Les deux chemins

Un voyageur se trouva un jour dans un grand embarras. Deux chemins se présentèrent à lui, sans que rien lui indiquât lequel il devait prendre. L’un de ces chemins paraissait facile et gracieux : c’était un tapis de verdure bordé d’arbres qui formaient un agréable ombrage ; des prairies émaillées de fleurs, des champs couverts de moissons, des coteaux couronnés de vignes offraient une perspective charmante. L’autre chemin, au contraire, n’avait rien que de rebutant : sombre, tortueux, embarrassé de ronces et d’épines, rempli de fange, et rompu en beaucoup d’endroits, sa vue seule détournait de s’y engager.

Notre voyageur, après avoir délibéré quelque temps, se décida pour celui qui lui promettait une route plus agréable. Il était près d’y entrer, lorsqu’un vieillard respectable dont l’air majestueux inspirait la confiance, s’avança vers lui avec précipitation, en lui criant :
« Gardez-vous bien de prendre ce chemin ; vous vous égareriez infailliblement dans ses détours, et vous tomberiez entre les mains des brigands dont il est infesté. L’autre chemin vous épouvante ; il est vrai qu’il est rude et difficile mais il vous conduira sûrement et sans aucun risque au terme que vous vous proposez. »

Que fera notre voyageur ? Doit-il en croire ce vieillard sur sa parole, et contre toutes les apparences ? N’a-t-il pas lieu de craindre qu’il ne veuille le tromper, ou qu’il ne se soit trompé lui-même ? Dans cette situation embarrassante, voici comme il raisonna :
« Le rapport de ce vieillard est vrai ou faux ; s’il est faux, et que je prenne le mauvais chemin qu’il m’indique, peut-être, après m’être fatigué dans une route désagréable et incommode, serai-je obligé de revenir sur mes pas. Je ne risque rien de plus. Mais si son rapport est vrai, en prenant l’autre chemin, je cours évidemment à ma perte. Le parti le plus sûr est donc de suivre l’avis de cet homme vénérable. »

Ce raisonnement le décida. Il s’engagea dans le chemin dont les abords étaient si effrayants, et il eut lieu de s’en féliciter. Deux chemins se présentent pareillement à l’homme pendant le pèlerinage qu’il fait sur la terre : celui de la vertu et celui du vice. Le premier paraît hérissé d’épines, le second paraît jonché de fleurs. Un jeune homme, animé par ses passions naissantes, est naturellement porté à préférer celui qui lui promet le plus d’agrément ; mais au moment où il est près de s’y engager, la Religion fait entendre sa voix, et lui dit :
« Ce chemin qui vous enchante aboutit à un précipice affreux où vous périrez infailliblement : l’autre, au contraire, dont la vue vous effraie, conduit à un séjour délicieux où vous jouirez d’un bonheur parfait. »

Que doit faire ce jeune homme ? Imiter le voyageur de notre parabole, et raisonner ainsi :
« Ou la Religion me trompe, ou elle ne me trompe pas. Si elle me trompe : en suivant le chemin de la vertu, je me gênerai, je me contraindrai, je me priverai pendant la courte durée de cette vie, de bien des plaisirs que j’aurais pu goûter : voilà tout ce que je risque. Mais si la Religion ne me trompe pas : en suivant le chemin du vice, je vais moi-même me précipiter dans un abîme qui m’engloutira sans retour. Quand donc je pourrais douter légitimement si ce que la Religion me déclare est vrai ou faux, le parti le plus sûr pour moi serait toujours de marcher dans le sentier de la vertu. »

Voilà ce que tout homme prudent devrait conclure, même dans le cas d’un doute bien fondé. À plus forte raison devons-nous tirer la même conclusion, nous qui savons avec toute la certitude possible, que tout ce que la Religion nous enseigne est la vérité même.

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