Extrait du livre « de la gnose au transhumanisme »

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L’histoire de la Gnose

Avant le Christianisme

Le monde avant le Christ était plongé dans la violence des ténèbres. La force physique prévalait sur toutes les vertus de l’esprit. L’humanité était donc en proie à la violence animale qui se décuple lorsque les pulsions ne sont pas maîtrisées par l’esprit. La Rome antique avec ses empereurs païens et tyranniques sont la représentation matérielle de cette cruauté. L’empereur se définissait comme le maître de la civilisation qui devait être adoré à l’image d’une idole païenne. La cruauté d’un tel dominateur était limitée à son caractère et à sa capacité d’imagination. Autant dire que lorsqu’un tyran s’érigeait à la tête d’un tel empire, l’ensemble des organes de la civilisation se mettait au service de sa cruauté.

Pour nous donner une idée de l’horreur de la condition des esclaves féminins au temps de la Rome païenne, découvrons un texte de Gougenot des Mousseaux.

L’esclavage des femmes sous Rome

La réalité vient encore ici briser une à une toutes nos illusions. Un caprice cruel et sanguinaire constituait le fond de l’humeur des dames romaines. Cela était vrai surtout aux heures critiques consacrées à réparer les oublis de la nature ou les injures des ans. Blasées sur les assassinats du cirque et de l’amphithéâtre, endurcies dès l’enfance au spectacle des punitions sanglantes infligées aux esclaves, ces douces matrones faisaient peser sur leur entourage ces petites et lâches vengeances dont les plus frivoles contrariétés faisaient bouillir en leur sang le désir. Malheur à ces pauvres esclaves, si le billet galant, attendu avec anxiété le matin, laissait s’écouler en vain l’heure cruelle de l’attente ! Si l’intrigue, habilement ourdie, mais dérangée sur sa route par les caprices de l’imprévu, venait à se délier sans résultat ; si le rendez-vous, donné dans le temple d’Isis, sanctuaire des turpitudes de l’adultère (Vouer chasteté à Isis pour tant de nuits pendant lesquelles on se livrait à la débauche), n’avait pu s’accomplir qu’en promesses et en vœux. Malheur à elles, enfin, si le miroir, dans sa franchise brutale, décelait de nouvelles et fâcheuses floraisons sur le visage de la maîtresse, ou bien une de ces altérations subites que la débauche y empreint, comme un témoin de son passage.

Dans les maisons de haut parage, plus de deux cents esclaves, attachées au service personnel de la matrone, expiaient le malheur de leur condition en payant de leurs larmes et de leur sang tout incident qui provoquait la quinteuse et farouche humeur du despote féminin. C’était dépouillées jusqu’à la ceinture qu’elles approchaient de leurs maîtresses, soit à l’heure de la toilette, soit au moment où elles recevaient l’ordre de comparaître pour se prêter aux corrections, dont l’instrument vulgaire était un fouet de fil d’archal garni à ses extrémités de nœuds ou de petites boules de métal. Des épingles, longues de plusieurs pouces, jouaient un rôle habituel dans ces vengeances de la coquetterie ; et lorsqu’une boucle importune persistait à contrarier l’aspect qu’elles prétendaient imposer à leur visage, ces fières matrones ne parvenaient à calmer leur impatience qu’en les dardant au sein ou dans les bras de leur coiffeuse.

Ovide, ce trop savant conseiller des belles, leur donne l’avis de maîtriser leur cruauté et leur emportement lorsque l’œil de l’amant suit les progrès de leur toilette. Que ton esclave alors n’ait rien à craindre de tes ongles ! Je hais l’humeur sanguinaire qui lui perce le bras avec des épingles !… Lalage, dit Martial, jette le miroir à la tête de sa malheureuse esclave ; elle la bat, lui arrache les cheveux et la renverse à terre. Faveur insigne cependant, tant il est heureux pour l’accusée de recevoir les coups de la main furibonde de sa maîtresse ! Sinon la punition revêt un caractère autrement terrible. Une esclave, endurcie aux rigueurs de ce ministère, accourt aux éclats de voix de la matrone, saisit sans pitié la délinquante et la suspend par les cheveux, tantôt à une colonne, tantôt au montant d’une porte ; puis, dans cette posture, elle lui sillonne le dos à l’aide de courroies de cuir de bœuf, ou avec des cordes garnies de nœuds pénétrants. Le supplice dure jusqu’à ce que, l’exécuteur tombant de fatigue, la maîtresse s’écrie d’une voix de tonnerre : Assez, disparais.

Une criminelle insigne attend son arrêt. Qu’a-t-elle fait ?… Elle a laissé tomber sur les pieds de sa maîtresse l’étui d’un miroir. Va-t-on lui attacher aux jambes un anneau de fer et une chaîne telle que la traînent les galériens ? Mais qu’y aurait-il alors d’exquis dans sa torture ? Des milliers d’esclaves en supportent de pareilles, sans avoir provoqué le moindre châtiment, et par cela seul qu’elles sont esclaves, que l’usage le veut. Que sera-ce donc ? La voici garrottée à un bloc pesant et creusé des deux côtés, qui l’enserre, se fixe aux cuisses, au-dessus du genou, lui sert de siège et la suit partout, jour et nuit, péniblement traîné. Fermons les yeux aux détails de ce supplice, car il ne répugne pas moins à la juste délicatesse des sens qu’il n’afflige le cœur. Pour l’apprécier, sachons que les jeunes épouses le réservaient de préférence aux esclaves qui avaient eu le malheur de plaire au maître avant son mariage et de se trouver leurs rivales par anticipation. Et comment craindre d’exagérer le récit de la tyrannie des matrones, dans cet âge de fer, où les poètes, l’histoire des mœurs domestiques, le langage vulgaire nous offrent à chaque instant les noms génériques et variés des instruments et des modes de torture spécialement affectés à ces êtres de douleur.

Réglant ses actes sur ses croyances, l’homme du paganisme, qui se figurait descendre des dieux ou des héros, eût-il été raisonnable de s’abaisser à voir un frère dans son esclave ? La doctrine de l’égalité morale, transmise seulement par la religion qui enseigne à l’homme l’unité de la race humaine, ne pouvait descendre de génération en génération avec le sang. Et trop souvent les bourreaux d’esclaves, exaltés par la fortune, oubliaient qu’eux-mêmes ou leurs pères avaient vécu sous le fouet et la chaîne, jusqu’à ce que plus de bonheur ou d’infamie les eût arrachés à l’esclavage.

(Gougenot des Mousseaux, 1845, p. 36 à 39)

Toutefois, la civilisation romaine était bel et bien supérieure aux peuplades barbares qui n’étaient pas organisées mais soumises à l’esprit de meute. Nous retrouvons ces vérités dans les écrits des Pères de l’Église : des hordes déferlaient sur les villages. La cruauté guerrière des Normands peut aider à se représenter la violence des Goths.

Pillage de Hambourg en 845

Les Normands attaquèrent aussi le royaume de Louis cette même année 845. Ils donnèrent trois combats en Frise : dans le premier ils furent abattus ; mais ils eurent l’avantage dans les deux autres. Ils entrèrent dans l’Elbe avec six cents bâtiments, sous la conduite de Roric leur roi, descendirent à Hambourg, et surprirent tellement les habitants en l’absence du comte, qu’on n’eut pas le loisir d’assembler les gens du pays. L’archevêque S. Anscaire, qui y résidait, voulut d’abord défendre la place, en attendant un plus grand secours, mais voyant qu’il ne pouvait résister aux ennemis, qui assiégeaient déjà la ville, il songea à sauver les reliques : ses clercs se dispersèrent de côté et d’autre, et lui-même échappa à peine sans manteau. Le peuple s’enfuit de tous côtés, quelques-uns furent la plupart tués : les barbares, étant arrivés le soir à Hambourg, y demeurèrent un jour entier et deux nuits, pillèrent et brûlèrent tout. Cet incendie consuma l’église que le saint évêque avait fait bâtir avec grand soin, le monastère et la bibliothèque, composée entre autres de livres très-bien écrits, donnés par Louis le Débonnaire. Enfin il ne resta que ce que chacun trouva sous sa main et put emporter avec lui. S. Anscaire, ayant ainsi perdu en un moment tout ce qu’il avait amassé depuis son épiscopat, ne témoigna aucun chagrin, mais répéta souvent ces paroles de Job : Le Seigneur me l’a donné, le Seigneur me l’a ôté.

(Abbé Fleury, aux alentours de 1691, p.279)

Cependant, la victoire de ces tribus put avoir lieu après la décadence de Rome, donc au début de l’ère chrétienne.

Le Christianisme

Prenons conscience de l’importance de Jésus-Christ qui vint instruire les Hébreux de la vérité du Père. Le vrai Dieu créateur engendra notre monde et tout y fut parfait. Regardons autour de nous pour prendre conscience de la beauté du monde : les paysages, les minéraux, les végétaux, les animaux et les hommes. L’équilibre de la nature est surprenant : tout y est réglé.

L’extrême n’existe pas dans le règne animal, les animaux mangent pour vivre et non l’inverse. Il leur manque deux éléments fondamentaux pour ressembler à l’être humain : la parole et le pouce.

Ainsi, l’animal n’est pas en mesure de créer des structures évoluées. Sa conscience est certainement limitée à ses capacités physiques, bien sûr, il ne s’agit que d’une simple spéculation. Mais l’homme, quant à lui, est responsable de chacun de ses actes parce qu’il possède une conscience développée qui lui permet de formuler des mots. Ainsi, l’homme peut comprendre les notions abstraites et accéder aux lois invisibles qui régissent et organisent le monde. Dieu nous a permis de comprendre Ses lois.

Ajoutons à ceci le pouce applicable aux autres doigts et l’homme est en mesure de créer. Dieu nous a donné une capacité créatrice qui est, heureusement, limitée au travail de la matière. Si seulement l’homme contemporain prenait conscience de tout ceci, il saurait se comporter dignement pour rendre hommage à Son créateur.

Jésus-Christ, modèle pour l’humanité

Il faudrait commencer par la vie de Jésus-Christ même : il est le modèle comme la source de toute perfection. Il nous a donné l’exemple, afin que nous fassions comme il a fait ; et c’est en des grands biens de l’incarnation, que le Verbe se soit rendu sensible, pour être non-seulement l’objet de notre admiration, mais la règle sur laquelle il faut redresser nos mœurs. Je sais bien que cette vie si divine n’a pu être écrite dignement, que par ceux qui avaient vu de leurs yeux le Verbe de vie, qui l’avaient ouï de leurs oreilles et touché de leurs mains, et qui étaient animés de son esprit ; mais du moins chacun peut-il remarquer, selon sa portée, ce qui lui semble le plus propre à être imité par les hommes, laissant aux autres à y en découvrir infiniment davantage, selon qu’ils sont plus avancés dans l’oraison et dans la pratique des vertus chrétiennes.

(Abbé Fleury, 1682, p. 179)

Jésus-Christ, Fils de Dieu, est le réformateur de l’humanité. Il a mis un terme à la barbarie en enseignant aux apôtres l’amour de Dieu et la charité applicable envers son prochain. Il s’agit des deux plus grandes lois divines. Découvrons Sa vie grâce à l’extrait, de l’un des ouvrages de l’abbé Fleury, intitulé « les mœurs des Israélites et des chrétiens ».

La vie de Jésus-Christ

Comme la religion chrétienne n’est pas une invention des hommes, mais un ouvrage de Dieu, elle a eu d’abord sa perfection, aussi bien que l’univers. Il faudrait avoir perdu la raison, dit Tertullien, pour s’imaginer que les apôtres aient ignoré quelque vérité utile au salut, et que dans la suite des siècles on n’ait rien trouvé, touchant les mœurs et la conduite de la vie, de plus sage et de plus sublime, que ce que Jésus-Christ leur a enseigné. Mais cette doctrine si excellente a produit différents effets, suivant la différente disposition des hommes qui l’ont reçue, et les différentes mesures de grâces dont Dieu l’a accompagnée. Les vrais Israélites déjà instruits par la tradition de leurs pères, et par la lecture des écritures saintes, élevés dès le berceau dans la connaissance du vrai Dieu et l’observation de sa loi, se trouvèrent disposés à la pratiquer dans sa perfection, sitôt que cette perfection leur eut été découverte, et qu’ils eurent compris quel salut le Messie leur devait procurer, quel devait être son royaume. Il était bien plus difficile d’amener à la perfection les Gentils, qui avaient vécu jusque-là sans Dieu et sans loi, accoutumés à se laisser mener comme des bêtes devant des idoles insensibles, et à se plonger dans le crime. C’est donc chez les chrétiens de la première église de Jérusalem, qu’il faut chercher l’exemple de la vie la plus parfaite, et par conséquent la plus heureuse qui puisse être sur la terre.

Il faudrait commencer par la vie de Jésus-Christ même : il est le modèle comme la source de toute perfection. Il nous a donné l’exemple, afin que nous fassions comme il a fait ; et c’est en des grands biens de l’incarnation, que le Verbe se soit rendu sensible, pour être non-seulement l’objet de notre admiration, mais la règle sur laquelle il faut redresser nos mœurs. Je sais bien que cette vie si divine n’a pu être écrite dignement, que par ceux qui avaient vu de leurs yeux le Verbe de vie, qui l’avaient ouï de leurs oreilles et touché de leurs mains, et qui étaient animés de son esprit ; mais du moins chacun peut-il remarquer, selon sa portée, ce qui lui semble le plus propre à être imité par les hommes, laissant aux autres à y en découvrir infiniment davantage, selon qu’ils sont plus avancés dans l’oraison et dans la pratique des vertus chrétiennes.

D’abord nous voyons dans Jésus-Christ les vertus de l’enfance. Il était docile et soumis à ses parents, il se rendait aimable à tout le monde. Car il est dit qu’à mesure qu’il croissait en âge, il croissait aussi en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes. De tout le reste de sa jeunesse jusqu’à l’âge de trente ans, nous n’en savons autre chose, sinon qu’il demeura dans la petite ville de Nazareth, passant pour le fils d’un charpentier, et charpentier lui-même. Ce silence de l’histoire exprime mieux qu’aucun discours l’état de retraite et d’obscurité où Jésus-Christ a voulu passer la plus grande partie de sa vie, lui qui n’était venu que pour éclairer le monde. Il a donné trente ans à la vie privée, et seulement trois ou quatre ans à la prédication et au ministère public, pour montrer que le devoir général de tous les hommes est de travailler en silence, et qu’il n’y en a qu’un petit nombre qui doivent se donner aux fonctions publiques, seulement pour autant de temps que l’ordre de Dieu et la charité du prochain les y oblige.

Le métier qu’il choisit, est digne de réflexion. Vivre du travail de ses mains, est un état plus pauvre que d’avoir des terres à cultiver ou des bestiaux à nourrir. Soit qu’il travaillât pour les bâtiments, soit qu’il fit des charrues et d’autres instruments pour le labourage, comme porte une ancienne tradition, toujours est-il constant que son métier était rude et pénible, mais utile, et même nécessaire à la société, et par conséquent plus honnête que ceux qui servent pour le luxe et pour le plaisir. Il passa aussi toute sa jeunesse attaché à sa famille et au lieu où il avait été élevé, menant une vie libre et honnête, mais sérieuse et occupée, portant la peine imposée à tous les hommes en la personne d’Adam, et donnant continuellement des exemples des deux vertus qu’il a le plus recommandées, la douceur et l’humilité.

Avant que de commencer l’ouvrage de sa mission, il s’y prépare par le baptême, la prière et le jeûne. Il n’avait pas besoin de ces préparations, c’était, comme il dit lui-même, pour accomplir toute justice, et nous en donner l’exemple. Son jeûne de quarante jours et de quarante nuits sans manger, est ordinairement regardé comme un miracle, aussi bien que ceux de Moïse et d’Élie. Mais je ne sais si nous connaissons bien les forces de la nature.

Saint Augustin dit avoir appris de personnes dignes de foi, que quelqu’un était arrivé à quarante jours sans prendre aucune nourriture ; et Theodoret témoigne que saint Simon Stylite avait déjà passé vingt-huit carêmes de la sorte, après être arrivé par degrés à cette prodigieuse abstinence. On voit encore aujourd’hui des Indiens idolâtres être des vingt jours et plus sans prendre de nourriture.

Pendant ce jeûne, et dans cette affreuse solitude, à quoi s’occupait Jésus-Christ, sinon à prier ? Mais qui oserait parler de son oraison ? Méditons humblement ce que l’Écriture nous en rapporte ; entre autres cette adorable prière que nous voyons dans saint Jean, et ne perdons rien de tout ce qui nous est dit de sa manière de prier. Il priait la nuit, et quelquefois les nuits entières. Il priait à découvert, dans un jardin, sur les montagnes, dans les déserts, seul et à l’écart ; il levait les yeux et les mains au ciel ; il se mettait à genoux et se prosternait contre terre, marquant en tout son profond respect pour son père.

Il souffre d’être tenté pour nous animer, par son exemple, à combattre contre le démon ; et il ne se défend contre ses attaques, que par des passages de l’Écriture, pour nous apprendre entre autres choses à la méditer sans cesse, et y chercher les règles de notre conduite, pour nous déterminer en toutes les occasions.

Il commence ensuite à paraître, et à mener une vie qui est le modèle de celle des prêtres, des évêques et de toutes les personnes publiques. Son occupation principale est d’instruire et de convertir. Il est venu, comme il dit lui-même, chercher et sauver ce qui était perdu. Il attire les yeux et les cœurs de tout le monde, par les guérisons des malades et les autres miracles, qui d’ailleurs étaient nécessaires pour établir sa mission. C’est ce que les saints évêques ont imité, même sans avoir le don des miracles, en s’attirant le respect et l’amour des peuples par les grandes aumônes, par la protection des personnes opprimées, par l’accord des différends, et les autres bienfaits sensibles. Mais les miracles mêmes ont donné à Jésus-Christ la matière de bien des vertus imitables ; de simplicité, d’humilité, de patience. Il faisait ses miracles sans empressement, sans faste, sans ostentation, sans se faire prier que rarement, pour exercer et faire paraître la foi de ceux qui les demandaient. Il cachait ses miracles avec autant de soin que les autres hommes cachent leurs crimes. Il semble attribuer les guérisons plutôt à la foi des malades qu’à sa puissance. Aussi fit-il très peu de miracles à Nazareth, à cause de l’incrédulité du peuple. Il en rend toute la gloire à son père : je ne puis rien faire, dit-il ; mon père qui demeure en moi, est celui qui fait ces œuvres.

Quelle patience ne fallait-il point pour supporter cette multitude incroyable de malades, pauvres et misérables pour la plupart, qui le suivaient continuellement, qui s’empressaient pour le toucher, et qui se jetaient sur lui ? On le voit lorsqu’il guérit la femme affligée d’une perte de sang, et lorsqu’il dit à ses disciples de se servir d’une barque, de peur qu’il ne fût accablé de la foule. S’il était dans une maison, toute la ville s’amassait à la porte ; on l’y assiégeait, on ne lui donnait pas le temps de manger. Il fut réduit à ne pouvoir entrer dans les villes qu’en cachette, et à demeurer le plus souvent dehors dans les déserts, où toutefois le peuple ne laissait pas de s’assembler autour de lui en grandes troupes, comme il paraît par les cinq mille hommes qu’il y nourrit. De là vient qu’il se retirait sur les montagnes pour prier, qu’il y employait les nuits, qu’il dormait en passant lorsqu’il le pouvait, comme dans la barque pendant la tempête. Sa vie était alors plus pénible que quand il travaillait de ses mains. Car il n’en avait plus le loisir, puisqu’il souffrait que des femmes le suivissent pour le servir de leurs biens, et qu’il gardait quelque argent, dont Judas était le dépositaire ; tant Jésus estimait peu l’argent. Du peu qu’il en avait, il donnait l’aumône ; mais il en manquait, lorsqu’il fut obligé de faire trouver à saint Pierre, par miracle, de quoi payer le tribut des premiers-nés : qui n’était qu’un demi-sicle, c’est-à-dire environ seize sous de notre monnaie.

En effet, il vécut toujours dans une grande pauvreté. Il dit lui-même qu’il n’avait pas où reposer sa tête : c’est-à-dire qu’il ne logeait que par emprunt, chez ceux qui voulaient bien le retirer. À sa mort, on ne voit pas qu’il eût d’autres biens que ses habits. Il dit qu’il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. Il voyageait à pied, et quand il monta sur un âne, pour entrer à Jérusalem, on voit bien que ce fut une action extraordinaire. Il marchait par le chaud du jour. Quand il rencontra la Samaritaine, il est dit qu’il était environ midi, et qu’il se reposait sur le puits, étant fatigué du chemin. Car bien qu’il fût le maître de la nature, on ne voit point qu’il ait fait de miracles pour sa commodité particulière ni pour s’épargner de la peine. Il est dit une seule fois que les anges vinrent le servir ; pour montrer ce qui lui était dû, s’il eût voulu en user.

En cette même rencontre de la Samaritaine, on voit son extrême modestie, puisqu’il est dit, que ses disciples s’étonnaient qu’il parlât à une femme. Aussi ses ennemis n’ont jamais osé inventer aucune calomnie qui attaquât sa pureté. Ce n’était point toutefois une modestie contrainte : rien n’était feint ni affecté dans celui qui était l’ennemi déclaré de l’hypocrisie, et la vérité même. Ses manières étaient simples, aisées, naturelles, vives. Il regardait les gens en face, comme ce jeune homme qu’il prit en affection, pour la bonne volonté qu’il témoignait. Il est dit souvent qu’il étendit la main, ou qu’il fit quelque autre geste marqué. Quelquefois par ses regards et par ses paroles il faisait paraître de l’étonnement, de l’indignation, de la colère, de la peine à souffrir l’incrédulité des hommes ; d’autrefois il montrait de la tendresse, comme quand il faisait approcher des enfants, leur imposait les mains et les embrassait, pour recommander l’innocence et l’humilité.

Son extérieur n’avait rien de singulier, rien qui le distinguât en apparence des autres Juifs, des simples particuliers et des hommes du commun, comme il se nomme lui-même ; car c’est ce que veut dire le fils de l’homme. Sa vie était dure et laborieuse, mais sans aucune austérité particulière. Il mangeait comme les autres, il buvait du vin, et ne faisait point de difficulté de se trouver à de grands repas, comme aux noces de Cana, et au festin de saint Matthieu. Cependant il était si peu touché de la nourriture, que ses disciples, l’invitant à manger dans une occasion où manifestement il en avait besoin, il leur répondit : J’ai une autre viande que vous ne connaissez pas ; ma nourriture est de faire la volonté de mon père.

Avec cet extérieur si simple, Jésus-Christ conservait une merveilleuse dignité. Il était très sérieux. On le voit pleurer en deux occasions, mais il n’est point dit qu’il ait ri ; non pas même qu’il ait souri doucement, comme remarque saint Chrysostome. Il ne demandait rien à personne, puisqu’il aima mieux faire un miracle, que d’emprunter le statère qu’il voulait payer : toutefois, quand il envoie quérir l’âne pour son entrée, et retenir le cénacle pour faire la Pâque, il parle comme sachant bien que l’on ne lui pouvait rien refuser. Il agissait suivant la maxime : Que c’est un plus grand bonheur de donner que de recevoir, puisque, répandant continuellement tant de bienfaits, il recevait si peu de chose. Tout le monde le cherchait et courait après lui, et il ne cherchait personne en particulier. Mais allant de ville en ville, il exhortait tout le monde à la pénitence. Il était de facile accès aux malades et aux pécheurs qui voulaient se convertir. Il se rendait condescendant pour ceux-ci, jusqu’à manger avec eux, et loger chez eux, jusqu’à souffrir qu’une femme le touchât et lui parfumât les pieds ; ce qui semblait une délicatesse fort opposée à sa vie pauvre et mortifiée.

Comme il était venu instruire tout le genre humain, il enseignait continuellement en public et en particulier. Il avait accoutumé, les jours de sabbat, d’expliquer l’Écriture-Sainte dans la synagogue, comme faisaient les docteurs des Juifs, d’où vient qu’on lui donnait le même nom, l’appelant Maître ou Rabbi…. Mais il avait une autorité qui le distinguait bien d’eux. Il parlait comme ayant puissance ; et on admirait les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.

Son discours est simple et clair, sans autres ornements que des figures vives et naturelles, qui ne manquent jamais à celui qui est bien persuadé, et qui sont les plus efficaces pour persuader les autres. Ses discours, dit saint Justin, étaient courts et succincts ; parce que ce n’était pas un sophiste, mais la vertu et le verbe de Dieu. Quelquefois il répond plus par les actions que par les paroles, comme quand il dit aux disciples de saint Jean-Baptiste : Allez dire à Jean ce que vous avec ouï et ce que vous avez vu. Il établit de grands principes, sans se mettre en peine de les prouver ni d’en tirer les conséquences. Ces principes ont par eux-mêmes une lumière de vérité, à laquelle on ne peut résister que par un aveuglement volontaire : et c’est pour punir cette mauvaise disposition du cœur qu’il parle quelquefois par paraboles et par énigmes. S’il emploie des preuves, ce sont des raisonnements sensibles et des comparaisons familières. Ses miracles et ses vertus étaient des preuves plus fortes et plus proportionnées à toutes sortes d’esprits, que tous les syllogismes des philosophes ; les savants, comme Nicodème, et les ignorants, comme l’aveugle-né, étaient également frappés de ces preuves. Il y joint souvent les autorités de la loi et des prophètes, montrant que sa doctrine vient de la même sagesse, et ses miracles de la même puissance ; que l’ancien et le nouveau Testament sont fondés sur la même autorité divine. C’est pour cela qu’il emploie si souvent les anciennes écritures, soit par des citations expresses, soit par des allusions fréquentes, que découvrent ceux qui sont versés dans la lecture des livres sacrés.

Il forme ses disciples dans cet esprit de soumission à l’autorité divine : bien éloigné de l’esprit de dispute et de contention, dans lequel les philosophes nourrissaient leurs sectateurs, sous prétexte de chercher avec eux la vérité. Jésus-Christ ne cherche point, il ne doute point comme Socrate ; il parle sûrement, et possédant pleinement la vérité, il la découvre comme il lui plaît. Afin que ses disciples profitassent de tous ses exemples, il vivait avec eux en commun, ne faisant qu’une famille, ils le suivaient partout, ils mangeaient et logeaient avec lui, ils avaient lieu de l’étudier continuellement. Il leur faisait imiter sa pauvreté, les envoyant sans argent et sans aucune provision ; et même étant avec lui la faim les réduisait quelquefois à prendre ce qu’ils trouvaient dans la campagne, comme les épis qu’ils arrachèrent le jour du sabbat.

Il prenait grand soin de les instruire. Ce qu’ils n’avaient pas compris dans ses discours publics, il le leur expliquait en particulier ; les traitant comme ses amis, et leur disant tout ce qu’il avait appris de son père, autant qu’ils étaient capables de l’entendre. Toutefois, il ne donne rien à leur curiosité. Tantôt il l’arrête expressément ; comme quand ils lui demandaient le temps de la fin du monde, avant et après sa résurrection ; et quand saint Pierre voulait savoir ce que saint Jean deviendrait. D’autres fois il se contente de ne rien répondre à leurs questions ; comme quand saint Jude lui demandait pourquoi il ne se manifesterait point au monde. Il souffrait avec une extrême patience leur grossièreté, leur ignorance, leur vanité et tous leurs défauts, et travaillait sans cesse à les corriger.

Par ses disciples, j’entends ici les douze qu’il avait choisis pour être avec lui ; mais l’Écriture nomme aussi disciples tous ceux qui suivaient sa doctrine, et qui avaient reçu son baptême. Ils étaient en grand nombre, puisqu’il y en avait six-cent-vingt enfermés avec les apôtres à l’élection de saint Mathias ; et qu’il y en eut plus de cinq cents qui virent Jésus-Christ tous ensemble après sa résurrection. L’Église était donc dès lors composée de deux parties ; du peuple fidèle, que l’on nommait simplement les disciples ou les frères, et de ceux que Jésus-Christ avait choisis pour le ministère public, savoir : les douze apôtres et les soixante-douze disciples, qu’il envoyait deux à deux devant lui dans les lieux où il devait arriver.

On voit dans ces distinctions, divers degrés de charité bien dignes de réflexion. Jésus-Christ nous apprend que tout homme est ce prochain que nous devons aimer comme nous-mêmes : et en effet, il a donné sa vie pour tous les hommes. Mais il aimait particulièrement ses disciples, et ses apôtres entre les autres, et entre eux, saint Pierre et les deux frères, fils de Zébédée, et surtout saint Jean. Je n’examine point les raisons que nous pouvons connaître de ces distinctions, et les différentes marques d’affection qu’il a données à saint Pierre et à saint Jean. Il suffit d’observer que, par son exemple, il a autorisé et sanctifié les affections naturelles, et les liaisons particulières d’inclination et d’amitié, qui se peuvent former entre les hommes, sans préjudice de la charité générale. Il avait encore d’autres amis que ses apôtres. Il aimait Lazare et ses deux sœurs ; il le nomme lui-même son ami : et il témoigna assez sa tendresse, en le pleurant mort, lorsqu’il allait le ressusciter.

Qui peut douter qu’il n’aimât tendrement sa sainte mère, vu principalement le soin qu’il en prit en mourant ? Et toutefois il semble lui parler rudement quand elle le trouva au milieu des docteurs, et quand elle l’avertit que le vin manquait aux noces. Il reprend la femme qui la louait simplement comme sa mère, et témoigne ne connaître pour mère ni pour parents que ceux qui font la volonté de son père. C’est qu’il savait comment il fallait traiter cette âme forte ; et voulait montrer que la chair et le sang n’avaient aucune part dans ses affections.

Sa charité s’étendait sur tout le monde. Venez à moi, disait-il, vous tous qui souffrez, et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Il avait pitié des troupes qui le suivaient, les voyant affligées et délaissées comme des brebis sans pasteur. Ce fut la compassion qui l’obligea par deux fois à multiplier les pains ; ce fut la compassion qui l’obligea à ressusciter le fils de la veuve de Naïm. Il aimait sa patrie, le peuple d’Israël et la ville de Jérusalem, comme bon citoyen. Il pleura sur elle au milieu de son triomphe, prévoyant les malheurs qu’elle s’attirait par ses crimes. Il enseignait l’obéissance au prince, et le respect aux prêtres et aux docteurs de la loi, quelque corrompus qu’ils fussent ; et lui-même observait exactement les lois et les cérémonies de la religion, quoiqu’il vînt abolir ces cérémonies, et qu’il fût maître et du sabbat et de toutes les lois. Jamais il ne voulut prendre aucune autorité touchant les choses temporelles ; non pas même pour être arbitre entre deux frères. Étant interrogé juridiquement, il répondit à ses juges, suivant ce qui était de leur compétence ; au pontife sa qualité de Christ et de fils de Dieu ; à Pilate, sur celle de roi. Il déclara que son royaume n’était point de ce monde ; et par conséquent, que sa doctrine ne changeait rien à l’ordre des choses humaines. Ce serait une trop grande témérité de prétendre remarquer toutes ses vertus ; la considération en est infinie, et les saintes âmes qui méditent attentivement l’Évangile, y découvrent toujours plus de merveilles. Ajoutons seulement un mot de sa passion, où il donna les plus grands exemples et les plus utiles, puisqu’il n’y a rien de si ordinaire dans la vie que les souffrances.

L’état pitoyable où Jésus-Christ fut réduit au jardin des Olives, montre bien qu’il était sensible, comme les autres hommes, à la crainte et à la tristesse ; et par conséquent que ce fut par effort de vertu qu’il souffrit ensuite de si grands maux. Comme il nous était semblable en tout, hors le péché, il a éprouvé toutes les incommodités de la vie, la faim, la soif, la lassitude, la douleur : il est vrai que nous ne voyons point qu’il ait été malade ; peut-être parce que la maladie est ordinairement l’effet de quelque excès, au moins de travail ; et rien ne pouvait être déréglé dans un corps conduit par la sagesse même. Dans sa passion, il souffre avec une constance invincible, sans se défendre, sans résister, sans rien refuser à ceux qui le tourmentent. Il demeure comme un rocher inébranlable aux coups et aux outrages. Son silence surtout était admirable : il n’ouvre pas la bouche, lui qui d’une parole pouvait confondre ses accusateurs, les faux témoins et les juges mêmes ; parce qu’il savait qu’ils n’étaient pas capables de rien entendre pour sa justification. Enfin sur la croix et dans les horreurs du supplice, il conserve la liberté d’esprit toute entière, et même la tranquillité. Il prie pour ses bourreaux, il récompense la foi du bon larron, il pourvoit à la consolation de sa mère, il achève d’accomplir les prophéties, il recommande son esprit à Dieu. Les apôtres, ayant reçu le Saint-Esprit, furent comme des images vivantes de Jésus-Christ, sur lesquelles tous les fidèles devaient se former. Ils ne feignirent point de le dire : Soyez mes imitateurs (dit saint Paul), comme je le suis de Jésus-Christ. Et ailleurs : Soyez mes imitateurs, et observez ceux qui se conduisent suivant la forme de vie que je vous ai donnée.

Aussi, quelque appliqués qu’ils fussent à enseigner, ils le faisaient plus par leurs exemples que par leurs discours. Entre les fidèles, ils choisissaient des disciples, qu’ils instruisaient plus particulièrement, comme Jésus-Christ les avait instruits eux-mêmes. Ceux-là étaient attachés à leurs personnes, et vivaient avec eux en famille, mangeant en même salle, et couchant en même chambre : au moins c’est ainsi que l’auteur des Récognitions nous décrit saint Pierre vivant avec ses disciples ; et cet ouvrage est ancien, quoi qu’il ne soit pas authentique. Ces disciples suivaient les apôtres dans leurs voyages, et demeuraient pour gouverner les églises à mesure qu’elles se formaient.

Ainsi nous voyons auprès de saint Pierre saint Marc qu’il nomme son fils, saint Clément si fameux par toute l’église, saint Evode qui lui succéda à Antioche, saint Lin et saint Clet qui lui succédèrent à Rome. Auprès de saint Paul, nous voyons saint Luc, saint Tite, saint Timothée, et le même saint Clément. Auprès de l’apôtre saint Jean, nous voyons saint Polycarpe et saint Papias. Ces saints s’appliquaient à retenir la doctrine des apôtres dans leur mémoire, plutôt que dans des écrits, et l’enseignaient plus par la pratique que par des discours. C’est ainsi qu’en imitant leurs maîtres, ils se rendaient eux-mêmes, comme dit saint Paul, les exemples des fidèles par la parole et les bonnes œuvres, la foi, la charité, la chasteté, la gravité et toute leur manière de vivre. Ils faisaient plus, ils formaient eux-mêmes des disciples capables d’en instruire et d’en former d’autres. C’est ce que saint Paul recommande à Timothée. Ce que vous m’avez ouï dire devant plusieurs témoins, confiez-le à des hommes fidèles qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres. Et voilà la tradition, plus propre à perpétuer une doctrine que l’écriture, de l’aveu même des philosophes qui ont tant écrit.

(Abbé Fleury, 1682, les mœurs des chrétiens)

Avons-nous, aujourd’hui, conscience du rôle majeur de Jésus-Christ sur l’humanité ? Il semble bien que non puisque notre siècle est le résultat d’une longue décadence qui a fait perdre de vue le Christocentrisme, c’est-à-dire le monde centré sur le Christ.

Les successeurs immédiats de Notre-Seigneur préservèrent soigneusement Ses enseignements.

La perfection de la religion chrétienne

Comme la religion chrétienne n’est pas une invention des hommes, mais un ouvrage de Dieu, elle a eu d’abord sa perfection, aussi bien que l’univers. Il faudrait avoir perdu la raison, dit Tertullien, pour s’imaginer que les apôtres aient ignoré quelque vérité utile au salut, et que dans la suite des siècles on n’ait rien trouvé, touchant les mœurs et la conduite de la vie, de plus sage et de plus sublime, que ce que Jésus-Christ leur a enseigné. Mais cette doctrine si excellente a produit différents effets, suivant la différente disposition des hommes qui l’ont reçue, et les différentes mesures de grâces dont Dieu l’a accompagnée. Les vrais Israélites déjà instruits par la tradition de leurs pères, et par la lecture des écritures saintes, élevés dès le berceau dans la connaissance du vrai Dieu et l’observation de sa loi, se trouvèrent disposés à la pratiquer dans sa perfection, sitôt que cette perfection leur eut été découverte, et qu’ils eurent compris quel salut le Messie leur devait procurer, quel devait être son royaume. Il était bien plus difficile d’amener à la perfection les Gentils, qui avaient vécu jusque-là sans Dieu et sans loi, accoutumés à se laisser mener comme des bêtes devant des idoles insensibles, et à se plonger dans le crime. C’est donc chez les chrétiens de la première église de Jérusalem, qu’il faut chercher l’exemple de la vie la plus parfaite, et par conséquent la plus heureuse qui puisse être sur la terre.

(Abbé Fleury, 1682, p. 179)

L’orgueil est à l’origine des hérésies

Les opposants de Jésus-Christ se sont manifestés dès le premier siècle de notre ère. L’orgueil de Ses détracteurs les pousse à amoindrir ou à nier la divinité du Christ. Laissons Blaise Pascal nous l’expliquer dans un autre contexte : l’homme ment pour obtenir des faveurs. Pour aller plus loin, le menteur amoindrit, par son comportement, la divinité de Jésus-Christ.

Le mensonge selon Pascal

La nature de l’amour-propre et de ce moi humain est de n’aimer que soi et de ne considérer que soi. Mais que fera-t-il ? Il ne saurait empêcher que cet objet qu’il aime ne soit plein de défauts et de misères. Il veut être grand et il se voit petit ; il veut être heureux et il se voit misérable ; il veut être parfait et il se voit plein d’imperfections ; il veut être l’objet de l’amour et de l’estime des hommes et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion et leur mépris. Cet embarras où il se trouve produit en lui la plus injuste et la plus criminelle passion qu’il soit possible de s’imaginer, car il conçoit une haine mortelle contre cette vérité qui le reprend et qui le convainc de ses défauts. Il désirerait de l’anéantir et, ne pouvant la détruire en elle-même, il la détruit, autant qu’il peut, dans sa connaissance et dans celle des autres, c’est-à-dire qu’il met tout son soin à couvrir ses défauts, et aux autres et à soi-même, et qu’il ne peut souffrir qu’on les lui fasse voir ni qu’on les voie.

C’est sans doute un mal que d’être plein de défauts ; mais c’est encore un plus grand mal que d’en être plein et de ne les vouloir pas reconnaître puisque c’est y ajouter encore celui d’une illusion volontaire. Nous ne voulons pas que les autres nous trompent ; nous ne trouvons pas justes qu’ils veuillent être estimés de nous plus qu’ils ne méritent. Il n’est donc pas juste aussi que nous les trompions et que nous voulions qu’ils nous estiment plus que nous ne méritons.

Ainsi, lorsqu’ils ne découvrent que des imperfections et des vices que nous avons en effet, il est visible qu’ils ne nous font point de tort puisque ce ne sont pas eux qui sont en cause, et qu’ils nous font un bien puisqu’ils nous aident à nous délivrer d’un mal qui est l’ignorance de ces imperfections. Nous ne devons pas être fâchés qu’ils les connaissent et qu’ils nous méprisent, étant juste qu’ils nous connaissent pour ce que nous sommes et qu’ils nous méprisent si nous sommes méprisables.

Voilà les sentiments qui naîtraient d’un cœur qui serait plein d’équité et de justice. Que devons-nous donc dire du nôtre, en y voyant une disposition toute contraire ? Car n’est-il pas vrai que nous haïssons la vérité et ceux qui nous la disent, que nous aimons qu’ils se trompent à notre avantage, et que nous voulons être estimés d’eux, autres que nous sommes en effet ?

En voici une preuve qui me fait horreur. La religion catholique n’oblige pas à découvrir ses péchés indifféremment à tout le monde ; elle souffre qu’on demeure caché à tous les autres hommes. Mais elle en excepte un seul, à qui elle commande de découvrir le fond de son cœur et de se faire voir tel qu’on est. Il n’y a que ce seul homme au monde qu’elle nous ordonne de désabuser et elle l’oblige à un secret inviolable, qui fait que cette connaissance est dans lui comme si elle n’y était pas. Peut-on imaginer rien de plus charitable et de plus doux ? Et néanmoins la corruption de l’homme est telle, qu’il trouve encore de la dureté dans cette loi ; et c’est une des principales raisons qui a fait révolter contre l’Église une grande partie de l’Europe.

Que le cœur de l’homme est injuste et déraisonnable pour trouver mauvais qu’on l’oblige de faire à l’égard d’un homme ce qu’il serait juste, en quelque sorte, qu’il fît à l’égard de tous les hommes ! Car est-il juste que nous les trompions ?

Il y a différents degrés dans cette aversion pour la vérité. Mais on peut dire qu’elle est dans tous en quelque degré parce qu’elle est inséparable de l’amour-propre. C’est cette mauvaise délicatesse qui oblige ceux qui sont dans la nécessité de reprendre les autres, à choisir tant de détours et de tempéraments pour éviter de les choquer. Il faut qu’ils diminuent nos défauts, qu’ils fassent semblant de les excuser, qu’ils y mêlent des louanges et des témoignages d’estime et d’affection. Avec tout cela, cette médecine ne cesse pas d’être amère à l’amour-propre. Il en prend le moins qu’il peut, et toujours avec dégoût, et souvent même avec un secret dépit envers ceux qui la lui présentent.

Il arrive de là que, si on a quelque intérêt à être aimé de nous, on s’éloigne de nous rendre un office qu’on sait nous être désagréable ; on nous traite comme nous voulons être traités : nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe.

C’est ce qui fait que chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité parce que l’on appréhende plus de blesser ceux dont l’affection est plus utile et l’aversion plus dangereuse. Un prince sera la fable de toute l’Europe et lui seul n’en saura rien. Je ne m’en étonne pas : dire la vérité est utile à celui à qui on la dit mais désavantageux à ceux qui la disent parce qu’ils se font haïr. Or, ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intérêts que celui du prince qu’ils servent ; et ainsi ils n’ont garde de lui procurer un avantage en se nuisant à eux-mêmes.

Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes ; mais les moindres n’en sont pas exemptes parce qu’il y a toujours quelque intérêt à se faire aimer des hommes. Ainsi la vie humaine n’est qu’une illusion perpétuelle ; on ne fait que s’entre-tromper et s’entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence. L’union qui est entre les hommes n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie ; et peu d’amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui lorsqu’il n’y est pas, quoiqu’il en parle alors sincèrement et sans passion.

L’homme n’est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et en soi-même et à l’égard des autres. Il ne veut pas qu’on lui dise la vérité, il évite de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son cœur.

(Blaise Pascal, 1662, article VI. Faiblesse de l’homme)

Qu’est-ce que la gnose selon Dom Guéranger et Jean Vaquié

Les hérésies sont très nombreuses (ébionisme, marcionisme, docétisme, montanisme, gnosticisme, manichéisme, arianisme, donatisme, macédonianisme, nestorianisme, monophysisme, pélagianisme, iconoclasme, catharisme, etc.).

Introduisons la gnose des premiers siècles grâce aux écrits inspirés du noble Dom Guéranger, moine bénédictin du XIXe siècle. Son texte au ton doux et délicat nous transporte littéralement dans les premiers siècles du Christianisme.

L’histoire de la gnose racontée par Dom Guéranger

Il serait impossible de déterminer avec certitude les autres régions que Pierre évangélisa dans le cours de cette période ; mais nous savons par une lettre du pape saint Agapet (535) qu’il fonda des églises dans la Thrace. Enfin le moment arriva où il dut songer à revoir les contrées de l’Occident. Rome en particulier avait besoin de lui. Pierre apprenait que l’ivraie était semée dans le champ qu’il avait cultivé. L’hérésiarque Simon le Mage, qu’autrefois il avait confondu à Samarie, et qui, en diverses circonstances, s’était attaché à ses pas, après avoir essayé de répandre ses impies systèmes et ses pratiques impures dans les chrétientés de l’Orient, venait d’aborder à Rome. Son but était d’y faire des prosélytes à son hérésie, qui réunissait en faisceau un christianisme tronqué, un débris de la mythologie grecque, avec les rêveries panthéistiques de l’Orient. Plus tard, ces éléments se condensèrent, et formèrent la prétendue gnose, qui couvrit tant d’ignobles mystères. Simon avait tout préparé, et il se promettait, en employant quelques termes chrétiens et en flattant la curiosité superstitieuse par l’appât d’initiations secrètes, d’attirer à sa suite un nombre plus ou moins grand des disciples de Pierre, dont il se posait comme le rival. Pierre ne voulait être que le vicaire du Christ : Simon se donnait pour la vertu même de Dieu. Pierre venait purifier les mœurs du genre humain, en relevant la famille et en faisant revivre la dignité de la femme : Simon traînait

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