Jean-Marie Vianney (objecteur de conscience, insoumis, déserteur, saint patron des curés de paroisse)

Chasse-Saint-Jean-Marie-Vianney-cure-d-Ars
Extrait de sa biographie, tirée du livre de Mgr René Fourrey Le curé d’Ars authentique (L’Échelle de Jacob, 2009) :

« La guerre d’Espagne réclame alors beaucoup de soldats et Jean-Marie est enrôlé en 1809. Les étudiants ecclésiastiques étaient exemptés du service militaire, mais il est possible que les vicaires généraux aient pensé que, vu la grande ignorance de Jean-Marie Vianney, le présenter comme étudiant aurait pu sembler frauduleux. Le conscrit déserte. Il existe de cette désertion deux versions, dont chacune a pour elle plusieurs témoins. Selon l’une, Jean-Marie Vianney, qui avait été malade et était encore convalescent, éprouva des difficultés à rejoindre son régiment, s’égara et, pour ne pas être puni comme déserteur, accepta la proposition d’un paysan de le cacher sous un faux nom, comme instituteur dans son village. Selon l’autre version, la désertion fut délibérée. Même les témoins qui présentent la désertion comme quasi-involontaire font état de la répugnance que la guerre d’Espagne inspirait à Vianney, qui, comme la plupart des catholiques, croyait cette guerre contraire à la volonté de Dieu. Il s’installe sous un faux nom au village des Noës et y donne des leçons aux enfants dans diverses familles. Le maire et le curé sont au courant de sa situation irrégulière et, d’ailleurs, ne craignent rien des habitants du village, qui, comme la plus grande partie de la population paysanne de la région, sont disposés à protéger les réfractaires. Quand, le 25 mars 1810, Napoléon signe un décret amnistiant les insoumis à condition qu’ils se mettent à la disposition des autorités départementales, Vianney, par une décision dont le caractère délibéré ne fait cette fois aucun doute, décide de rester déserteur. Les autorités impériales, qui refusent de croire que le père de Jean-Marie ignore la cachette du déserteur, lui infligent de lourdes amendes pour faire pression sur lui et finalement, le jeune frère de Jean-Marie accepte de servir à sa place contre une indemnité payée par le père. Il semble que le père ait tenu grief à Jean-Marie de sa conduite en cette affaire. »

Cinq leçons à retenir de cette aventure :

– La vassalité politique du clergé concordataire envers le régime (« mes généraux, mes préfets, mes évêques », dixit Napoléon) ;
– La
« répugnance » que la guerre d’Espagne inspirait à Jean-Marie Vianney (23 ans), comme à beaucoup d’autres catholiques, même si l’Eglise concordataire célébrait les vertus du régime ;
– La solidarité de tout le village autour du jeune insoumis ;
– La persévérance de celui-ci dans l’insoumission malgré la promesse d’amnistie impériale : c’était réellement de l’objection de conscience de sa part ;
– Et la division causée dans la famille Vianney par l’attitude de Jean-Marie : celui-ci ne cède pas au conformisme (si « naturel ») de l’unité familiale, pas plus qu’il n’a cédé au conformisme (si « traditionnel ») de l’obéissance civique.

La mort de Jean-Marie Vianney sous les drapeaux aurait privé la Communion des saints du « patron de tous les curés de l’univers »*. Son insoumission-désertion est aussi un exemple : celui d’une conscience chrétienne droite, juge d’une guerre injuste.

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* titre décerné par Pie XI en 1929.

Source : http://plunkett.hautetfort.com/archive/2012/08/04/4-aout-saint-jean-marie-vianney-objecteur-de-conscience-inso.html

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