qu’il expose avec précision, parlant « des petits caillots de sang », expression généralement mal traduite mais bien expliquée par le docteur Barbet). Il a des grandes affinités avec saint Paul (par exemple dans le récit de la Cène) [5] qui s’explique bien si celui-ci était son disciple. Enfin il y a une grande similitude entre cet Évangile et les Actes des Apôtres – le prologue soulignant la continuité – qui sont évidemment de saint Luc.

Saint Jean : l’auteur devait être juif (nombreux sémitismes) connaissant parfaitement la Palestine et Jérusalem. Ainsi il parle de la piscine à cinq portiques, ce qui a étonné les commentateurs, car on ne connaissait pas de piscines à cinq portiques dans l’Antiquité. Or des fouilles récentes à Jérusalem, à l’endroit indiqué par l’Évangile, ont fait apparaître cette piscine à cinq portiques. Il devait être un familier de Jésus, donnant des détails vivants d’un témoin oculaire. Il ne nomme pas le nom de Jean, mais emploie généralement l’expression « le disciple que Jésus aimait », soit par humilité, soit par prudence en raison des persécutions des juifs (saint Jean était peut-être un membre d’une grande famille de Jérusalem puisqu’il connaissait le grand prêtre).

2.2.2. La langue de rédaction des synoptiques

La langue de rédaction des synoptiques (les trois premiers Évangiles) est une langue sémitique, probablement l’hébreu.

Importance de ce fait : si les Évangiles ont été écrits dans une langue sémitique, c’est qu’ils ont été écrits à une époque où la majorité des chrétiens étaient d’origine juive et palestinienne.

Saint MarcOr la foi chrétienne a commencé à sortir de Palestine en l’an 36, et dès les années 48-50 elle avait complètement explosé hors de Palestine, comme le témoigne le concile de Jérusalem. Après cette date, on n’aurait pas eu l’idée d’écrire des Évangiles en hébreu, langue qui n’est pas connue (même des juifs) hors de la Palestine.

Prouver que les Évangiles ont été écrits en hébreu, c’est prouver qu’ils datent d’avant l’an 50.

Cette démonstration a été faite par le savant abbé Carmignac. Ce dernier connaissait parfaitement l’hébreu du temps de Notre-Seigneur par une longue étude des manuscrits de la mer Morte. Il a appliqué cette connaissance à l’étude des sémitismes des Évangiles. Il a montré que certains sémitismes, fort nombreux, ne peuvent pas s’expliquer par l’influence de la langue maternelle, ni par l’influence de la traduction grecque de la Bible, mais seulement si l’Évangile a été écrit en hébreu ou en araméen.

Il a ainsi prouvé que les Évangiles de saint Matthieu et saint Marc ont été rédigés dans une langue sémitique et celui de Luc à partir de documents sémitiques.

Remarque : le témoignage de Papias (voir 2.1.2) nous affirmait que Matthieu avait écrit en hébreu et l’insinuait pour Marc en parlant de traduction. Mais cela gêne les critiques modernes, comme l’avoue candidement la T.O.B. dans son introduction aux Actes des Apôtres, car les Évangiles « devraient alors être situés à des dates très hautes que la critique moderne, dans son ensemble, ne pense pas pouvoir admettre ». On voit le procédé anti-scientifique de cette exégèse moderne : on récuse les faits au nom de présupposés théologiques.

2.2.3. Les Actes des Apôtres

Les Actes des Apôtres fournissent un précieux repère chronologique. Ce livre s’arrête brusquement, saint Paul étant captif à Rome. Dans les derniers chapitres, ce livre contient une foule de détails sur l’arrestation de saint Paul, son voyage de Palestine jusqu’à Rome, puis le début de sa captivité à Rome. Cette finale brusque est si contraire à l’ampleur des récits précédents qu’elle suppose manifestement que l’ouvrage a été terminé quand saint Paul attendait sa comparution, donc vers le début de 63. Il aurait été prodigieusement intéressant pour le lecteur de savoir comment saint Paul avait été relâché, et ce qu’il était devenu. Même le protestant libéral Harnack, célèbre dans l’exégèse moderne, qui avait d’abord soutenu une date plus récente pour les Actes (après 78) fut contraint par la force de cet argument à les dater finalement peu après l’année 60.

Or, le prologue des Actes manifeste que l’auteur a déjà écrit l’Évangile de saint Luc. Cet Évangile date donc au plus tard des années 58-60, lorsque saint Luc était encore en Palestine. On admet généralement que saint Luc a connu l’Évangile de saint Marc qu’il a complété ; quant à l’Évangile de saint Matthieu il est généralement placé avant celui de saint Luc.

Ainsi nous voyons par cet argument que le troisième Évangile a été écrit avant l’an 60 et les deux premiers Évangiles probablement avant lui.

2.2.4. Archaïsme des institutions et des doctrines

Un dernier argument nous renseigne sur la date des Évangiles : les institutions décrites, les doctrines et les sentiments exposés sont manifestement très anciens.

Le chantier des fouilles de la piscine de BethesdaAinsi on peut montrer :
1°) Aucun des évangélistes n’a connu la ruine de Jérusalem (en 70). En effet celle-ci marque un bouleversement complet dans la mentalité juive. Des écrivains postérieurs à 70, parlant de la société juive et de Jérusalem, n’auraient pas pu éliminer toute allusion au nouvel ordre de choses. Si un écrivain écrit un livre sur Hiroshima, au bout de quelques lignes on sait si il écrit avant ou après 1945.
Par exemple dans saint Jean on lit ceci : « Il est à Jérusalem, près des “brebis” une piscine appelée Bethzatha (ou Béthesda) ; elle a cinq portiques (…). » Saint Jean dit « il est ». S’il avait écrit après 70 il aurait dû mettre « il y avait ». De plus il dit « près des brebis » pour dire « près de la porte des brebis », de la même façon qu’un parisien parle de « la Concorde » pour parler de « la place de la Concorde ». Saint Jean écrivait donc pour un public qui était familier de Jérusalem.

2°) Aucun des évangélistes ne parle des persécutions de la part des païens, qui furent terribles à partir de 64-65 (Néron), alors qu’ils relatent celles des juifs.

3°) Les institutions décrites sont très anciennes : on y parle d’Apôtres, mais pas d’évêques, de prêtres et de diacres. Les sentiments décrits sont archaïques : les seuls adversaires cités sont les juifs, on ne parle pas des hérétiques, ni des accroissements rapides de l’Église. Il n’y a aucune spéculation théologique, alors que saint Paul a déjà commencé de la faire dans ses épîtres à partir de l’an 56. Enfin la société juive décrite est celle du deuxième quart du 1er  siècle.

4°) Il semble même que saint Matthieu n’a pas connu le passage de l’Évangile aux non juifs. Cela se remarque à la façon dont il relate certains propos du Seigneur (par exemple le signe de Jonas qui annonçait ce passage).

2.3. – Conclusion sur les dates des Évangiles

— Les quatre Évangiles ont certainement été écrits avant 70 (ruine de Jérusalem) et très vraisemblablement avant 64-65 (persécution de Néron).
Saint Luc a certainement écrit son Évangile avant 60 (car les Actes des Apôtres étaient achevés en 62) ; saint Marc et saint Matthieu vraisemblablement avant lui.
— Si on tient compte de la langue sémitique, il paraît absurde de placer les trois premiers Évangiles après l’an 50 (saint Luc aux alentours de 50).

3. – Véracité

Les auteurs des Évangiles ont-ils dit la vérité ?

Remarquons tout d’abord qu’ils n’ont pas voulu établir une biographie scientifique de Jésus, comme on peut en écrire aujourd’hui sur certains personnages célèbres. Mais ils ont voulu faire des mémoires fidèles, relatant des faits et des doctrines authentiques, certains, tels que les témoins directs ont pu les voir et les entendre.

3. 1. – Première preuve interne

Les Évangélistes étaient des témoins bien informés et sincères (ils n’ont pu ni se tromper, ni nous tromper).

a) Bien informés

Cela résulte déjà de ce que nous avons dit sur l’authenticité des Évangiles : leurs auteurs sont deux Apôtres qui ont fréquenté de près Notre-Seigneur (saint Matthieu et saint Jean) et deux disciples d’Apôtre (saint Marc disciple de Pierre – saint Luc disciple de saint Paul). Ils ont écrit peu de temps après les événements (les trois premiers moins de 20 ans après) à une époque où il était facile de vérifier ce qui a été écrit. S’ils s’étaient trompés, de nombreux témoins auraient réclamé, et ses récits n’auraient pas été sélectionnés comme officiels par l’Église (qui a rejeté les apocryphes). Même les juifs, persécuteurs de l’Église dès le début, n’ont pas mis en doute les récits évangéliques.

Par ailleurs il est impensable que les disciples de Jésus n’aient pas mis par écrit, du vivant même de leur maître, certains de ses discours. Parmi les juifs de Palestine à cette époque, nombreux étaient les scribes, les lettrés et les savants. Lorsque paraissait un prophète, comme Amos, Osée, Isaïe ou Jérémie, on notait ses oracles par écrit. Il serait absurde de penser que les disciples de Jésus, pour qui il était un prophète et même plus qu’un prophète, se soient abstenus de prendre des notes.

L’existence de documents écrits antérieurs aux Évangiles est aussi suggérée par l’étude comparative des trois premiers Évangiles : ils s’accordent sur des détails secondaires tandis qu’ils diffèrent sur des parties plus importantes, comme la formule du Pater.

Enfin les évangélistes rapportent des faits sensibles, matériels et donc faciles à constater. Ces faits étant par ailleurs très importants, ils auront fait attention. Saint Luc note dans son prologue le soin qu’il a pris à se renseigner avec exactitude.

Les quatre évangélistesb) Sincères

Les évangélistes relatent les choses telles qu’elles sont : ils ne cachent pas même leurs faiblesses, par exemple leur fuite durant la Passion. Saint Marc, le disciple de Pierre, raconte sans indulgence ni atténuation le reniement de son maître. Ils ne taisent pas les reproches de Jésus : « Ô insensés et lents à croire… » Ils confirment leur basse extraction.

Par ailleurs il est difficile de mettre en doute la sincérité de gens qui vont jusqu’à donner leur vie pour affirmer ce qu’ils disent, surtout lorsqu’ils n’ont aucun intérêt à mentir. Or les quatre évangélistes, les douze Apôtres ont tous scellés leur témoignage du martyre.

« Non possumus, nous ne pouvons pas taire ce que nous avons vu et entendu », déclare saint Pierre au Sanhédrin, quelques jours après la Pentecôte. A partir de la mort de saint Étienne vers 36, c’est par milliers que les témoins meurent en répétant non possumus.

Ajoutons encore que même s’ils avaient voulu, ils n’auraient pas pu inventer une si merveilleuse doctrine spirituelle, bien éloignée de leur mentalité assez ignorante et temporelle, qui attendait, par exemple, un messie conquérant.
« Qui, demande Pascal, a appris aux Évangélistes les qualités d’une âme véritablement héroïque pour la peindre si parfaitement en Jésus-Christ ? » (Pensées, « Jésus-Christ »)
De fait, jamais le génie humain n’a tracé un type plus noble d’humanité. L’idéal conçu par Platon dans son apologie de Socrate se trouve fort inférieur à celui qu’ont tracé les évangélistes de Jésus.

Enfin les évangélistes se caractérisent par un style simple, persuasif, libéré de toute convention littéraire. Leur naturel et leur fraîcheur témoignent en faveur de la sincérité de leurs auteurs, et on ne les trouve nulle part ailleurs (sinon de manière approchée dans certaines chroniques comme celle de Joinville sur saint Louis). Ils ont aussi une sorte de grandeur, cette majesté simple qui vient de ce que le récit est déchargé de tout détail superflu mais qu’il contient tous les détails typiques.

3. 2. – Deuxième preuve interne

Une méthode critique moderne cherche, pour établir la certitude d’un fait historique, si les témoignages sont authentiques (valeur des témoins ou des historiens), indépendants et convergents.

L’authenticité des témoignages a déjà été étudiée (deux témoins directs, deux historiens de valeur, écrivant peu de temps après les événements).

Andrea Mantegna - saint Luc à son pupitrea) Indépendance :

L’indépendance est manifeste. Les évangélistes écrivaient dans des régions et pour des motifs différents : saint Matthieu pour les juifs de Palestine, saint Luc vraisemblablement pour les communautés fondées par saint Paul, saint Jean pour réfuter les premiers hérétiques. Chacun présente les événements à sa manière, en abrégeant certain détail, en insistant sur tel aspect, exactement comme lorsque divers témoins racontent le même événement auxquels ils viennent d’assister.

L’indépendance est telle que certains adversaires des chrétiens ont prétendu trouver des contradictions. Mais il est toujours possible de concilier les divers Évangiles (par exemple pour les diverses apparitions de Jésus ressuscité).

Cette indépendance est confirmée par le fait que l’Église primitive ait accepté les quatre Évangiles (quand elle refusait les apocryphes). Si un d’entre eux avait été copié sur les autres, elle ne l’aurait pas sélectionné.

b) Convergence.

Elle est remarquable sur l’essentiel, c’est-à-dire les articles principaux de la doctrine du Christ, les grands faits de sa vie, les traits généraux de son caractère, sa passion et sa résurrection.

Il est particulièrement intéressant de voir comment le quatrième Évangile (de saint Jean) complète les trois autres, alors qu’il a visiblement des sources très différentes. Il les complète par son élaboration théologique (saint Jean a un but plus dogmatique : combattre des hérétiques) et aussi quant à la chronologie.

Conclusion : On peut se contenter de citer cette phrase de L’Introduction aux études d’histoire de Langlois et Seignobos :
« La tendance est de regarder la concordance comme une confirmation d’autant plus probante qu’elle est plus complète ; il faut au contraire adopter la règle paradoxale que la concordance prouve davantage quand elle est limitée à un petit nombre de points. Ce sont les points de concordance de ces affirmations divergentes qui constituent les faits historiques scientifiquement établis. »

3. 3. – Preuve externe de véracité

C’est le parfait accord entre ce que disent les Évangiles et tous les autres témoignages que nous avons sur Jésus-Christ.

3. 3. 1. Témoignages écrits :

Plusieurs auteurs païens ont parlé du Christ. Parmi eux :

Tacite vers l’an 117 dans ses Annales raconte comment une multitude de gens furent poursuivis par Néron, accusés d’avoir allumé l’incendie de Rome « que le peuple appelait chrétiens. L’auteur de la secte, le Christ, avait été condamné au supplice, sous le règne de Tibère, par le procurateur Ponce Pilate ».

Suétone (69-141) raconte, dans sa Vie des douze Césars, que l’empereur Claude a expulsé (vers l’an 50) les juifs de Rome, qui étaient toujours « excités par un certain Chrestus ».

Pline le Jeune entre 111 et 113 écrit à l’empereur Trajan pour lui parler du développement de cette nouvelle religion dans la province de Bythinie qu’il gouvernait, et comment on chantait des cantiques « au Christ comme à un dieu ».

Parmi les juifs, il y a un texte fameux de Flavius Josephe (37-105) : « Jésus, habile faiseur de prodiges, […] fut condamné à la croix […] ; aujourd’hui subsiste encore la secte qui, de lui, a pris le nom de chrétien. » Ce texte existe en plusieurs versions et certains pensent qu’il a été extrapolé. Mais l’essentiel est ce portrait robot. Flavius Josephe parle aussi de saint Jean-Baptiste et de l’Apôtre saint Jacques le Mineur lapidé en 62.
Mais les autres auteurs juifs respectent la consigne du silence imposée par la synagogue réunie à Javné, après 70, sous la conduite du grand rabbin Gamaliel II. Toutefois ne pouvant nier complètement le Christ, ils ont inséré dans leur Talmud une légende « burlesque et obscène » (Renan) sur Jésus, qui serait né d’une femme adultère, aurait été un séducteur et un sorcier, se prétendant Dieu,… Malgré leur haine les juifs confirment l’existence de Jésus, ses prodiges et sa prétention à la divinité !
Remarquons que cette consigne du silence passa chez les auteurs païens, quand ils virent les anciens cultes menacés : ignorer le christianisme devint, chez les gens de la bonne société, la toute première loi de l’urbanité (cela n’a guère changé : voir le silence des medias sur tout ce qui touche à la tradition catholique).

A ces témoignages des juifs et des païens on pourrait ajouter ceux des hérétiques du 2e siècle (Basilide, Valentin, Marcion) qui sur l’essentiel (miracles, passion, résurrection) ne croient pouvoir contester la vérité de l’histoire évangélique, et ceux des autres auteurs chrétiens qui tous confirment les faits évangéliques : par exemple tous les autres écrits du Nouveau Testament, les épîtres de saint Clément de Rome, la Didaché (écrits du 1er siècle) et de très nombreux auteurs du 2e siècle.

3. 3. 2. Témoignages archéologiques

Le principal est le saint Suaire qui confirme parfaitement les récits évangéliques sur la passion et la résurrection et dont l’authenticité est hors de doute aujourd’hui.

Depuis le début du 20e siècle d’importantes découvertes archéologiques en Palestine sont venues confirmer les faits évangéliques. Parmi celles-ci notons :

Dallage de la Forteresse Antonia— En 1955 la découverte de la maison de saint Pierre enchâssée dans les restes d’une chapelle byzantine, à Capharnaüm. Même les archéologues juifs reconnaissent l’authenticité de cette découverte.

— Les Pères Blancs ont découvert à Jérusalem des vestiges importants de la piscine de Béthesda, à cinq portiques, longue de 120 mètres et large de 70 mètres. Avant cette découverte, on attaquait l’Évangile de saint Jean en prétendant qu’il n’existait pas de piscine à cinq portiques dans l’Antiquité.

— En 1931 on a découvert le dallage de la forteresse Antonia où se trouvait la garnison romaine. Sur ce dallage les traces d’un jeu, « le jeu du roi », sorte de marelle, qui a pu donner aux soldats l’idée du couronnement d’épine et de la scène qui suivit.

— Enfin les emplacements de la grotte de la Nativité et du rocher du Calvaire ne sont pas contestables, car l’empereur Hadrien (vers 135) en voulant effacer le culte chrétien y a érigé un bois sacré et un temple ce qui a préservé ces lieux et en a fixé l’emplacement pour toujours.

3. 3. 3. Autres témoignages

Il y a le fait même de l’existence du christianisme qui s’est répandu rapidement malgré tous les obstacles et les difficultés. Un adversaire du christianisme, Renan, n’a pas hésité à écrire :
Pour s’être fait adorer à ce point, il faut qu’il ait été adorable. L’amour ne va pas sans un objet digne de l’allumer, et nous ne saurions rien de Jésus si ce n’est la passion qu’il inspira à son entourage, que nous devrions affirmer encore qu’il fut grand et pur. La foi, l’enthousiasme, la constance de la première génération chrétienne ne s’expliquent qu’en supposant à l’origine de tout le mouvement un homme de proportions colossales. (Vie de Jésus, ch. 28.)

Ce géant, nos Évangiles le font agir et parler devant nous ; seul il explique l’ébranlement du monde gréco-romain au 1er siècle, l’enthousiasme qu’il a suscité, la piété intense qu’il a introduite, la charité et l’humilité inconnues des anciens païens, et la constance des milliers de martyrs qui sont autant de faits historiques.

4. – Conclusion générale

Telles sont les preuves de la valeur historique de nos Évangiles : l’analyse de leur contenu, une série de témoignages extérieurs décisifs s’accordent pour attester qu’ils sont authentiques, qu’ils n’ont pas subi d’altération substantielle, et qu’ils relatent des faits certains. La démonstration est complexe, mais elle est rigoureuse, à condition de remarquer qu’elle repose sur tout un ensemble d’indices à la fois indépendants et concordants.

A ce point de vue, la différence est grande entre les Évangiles et d’autres livres dont cependant l’historicité n’est pas contestée. Voyons le Coran. Mahomet meurt en 632. L’un de ses secrétaires, Zeid ibn Tabit, réunit en un volume ses révélations et ses propos, qu’il retrouve, selon ses propres paroles, sur des feuilles de palmier, sur des omoplates (de brebis) et dans le cœur des croyants. Son livre est remis au beau-père du prophète, Abou Bekr. A quelque temps de là, on constate des divergences dans les exemplaires de Damas, de Basrah et de Koujah. Le calife ordonne à Zeid de reprendre son travail, avec la collaboration de trois koréischites ; puis il déclare seul authentique le texte ainsi révisé et ordonne de détruire les autres exemplaires. Néanmoins, pour l’unanimité des savants, ce semble, l’authenticité du Coran ne fait aucun doute.

Tout autre est le cas des Évangiles, nous l’avons vu. Heureusement. Car « que dirait-on, si nous ne possédions de l’Évangile qu’un texte unique, attribué lui aussi, par une tradition plus ou moins contestable, à quelque disciple de Jésus, texte qu’un des premiers papes aurait fait revoir ou retoucher, pour condamner ensuite au feu tout autre édition que la sienne ? N’objecterait-on pas, avec la dernière vigueur, qu’en supprimant toute rédaction indépendante, ce pontife autoritaire a supprimé du même coup la possibilité d’arriver à une certitude scientifique, par une comparaison minutieuse des traductions [6] ? »

Les preuves apportées valent pour le quatrième Évangile, comme pour les trois premiers. Nous savons cependant que sa valeur documentaire est attaquée par les rationalistes d’une façon toute particulière. C’est à tort. Les adversaires ne présentent aucune difficulté sérieuse et souvent se contredisent.

Si le quatrième Évangile n’était pas historique, il n’aurait pas été accepté par l’Église entière, à une époque où elle était si attachée aux moindres détails d’une tradition orale dont les témoins étaient encore de ce monde ou venaient à peine de disparaître.

Ajoutons qu’il est remarquablement concret. Ce n’est que là qu’on nous le montre ayant faim, ayant soif, souffrant de la fatigue après une longue marche, pleurant sur la mort d’un ami…

Disons enfin qu’il se présente comme l’œuvre d’un témoin direct de la vie du Christ, qui raconte ses souvenirs, en y joignant les pensées que sa foi ardente lui inspire.

[1]  — Cette plaquette était à l’origine une simple fiche destinée aux animateurs du M. J.C.F. et elle se trouvait en vente au Couvent de la Haye aux Bonshommes. Ayant découvert qu’elle se trouvait en partie reprise par des sites protestants, nous en assurons la publication entière.
[2] — La plupart de ces variantes concernent des détails (dans les accents par exemple) ou bien son concentrées sur quelques passages des Évangiles qui ont peu d’intérêt au point de vue apologétique et dont on peut se passer pour prouver l’origine divine du christianisme.
[3]  — Un livre qui se proposait de résumer la foi et l’enseignement de l’Église catholique romaine, paru le 15 avril 1981 aux éditions Catéchèse 80 et élaboré par la Conférence des évêques de France.
[4] — Voir ce qu’en disent les Actes des Apôtres, les épîtres, l’Apocalypse.
[5] — Et dans les thèmes favoris de saint Paul : nécessité de la foi, gratuité de la justification, caractère universel du christianisme.
[6] — Père H. Pinard de la Boullay S.J., Jésus et l’Histoire, Conférences de Notre-Dame de Paris (année 1929), Paris, Spes, 1929, p. 173-174.

Source : http://www.dominicainsavrille.fr/que-valent-les-evangiles/