La fracture maçonnique

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Pour comprendre le mal-être contemporain, il faut savoir ce qui s’est produit au XIXe siècle. Ce siècle annonçait le XXe avec ses guerres mondiales et la naissance d’un empire marchand universel, la bête sortait de terre. Le XXIe siècle est celui d’une lutte acharnée entre le bien et le mal. Le mal est au pouvoir. Lorsque le mal sera à son apogée, la Justice s’appliquera sur l’humanité tout entière. Elle payera logiquement le prix de son refus des commandements de Jésus-Christ. Découvrons un extrait d’un texte brillant rédigé en 1856.

« Les prophéties messianiques de l’ancien testament ou la divinité du christianisme démontrée par la Bible » par l’abbé Meignan

« Jamais peut-être le Christianisme ne fut soumis à une aussi redoutable épreuve qu’aux premières années du XIXe siècle.

La grande philosophie chrétienne, exposée par saint Augustin, formulée par saint Thomas d’Aquin, agrandie par Descartes et Leibnitz, célébrée par Bossuet, venait, en Allemagne, d’être bannie des écoles, et remplacée d’abord par le scepticisme déguisé de Kent, et ensuite par l’idéalisme audacieux de Fichte. Le philosophe de Kœnisberg, dans sa Critique de la raison pure, avait creusé un abîme logiquement infranchissable entre l’idée et son objet, entre l’homme et le monde, entre la terre et le ciel. Le philosophe d’Iéna déclarait, dans son Idéalisme transcendental, que de ces deux termes il fallait en retrancher un, et que tout était contenu dans le moi. Dieu devenait l’homme, ou l’homme devenait Dieu. Point de place, dans ce système, pour la révélation historique.

Les sciences, depuis longtemps déjà, s’étaient mises en opposition avec le Christianisme. Au commencement de ce siècle, elles semblaient chercher avec passion les luttes et multiplier à plaisir les déclarations d’hostilités. Que d’attaques sans motif, que de cris sans objet ! Qu’on se rappelle le bruit et les scandales qui se rattachent aux zodiaques de Denderah, d’Esné et de Salcette ! La querelle commença vers 1808 et se terminait à peine vers 1830.

« Chacun, en cette question, donna ses raisons, toutes plus ou moins arbitraires, dit M. Létronne, et ce qu’on en conclut de bien positif, c‘est que personne ne savait au juste ni la date, ni l’objet de ces monuments. »

On venait d’explorer l’Orient, et, le clair-obscur d’une demi-science favorisant les illusions, on s’imaginait avoir pénétré les mystères de ces régions où Dieu plaça le berceau de l’humanité et de la religion. On avait déchiré les voiles, interprété les énigmes ; l’Egypte avait ouvert ses tombeaux et livré ses obélisques. Les sphinx avaient parlé. À l’aide des phénomènes qu’on avait observés, on prétendait expliquer la Bible et ses miracles, en particulier, la manne, le passage de la mer Rouge, etc. — Le Zend-Avesta et les Védas, à peine connus, mal appréciés, jugés avec précipitation, étaient opposés à la Bible. Zoroastre et Confucius expliquaient Moïse et Jésus-Christ. Que n’espérait-on pas découvrir dans les cent quatre-vingts manuscrits apportés d’0rient par le consciencieux et infatigable Anquetil-Duperron ! — C’était aussi l’époque où une science nouvelle, la géologie, intempérante comme la jeunesse, hasardait ses premiers systèmes, et ouvrait un nouveau champ au rationalisme triomphant. La création mosaïque et l’œuvre des six jours étaient, disait-on, contredits par les faits de la science. Simon de Breislack allait faire paraître son livre célèbre. À combien d’espérances irréfléchies allait-il donner essor  La géologie, cette science au berceau, peu sûre dans sa propre marche, allait servir de guide à la philosophie et fonder une théologie nouvelle !

Plus que les sciences, plus que la philosophie, la littérature, en Allemagne, égarait les esprits. La littérature, au commencement de ce siècle, a eu chez nos voisins une puissance et une popularité qui ont bien dédommagé les lettres allemandes de leur gloire tardive. Goethe était au sommet de sa réputation. Une pléiade de poètes brillants gravitaient autour de lui. Les peuples et les rois saluaient Son génie, et se disputaient sa faveur. Werther et Faust étaient dans toutes les mains des instruments désolants de perversion. Werther idéalisait le désespoir du cœur ; Faust, le désespoir de l’esprit : tous deux revêtaient des couleurs d’une poésie magique, le double fléau qui a ravagé la première moitié de ce siècle, le byronisme et le scepticisme.

Enfin, chose triste, et plus capable que tout autre fait de donner la mesure des malheurs du temps, la théologie elle-même, la théologie protestante, revendiquait sa part de travail dans l’œuvre de démolition du Christianisme. Paulus, Semler, Cabler, rendirent les armes au rationalisme, et, dans une lâche capitulation, ils livrèrent les miracles du Pentateuque. Paulus les expliqua par un phénoménisme tout naturel. Les plus hauts mystères de la religion révélée furent abandonnés par cette école qui leur substitua les enseignements d’une vulgaire raison, mettant partout le naturalisme à la place de la révélation, l’homme à la place de Dieu. Les temps n’étaient pas éloignés où de Vette crut beaucoup faire pour le Christianisme en accordant à la Bible une valeur idéale et symbolique, en niant les faits au profil des idées. Car c’est ainsi que ce théologien-philologue prétendait conserver la foi historique au Christ ; en la dégageant, comme il disait, des liens de l’orthodoxie. Il était réservé à Strauss et à Bauer de Tubingue de donner un jour à ces déplorables aberrations des théologiens protestants, leur couronnement logique. Ces deux théologiens découvrirent l’abîme creusé par leurs devanciers, et prétendirent jeter le Christianisme, qu’ils croyaient mort, dans la fosse béante de l’athéisme panthéistique.

Elle était donc vraiment critique et humainement désespérante, la situation faite en Allemagne au Christianisme par la philosophie, les sciences, la littérature et la théologie protestante. Ce qu’il ne lui était pas donné de voir de ses yeux, Schleiermacher le devinait. De toutes parts s’élevaient à l’horizon des nuages sombres portant la foudre et la destruction.

L’état des esprits ne différait guère en France. La science, on le sait, déclarait, par un de ses plus fameux représentants, qu’elle n’avait plus besoin de l’hypothèse théiste et chrétienne. Ainsi préludait Laplace aux prophéties des funérailles d’un grand culte, et au manifeste d’une école : Comment les dogmes finissent !

Quel temps ! On souffre en se le rappelant. Pour rendre l’épreuve plus forte, Dieu, qui pourtant aime à faire entendre la grande voix du génie chrétien aux époques de danger, voix dominant la tempête et maintenant les courages, Dieu tardait à envoyer ce témoignage ordinaire de sa providence. Au milieu des ruines morales entassées, ruine des âmes, ruine des idées, ruine des vertus, nous n’avions point d’Augustin, ni de Léon devant les nouveaux fléaux de Dieu. — Était-ce donc la fin du monde chrétien, les temps suprêmes annoncés par l’Évangile ? Les étoiles du ciel n’étaient-elles pas tombées et les soleils éteints ? Le Fils de l’homme, s’il fût venu alors sur la terre, eût-il donc, dans le monde de la science, trouvé vive encore une étincelle de foi ?

Ce n’était point cependant la fin du monde chrétien. Il entrait beaucoup de pusillanimité d’esprit dans l’effroi du moment. L’opinion publique faisait les hommes trop grands et Dieu trop petit. Schleiermacher ne ressemble-t-il pas beaucoup, dans son épître au docteur Lüke, aux espions de Josué, revenant de Chanaan, tremblants et épouvantés ? Ils avaient vu un peuple de géants devant lequel les Israélites ne semblaient que des sauterelles !

Il ne faut point juger de la religion, connue des choses humaines. Dieu était avec les Israélites ; il est avec les chrétiens.

Qu’est-il arrivé ?

Celui qui se plaît à faire éclater sa gloire par des moyens inattendus, a donné la mission de défendre sa religion, et de dégager le Christianisme des attaques de la science à des hommes qui, la plupart, ne connaissaient pas son Christ, et ne l’adoraient pas. Ces hommes n’avaient pour signe de leur mission providentielle qu’une parfaite loyauté d’esprit et un grand amour de la science. Ce furent les Humbold, les Klaproth, les Cuvier, les Brongniart, les Champollion et tant d’autres savants que la science a couronnés. Ils se surprirent un jour défendant le Christianisme, sans le savoir, sans le vouloir. Honneur à ces hommes sincères qui marchant résolument dans les voies de la science, restant étrangers aux haines vulgaires, aux passions irréligieuses, ont ranimé les courages dans le camp des Chrétiens ! »

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