Voltaire et les rationalistes : ennemis du Pentateuque

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Voici un extrait combien important qui met en valeur les méfaits du Voltairianisme et du rationalisme allemand, dans un magnifique ouvrage du XIXe siècle. Il est indispensable, pour l’authentique chrétien, de redevenir force de proposition et source de connaissance. Refuser l’esprit de médiocrité, de dérision et de décadence est la base même de notre combat contre les ennemis de Jésus-Christ.

« Le rationalisme et le Pentateuque » extrait de « les prophéties messianiques de l’Ancien Testament ou la divinité du Christianisme démontrée par la Bible » de l’Abbé de Meignan, 1856. Page 94 à 102

I

De l’exégèse rationaliste en général

C’est le lieu de dire un mot de la critique négative de l’Allemagne, en ce qui touche nos livres sacrés.

Cette critique, qui a succédé au philosophisme du XVIIIe siècle, et qui ne doit point être confondue avec lui, est devenue le plus redoutable adversaire que le Christianisme ait à combattre aujourd’hui. Comparée avec le Voltairianisme, elle en diffère par son point de départ et sa méthode ; mais elle lui ressemble par ses funestes résultats. Quel était le point de départ et comme le principe générateur du Voltairianisme ? Une hostilité passionnée contre la religion chrétienne, obstacle à l’émancipation rêvée de l’humanité ; une haine ardente et active du Christ, de la pureté de sa morale, de l’humilité de ses vertus. —Tel n’est pas le point de départ du rationalisme allemand. En général les rationalistes ne partagent pas les préjugés des encyclopédistes qui peignaient le Christianisme comme une religion barbare dans son culte, absurde dans ses dogmes, ridicule dans ses cérémonies, ennemie des arts, des lettres et de la raison, religion qui n’aurait fait que verser du sang, enchaîner les hommes et retarder le bonheur et les lumières du genre humain. Non, le point de départ du rationalisme est tout différent. C’est le principe protestant de la liberté absolue de l’esprit. Le principe générateur du rationalisme est pour le philosophe, l’amour des conceptions de son intelligence ; pour le poète, la fascination des rêves brillants de son imagination ; pour le philologue et l’exégète, l’adoration des systèmes, des combinaisons et des formules scientifiques dont il est le père. Philosophes, poètes, philologues, useront tous leur vie dans le culte de leurs propres pensées, dans l’idolâtrie de leur propre esprit. Les études, les veilles, les sacrifices de toute sorte ne leur coûteront pas si ces veilles, ces études et ces sacrifices ont pour objet le triomphe d’un système qui porte leur nom, d’une conception éclose dans leur esprit. Ils n’ont point de haine contre le Christianisme, et c’est comme à regret qu’ils en ruineront les bases. Ils s’en excuseront tous, et avant de frapper la victime, ils déposeront une couronne à ses pieds : dernier et impuissant regret du protestantisme, subissant, comme malgré lui, les conséquences nécessaires de son propre principe.

La méthode du Voltairianisme était surtout le rire et la dérision (Note du blog : l’esprit Charlie du XXIe siècle est typiquement Voltairien !). On le sait, ce ne fut point sur le terrain de la science que le patriarche de Ferney livra les combats qui décidèrent de sa fortune.

« Mentons, mes amis, mentons, disait-il, il en restera toujours quelque chose. »

Par les grâces de l’esprit, il eut l’art funeste, chez un peuple capricieux et aimable, de rendre l’incrédulité à la mode.

La méthode du rationalisme, au contraire, est toute scientifique. Il n’y a peut-être aucune science dans laquelle les rationalistes ne se soient montrés habiles et qu’ils n’aient plus ou moins creusée. Leurs voyages, leurs travaux en linguistique, l’étude approfondie des sources de l’histoire en feraient les utiles pionniers de la vérité, si l’esprit de système, l’amour de l’extraordinaire, l’absence enfin d’un légitime contrôle, ne com promettaient les résultats de leurs efforts.

Mais, il ne faut point se faire illusion, la critique négative des Allemands et le Voltairianisme, aboutis sent à un même et désastreux résultat. Ils mettent en danger le Christianisme en Europe. Nous disons en Europe, car des efforts sont tentés en plus d’un endroit pour populariser, non pas les procédés, mais les résultats du rationalisme allemand.

Un trait, qui est encore commun au rationalisme et au voltairianisme, c’est l’audace. L’Allemand, mesuré dans ses actions, se montre audacieux, téméraire dans ses pensées.

C’est surtout par cette audace, que la critique négative de l’Allemagne a étonné l’Europe. Elle a poussé la négation au-delà des limites connues.

Son procédé est d’affirmer hardiment sans prouver.

Que l’Allemagne est éloignée de la sage réserve que demandaient Bâcon et Descartes pour arriver à la certitude ! Ce n’est pas une médiocre sagesse qui a dicté ces paroles, lois imposées à la critique et correspondant si bien à l’infirmité humaine :

N’admettre un fait qu’après l’avoir bien observé ; multiplier les expériences ; en contrôler les résultats ; ne procéder que suivant les règles d’une sévère induction ; n’affirmer que ce qui est évidemment démontré !

Le procédé allemand, tout au rebours de ces règles si simples, consiste à donner une hypothèse pour un fait, à justifier une première hypothèse par une seconde, à échafauder des suppositions, à la manière d’un enfant construisant ces frêles édifices qu’un souffle renverse. Le rationalisme allemand place et déplace les événements à son gré : là, il hasarde une date ; ici il risque une étymologie ; d’un fait douteux, il tire une certitude.

« Il donne partout, comme disait Bossuet de Richard Simon, plus de décisions que de bons raisonnements. »

Confondant le ciel avec la terre, il nie le surnaturel ; mesurant la puissance de Dieu au pouvoir de l’homme, il rejette le miracle ; il mêle à la fois les notions, les faits et les idées. Jamais on ne vit autant prodiguer l’érudition dans le libertinage de l’intelligence et les débauches de l’imagination !

Mais n’est-ce pas cette érudition qui constitue le plus grand danger créé par la critique allemande ?

Tout homme de bon sens peut combattre un mauvais raisonnement ; mais comment atteindre la critique allemande dans le fort où elle aime à se retrancher ? Comment la saisir au milieu de ce monde d’hypothèses qu’elle s’est créé, et lorsqu’elle se montre toute hérissée d’hébreu, d’arabe, tout enveloppée de difficultés de linguistique, de géographie, de chronologie, d’archéologie, de philosophie et de théologie ? Elle effraie son juge par la peine qu’il faudrait prendre pour instruire sa cause, et elle impose au simple qui prend au sérieux l’étalage d’une science brillante au dehors et au fond sophistiquée.

Toutefois, nous voulons l’espérer, le moment n’est pas loin où le rationalisme allemand sera frappé du discrédit qu’il a mérité.

M. de Rémusat le jugeait, il n’y a pas longtemps, dans une revue publique et prononçait ces sévères paroles.

« L’esprit systématique est, dans le sens le plus compréhensif du mot, l’esprit germanique. Toutes les fois que, par l’alliance de l’imagination et de la métaphysique, un talent ingénieux et confus, subtil et vague, parvient à combiner les faits les plus divers sous une généralité qui ne les unit qu’en les mutilant ou les exagérant, transforme les faits en idées, personnifie les principes, formule les individus, soyez assuré que c’est l’Allemagne qui vous parle. Il est difficile de marcher d’un pied aussi superbe sur la tête du sens commun. »

Justifions, par quelques observations générales, ce jugement que nous croyons fondé. Avant d’aborder la discussion particulière des diverses hypothèses de la critique allemande, établissons contre elle des préjugés légitimes.

Bossuet a démontré que l’histoire du protestantisme, depuis Luther jusqu’à Jurieu, n’était qu’une histoire de variations. Cette histoire, continuée jusqu’à nous, ne démentirait pas ce titre. Elle ferait voir comment cet esprit de changement, cette inquiétude, essentielle à l’erreur, franchissant la digue impuissante des articles fondamentaux, a porté la contradiction et la négation jusqu’au cœur du Christianisme, jusque dans cette Arche sainte, où la Réforme jurait de se maintenir, jusque dans l’asile inviolable des divines Écritures.

Le Protestantisme a d’abord nié le vrai sens des textes sacrés, puis l’authenticité de quelques textes, puis la canonicité de quelques livres. Il a commencé par altérer la notion de l’inspiration, puis il l’a restreinte, puis il l’a reniée. Aujourd’hui, qu’est-ce que la Bible pour le protestant ? Un monument tout humain dont presque aucune partie n’est authentique.

Si du moins les critiques protestants s’accordaient dans les motifs de leurs négations ; mais, non, ils se combattent et se réfutent, plus loin de s’entendre entre eux, qu’ils ne le sont peut-être de s’entendre avec nous !

Demandez aux protestants d’aujourd’hui à quelle époque a été écrit le Pentateuque ? Lengerke répondra : Sous Ezéchias ; Tuch, sous Salomon ; Bleek, au commencement du règne de David ; Stœhelin, sous Saul ; Delitzsch, sous Josué. — Si vous voulez apprendre qui a composé les cinq Livres ? Ils citeront vingt écrivains divers. Ewald, pour son compte, en fournit cinq. — Tous, cependant, allèguent d’invincibles raisons pour soutenir leur propre opinion.

Il suffit de montrer la contradiction des résultats auxquels aboutit la critique négative de l’Allemagne, pour faire voir son incertitude. Évidemment, elle manque de méthode.

Un second défaut, et qui tout d’abord va surprendre celui qui confond le protestantisme avec la liberté, c’est que sa critique manque d’indépendance. Par une contradiction remarquable avec son principe, le rationalisme s’est enchaîné de ses propres mains. Oui, cette critique orgueilleuse qui reproche aux catholiques de reconnaître l’autorité de l’Église, autorité qui n’est au fond que l’autorité même du Christ et des Apôtres, manque d’indépendance. La critique protestante en a trop souvent manqué. Elle fut d’abord enchaînée au char de la Réforme, servant ici les passions de Luther, et là, se pliant aux volontés impérieuses de Calvin. De notre temps, elle se laisse traîner sans gloire à la suite d’une philosophie qui passe sur l’Europe, ravageant les âmes et tuant les croyances, plus funeste, dans ses résultats, que ces fléaux dévastateurs qui dépeuplent les empires.

Ne vous étonnez donc pas si cette critique est si hardie dans ses négations, si extravagante dans ses systèmes. Il le faut : la philosophie lui fait cette condition, la philosophie toute seule, et non les nécessités de la science. Les savants, ceux du moins que l’Europe entière a reconnus pour tels, lui donneraient plutôt, en ce qui touche la Bible, des leçons de respect et de réserve. C’est sur les principes d’une philosophie hostile au Christianisme, que la critique protestante règle ses décisions. Elle n’a plus besoin de rechercher les faits : ils lui sont donnés par la philosophie. Son rôle se réduit à les faire accepter au monde et à les justifier.

Il était donné à l’Allemagne d’offrir le scandale de théologiens chrétiens, désespérant de leur cause, et tournant contre la Bible les armes de la science qu’ils auraient dû employer à la défendre !

Depuis Eichhorn jusqu’à Lengerke, la critique protestante s’est inféodée au rationalisme. — Et, chose digne d’être remarquée comme peignant bien l’état de prostration et de désorganisation du Protestantisme allemand, ce n’est pas seulement la critique appartenant au parti radical protestant, c’est la critique du parti conservateur, qui, par de lâches concessions, devient l’humble auxiliaire de la philosophie ! On en est arrivé au point de regarder, comme le signe certain d’une bonne critique, la négation préalable et absolue du merveilleux du Pentateuque, des miracles et des prophéties. Aussi, c’est comme un engagement pris de transformer les miracles en fables, en légendes, en mythes, en allégories ou même en faits naturels et ordinaires. —- Paulus prouvera que les plaies d’Égypte, le retrait de la mer Rouge, la manne, etc., sont des phénomènes habituels et bien connus. De Vette démontrera que le Pentateuque tout entier n’est qu’une œuvre d’imagination, une épopée théocratique. Ewald fera une longue théorie des légendes ; il dira comment elles naissent, comment elles grandissent, comment elles passent de l’imagination, qui fut leur berceau, dans l’histoire qui les sauve de la mort.

Toutes ces hypothèses ont été construites au nom de la philosophie. De Vette a dit : Les miracles sont philosophiquement impossibles ; donc les faits merveilleux du Pentateuque sont des mythes. Ewald : La prophétie est philosophiquement impossible ; donc les textes prophétiques sont postérieurs aux événements qu’ils annoncent.

Le Pentateuque prédit aux Patriarches que le sceptre de la royauté sera remis aux mains de Juda ; donc, la rédaction du Pentateuque ne remonte pas à une époque antérieure à David. — Isaac annonce à Esau qu’il sera soumis à Jacob ; Balaam prédit à Balac l’assujettissement d’Amalec, d’Édom et de Moab ; donc, la rédaction de ces textes prophétiques n’est pas antérieure à la victoire de Saûl sur les Amalécites, à celle de David sur les Édomites et les Moabites. Ewald reproduit continuel lement ce genre de raisonnement.

N’est-ce pas la preuve que la critique rationaliste en Allemagne a abdiqué entre les mains de la philosophie hégélienne ?

La vraie critique ne porte pas si loin la soumission : elle n’emprunte pas ses majeures à une philosophie qu’elle a mission de contrôler. Froide et impartiale, elle rassemble elle-même avec patience les éléments de ses démonstrations. Son domaine est celui des faits : elle en discute la valeur et elle en pèse le témoignage. Jamais elle ne se décidera par des considérations métaphysiques ; elle ne s’incline pas devant l’autorité d’un système. Étrangère à toutes les influences, cette patiente et laborieuse solitaire se retire loin du monde. Son rôle est assez beau : quand elle prononce ses arrêts, les idoles tombent et la vérité sort du nuage.

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