Axe de réflexion : l’éducation dans la Nouvelle France

L’éducation de la jeunesse est l’un des socles primordiaux d’une civilisation chrétienne. Les enfants symbolisent le futur avant de former une génération d’adultes responsables. Or, dans la France du XXIe siècle, les enfants ont perdu les repères ancestraux qui conduisaient autrefois la jeunesse vers un âge adulte baigné de moralité et de spiritualité. Lorsqu’on détruit l’enfance, on interdit un futur radieux à toute nation. La médiocrité est prônée au nom d’une égalité perverse. Au lieu d’édifier les écoliers, on tire vers le bas les meilleurs d’entre eux afin de leur faire rejoindre le clan majoritaire des médiocres. L’éducation républicaine est en train de signer son propre arrêt de mort en sabotant la formation de nos enfants. Ceci afin de faire émerger le transhumanisme technologique qui se nourrit de l’anéantissement des lois ancestrales. La théorie du genre sera certainement enseignée, comme à l’étranger, par la promotion de la sodomie, véritable crime contre l’humanité, afin de faire croire que le rectum est le point commun entre tous les êtres vivants, et ce, afin d’effacer la notion de sexe masculin et féminin. Le mensonge va trop loin pour ne pas être vivement combattu. Il faut, dès aujourd’hui, réfléchir et se poser les bonnes questions. Nous devons être capables de proposer des solutions pour la Nouvelle France. C’est pourquoi cet article se présente sous forme de questions/réponses afin de faire émerger une saine réflexion. Les solutions viendront naturellement après avoir soulevé les enjeux primordiaux.

Questions générales

Tout d’abord, qu’est-ce que la morale ?
La morale découle naturellement du Christianisme : elle provient des commandements de Dieu. Le bien et le mal sont des notions qui ont été héritées des prophètes, de la Loi et des enseignements si purs de Jésus-Christ.

Est-ce que le bien et le mal sont des notions importantes pour la civilisation ?
Lorsqu’un individu refuse ou perd toute notion de bien ou de mal, il se laisse dominer par toutes sortes de pulsions et de tentations qui finissent par l’entraîner vers sa propre perte, au risque d’emmener avec lui d’autres personnes.

Qu’est-ce que le relativisme ?
Le relativisme c’est le fait de relier la notion de bien et de mal à une action contextuelle afin d’en réduire la portée. Ainsi, le flou s’installe dans les esprits et réduit le champ de conscience. Par exemple, d’un point de vue relatif, tuer un animal blessé peut être perçu comme un bien, alors, que d’un point de vue absolu, c’est certainement une mauvaise solution.

Quelle est la conséquence du relativisme ?
Le relativisme s’appuie sur l’égoïsme. Ainsi, les notions de bien et de mal sont cantonnées aux actes d’un individu dans un certain contexte. Cela interdit une lecture collective des événements puisque le bien et le mal n’existent plus en tant qu’axe primordial de réflexion.

Pourquoi, alors, avoir imposé le relativisme ?
Le relativisme est une tactique de guerre qui permet de faire adopter n’importe quelle loi favorable à l’émergence d’une civilisation dystopique, c’est-à-dire dans laquelle il y aurait des tyrans et des esclaves. Le bien et le mal découlent des commandements de Jésus-Christ. Par conséquent, lorsque la morale est appliquée, elle agit comme un bouclier qui protège des funestes conséquences du mal. La morale est un précieux rempart contre toute dystopie ou hérésie.

Est-ce que la morale est une matière importante pour l’enfant ?
La morale est la colonne vertébrale de l’enfant. Elle lui permet de prendre conscience de ses devoirs envers Dieu et envers la civilisation. Elle lui offre un support de réflexion rassurant parce qu’elle lui permet de former un jugement cohérent face aux événements qui surviennent autour de lui. Sans morale, la régression de l’enfant est inéluctable à, plus ou moins, long terme.

Pourquoi ne parle-t-on jamais des devoirs de l’enfant ?
La notion de devoir oblige l’enfant à réfléchir sur ses propres comportements au sein de la civilisation. Les devoirs recentrent l’enfant par rapport à son environnement et lui garantissent une saine raison. Cela lui ouvre la conscience du bien et du mal, favorise la notion de Dieu et l’enracine dans la réalité. Dans une époque où l’égoïsme et le relativisme sont rois, la notion de devoir est leur principal ennemi puisqu’elle est la source de tout bien.

Pourquoi parle-t-on seulement de droits ?
La notion de droit est fallacieuse dès lors qu’elle n’est plus couplée à la notion de devoir. Le droit de tuer a un sens pour le relativiste, tandis que le devoir commanderait de sauver. Si l’on a le devoir de sauver, on n’a pas le droit de tuer. Dès lors que le droit est orphelin du devoir, le droit se transforme en bourreau.

Pourquoi est-ce qu’il n’y a aucune réflexion sur ces sujets pourtant si simples ?
La réflexion différencie l’homme de l’animal. Un homme qui ne réfléchit plus plonge progressivement vers la bestialité. La société du spectacle et des loisirs empêchent les individus de réfléchir collectivement. La plupart des adultes sont plongés dans une torpeur égoïste composée de consommation et de jeu. Un tel sujet de réflexion condamnerait le mal à reculer et ouvrirait la conscience de nombreux individus, qui, dès lors, n’hésiteraient pas à se rebeller contre ce système tyrannique. Le mal a besoin du mensonge pour survivre puisque celui-ci en est le terreau.

Quel est le rôle de la simplicité ?
Souvenons-nous des paroles de Jésus-Christ : « soyez simples comme la colombe et prudents comme le serpent ». La simplicité est intimement liée à la loi naturelle : le bien et le mal transparaissent grâce à la simplicité. Un individu qui recherche la complexité se perd rapidement dans le relativisme tandis qu’un homme simple se contente d’obéir aux règles millénaires. La rébellion pousse l’individu au mal tandis que l’obéissance le stabilise pour faire de lui une pierre angulaire. La prudence du serpent permet de conserver un regard éclairé sur le monde.

Est-ce que la complexité est ennemie du bien ?
Comme le dit l’adage, « le mieux est l’ennemi du bien ». Or, le transhumanisme est « un mieux ». Le transhumanisme découle logiquement d’une société dominée par la technologie. La technologie est composée de briques superposées. Chaque brique est complexe puisqu’elle est soumise à des règles algorithmiques, c’est-à-dire à une suite d’instructions précises permettant de résoudre un problème. La complexité d’une civilisation technologique empêche l’individu de se réaliser à l’intérieur de celle-ci puisqu’il n’en est plus le centre. Une civilisation complexe a besoin de robots et d’esclaves, pas d’êtres humains libres et réfléchis. Les multinationales, par exemple, s’opposent à l’artisanat. Ce n’est pas une multinationale qui peut répondre à des problématiques intelligibles. Au contraire, la multinationale sait répondre à des besoins complexes et industrialisés, bien loin de la simplicité, et, donc, du bien. L’artisanat, par conséquent, sait répondre à des besoins réalistes et limités dans le temps. La France d’autrefois était composée d’artisans. Cela permettait de nourrir la population locale et favorisait la construction cohésive du pays.

Questions pragmatiques

Que doit-on réformer dans l’éducation nationale ?
Absolument tout. Il faut former des professeurs responsables qui soient capables d’appréhender la morale chrétienne, les devoirs et les droits, le bien et le mal. À partir de là, ces professeurs agiront pour le bien des enfants et non pour répondre à un cahier des charges relativiste.

Est-ce un projet irréaliste ?
C’est un projet qui n’est pas utopique. Il est seulement impossible à mettre en œuvre dans une civilisation dominée par une technologie immorale. Les professeurs doivent être les artisans de la réussite. Une éducation saine peut être mise en œuvre dans un pays dominé par la simplicité.

Que doit enseigner le professeur ?
Le professeur doit enseigner le savoir-être avant le savoir-faire. Un enfant cadré est rassuré. Il peut ainsi donner le meilleur de lui-même puisqu’il perçoit que son entourage est sain. Le professeur doit être un modèle pour l’enfant et non un conteur d’histoires. La simplicité guérit une civilisation rongée par la complexité. Enseigner la morale, la grammaire, l’orthographe, la dictée et les mathématiques dans les écoles permettrait déjà de résoudre 90 % des problèmes actuels. Les matières pourraient se permettre d’être de plus en plus complexes au fil des classes puisque l’enseignement de base serait sain. La promotion des meilleurs se ferait au bénéfice de tous puisque chaque élève bénéficierait des avancées communes.

Comment gérer le recrutement des professeurs ?
Cette responsabilité incomberait aux communes. Il faudrait donner des règles globales qui pourraient être adaptées en fonction des besoins particuliers. Cela pourra se faire au moment opportun, lorsqu’il y aura suffisamment d’hommes capables de répondre aux besoins de la nation.

Comment garantir la réussite de l’enseignement avec peu de moyens ?
Il suffit de connaître l’histoire de France. Les missionnaires de saint Vincent de Paul, par exemple, n’avaient rien (« nous n’avons rien mais nous possédons tout en Dieu ») et pourtant ils parcouraient la France entière, avec peu de moyens matériels. Ils connaissent par cœur leurs itinéraires et possédaient l’intelligence du cœur. Ceci combiné à la foi, leurs missions d’évangélisation des travailleurs pauvres des champs furent une véritable réussite dans un siècle agricole. Il faut donner aux enseignants la même intelligence. Le confort endort la conscience et empêche toute activité qui demande des sacrifices. Le dépassement de soi ainsi qu’une saine réflexion collective sont une nécessité dans un pays pauvre ou ruiné. Les épreuves favorisent toujours une belle réussite lorsque l’on garde foi en Dieu.

Comment former de bons professeurs ?
C’est certainement un point crucial. Il faut qu’un gouvernement sincère et protecteur du Christianisme instaure la création d’une école de professeurs chrétiens. Les méthodes d’enseignement des professeurs ressembleraient certainement à celles de la France du XVIIe siècle. Contrairement à ce que l’on croit, à cette époque, l’enseignement était strict, encadré et de haut niveau. Le Christianisme élevait les âmes même si le niveau de vie général était plutôt bas et soumis aux aléas de la nature. L’inexistence de la technologie n’était pas un frein. Bien au contraire, chacun devait faire du mieux que possible avec le peu de moyen à sa disposition. La prière permettait d’obtenir de saintes inspirations. Saint Vincent de Paul ainsi que les saints en général en sont la preuve vivante.

Stéphane, 30 mai 2017
Blog la France Chrétienne

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2017/06/20/axe-de-reflexion-l-education-dans-la-nouvelle-france/

La victoire appartient aux catholiques

Saint Michel Archange

la_victoire_appartient_aux_catholiques_henri_v_de_la_croix_decalogue_edit_de_reconciliation_nouvelle_france

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un fidèle catholique ? Contrairement à ce que nous fait croire le système, un catholique est forcément apolitique. Il s’agit d’un véritable chrétien qui obéit aux commandements de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Il est donc inutile de vouloir assimiler le catholicisme à un courant politique particulier car ce serait l’inclure de force sur l’échiquier politico-maçonnique. Un bourgeois politique ne peut pas se dire catholique surtout s’il vit dans l’opulence, le mépris des pauvres, une orgueilleuse fierté, un confort indécent et l’apparence soignée des pharisiens tout en conservant un cœur souillé d’impuretés.

Le véritable catholique est chargé de rétablir l’ordre surnaturel qui découle du décalogue mosaïque et des commandements de Dieu que Jésus-Christ nous a lui-même précieusement légués avant Sa crucifixion. Ainsi, les actes mauvais doivent être officiellement condamnés et punis afin d’éloigner les individus du mal, tout en pardonnant individuellement ceux qui nous offensent. Les bonnes actions doivent être…

View original post 1 100 mots de plus

Une explication de la décadence au fil des siècles

François Hébert (13 septembre 1651, 21 août 1728) est un évêque français du XVIIIe siècle qui nous livre dans ses mémoires (mémoires du Curé de Versailles, aux éditions G. Girard, Paris, 1927) une passionnante explication de la décadence du Christianisme au fil des siècles. Voici l’une de ses magnifiques lettres qui reste inconnue du grand public. Lors de cette lecture, on se rend compte qu’une simple pièce de théâtre pouvait accélérer la décadence chrétienne entamée depuis le XIIIe siècle. Or, au XXIe siècle, nous sommes complètement saturés de films, spectacles et autres œuvres qui pervertissent tant les mœurs sans faire réagir quiconque. Cette lettre devrait être lue pour comprendre.

François (curé de Versailles) Hébert, Mémoires du curé de Versailles 1686-1704 (pages 113 à 217)

« Il y avait quelques autres personnes en petit nombre qui donnaient dans ces nouveautés [référent absent]. On y marquait entre les autres le sieur Racine, si connu par les pièces de théâtre dont il a été l’auteur. Il avait été élevé au Port-Royal-des-Champs dont nous venons de parler. Il était au service de quelques-uns de ces fameux directeurs qui lui trouvèrent beaucoup d’esprit et de la disposition à l’étude ; ils l’engagèrent de s’y appliquer : il y apprit les langues grecque et latine avec beaucoup de facilité et devint très habile ; on lui donna une grande teinture de la Sainte-Écriture, qu’il étudia avec application, et des ouvrages des Saints Pères et surtout de saint Augustin. Comme on s’occupait quelquefois au Port-Royal à autre chose qu’à ces études sérieuses de l’Écriture et des Pères et qu’on s’y divertissait quelquefois à faire des vers sur toute sorte de sujets, cela inspirait de l’émulation à ceux qui croyaient avoir le génie de la poésie pour se donner à ce genre d’écrire qui plaît davantage et qui coûte moins, ce que je dis sans vouloir faire injure à messieurs nos poètes. Ainsi vit-on sortir du Port-Royal, ou du moins leur furent-ils attribués, le poème de l’Onguent à la brûlure, le poème l’Entreprise des Jacobins sur le mont Valérien, les satires contre le formulaire et le Pape, contre feu M. de Péréfixe, sans compter ceux qui étaient plus dignes des prêtres, comme la Vie de Jésus-Christ en vers de M. Arnauld d’Andilly, la traduction des hymnes de l’Église et d’autres semblables ouvrages. Le sieur Racine se sentit pour lors réveiller en lui l’esprit poétique. Il fit des vers, il réussit, il fut approuvé. Ces premiers succès le firent penser à quitter la solitude pour avoir le moyen de faire valoir son talent, de se produire dans le monde, d’y faire fortune et de se faire beaucoup d’amis. Messieurs de Port-Royal furent très affligés de sa résolution, mais ils le furent bien davantage quand ils virent paraître ses premières pièces de théâtre, qui, de l’aveu de tout le monde, sont les plus tendres qu’on ait jamais faites en ce genre d’écrire. Ils étaient fort honteux qu’on sût dans le monde qu’il avait été leur élève et qu’on y dit qu’il avait cultivé son esprit et ses talents à Port-Royal, pour être ensuite en état de venir divertir le public par les pièces les plus galantes qu’on eût jamais entendues. Ils le regardaient comme un excommunié et comme un réprouvé, ils déploraient son sort dans la pensée que sa profession faisait un très grand déshonneur à leur corps et qu’on pouvait croire que, ayant été formé de leurs mains, ils s’appliquaient souvent eux-mêmes à composer d’autres livres que des ouvrages de piété. Cependant tout ce que les anciens amis de M. Racine lui dirent ou lui firent représenter ne le toucha pas beaucoup. Pendant plusieurs années, il s’occupa tout entier à composer des tragédies et quelques comédies et tant plus on y courait pour les admirer, tant plus Messieurs de Port-Royal en avaient de douleur et de confusion. Cependant, après un temps fort considérable, ce poète, se souvenant peut-être des premières instructions qu’on lui avait données, peut-être lassé de s’appliquer toujours, ou pour mieux dire, de perdre le meilleur temps de sa vie à travailler à des ouvrages si inutiles et si nuisibles et dommageables à la pureté des mœurs, peut-être aussi craignant qu’enfin sa réputation se diminuerait à proportion que le feu de l’âge se dissiperait et ne serait plus en état de continuer à faire toujours des pièces qui fussent également agréables au public, quitta cet emploi et résolut de s’appliquer à des choses plus sérieuses. Il y avait déjà quelque temps qu’il avait abandonné le théâtre, lorsque Mme de Maintenon, qui était dans le crédit que chacun sait, le fit venir à la Cour. Elle avait toujours aimé les gens d’esprit, en ayant infiniment elle-même ; elle avait connu Racine, elle fut bien aise de pouvoir l’entretenir quelquefois : la maison de Saint-Cyr, près de Versailles, qu’elle venait d’établir par les immenses libéralités du roi et dont nous aurons occasion de parler par la suite, lui donna celle d’employer le talent de ce fameux poète à des ouvrages de son métier.

Je ne sais qui put inspirer à cette illustre dame l’envie de faire représenter les pièces de théâtre à ces demoiselles qui y étaient élevées. Mais je suis persuadé qu’elle ne l’entreprit pas sans en avoir parlé à M. l’évêque de Chartres et MM. Tiberge et Brisacier, directeurs du Séminaire des Missions étrangères, qui avaient pour lors toute sa confiance. Quoiqu’en ce temps-là elle en eût en moi, elle ne me fit pas l’honneur de m’en parler : peut-être prévoyait-elle que je l’en aurais détournée, comme je travaillai ensuite à le faire.
M. Racine, ravi de trouver une occasion si favorable à se faire valoir à la cour et à y faire fortune, ne balança pas un moment à reprendre sa profession de poète, qu’il voyait très bien lui devoir être incomparablement plus avantageuse qu’elle ne l’avait été à Paris, où il avait travaillé longtemps et où il n’était pas devenu très riche.

Pour donner dans les sentiments de Mme de Maintenon, il composa la tragédie d’Esther, qui fut rendue publique par l’impression qu’on en fit faire et qui eut une très grande réputation. Elle fut très fréquemment représentée à Saint-Cyr ; le roi y assista plusieurs fois. Chacun faisait sa cour à cette dame en la suppliant de leur permettre d’y être admis, ce qu’elle accordait avec plaisir.

On vit plusieurs évêques qui, ayant été du nombre des suppliants pour avoir l’entrée dans la maison et une place dans la salle de la tragédie, furent du nombre des spectateurs et des admirateurs de cette pièce ; les religieux, plusieurs abbés, grand nombre de Pères de l’Oratoire, des jésuites furent aussi emportés que les autres à y être reçus. On ne parlait à la Cour que de cette nouvelle manière de faire des comédies innocentes généralement approuvées de tout le monde, et l’applaudissement général qu’on y donnait aurait fait trouver étrange qu’on eût paru avoir des vues et des sentiments contraires. Cependant, j’avais une vraie douleur de voir que les choses allassent si loin et j’attendais une occasion favorable de pouvoir l’expliquer sur ces représentations de théâtre dans une communauté destinée à donner une éducation chrétienne à de jeunes demoiselles.

Il s’en présenta une sans l’avoir recherchée et, sans presque rien dire, j’eus le moyen de faire connaître ce que j’en pensais et ce que je croyais qu’on en dût penser. Car, pendant qu’on était le plus engoué à la Cour de cette tragédie, on fit à l’ordinaire l’assemblée des Dames de la Charité, qu’on a coutume de tenir une fois le mois et à laquelle assistent fort régulièrement les dames de la cour les plus distinguées. Mme de Maintenon, qui n’en manque aucune, se trouva des premières à celle dont je parle. Comme ces dames, avant l’exhortation qu’on y fait, s’entretiennent de toute sorte d’affaires qui se passent à la Cour, le discours tomba aussitôt sur la pièce d’Esther ; on ne pouvait assez la louer, on en disait les choses du monde les plus jolies, chacun enchérissait sur ce qui avait été dit par d’autres, et on ne croyait pas, à les entendre toutes discourir sur la tragédie d’Esther, qu’on pût jamais lui donner assez d’éloges. On n’épargnait pas aussi les louanges qu’on donnait à toutes les jeunes demoiselles qui y faisaient quelques personnages ; on les comparait pour la déclamation aux plus renommées de toutes les comédiennes du temps et on les mettait infiniment au-dessus de toutes celles qui avaient le plus brillé sur le théâtre par le bon air qu’elles avaient, la noblesse qui s’y faisait paraître, leur bonne mine, leur beauté, leur taille et tout l’agrément de leurs personnes.

On prodiguait surtout des éloges en faveur de Mme la marquise de Caylus, nièce de Mme de Maintenon ; on disait que jamais personne n’avait fait de meilleure grâce un personnage semblable à celui qu’elle représentait dans la tragédie d’Esther. Je ne disais rien pendant cette conversation qui fut très longue, et je pensais seulement en moi-même ce que j’aurais répondu si j’avais été interrogé ou si je pouvais trouver le moyen de parler, lorsque Mme de Maintenon, après avoir rapporté le nom de ceux du clergé soit régulier, soit séculier, qui y avaient assisté ou qui devaient y avoir une place après l’avoir fort sollicitée l’après-midi de ce jour-là même, elle m’adressa la parole et me dit d’un air fort gracieux, qui lui était si naturel : « il n’y a plus que vous, Monsieur, qui n’ayez pas encore assisté à cette pièce. N’y viendrez-vous pas bientôt ? »

À cela, je me levai et lui fis une grande révérence. Elle comprit bien, et toutes les dames qui étaient présentes, ce que mon silence voulait dire, et je ne crus pas devoir pour lors m’expliquer, que de cette manière qui en disait beaucoup plus que tous les discours que j’aurais pu tenir devant des personnes si prévenues en faveur de cette pièce et que, quand elles n’auraient point eu d’autre raison que celle de faire leur cour, la seule politique qui règne fort en ce pays leur persuadait d’approuver.

Cependant je vis peu après que Mme de Maintenon cherchait à me faire parler ou à m’engager d’assister ce jour-là à cette tragédie, car, ayant parlé du Père de Chauvigny, de l’Oratoire, célèbre pour sa piété, connu par ses bonnes œuvres et qui était pour lors un vénérable vieillard, s’adressant encore à moi, me fit la même proposition, y ajoutant que je voudrais bien y aller en si bonne compagnie. Il fallut pour lors répondre sans biaiser, puisqu’on ne se contentait pas de mon premier silence, qui, comme je le pensais, en avait dit plus que je n’aurais pu faire par mes paroles. Ainsi, en gardant le respect que je devais à cette illustre dame et ne pouvant me résoudre à trahir mes véritables sentiments, ce qui ne convient jamais à un ministre de Jésus-Christ et encore moins à un pasteur, je lui dis que je la suppliais très humblement de m’en dispenser, ayant de très fortes raisons de lui demander cette grâce. Après quoi, on n’en parla plus, ces dames se contentant de se regarder et de jeter sur moi quelques œillades, surprises d’un pareil compliment, ne pouvant comprendre que, tant de personnes de tous états faisant paraître de si grands empressements pour obtenir la grâce d’y assister et qui était refusée à plusieurs, j’eusse moi seul pris la liberté de ne pas l’accepter en si bonne compagnie, lorsque, sans avoir fait paraître le moindre de désir de m’y trouver, on me l’offrait avec une si grande distinction.

Cependant je fis mon exhortation à mon ordinaire et, dès qu’elle fut achevée et qu’on se retirait, quelques dames, et en particulier Mmes les duchesses de Chevreuse et de Beauvillier, qui étaient beaucoup plus estimables par la grande piété dont elles avaient toujours fait une profession ouverte à la Cour que par le rang qu’elles y tenaient, m’abordèrent et, par les intérêts qu’elles voulaient bien prendre à tout ce qui me regardait, me parlèrent avec beaucoup d’épanchement de cœur et de confiance de ce refus public que je venais de faire.

– Savez-vous bien, Monsieur, me dirent-elles, que vous avez fort mortifié Mme de Maintenon de n’avoir pas accepté l’offre qu’elle vous a faite, croyant vous faire beaucoup de plaisir ? Vous savez que tout le monde s’empresse de lui faire sa cour en lui demandant comme une grâce très particulière la permission d’assister à la tragédie d’Esther, et vous seul, vous y invitant de la manière du monde la plus honnête, non seulement le refusez, mais vous marquez avoir des raisons de ne pas approuver en cela sa conduite !

N’avez-vous pas peur que, par un refus si public et si extraordinaire, elle n’ait lieu de penser que vous avez des sentiments outrés sur la morale, puisque même plusieurs évêques et personnes de piété y assistent et qu’il semble par-là que vous condamniez leur complaisance ? D’ailleurs, ne pouvez-vous pas craindre que Mme de Maintenon ne diminue la confiance qu’elle a en vous et qu’ensuite vous soyez hors d’état de faire tout le bien que vous pourriez, étant appuyé de son crédit ? Le Roi aura aussi les mêmes sentiments qu’elle : il nous paraît que vous devez y faire réflexion et passer par-dessus vos scrupules et vous trouver comme les autres personnes du clergé à cette tragédie.

Je me mis un peu à sourire et, après avoir remercié ces dames pour leur bonne volonté à mon égard et leur avoir témoigné ma reconnaissance, je leur fis entendre que je ne pouvais suivre leurs conseils, ayant des raisons très fortes de ne m’y pas rendre. – Mais afin, Mesdames, que vous puissiez connaître que ce n’est point par entêtement ni par attachement à mes sentiments que je prends ce parti, je m’offre de vous rendre compte des raisons que j’ai d’agir comme j’ai fait, en présence de personnes très éclairées, et, dès ce soir, j’aurai l’honneur d’aller chez vous et je ne veux point d’autre juge de ma conduite que M. le duc de Chevreuse, ou M. le duc de Beauvillier, et je vous assure que, s’ils sont d’un sentiment contraire au mien, après leur avoir exposé ce que j’en pense, je me rendrai très volontiers à leurs sages avis.

Elles ne parurent point approuver ce parti. Je me rendis à l’appartement de M. le duc de Chevreuse, et j’expliquai fort naturellement mes sentiments en ces termes :

– Vous pouvez bien croire qu’il faut que j’aie de puissantes raisons pour n’avoir accepté l’offre qui m’a été faite de la manière du monde la plus agréable et la plus honnête. J’ai toute la déférence possible et très respectueuse pour Mme de Maintenon, mais je suis persuadé que mon devoir et mon ministère doivent l’emporter en moi sur toute autre considération. Vous n’ignorez pas, puisque vous êtes si exacts à assister à mes prônes, que je déclame souvent contre les spectacles, ce que je fais aussi dans nos assemblées des Dames de la Charité, lorsque l’occasion s’en présente, et il n’y a personne qui ne sache à la cour que je suis très opposé à ces sortes de divertissements, que j’ai toujours été très fortement persuadé être absolument contraires à la piété et à l’esprit du christianisme.

Si j’assiste à cette tragédie de Saint-Cyr, le peuple qui m’a entendu si souvent prêcher contre les comédies n’aurait-il pas sujet d’être très mal édifié de ma conduite ? Il ne distinguera pas cette pièce de celles qui sont représentées par les autres comédiens ; il se persuadera qu’il faut qu’il n’y ait pas de mal d’assister à ces sortes de spectacles puisqu’on y aura vu m’y trouver, et on croira pour lors beaucoup à mes actions qu’à mes paroles, ou bien on aura sujet de dire que j’approuve par ma conduite ce que je condamne dans mes discours. La réputation d’un ministre de Jésus-Christ est trop délicate et lui est trop nécessaire pour la risquer pour si peu de chose, pour un léger divertissement de quelques heures et par un pur motif de complaisance. Croyez-vous d’ailleurs qu’il soit fort décent à des personnes de notre caractère d’assister à une tragédie représentée par des jeunes filles fort bien faites et qu’on ne peut, pour lors, se défendre de regarder pendant des heures entières ? N’est-ce pas s’exposer à des tentations et le peut-on faire en conscience ? Sur cela, je vous dirai franchement que quelques courtisans m’ont avoué que la vue de ces jeunes demoiselles faisait de très vives impressions sur leurs cœurs, que, sachant qu’elles étaient sages, ils en étaient incomparablement plus touchés que de la vue des comédiennes qui ne laissaient pas que d’être pour eux des occasions de chute, quoi qu’ils ne doutassent point que souvent elles étaient d’une vie très déréglée.

Je leur ajoutai que je ne pouvais pas sans ces raisons générales ne pas condamner en soi ces sortes de représentations, comme très pernicieuses à ces jeunes demoiselles, à qui on désirait de donner une bonne éducation ; car quel doit être, disais-je le principal soin qu’on doit avoir et la fin la plus raisonnable qu’on se doit proposer dans l’instruction des jeunes filles, sinon de les porter à une très grande pureté de mœurs, à conserver leur pudeur en toutes occasions et les éloigner de tout ce qui peut y être un tant soit peu contraire. C’est pour cela qu’on les élève dans des maisons retirées, qu’on les enferme de bonne heure dans des couvents, qu’on veille de si près sur leurs actions, qu’on empêche qu’elles ne soient vues des hommes et qu’elles ne prennent du goût dans leur compagnie. On détruit donc ce qu’on veut faire en elles d’un autre côté quand on les fait monter sur un théâtre à la vue de toute sorte de personnes de la Cour. On leur ôte par ce moyen cette honte modeste qui les retient dans leur devoir, car une fille qui a fait un personnage de comédie aura beaucoup moins de peine à parler tête à tête à un homme ayant pris sur elle de paraître tête levée devant plusieurs.

D’ailleurs, on sait combien la vanité est le vice dominant de leur sexe et en même tps combien il leur est dangereux d’être louées sur leur beauté, leur bonne grâce et leur belle taille. Cependant elles n’entendent rien que des louanges, que des applaudissements, dont les gens de la Cour qui assistent à ces spectacles qui leur plaisent sont très prodigues. Quel orgueil ne peut point inspirer à ces jeunes personnes la connaissance qu’elles n’ont que trop qu’elles ont contenté tout le monde, qu’on s’empresse de les entendre, qu’elles ont eu l’avantage de déclamer devant le roi qui en a été fort satisfait et toute la cour à qui elles ont été agréables ! Qu’il est difficile à quelque personne que ce puisse être de ne pas succomber à une tentation si dangereuse ! Car, si on y est très exposé quand on prêche devant son souverain et en présence de sa Cour lorsqu’on y est très applaudi et que souvent, en exerçant un si saint ministère dans lequel on doit combattre les passions et la cupidité, on est vaincu par cet orgueil secret qui donne de la complaisance sur les heureux succès qu’on a pu avoir, combien plus doivent être combattues par ces mouvements de vanité des jeunes filles peu en garde contre une passion qui leur est si naturelle et sur lesquelles les grandes maximes de la religion et de l’Évangile n’ont pas encore fait d’assez fortes impressions pour les préserver contre un ennemi qui entre dans le cœur avec tant d’agrément et qu’il est ensuite si difficile de vaincre.

J’ajoute que, si on peut permettre à de jeunes garçons dans le collège de s’exercer dans des tragédies à la déclamation, on ne doit pas se servir de cet exemple pour l’autoriser parmi les jeunes filles, car enfin les écoliers sont destinés pour remplir un jour dans l’Église ou dans la robe des emplois qui les obligent de parler en public, et qu’ainsi il est à proposer de les exercer de bonne heure à ces sortes de fonctions en leur faisant vaincre la peine que plusieurs ont naturellement de paraître en public, au lieu que les filles, devant pour être sages aimer la retraite et leurs maisons, doivent éviter de se faire voir et demeurer cachées.

De quelle utilité peuvent donc être ces sortes de tragédies dans les maisons desquelles on ne doit leur enseigner que les principes d’une piété très solide, la fuite du monde, l’horreur des maximes du siècle, le mépris des louanges et l’éloignement de tout ce qui peut être tant soit peu contraire à la pudeur qui doit toujours accompagner toutes leurs actions et leur conduite ?

Je vois encore dans ces sortes d’occasions plusieurs autres inconvénients très considérables, tels que sont la perte d’un temps infini, qu’elles emploient à apprendre leur rôle ; les distractions continuelles que le souvenir de leurs vers leur fournit, étant très rare qu’elles ne les repassent sans cesse dans leur mémoire dans le temps qu’elles ne devraient s’occuper qu’à leurs prières ou lectures publiques qu’on leur fait ou aux instructions qu’on leur donne ; la joie secrète que celles qui sont choisies pour actrices ont d’être préférées aux autres, se persuadant que leur mérite y a beaucoup plus de part que toute autre considération ; le mépris secret qu’elles font des autres, sur qui on n’a pas jeté les yeux pour leur donner des personnages ; la jalousie de celles-ci contre les autres, croyant qu’on leur a fait injustice, sans parler des airs de hauteur que celles qui ont réussi se donnent et d’un autre côté des moqueries de leurs compagnes qui veulent avoir le plaisir malin de les censurer et de se dédommager par-là de n’avoir pas été du nombre de celles sur qui le choix est tombé.

J’ajouterai à toutes ces raisons une autre qui ne me frappe pas moins que celles que j’ai marquées. Tous les couvents ont les yeux arrêtés sur la maison de Saint-Cyr. Les filles naturellement curieuses désirent passionnément de s’informer de tout ce qui s’y fait. Elles seront ravies dans plusieurs abbayes et autres monastères de filles d’imiter une chose qu’elles verront être au gré du Roi, de toute la Cour, et d’une infinité d’honnêtes gens. Vous verrez qu’en peu de temps cet usage va s’introduire dans ces maisons religieuses, qu’on invitera toute sorte de personnes à s’y trouver, qu’on se croira fort autorisé par l’exemple de Saint-Cyr ; et de là, comprenez quels pourront être les maux qui en arriveront.

Au reste, il serait inutile de dire que saint François de Sales permet aux religieuses de la Visitation de représenter quelquefois des pièces de dévotion, car ce grand saint, pour donner de temps en temps quelques relâchements à ses chères filles, ne leur a permis ce petit divertissement qu’à condition que ce serait entre elles seules qu’elles pourraient le prendre et que cela se ferait dans l’intérieur de leur maison, où personne qu’elles ne pourrait s’y trouver, ce qui assurément est fort différent de la manière que nous le voyons faire à Saint-Cyr, où on peut dire que c’est un spectacle public qu’on y donne au public.

Ces raisons et d’autres que j’omets convainquirent les personnes à qui je parlais de la conduite que j’avais tenue en n’acceptant point l’offre si obligeante qu’on m’avait faite en si bonne compagnie. Mais comme tout ceci se passa en secret, cela ne put pas encore contribuer à faire cesser ou rompre ce qui avait été commencé.

Le succès même de cette pièce d’Esther donna un si grand goût pour ces sortes de pièces de théâtre qu’on engagea le sieur Racine d’en faire une nouvelle, qui fut l’histoire d’Athalie. Elle ne fut pas représentée autant de fois que la première. J’eus occasion d’entretenir M. l’évêque de Chartes à fond de cette affaire : il se rendit à mes raisons et, sans se trop expliquer, il s’en servit par la suite pour abolir entièrement ce mauvais usage, qui, comme je l’avais prévu, s’était déjà introduit à l’exemple de Saint-Cyr dans plusieurs couvents et abbayes. »

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2017/05/18/une-explication-de-la-decadence-au-fil-des-siecles/

Continuons l’oeuvre de saint Vincent de Paul

Saint Vincent de Paul a créé la Congrégation de la Mission suite à une intuition divine. Son œuvre providentielle a contribué à rétablir la paix là où il passait, dans un XVIIe siècle en guerre. La Mission a amélioré à la fois la condition matérielle et spirituelle des pauvres travailleurs des champs. Ses œuvres charitables furent si gigantesques, dans son siècle perturbé par toutes sortes de drames, qu’elles perdurent encore de nos jours.

D’ici quelque temps, la situation sera extrêmement difficile dans toute l’Europe. Il faudra des missionnaires du Sacré-Cœur pour sauver la France puisque celle-ci va énormément souffrir. Anticipons cette terrible époque. Il nous faut travailler d’un point de vue spirituel dès ce jour pour être en mesure d’affronter cet épisode chaotique : voici un extrait de ces sublimes œuvres réalisées pendant les missions.

« Les missions populaires »

Saint Vincent a donné à la Congrégation des vertus dynamiques, pour le service, c’est-à-dire, en fonction de la mission :

– L’humilité qui est disponibilité à l’œuvre de Dieu, attire la grâce, prépare la route pour les autres vertus, nous met sous la souveraineté de Dieu pour réaliser son projet ;
– La simplicité : grâce à cette vertu le missionnaire devient « parole », c’est-à-dire capable de se faire comprendre, obtient la conversion des cœurs et non l’estime des hommes ;
– La charité gagne les cœurs. Pour cela, il défendait (interdisait) polémiques et controverses, surtout contre les hérétiques : c’est la grâce qui convertit non les raisonnements ou l’argumentation. Il voulait les missionnaires très unis car l’union procure la paix, fait aimer la vocation. Sans elle les œuvres sont compromises ;
– La prudence, surtout dans les questions touchant le sixième commandement (luxurieux point ne seras de corps ni de consentement) ;
– L’esprit de prière : Dieu abandonne celui qui laisse la prière. Le missionnaire doit être un homme aimant la prière afin de s’unir au Dieu qu’il doit annoncer.

Cette communauté, composée « d’hommes apostoliques » voulait que tous, donc mêmes les frères, par le « quatrième vœu » soient engagés dans un service apostolique : « Instruire les peuples des champs, voilà où nous sommes appelés. Oui, Notre-Seigneur demande de nous que nous évangélisions les pauvres : voilà ce qu’il a fait et ce qu’il veut continuer de faire par nous. »

Cela comporte :

Une façon de vivre, à savoir la gratuité :
Vincent a toujours considéré la gratuité comme un rempart pour la communauté. De même que les capucins sont obligés de vivre d’aumônes, ainsi les missionnaires doivent prêcher gratuitement. Tandis que Grignion de Montfort voulait que ses missionnaires aillent prêcher sans rien emporter, Vincent voulait que chaque maison ait des rentes suffisantes pour le vivre, le logement, les voyages et les dépenses diverses des missionnaires. Par là, les missionnaires ne pesaient pas sur les paroisses, ils évitaient que les curés prennent prétexte pour refuser la mission et se tenaient éloignés de toute avidité.
Une façon de parler, à savoir « la petite méthode ». Selon Vincent, cette méthode vient de Dieu, elle est conforme à la façon de prêcher du Fils de Dieu et d’Apôtres. D’où, simplicité de fond, de forme et de ton, évitant les longues prédications, les comparaisons obscures, les paroles ardues et difficiles à comprendre. La « prédication à la missionnaire » était un style, une façon de se revêtir humblement des habits de l’évangélisateur, une série de thèmes pour gagner les auditeurs. Par cette méthode, Vincent voulait que le missionnaire devienne voix de la Parole qui sauve pour faire naître l’Église des âmes.
Une façon d’être ensemble : « l’équipe missionnaire »
Le travail missionnaire n’était pas le fait de personnes individuelles, mais d’un groupe composé d’un directeur, qui avait habituellement la charge de la prédication des principes, deux ou trois missionnaires pour la doctrine et les confessions, et un frère pour la cuisine et les services domestiques.

Le travail fatiguait énormément. Les missionnaires étaient absents de la maison à peu près six mois (de la Toussaint au début de l’été, hors des temps des travaux des champs), fatigués par les voyages, la prédication, les confessions, au milieu des désagréments de toutes sortes.

Les voyages

C’était toujours un problème. Voyager était un risque à cause des routes, très mauvaises et mal signalées, des logements le long des voyages, des situations climatiques. N’oublions pas que les missionnaires se mettaient en route à la saison où les paysans restaient à la maison, à la pire des saisons, entre novembre et mai.

Après avoir reçu la bénédiction du supérieur, fait la visite au saint sacrement, commençait le voyage. Il se faisait à pied, parfois à cheval ou avec les moyens de transports (chars, carrosses, bateaux). Ils devaient voyager deux par deux, dans le recueillement et après avoir récité « l’itinéraire », parler de façon calme, évitant trop de familiarité avec les gens.

Aux étapes, ils devaient visiter le saint sacrement, catéchiser les pauvres et les serveurs des auberges, ne pas scandaliser les hôtes et manger avec sobriété.

Arrivés dans le diocèse, ils devaient rendre visite à l’évêque et obtenir son mandat pour le montrer au curé.

Le but de la mission

Arrivés en vue du lieu où les missionnaires devaient être annonciateurs du Salut, leur premier geste était de saluer les anges gardiens et s’approcher du village en récitant les litanies des saints.

La première visite était pour le curé à qui ils devaient montrer le mandat de l’évêque, demander sa permission et sa bénédiction. S’ils recevaient un refus, ils devaient alors s’en aller en paix.

Le directeur devait chercher le logement et assigner à chacun son lit et son confessionnal. Il s’informait ensuite de la situation de la paroisse : sa ferveur, les situations les plus courantes, demandant conseil et informations au curé et aux gens de bien, c’est-à-dire aux personnes les plus influentes et les mieux informées de l’endroit.

Les exercices de la mission

La mission se déroulait ensuite dans un ensemble de prédications, de confessions, de célébrations, le tout bien dosé. Les exercices n’étaient pas imposés. Une certaine souplesse permettait des adaptations aux situations concrètes, pour des villages trop petits ou pour un nombre réduit de missionnaires. On ne prévoyait pas la même participation des fidèles à tous les moments. On pouvait admettre que dans une même famille, certains membres écoutent les prédications le matin et d’autres le soir. Le critère était l’efficacité pastorale. On faisait attention à éviter l’excès contraire : fatiguer les gens par une prédication trop longue.

Pour ce qui concerne le déroulement de la prédication missionnaire elle était basée sur deux piliers fondamentaux :

Le premier était la prédication de fond. Un astucieux plan préparait graduellement la population à accueillir les thèmes de la miséricorde, de la réconciliation, des restitutions, qui constituaient le nerf de toute la mission, Certains prédicateurs s’aidaient de leurs ressources oratoires ; d’autres usaient d’éléments théâtraux, montrant une tête de mort ou faisant une procession du Christ mort ou de la Vierge douloureuse. Tout cela était absent de la tradition de la Mission qui, tout au contraire, grâce à la petite méthode, avait un instrument souple et facile pour une proposition crédible et séduisante.

Le sermon qui se faisait le matin très tôt, avant que les paysans n’aillent au travail, était confié au missionnaire le plus expérimenté. Après la messe, le prédicateur montait en chaire et présentait le sujet qu’il développait selon les trois points de la « petite méthode » : nature, motifs, moyens.

Les sujets étaient les suivants :

1. Sermon pouvant servir pour annoncer la mission quelques semaines avant le début de la mission
2. Le salut
3. La pénitence
4. Examen de la conscience
5. L’examen des péchés
6. Le péché
7. La Parole de Dieu
8. La contrition
9. La confession ordinaire
10. La confession générale
11. La mort
12. Le jugement particulier
13. Le bon propos
14. La mort des pécheurs
15. L’ivrognerie
16. Sur le fait de cacher ses péchés par la honte
17. Les commandements de Dieu
18. La foi
19. Le jugement dernier
20. Les peines corporelles de l’enfer
21. Les peines spirituelles de l’enfer
22. L’espérance
23. Le serment
24. Le blasphème
25. La sanctification des dimanches
26. Le respect dû aux églises
27. Les bonnes œuvres
28. Le sacrement de mariage
29. Les devoirs des enfants envers leurs parents
30. Les devoirs des patrons et des patronnes
31. Les devoirs des serviteurs et des servantes
32. Les devoirs des pères et mères envers leurs enfants
33. La colère
34. Les époux
35. L’amour de Dieu
36. La prière
37. L’amour des ennemis
38. L’amour du prochain
39. La fuite des occasions
40. Le vol
41. La restitution
42. Le rejet de la pénitence
43. La satisfaction
44. La médisance
45. Le scandale
46. Le paradis
47. La communion sacrilège
48. La dévotion à la Vierge
49. Les affections déréglées
50. La pratique chrétienne
51. Le sixième commandement
52. La rechute
53. Le fruit de la Communion
54. Le retour de la procession
55. La persévérance

Le second exercice était le catéchisme, pour lequel Vincent avait une véritable passion. Il était convaincu qu’une âme qui ne connaît pas Dieu, qui ne sait pas ce que Dieu a fait pour elle, ne peut ni croire, ni espérer, ni aimer. Dans une lettre à Lambert aux Couteaux, Vincent dit que le fruit de la mission se tire surtout du catéchisme. Ses maîtres, selon Dodin, avaient été l’oratorien Jacques Gastaud (ou Gasteau, mort en 1628) qui lui avait appris la simplicité dans la prédication, Adrien Bourdoise (1655), le bouillant curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dont il avait retenu l’efficacité des instruments rapides comme petits fascicules imprimés, César de Bus et saint François de Sales.
Mais quel est donc le catéchisme enseigné ? Saint Vincent parle d’un catéchisme dans une lettre Jean Martin. L’assemblée de 1668 recommanda aux missionnaires de se servir de « notre catéchisme ». Celui-ci a été identifié dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, mais sans preuves suffisantes.

L’exercice du catéchisme était divisé en grand et petit, selon qu’il s’adressait aux adultes ou aux enfants.

Le petit catéchisme avait lieu l’après-midi entre 13 et 14 heures, pour les enfants. Il commençait par une instruction très familière faite par un missionnaire, sans se servir de la chaire. La méthode était le dialogue. On mettait les enfants à leur aise par des questions, cherchant à les intéresser avec de petites récompenses, comme des chapelets ou images. On y instruisait les participants sur l’unité de la Trinité, sur l’Incarnation, le péché, la pénitence, les commandements, la préparation à la communion. On y enseignait aussi les prières, on chantait les commandements, on récitait le Credo et le Pater.

La créativité pastorale avait suggéré à certains missionnaires d’utiliser des tableaux illustrés ou le dialogue entre missionnaires ou avec un enfant plus éveillé. Ce dialogue était repris dans le grand catéchisme pour étonner les adultes.
Le catéchisme pour les adultes ou « grand catéchisme » avait lieu le soir, vers 18 heures, au retour du travail. Il était introduit par des cantiques et se terminait par la prière du soir. Celui qui en était chargé montait en chaire et commençait par interroger un enfant et la récapitulation de la leçon précédente. L’efficacité de cette façon de faire se manifeste dans la conversion d’un protestant à Marchais. Un huguenot, très proche de la foi catholique, ressentait des difficultés à propos de la vénération des images. Il était question d’une statue de la Sainte Vierge. Vincent interrogea un enfant. Celui-ci exposa avec tant de clarté la doctrine catholique du culte des images que le protestant en demeura confus et convaincu. Les sujets étaient ceux du catéchisme romain. On y parlait de la doctrine chrétienne, de la foi, des principaux mystères (Trinité, Incarnation, Eucharistie), des commandements. On y expliquait même si le temps ne pressait pas trop, de façon analytique, le symbole des Apôtres ou le Pater. Vers la fin, on commentait un petit texte imprimé qui était distribué, l’Exercice du chrétien.
L’utilisation des registres n’a pas permis de résoudre les questions qui se posent sur le déroulement effectif des thèmes. Nous possédons les sermons publiés par Jeanmaire en 1859, comme Sermons de saint Vincent de Paul. Dans de nombreuses maisons on a conservé des cahiers des missionnaires. Le travail qui reste à faire est encore immense. Sur les contenus de la mission il faut observer que les auditeurs étaient fondamentalement des croyants, mais « ignorants » et peu ou mal pratiquants.

En conséquence ils devaient être instruits,
-sur les rudiments de la foi,
-sur les principaux éléments de la pratique. »

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2017/06/21/continuons-l-oeuvre-de-saint-vincent-de-paul/