Mémoires du Curé de Versailles – La disgrâce de Mme Gramont

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
La disgrâce de Mme Gramont

Mme la comtesse de Gramont était fort soupçonnée de donner dans ces nouvelles opinions. Elle avait été élevée à Port-Royal, y ayant été mise dès son enfance. Elle était de la noble et ancienne maison d’Hamilton en Écosse ; elle avait infiniment d’esprit et était fort estimée du Roi et de toute la Cour. Mme de Maintenon l’aimait beaucoup et était fort souvent avec elle. Pendant plusieurs années elle avait donné dans le grand monde, où elle était fort goûtée. Elle se convertit plusieurs années avant sa mort et dans les premiers temps que je demeurai à la cour, je la voyais souvent, et quoique j’eusse appris qu’on la soupçonnait d’aimer les jansénistes, elle était assez réservée sur ce chapitre, et je ne l’ai qu’une seule fois entendu s’en expliquer un peu trop clairement.

Ce fut à l’occasion d’une visite M. le cardinal de Noailles avait fait au Port-Royal, dont il avait rendu compte au Roi d’une manière très conforme à la vérité, mais qui n’était pas avantageuse à ces religieuses. Elle crut que ce digne prélat avait en cela suivi par complaisance les sentiments de Sa Majesté qui était depuis fort longtemps prévenue contre ces filles. Elle aurait été bien aise que M. le cardinal eût pris parti et se fut déclaré hautement en leur faveur pour, disait-elle, faire connaître au Roi leur innocence et travailler à lui ôter les fâcheux préjugés qu’on lui avait donnés contre cette abbaye. Je suis persuadé qu’elle me parlait ainsi plutôt par compassion de l’état où elle voyait ces religieuses que pour l’attachement aux sentiments et aux opinions nouvelles qu’on leur reprochait de suivre. En effet, je l’ai vue, au contraire, suivre des maximes entièrement opposées à ce qu’on appelle [celle de] Messieurs de Port-Royal : elle se confessait fort souvent, elle s’approchait aussi très fréquemment de la Sainte table ; elle désirait passionnément d’avoir plus de temps à elle pour ne s’occuper qu’à son salut.

Elle était fort dégoûtée de la vie de la Cour et aurait bien désiré que M. le comte de Gramont, son époux, qui était fort âgé, s’en fût retiré ou n’eût pas chez-lui été l’abord de tout le monde, ou bien lui eût laissé la liberté de ne pas se trouver dans ces compagnies où on ne gagne rien et où souvent on perd y beaucoup. Quand elle pouvait se dérober à cette vie tumultueuse, elle le faisait avec plaisir et allait passer quelques jours dans quelque communauté de religieuses à Paris. Elle conservait cependant toujours dans son cœur une grande amitié pour celles du Port-Royal ; comme elle y avait été élevée, elle avait pris chez elle ce penchant pour leur maison. Lorsqu’elle y demeurait, elle n’était capable de bien connaître le fond des questions dont il s’agissait. La vie dissipée de la Cour lui avait encore moins donner le loisir de les approfondir, mais comme on faisait dans ce monastère une profession d’une fort grande régularité extérieur, que la vie de ces filles était fort austère, elle en avait été touchée et conservait dans son cœur les premières impressions qu’elle avait eues de leurs exemples. Ainsi, lorsqu’elle le pouvait sans que cela parût, elle y allait s’enfermer un jour ou deux et en revenait toujours fort édifiée. Je suis persuadé que ces filles évitaient avec soin de lui parler de tout ce qui pouvait regarder le jansénisme.

Enfin, ayant pris sur elle d’y aller passer une octave de la Fête-Dieu, elle ne peut pas cacher sa retraite, on le sut, on en parla au Roi, et Sa Majesté à son retour lui fit paraître le mécontentement qu’il en avait en lui parlant moins qu’il n’avait de coutume, où le faisant d’une manière à lui faire entrevoir qu’il avait quelque chagrin contre elle.

Sa Majesté était déjà pour lors depuis quelques années dans l’usage d’aller de temps en temps passer quelques jours dans le château de Marly, où personne ne pouvait aller sans y être nommé ou sans y être absolument nécessaire. Le Roi avait chargé Mme de Maintenon de nommer un certain nombre de dames pour ces petits voyages. Il n’y en avait aucune à la Cour qui ne recherchât avec empressement d’être de ce nombre ; elles regardaient ce choix comme une marque certaine de leur crédit ou de leur faveur. Il y en avait entre elles quelques-unes qui étaient de toutes ces parties et la comtesse de Gramont était toujours, parce que le Roi l’estimait beaucoup et aimait son esprit qui était fort agréable et qui éclatait principalement dans la conversation. Quand le Roi eut appris ce qu’elle venait de faire, c’est-à-dire son séjour de huit jours à Port-Royal, il voulut lui faire sentir la peine qu’il en avait et la mortifier d’une manière qui lui fût sensible. Il défendit à Mme de Maintenon de la mettre sur le rôle des dames qui devaient aller à Marly. La comtesse ne fut pas fort longtemps sans s’apercevoir du froid du Roi à son égard. Après plus d’un mois ou six semaines que cela dura, elle s’en expliqua avec Mme de Maintenon :
« J’ai beau, lui dit-elle, Madame, m’examiner, je ne puis comprendre ce que j’ai pu faire au
Roi pour lui avoir donné occasion de me traiter avec froideur et indifférence.
Est-il possible, Comtesse, lui répondit cette dame, que vous qui avez tant d’esprit ne puissiez pas juger de la cause du refroidissement du Roi à votre égard ? Pouvez-vous ignorer combien le monastère de Port-Royal lui déplaît, et vous savez aussi les raisons de son éloignement pour cette maison de religieuses. Cependant vous y allez et vous demeurez des huit jours entiers ? Que voulez-vous que le Roi pense de vous à ce sujet ? Croyez-moi, expliquez-vous à Sa Majesté et je suis persuadée qu’il vous recevra à son ordinaire et vous dira lui-même les sujets de chagrin qu’il a contre vous. »

La comtesse s’excusa le mieux qu’elle put de ce qu’elle avait fait, remercia Mme de Maintenon du conseil qu’elle lui avait donné et peu de temps après elle parla au Roi, lui exposa sa peine, le supplia de lui dire la raison de son changement à son égard.
« Quoi ! Vous, Madame, lui dit le
Roi, qui savez mieux que personne mes intentions sur Port-Royal, qui ne pouvez douter combien je hais ce monastère au sujet du jansénisme, cependant, vous que j’ai toujours beaucoup estimée, vous y allez, vous y demeurez, vous y faites des retraites ? Je veux bien cependant oublier ce qui s’est passé, mais observez-vous mieux à l’avenir. »

Elle en fut quitte pour cette correction et depuis ce temps-là le Roi la traita toujours à sa manière accoutumée et cette comtesse n’eut plus ensuite l’envie de retourner dans cette abbaye.

Je trouvais encore à la Cour un certain homme élevé à Port-Royal qui se nommait Beaurepaire et qui dans le temps qu’il demeurait en ce monastère était appelé Saint-Hilaire. Il avait trouvé le moyen de se bien mettre dans l’esprit de M. Le marquis de Louvois, secrétaire et ministre d’État, qui lui avait donné des emplois où il avait amassé beaucoup de biens. Il s’était trouvé autrefois dans plusieurs affaires qui regardaient Port-Royal et qui avait rendu son nom célèbre dans le parti, et dans mille histoires qu’on en avait fait. Mais je crois qu’il oublia presque entièrement ce qu’il y avait appris pour se donner tout entier aux affaires dont il était chargé ; je sais bien du moins qu’il avait la prudence de ne point parler et de ne point donner lieu de croire qu’il lui restât rien de l’esprit et de la conduite de ces messieurs. Il demeura toujours assez tranquille à la Cour dont il ne sortit qu’après la mort de ce ministre.

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Mémoires du Curé de Versailles – Port-Royal et Racine, Boileau, Pomponne

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Port-Royal et Racine, Boileau, Pomponne

Mais, pour revenir à notre sujet duquel nous nous sommes un peu écartés par cette digression qui peut-être ne déplaira pas, le sieur Racine, quelque politique qu’il vit bien qu’il fallait avoir à la Cour pour ne point passer pour janséniste, ne pouvait assez se cacher qu’on n’aperçut aisément ses inclinations pour ce parti. Quoique fort attaché à la Cour et plein de bienfaits qu’il avait reçus de Sa Majesté, qui, à la prière de Mme de Maintenon, lui avait donné une des charges de gentilhomme ordinaire de sa chambre, il sentait toujours son penchant vers Port-Royal où il avait été élevé et où il avait conçu une très grande estime pour ces messieurs qui y demeuraient, qui l’avaient pleuré longtemps sur ses engagements au théâtre et qu’il regardait toujours comme ses meilleurs amis. De leur côté ils lui envoyaient exactement tous les nouveaux ouvrages qu’ils composaient, qu’il lisait avec plaisir. Il se dérobait même quelquefois de la Cour pour leur aller rendre visite, ce qu’il faisait le plus secrètement qu’il lui était possible. Mais cependant on le sut, le Roi en fut averti et parut refroidi à son égard, car, de toutes les mauvaises qualités qu’un homme pût avoir, celle d’être janséniste était la plus capable de lui en donner de l’éloignement. Il s’aperçut bien du changement du Roi à son égard ; son cœur n’en fut pas changé pour cela, car en mourant peu de temps après, il fut enterré au Port-Royal comme il l’avait ordonné par son testament, ce qui confirma le Roi dans les impressions qu’on lui avait donné de ses sentiments et de sa forte inclination pour le jansénisme.

Le sieur Despréaux, cet auteur si connu par les satires qu’il a données au public, frère de ce fameux Boileau, doyen de Sens et depuis chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, auteur de l’impertinente « Histoire des flagellants », de l’impur livre de Marcel d’Ancyre, De tactibus impudicis, du séditieux traité : de jure antiquo presbyterorum, était poète comme Racine, quoique dans un autre genre, et dans les mêmes sentiments que lui, mais comme sa surdité l’obligea de se retirer de la Cour et d’aller s’enfermer dans une maison de campagne près Paris et que je l’ai vu peu à la Cour, je n’en dirai rien davantage.

On avait aussi soupçonné M. De Pomponne, parce qu’il était neveu du fameux M. Arnauld et fils du célèbre Arnauld d’Andilly, de donner dans le jansénisme. Je crois que c’était la seule raison qu’on en pouvait avoir, car c’était un homme très sage, très réservé dans ses discours, qui paraissait avoir beaucoup de piété et qui ne se déclarait point pour ce parti. La preuve la plus évidente qu’on peut donner pour écarter de lui ces soupçons du jansénisme et que le Roi qui l’avait éloigné de la Cour pour d’autres raisons que chacun a su et qui n’avaient nul rapport à ce parti, le rappela quelques années après, lui rendit ces premiers emplois, étant Secrétaire et ministre d’État, dans l’exercice desquels il mourut avec une réputation bien établie parmi les étrangers, des affaires desquels il était chargé, et les Français qui l’avaient beaucoup estimé, ayant toujours eu une conduite irréprochable. C’est le témoignage je dois à sa mémoire, l’ayant assez connu pour en parler en ces termes.

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Mémoires du Curé de Versailles – La grande révérence de M. Hébert

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
La grande révérence de M. Hébert

Il s’en présenta une sans l’avoir recherchée et, sans presque rien dire, j’eus le moyen de faire connaître ce que j’en pensais et ce que je croyais qu’on en dût penser. Car, pendant qu’on était le plus engoué à la Cour de cette tragédie, on fit à l’ordinaire l’assemblée des dames de la charité, qu’on a coutume de tenir une fois le mois et à laquelle assistent fort régulièrement les dames de la Cour les plus distinguées. Mme de Maintenon, qui n’en manque aucune, se trouva des premières à celle dont je parle. Comme ces dames, avant l’exhortation qu’on y fait, s’entretiennent de toute sorte d’affaires qui se passent à la Cour, le discours tomba bientôt sur la pièce d’Esther ; on ne pouvait assez la louer, on en disait les choses du monde les plus jolies, chacune enchérissait sur ce qui avait été dit par d’autres, et on ne croyait pas, à les entendre toutes discourir sur la tragédie d’Esther, qu’on pût jamais lui donner assez d’éloges. On n’épargnait pas aussi les louanges qu’on donnait à toutes les jeunes demoiselles qui faisaient quelque personnage ; on les comparait pour la déclamation aux plus renommées de toutes les comédiennes du temps et on les mettait infiniment au-dessus de toutes celles qui avaient le plus brillé sur le théâtre par le bon air qu’elles avaient, la noblesse qui s’y faisait paraître, leur bonne mine, leur beauté, leur taille et tout l’agrément de leurs personnes.

On prodiguait surtout les éloges en faveur de Mme la marquise de Caylus, nièce de Mme de Maintenon ; on disait que jamais personne n’avait fait de meilleure grâce un personnage semblable à celui qu’elle représentait dans la tragédie d’Esther.

Je ne disais rien pendant cette conversation qui fut très longue, et je pensais seulement en moi-même ce que j’aurais répondu si j’avais été interrogé ou si je pouvais trouver le moyen de parler, lorsque Mme de Maintenon, après avoir rapporté le nom de ceux du clergé soit régulier, soit séculier, qui y avaient assisté ou qui devaient y avoir place après l’avoir fort sollicitée l’après-midi de ce jour-là même, elle m’adressa la parole et me dit d’un air fort gracieux, qui lui est si naturel : « il n’y a plus que vous, monsieur, qui n’ayez pas encore assisté à cette pièce. N’y viendrez-vous pas bientôt ? »

À cela, je me levai et lui fis une grande révérence. Elle comprit bien, et toutes les dames qui étaient présentes, ce que mon silence voulait dire, et je ne crus pas devoir pour lors m’expliquer, que de cette manière qui en disait beaucoup plus que tous les discours que j’aurais pu tenir devant des personnes si prévenues en faveur de cette pièce et que, quand elles n’auraient point eu d’autre raison que celle de faire leur cour, la seule politique qui règne fort en ce pays leur persuadait d’approuver.

Cependant je vis peu après que Mme de Maintenon cherchait à me faire parler ou à m’engager d’assister ce jour-là même à cette tragédie, car, ayant parlé du père de Chauvigny, de l’Oratoire, célèbre pour sa piété, connu par ses bonnes œuvres et qui était pour lors un vénérable vieillard, s’adressant encore à moi, me fit la même proposition, y ajoutant que je voudrais bien y aller en si bonne compagnie. Il fallut pour lors répondre sans biaiser, puisqu’on ne se contentait pas de mon premier silence, qui, comme je le pensais, on avait dit plus que je n’aurais pu faire par mes paroles. Ainsi, en gardant le respect que je devais à cette illustre dame et ne pouvant me résoudre à trahir mes véritables sentiments, ce qui ne convient jamais à un ministre de Jésus-Christ et encore moins à un pasteur, je lui dis que je la suppliais très humblement de m’en dispenser, ayant de très fortes raisons de lui demander cette grâce. Après quoi, on n’en parla plus, ces dames se contentant de se regarder et de jeter sur moi quelques œillades, surprise d’un pareil compliment, ne pouvant comprendre que, tant de personnes de tous états faisant paraître de si grands empressements pour obtenir la grâce d’y assister et qui était refusée à plusieurs, j’eusse moi seul pris la liberté de ne pas l’accepter et en si bonne compagnie, lorsque, sans avoir fait paraître le moindre désir de m’y trouver, on me l’offrait avec une si grande distinction.

Cependant je fis mon exhortation à mon ordinaire et, dès qu’elle fut achevée et qu’on se retirait, quelques dames, et en particulier Mmes les duchesse de Chevreuse et de Beauvilliers, qui étaient beaucoup plus estimables par la grande piété dont elles avaient toujours fait une profession ouverte à la Cour que par le rang qu’elles y tenaient, m’abordèrent et, par les intérêts qu’elles voulaient bien prendre à tout ce qui me regardait, me parlèrent avec beaucoup d’épanchement de cœur et de confiance de ce refus public que je venais de faire.
« 
Savez-vous bien, monsieur, me dirent-elles, que vous avez fort mortifié Mme de Maintenon de n’avoir pas accepté l’offre qu’elle vous a faite, croyant vous faire beaucoup de plaisir ? Vous savez que tout le monde s’empresse de lui faire sa cour en lui demandant comme une grâce très particulière la permission d’assister à la tragédie d’Esther, et vous seul, vous y invitant de la manière du monde la plus honnête, non seulement le refusez, mais vous marquez avoir des raisons de ne pas approuver en cela sa conduite ! N’avez-vous pas peur que, par un refus si public et si extraordinaire, elle n’ait lieu de penser que vous avez des sentiments outrés sur la morale, puisque même plusieurs évêques et personne de piété y assistent et qu’il semble par là que vous condamniez leur complaisance ? D’ailleurs, ne pouvez-vous pas craindre que Mme de Maintenon ne diminue la confiance qu’elle a en en vous et qu’ensuite vous soyez hors d’état de faire tout le bien que vous pourriez, étant appuyé de son crédit ? Le Roi aura aussi les mêmes sentiments qu’elle : il nous paraît que vous devez faire réflexion et passer par-dessus vos scrupules et vous trouver comme les autres personnes du clergé à cette tragédie. »

Je me mis un peu à sourire et, après avoir remercié ces dames de leur bonne volonté à mon égard et leur avoir témoigné ma reconnaissance, je leur fis entendre que je ne pouvais suivre leurs conseils, ayant des raisons très fortes de ne m’y pas rendre.
« 
Mais afin, mesdames, que vous puissiez connaître que ce n’est point par entêtement ni par attachement à mes sentiments que je prends ce parti, je m’offre de vous rendre compte des raisons que j’ai d’agir comme j’ai fait, en présence de personnes très éclairées, et, dès ce soir, j’aurai l’honneur d’aller chez vous et je ne veux point d’autre juge de ma conduite que M. Le duc de Chevreuse, ou M. le duc de Beauvilliers, et je vous assure que, s’ils ont des sentiments contraires au mien, après leur avoir exposé ce que j’en pense, je me rendrai très volontiers à leurs sages avis. »

Elles ne purent pas ne point approuver ce parti. Je me rendis à l’appartement de M. Le duc de Chevreuse, et j’expliquai fort naturellement mes sentiments en ces termes :
« 
Vous pouvez bien croire qu’il faut que j’aie de puissantes raisons pour n’avoir accepté l’offre qui m’a été faite de la manière du monde la plus agréable et la plus honnête. J’ai toute la déférence possible et très respectueuse pour Mme de Maintenon, mais je suis persuadé que mon devoir et mon ministère doivent l’emporter en moi sur tout autre considération.

Vous n’ignorez pas, puisque vous êtes si exacts à assister à mes prônes, que je déclame souvent contre les spectacles, ce que je fais aussi dans nos assemblées des dames de la charité, lorsque l’occasion s’en présente, et il n’y a personne qui ne sache à la Cour que je suis très opposé à ces sortes de divertissements, que j’ai toujours été très fortement persuadé être absolument contraires à la piété et à l’esprit du christianisme.
Si j’assiste à cette tragédie de Saint-Cyr, le peuple qui m’a entendu si souvent prêcher contre les comédies n’aurait-il pas sujet d’être très mal édifié de ma conduite ? Il ne distinguera pas cette pièce de celles qui sont représentées par les autres comédiens ; il se persuadera qu’il faut qu’il n’y ait pas de mal d’assister à ces sortes de spectacles puisqu’on y aura vu m’y trouver, et on croira pour lors beaucoup plus à mes actions qu’à mes paroles, ou bien on aura sujet de dire que j’approuve par ma conduite ce que je condamne dans mes discours. La réputation d’un ministre de Jésus-Christ est trop délicate et lui est trop nécessaire pour la risquer pour si peu de chose, pour un léger divertissement de quelques heures et par un pur motif de complaisance.
Croyez-vous d’ailleurs qu’il soit fort décent à des personnes de notre caractère d’assister à une tragédie représentée par des jeunes filles fort bien faites et qu’on peut, pour lors, se défendre de regarder pendant des heures entières ? N’est-ce pas s’exposer à des tentations et le peut-on faire en conscience ? Sur cela je vous dirai franchement que quelques courtisans mon avoué que la vue de ces jeunes demoiselles faisait de très vives impressions sur leurs cœurs, que, sachant qu’elles étaient sages, ils en étaient incomparablement plus touchés que de la vue des comédiennes qui ne laissaient pas que d’être pour eux des occasions de chute, quoiqu’ils [ne] doutassent point que souvent elles étaient d’une vie très déréglée. »

Je leur ajoutai que je ne pouvais pas sans ces raisons générales ne pas condamner en soi ces sortes de représentations, comme très pernicieuses à ces jeunes demoiselles, à qui on désirait de donner une bonne éducation ; car quel doit être, disais-je, le principal soin qu’on doit avoir et la fin la plus raisonnable qu’on se doit proposer dans l’instruction des jeunes filles, sinon de les porter à une très grande pureté de mœurs, à conserver leur pudeur en toutes occasions et les éloigner de tout ce qui peut y être tant soit peu contraire. C’est pour cela qu’on les élève dans des maisons retirées, qu’on les enferme de bonne heure dans des couvents, qu’on veille de si près sur leurs actions, qu’on empêche qu’elles ne soient vues des hommes et qu’elles ne prennent du goût dans leur compagnie. On détruit donc ce qu’on veut faire en elles d’un autre côté quand on les fait monter sur un théâtre à la vue de toute sorte de personnes de la Cour. On leur ôte par ce moyen cette honte modeste qui les retient dans leur devoir, car une fille qui a fait un personnage dans une comédie aura beaucoup moins de peine de parler tête à tête à un homme, ayant pris sur elle de paraître tête levée devant plusieurs.

D’ailleurs, on sait combien la vanité et le vice dominant de leur sexe et en même temps combien il leur est dangereux d’être louées sur leur beauté, leur bonne grâce et leur belle taille. Cependant elles n’entendent rien que des louanges, que des applaudissements, dont les gens de la Cour qui assistent à ces spectacles qui leur plaisent sont très prodigues. Quel orgueil ne peut point inspirer à ces jeunes personnes la connaissance qu’elles n’ont que trop qu’elles ont contenté tout le monde, qu’on s’empresse de les entendre, qu’elles ont eu l’avantage de déclamer devant le Roi qui en a été fort satisfait et toute la Cour à qui elles ont été agréables ! Qu’il est difficile à quelque personne que ce puisse être de ne pas succomber à une tentation si dangereuse ! Car, si on y est très exposé quand on prêche devant Son Souverain et en présence de sa Cour lorsqu’on y est très applaudi et que souvent, en exerçant un si saint ministère dans lequel on doit combattre les passions et la cupidité, on est vaincu par cet orgueil secret qui donne de la complaisance sur les heureux succès qu’on a pu avoir, combien plus doivent être combattues par ces mouvements de vanité des jeunes filles peu en garde contre une passion qui leur est si naturel et sur lesquelles les grandes maximes de la religion et de l’Évangile non pas encore fait d’assez fortes impressions pour les préserver contre un ennemi qui entre dans le cœur avec tant d’agrément et qu’il est ensuite si difficile de vaincre.

J’ajoute que, si on peut permettre à de jeunes garçons dans le collège de s’exercer dans des tragédies à la déclamation, on ne doit pas se servir de cet exemple pour l’autoriser parmi les jeunes filles, car enfin les écoliers sont destinés pour remplir un jour dans l’Église ou dans la robe des emplois qui les obligent de parler en public et qu’ainsi il est à propos de les exercer de bonne heure à ces sortes de fonctions en leur faisant vaincre la peine que plusieurs naturellement de paraître en public, au lieu que les filles, devant pour être sages aimer la retraite et leurs maisons, doivent éviter de se faire voir et demeurer cachées.

De quelle utilité peuvent donc être ces sortes de tragédies dans les maisons dans lesquelles on ne doit leur enseigner que les principes d’une piété très solide, la fuite du monde, l’horreur des maximes du siècle, le mépris des louanges, et l’éloignement de tout ce qui peut être tant soit peu contraire à la pudeur qui doit toujours accompagner toutes leurs actions et leur conduite ?

Je vois encore dans ces sortes d’occasions plusieurs autres inconvénients très considérables, tels que sont la perte d’un temps infini, qu’elles emploient à apprendre leur rôle ; les distractions continuelles que le souvenir de leurs vers leur fournit, étant très rare qu’elles ne les repassent sans cesse dans leur mémoire dans le temps qu’elles ne devraient s’occuper qu’à leurs prières ou aux lectures publiques qu’on leur fait ou aux instructions qu’on leur donne ; la joie secrète que celles qui sont choisies pour actrices d’être préférées aux autres, se persuadant que leur mérite y a beaucoup plus de part que toute autre considération ; le mépris secret qu’elles font des autres, sur qui on n’a pas jeté les yeux pour leur donner des personnages ; la jalousie de celles-ci contre les autres, croyant qu’on leur a fait injustice, sans parler des airs de hauteur que celles qui ont réussi se donnent et d’un autre côté des moqueries de leurs compagnes qui veulent avoir le plaisir malin de les censurer et se dédommager par là de n’avoir pas été du nombre de celles sur qui le choix est tombé.

J’ajouterai à toutes ces raisons une autre qui ne me frappe pas moins que celles que j’ai marquées. Tous les couvents ont les yeux arrêtés sur la maison de Saint-Cyr. Les filles naturellement curieuses désirent passionnément de s’informer de tout ce qui s’y fait. Elles seront ravies dans plusieurs abbayes et autres monastère de filles d’imiter une chose qu’elles verront être au gré du Roi, de toute la Cour et d’une infinité d’honnêtes gens. Vous verrez qu’en peu de temps cet usage va s’introduire dans ces maisons religieuses, qu’on invitera toute sorte de personnes à s’y trouver, qu’on se croira fort autorisé par l’exemple de Saint-Cyr ; et de là, comprenez quels pourront être les maux qui en arriveront.

Au reste, il serait inutile de dire que Saint-François-de-Sales permet aux religieuses de la Visitation de représenter quelquefois des pièces de dévotion, car ce grand saint, pour donner de temps en temps quelque relâchement à ces chères filles, ne leur a permis ce petit divertissement qu’à condition que ce serait entre elles seules qu’elles pourraient le prendre et que cela se ferait dans l’intérieur de leur maison, où personne qu’elles ne pourraient s’y trouver, ce qui assurément fort différent de la manière que nous le voyons faire à Saint-Cyr, où on peut dire que c’est un spectacle public quand y donne au public.

Ces raisons et d’autres que j’omets convainquirent les personnes à qui je parlais de la conduite que j’avais tenue en n’acceptant point l’offre si obligeante qu’on m’avait faite en si bonne compagnie. Mais comme tout ceci se passa en secret, cela ne put pas encore contribuer à faire cesser ou rompre ce qui avait été commencé.

Le succès même de cette pièce d’Esther donna un si grand goût pour ces sortes de pièces de théâtre qu’on engagea le sieur Racine d’en faire une nouvelle, qui fut l’histoire d’Athalie. Elle ne fut pas représentée autant de fois que la première. J’eus occasion d’entretenir M. l’évêque de Chartres à fond de cette affaire : il se rendit à mes raisons et, sans se trop expliquer, il s’en servit dans la suite pour abolir entièrement ce mauvais usage, qui, comme je l’avais prévu, s’était déjà introduit à l’exemple de Saint-Cyr dans plusieurs couvents et abbayes.

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Mémoires du Curé de Versailles – Le sieur Racine

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Le sieur Racine

Il y avait quelques autres personnes en petit nombre qui donnaient dans ces nouveautés. On y marquait entre les autres le sieur Racine, si connu par les pièces de théâtre dont il a été l’auteur. Il avait été élevé au Port-Royal-des-Champs dont nous venons de parler. Il était au service de quelques-uns de ces fameux directeurs qui lui trouvèrent beaucoup d’esprit et de la disposition à l’étude ; ils l’engagèrent de s’y appliquer : il y apprit les langues grecque et latine avec beaucoup de facilité et devint très habile ; on lui donna une grande teinture de la Sainte Écriture, qu’il étudia avec application, et des ouvrages des Saints Pères et surtout de saint Augustin.

Comme on s’occupait quelquefois au Port-Royal à autre chose qu’à ces études sérieuses de l’Écriture et des Pères et qu’on s’y divertissait quelquefois à faire des vers sur toute sorte de sujets, cela inspirait de l’émulation à ceux qui croyaient avoir le génie de la poésie pour se donner à ce genre d’écrire qui plaît davantage et qui coûte moins, ce que je dis sans vouloir faire injure à messieurs nos poètes. Ainsi vit-on sortir du Port-Royal ou du moins leur furent-ils attribués, le poème de « l’onguent à la brûlure », le poème « l’entreprise des Jacobins sur le Mont Valérien », les satires contre le formulaire et le Pape, contre feu M. De Péréfixe, sans compter ceux qui étaient plus dignes des Prêtres, comme la « vie de Jésus-Christ » en vers de M. Arnauld d’Andilly, la traduction des hymnes de l’Église et d’autres semblables ouvrages.

Le sieur Racine se sentit pour lors réveiller en lui l’esprit poétique. Il fit des vers, il réussit, il fut approuvé.

Ces premiers succès le firent penser à quitter la solitude pour avoir le moyen de faire valoir son talent, de se produire dans le monde, d’y faire fortune et de se faire beaucoup d’amis. Messieurs de Port-Royal furent très affligés de sa résolution, mais ils le furent bien davantage quand ils virent paraître ses premières pièces de théâtre, qui, de l’aveu de tout le monde, sont les plus tendres qu’on ait jamais faites en ce genre d’écrire. Ils étaient fort honteux qu’on sût dans le monde qu’il avait été leur élève et qu’on y dit qu’il avait cultivé son esprit et ses talents à Port-Royal, pour être ensuite en état de venir divertir le public par les pièces les plus galantes qu’on eût jamais entendues. Ils le regardaient comme un excommunié et comme un réprouvé, ils déploraient son sort dans la pensée que sa profession faisait un très grand déshonneur à leur corps et qu’on pouvait croire que, ayant été formé de leurs mains, ils s’appliquaient souvent eux-mêmes à composer d’autres livres de que des ouvrages de piété.

Cependant tout ce que les anciens amis de M. Racine lui dirent ou lui firent représenter ne le toucha pas beaucoup. Pendant plusieurs années, il s’occupa tout entier à composer ses tragédies et quelques comédies et, tant plus on y courait pour les admirer, tant plus Messieurs de Port-Royal en avaient de douleur et de confusion. Cependant, après un temps fort considérable, ce poète, se souvenant peut-être des premières instructions qu’on lui avait données, peut-être lassé de s’appliquer toujours, ou pour mieux dire, de perdre le meilleur temps de sa vie à travailler à des ouvrages si inutiles et si nuisibles et dommageables à la pureté des mœurs, peut-être aussi craignant qu’enfin sa réputation se diminuerait à proportion que le feu de l’âge se dissiperait et ne serait plus en état de continuer à faire toujours des pièces qui fussent également agréables au public, quitta cet emploi et résolut de s’appliquer à des choses plus sérieuses.

Il y avait déjà quelque temps qu’il avait abandonné le théâtre, lorsque Mme de Maintenon, qui était dans le crédit que chacun sait, le fit venir à la Cour. Elle avait toujours aimé les gens d’esprit, en ayant infiniment elle-[même] ; elle avait connu Racine, elle fut bien aise de pouvoir l’entretenir quelquefois : la maison de Saint-Cyr, près Versailles, qu’elle venait d’établir par les immenses libéralités du Roi et dont nous aurons l’occasion de parler dans la suite, lui donna celle d’employer le talent de ce fameux poète à des ouvrages de son métier.

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Mémoires du Curé de Versailles – Les trois sortes de jansénistes

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Les trois sortes de jansénistes

J’ai toujours distingué trois sortes de jansénistes à la Cour comme ailleurs.

La première espèce est de ceux qui sont véritablement attachés à la doctrine de Jansénius, ou qui, n’osant pas ouvertement la soutenir, se font une gloire de condamner ce qui s’est fait contre son livre et se déclarent pour être du sentiment que l’Église pouvant errer sur les questions de fait, elle s’est effectivement trompée dans celui du livre de Jansénius, dans lequel, depuis la condamnation des cinq propositions, ils prétendent qu’elles ne s’y trouvent pas et défient hardiment de les y montrer.

La seconde classe ou espèce de jansénistes et de ceux qui favorisent en tout ce qu’ils peuvent ceux de la première espèce et sont bien aises qu’on croit qu’ils leur sont unis de sentiments, quoiqu’ils ne savent pas seulement pour l’ordinaire l’état des questions, agités uniquement par la haine et une aversion très déraisonnable et très injuste contre les Jésuites, qui se sont si fort distingués par la défense qu’ils ont entreprise partout de l’autorité de l’Église contre ces novateurs.

Enfin la troisième classe ou espèce de jansénistes, qui m’a paru faire partout le plus grand nombre, est de ceux qui, s’imaginant que parmi ces Messieurs de Port-Royal il n’y a que des personnes d’un très grand esprit ; ils se persuadent, quoique très ignorants dans les matières contestées et souvent dans toute autre science, qu’ils passeront pour avoir de l’esprit s’ils font paraître de l’estime et de l’inclination pour cette secte et pour ceux qui en font profession.

Ainsi pour abréger en peu de mots ce que nous venons de dire, j’ai toujours cru que l’esprit d’opiniâtreté, la haine contre les Jésuites et l’esprit de vanité faisaient ou composaient tout le corps des jansénistes qui sont dans le monde. Il y a peu de laïques dans le premier ordre ; beaucoup d’hommes et de femmes dans le second ; le nombre des femmes l’emporte de beaucoup dans le troisième. C’est ce que j’ai remarqué à la cour.

J’y trouvai très peu de gens qui soutinssent le jansénisme à cru, s’il m’est ainsi permis de parler. Il y en avait cependant quelques-uns. On croyait, et je pense qu’on n’avait pas tort de le croire, que l’archevêque de Reims, s’il ne donnait pas ouvertement dans la mauvaise doctrine, en favorisait publiquement ses partisans. Son diocèse était leur refuge. Ils y étaient bien venus, on les y recevait à bras ouverts, on les y employait, on leur y donnait les bénéfices les plus considérables et les premières places dans la cathédrale. C’était à ces messieurs que le prélat avait le plus de confiance et, quoique tout le monde sût et qu’il ne s’en cachât pas lui-même qu’il vivait d’une manière très mondaine pour ne rien dire de plus, il se déclarait partout l’ami, le protecteur et le patron de ceux qui se croyaient par la rigueur et l’austérité de leur morale les réformateurs du genre humain. On pensait que ce prélat avait un peu puisé cette bonne volonté qu’il avait pour eux dans le sein de sa famille, car il est constant que M. Le chancelier Le Tellier, son père, n’était pas de leurs ennemis. Je sais au moins à n’en pouvoir douter qu’ils s’adressaient à lui dans leurs affaires, dans lesquelles ils y trouvaient de l’appui et de la protection.

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Mémoires du Curé de Versailles – La révolte de Port-Royal

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
La révolte de Port-Royal

On en donna une preuve bien éclatante quand il s’y agit de faire signer le formulaire prescrit par Alexandre VII et reçu par les évêques. M. Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris, qui s’était déclaré hautement l’ennemi de cette nouveauté, ayant fait son mandement sur cette signature, donna occasion de faire connaître le véritable esprit de l’hérésie et des hérétiques et celui de ceux qui avaient une entière et parfaite soumission pour les décisions de l’Église. C’est-à-dire qu’après seulement ce mandement on connut dans le diocèse de Paris la différence des véritables enfants de l’Église avec ceux qui étaient des enfants rebelles et révoltés, car ceux-ci refusèrent absolument de signer ce formulaire, les autres au contraire en le signant furent bien aises de donner des preuves de leur parfaite obéissance aux ordres de l’Église et de leurs supérieurs légitimes.

On vit pour lors courir dans Paris et dans toutes les provinces du royaume mille écrits très scandaleux contre la constitution d’Alexandre VII, le mandement de M. l’archevêque de Paris et des autres évêques qui ordonnaient cette signature. Quel autre esprit que celui du prince orgueilleux pouvait-il inspirer cette opiniâtreté à ne pas vouloir se soumettre aux puissances spirituelles établies de Dieu dans son Église ou à exciter toutes sortes de personnes à mépriser leurs ordonnances et à se révolter aussi contre les édits de leur souverain qui, en conséquence des bulles du Pape que Sa Majesté avait sollicitées pour faire cesser ces scandaleuses contestations, et l’acceptation solennelle qu’en avaient faite les prélats de son royaume, avait ordonné cette signature du formulaire.

On peut aisément comprendre que ces écrits du Port-Royal, qui avaient été comme le son du tocsin pour animer plusieurs personnes à se révolter contre le Pape, les évêques et le Roi, furent mieux entendus que des autres par les religieuses du Port-Royal qui se signalèrent, plus que pas un autre, par leur horrible désobéissance. Rien ne fût capable de les ramener à leur devoir, sous le faux prétexte qu’elles prirent de n’avoir pas lu le livre de Jansénius qui avait été condamné à Rome, et l’ignorance où elles disaient être du véritable sens des écrits de cet évêque : elles ne pouvaient en conscience faire un serment par lequel elles condamneraient les cinq propositions dans le sens de cet auteur, comme s’il était nécessaire aux enfants de l’Église qui ont une parfaite soumission à ses décisions d’avoir lu tous les livres des hérétiques pour les condamner avec elle. Je ne sais si ces religieuses auraient eu la même témérité de ne vouloir pas condamner Luther et Calvin sous une raison si méprisable.

Feu M. de Péréfixe, leur archevêque, fit de son côté ce qu’il pût pour faire revenir ces filles à elles-mêmes ; il les fit exhorter à se soumettre par des personnes habiles et vertueuses, et en particulier par feu M. De Chamillard, docteur de Sorbonne et très distingué par sa piété et par sa science, qui ne put réussir à dompter ces esprits révoltés et prévenus en faveur des nouvelles opinions. Il y alla lui-même et se servit de tous les moyens que son zèle et l’autorité pastorale pouvaient lui inspirer pour les engager à cette soumission : prières, menaces, exhortations, censures ecclésiastiques, rien ne put être capable de les fléchir. Tant plus on les pressait de se rendre, tant plus elles se roidissaient contre toute puissance, attachées aux mauvais sentiments qu’on leur avait inspirés.

Cet archevêque fut enfin contraint de rendre compte au Roi de la triste et funeste disposition où il avait trouvé ces religieuses obstinées. C’est de là qu’il conçut contre elles toute l’indignation qu’il pouvait avoir contre des filles si étrangement désobéissantes et contre leur monastère qui était la pépinière des jansénistes, et que Sa Majesté se résolut d’employer son autorité ou pour les engager à se soumettre, ou pour les châtier de leur obstination.

Il leur fit savoir ses volontés. Bien loin de s’y rendre, elles prirent la liberté de lui écrire une longue lettre ou, pour mieux dire, donnèrent leur nom à celle que leurs directeurs avaient composée, qu’ils rendirent ensuite publique dans tout le royaume avec plusieurs écrits qui portaient pour titre : « la défense des religieuses de Port-Royal », dans lesquels on regardait l’obligation qu’on leur imposait de signer le formulaire comme la chose du monde la plus injuste, la plus inouïe et la plus tyrannique qu’on pût s’imaginer.

Le rapport qu’on en fit au Roi ne fit que l’aigrir davantage contre ces filles et leurs directeurs. Il ordonna, voyant qu’on ne pouvait venir à bout autrement, qu’on leur ôtât ces directeurs qui leur inspiraient cet esprit de révolte, et qu’on leur en substituât d’autres qui leur enseignassent quelles devaient être leur soumission à l’Église ; il exila quelques-unes des plus opiniâtres et, entre les autres, les deux mères Arnauld, dont l’une était abbesse, et les fit conduire dans des monastères éloignés pour y apprendre la parfaite obéissance qu’elles devaient rendre à leurs supérieurs. Il leur fit défense de recevoir des novices, et fit sortir toutes les pensionnaires qu’elles avaient avec ordre de n’en plus recevoir. Il commanda que tous ceux qui demeuraient dans le dehors du monastère, dans ces grands bâtiments dont j’ai parlé ci-dessus, se retirassent sans délai, enfin il fit paraître en cette occasion combien cette maison lui déplaisait et fit connaître qu’à la fin il se verrait contraint de la détruire sans ressource.

Toutes ces sages et justes punitions ne firent pas un grand effet sur ces esprits révoltés, et, à l’exception de peu d’entre ces religieuses qui reconnurent humblement leurs fautes, les autres persistèrent dans leur opiniâtreté. On y vit pour lors ce que l’attachement à l’erreur est capable de produire dans un cœur qui a été assez malheureux pour s’en laisser prévenir. Car, soit celles qui étaient sorties de ce monastère, soit celles qui y étaient restées aimèrent beaucoup mieux passer les années entières dans l’excommunication et la privation des sacrements que de prendre le parti de l’obéissance, et plusieurs d’entre elles moururent dans cet état et ces terribles dispositions. Rien ne peut montrer plus évidemment ce que l’esprit d’erreur peut causer de maux dans une communauté de filles, et combien on doit prendre de précautions pour éloigner de leur conduite toutes personnes soupçonnées de donner dans les nouveautés, étant certain que les filles, naturellement curieuses, pleines de vanité et d’amour-propre, très opiniâtres à se soumettre, se laissent facilement séduire et reviennent très difficilement de leur séduction.

Tout ce que le Roi avait ordonné fut exécuté fort exactement et cette maison, qui avait été jusqu’à ce temps-là l’abord de tous les gens du parti, fut tout d’un coup très déserte. On ne laissait pas de les fortifier dans leurs mauvais sentiments. Leurs directeurs, éloignés d’elles de corps, s’en approchaient par leurs écrits qu’on leur faisait tenir par des voies très secrètes. On prétendait même que de temps en temps ils leur rendaient visite sous des habits déguisés. Mais, d’ailleurs, comme il était très facile de jeter des papiers et des écrits par-dessus les murs de cette abbaye, ils pouvaient se servir sans être aperçu de ce moyen, comme en effet ils l’employèrent plusieurs fois, ce qui retenait ces pauvres filles dans leur obstination.

Avant que nous disions ce qui est enfin arrivé à cette abbaye, peut-être ne sera-t-on pas fâché de savoir quelle était la disposition de la Cour à l’occasion de ces contestations sur le jansénisme. Je ne m’arrêterai sur cet article que sur ce que j’en sais sûrement et ce que j’ai principalement connu par moi-même pendant le séjour que j’y ai fait.

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Mémoires du Curé de Versailles – Les filles de Port-Royal

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Les filles de Port-Royal

Dès que les bâtiments du couvent furent en état d’y loger, on y reçu un grand nombre de filles pour y être religieuses. On y reçut aussi plusieurs pensionnaires, entre lesquelles la plupart étaient de jeunes enfants et les autres étaient des dames ou demoiselles qui, affectionnées à la nouvelle doctrine, se faisaient bienfaitrices de cette maison et par cette vocation pécuniaire croyaient avoir le droit d’y passer le reste de leurs jours.

On apprenait avec grand soin aux jeunes filles les principes de la nouvelle doctrine. Le catéchisme de la grâce de Saint-Cyran était le premier livre qu’on mettait entre les mains de ces jeunes enfants ; on leur faisait apprendre par cœur, on leur en expliquait les questions, on imprimait ainsi dans ces âmes tendres le dangereux poison de la nouveauté. Quand elles étaient plus grandes et que leur esprit commençait à se former, on leur développait le mystère obscur de la grâce, en leur faisant bien remarquer que c’était la pure doctrine de l’incomparable docteur de l’Église saint Augustin, et leur donnant une aversion infinie des Jésuites et de tout ceux qui combattaient leurs erreurs. Ils apprirent si parfaitement à ces filles les éléments de leurs mauvaises opinions qu’ils eurent la témérité de faire soutenir à quelques-unes d’entre elles des thèses sur les matières de la grâce.

On peut juger de la conduite qu’ils tenaient à l’égard des pensionnaires de celle qu’ils observaient envers les religieuses, qui, étant presque toutes fort jeunes quand ils firent de cette maison leur lieu de retraite et leur place d’armes, étaient fort susceptibles de toutes les impressions qu’on leur voulait donner. On se servit aussi de la faiblesse de leur sexe et de l’estime qu’on leur inspirait pour leurs directeurs pour leur insinuer les sentiments avantageux de la nouvelle secte, leur en donner du goût et un souverain mépris pour les opinions contraires et pour tous ceux, fussent-ils évêques ou papes, qui condamnaient la nouvelle doctrine. Les conférences que leur faisaient continuellement ces directeurs jansénistes, les livres du parti qu’on leur faisait lire, l’application qu’on se donnait de les instruire sur la célèbre question du droit et du fait, sur l’infaillibilité de l’Église, sur le dogme, sur sa faillibilité sur le fait, se donnant bien de garde de leur apprendre qu’il y avait des faits dogmatiques qui renfermaient en même temps le fait et le droit, le soin en un mot qu’on prenait sans relâche de les entretenir de toutes ces matières si épineuses, dans lesquelles la seule foi et la soumission à l’Église nous peuvent servir de règle pour ne nous point égarer, firent sur leurs esprits et sur leurs cœurs tous les effets qu’on s’était proposés dans une éducation si dangereuse.

Des filles se crurent en savoir davantage que les plus habiles docteurs qui étaient de sentiments contraires, elles se jugèrent plus capables que leurs pasteurs, elles se persuadèrent qu’on avait injustement condamné Jansénius parce qu’on n’avait pas compris sa doctrine qu’on ne s’était pas même donné le temps d’examiner et qu’on n’avait censurée que par la cabale puissante des Jésuites. C’est ainsi que cette maison se déclara, tant par les religieuses que par leurs directeurs et ceux du parti les plus considérables qui s’y retirèrent, le centre du jansénisme, le fort de l’hérésie nouvelles et l’asile de toutes les personnes qui voulait se mettre à couvert des poursuites de leurs évêques leur faisaient à l’occasion de ces nouveautés. C’était de ce lieu que sortaient la plupart des écrits qu’on répandait dans le monde pour défendre la nouvelle doctrine ou pour attaquer par des libelles ceux qui avaient le courage de la combattre. C’était là qu’on composait tous ces différents ouvrages, ces traductions des Pères, ces livres de différente espèce qu’on avait tant de soin de faire ensuite valoir dans le monde. Ainsi donna-t-on pour cette raison à ce parti le nom de Port-Royal ou de Messieurs du Port-Royal, tant on était convaincu que dans cette maison on faisait une profession ouverte d’être disciple de Jansénius.

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Mémoires du Curé de Versailles – Port-Royal-des-Champs et la « vie à la janséniste »

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Port-Royal-des-Champs et la « vie à la janséniste »

Ce monastère, situé dans le diocèse de Paris, à cinq petites lieues de cette grande ville et à deux de Versailles, est de l’ordre de Saint-Bernard. Il est bâti dans un lieu fort solitaire et assez marécageux, environné de coteaux qui l’enferment presque de tous côtés.

La fameuse Mère Angélique Arnaud y établit la réforme, non pas selon les statuts observés par les religieuses réformées de son ordre, mais selon son esprit particulier, ayant pour cela dressé ou peut-être, pour mieux parler, adopté des constitutions faites par quelques-uns de sa famille entièrement dévoués au parti des jansénistes.

Cette maison fut regardée par eux comme très propre à leurs desseins. Ils eurent le soin de faire de grands bâtiments pour les religieuses qu’on y recevait sans dot et en grand nombre et pour les pensionnaires filles du parti qu’on y devait élever. Ils eurent aussi le même soin de faire faire plusieurs grands corps de logis dans l’avant-cour de cette abbaye, qui étaient destinés pour ceux du parti qui voudraient se retirer du monde pour faire pénitence ou pour goûter la douceur de la solitude.

Il ne leur fut pas difficile de réussir dans leurs desseins. Car, dès que des personnes riches s’adressaient à eux pour leur direction, on les instituait à cette société de Port-Royal, on les engageait de contribuer [à la] dépense de ces vastes bâtiments, ou on les portait à se faire à eux-mêmes des appartements commodes. Il y en eut quelques-uns qui s’y bâtirent des petites maisons semblables à celles de nos chartreux et j’en ai vu quelques-unes qu’avaient occupées des personnes qui avaient été fort célèbres dans la nouvelle secte et dont on ne manquait pas de faire l’éloge à tous ceux qui allaient par différents motifs visiter ce monastère.

C’est là, me disait-on une fois, ayant eu l’occasion et l’obligation d’y aller, que M. N versait des torrents de larmes. Ici était son oratoire, là était l’endroit où il travaillait de ses mains à des ouvrages humiliants, comme à faire des sabots, des cuillères et des fourchettes de bois ou de buis. Vous voyez ici son petit jardin qu’il cultivait lui-même.

Et, rentrant dans la petite maison, on y montrait où il couchait, où il étudiait, où il recevait ceux qui venaient lui rendre visite.

Dans tous ces différents bâtiments que j’y ai vus, je puis assurer que tout était fort propre, très bien entendu, très commode, bien boisé et où rien ne manquait. C’est de ces messieurs qu’on a beaucoup appris à se donner toutes les commodités de la vie, malgré la morale sévère dont ils avaient toujours le nom dans la bouche et qu’on prétend qu’en secret ils ne pratiquaient pas si rigoureusement qu’ils semblaient vouloir le faire entendre, ce qui fit dire d’eux avec raison : rigide sentimus, libere vivimus. Ce qui est très certain, c’est que, par rapport à cette grande propreté qu’ils affectaient et toutes ces commodités de la vie qu’ils se procuraient, quand une chose était de bon goût, propre, bien faite, on l’appelait « à la janséniste ». C’est de ces messieurs que les doubles châssis aux fenêtres pour se garantir du moindre vent coulis ont principalement tiré leur origine. Il faut l’avouer qu’ils s’appliquaient dans leur solitude à plusieurs ouvrages de mécanique et à perfectionner les arts. On y montrait, quand j’y allai, une machine hydraulique de l’invention du célèbre Monsieur Pascal, qui, comme plusieurs autres du parti, y avait choisi sa demeure au moins pour un temps assez considérable.

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Mémoires du Curé de Versailles – Le babil des belles jansénistes

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Le babil des belles jansénistes

Cependant les jansénistes qui paraissaient gens réformés et qui ne parlaient que de la pureté des mœurs et de la discipline ancienne des premiers siècles de l’Église attiraient une infinité de monde à leur parti, car tel est l’esprit de l’homme qu’il embrasse volontiers la nouveauté.

Les femmes plus que les autres donnent dans ces sortes de faiblesse. Comme elles ont plus de curiosité, beaucoup plus de vanité et plus d’ignorance que les autres, elles se laissent facilement tromper par les apparences extérieures et sans rien examiner donnent grossièrement dans les pièges qui leur sont tendus. Elles eurent à leur tête en cette occasion Mme la duchesse de Longueville, princesse du sang et sœur du fameux prince de Condé, si connu par ses différentes aventures et si digne d’être loué par son très sincère retour vers le roi et par toutes les actions éclatantes de valeur qu’il fit dans les guerres de Hollande, de Flandre et d’Allemagne. Cette princesse qui avait beaucoup d’esprit, qui autrefois avait en différentes manières fait parler d’elle, se signala encore davantage par la protection qu’elle donna au parti de la nouvelle doctrine. La pénitence publique que ses directeurs jansénistes lui firent faire de leur autorité, quoiqu’il n’appartienne qu’aux évêques d’en prescrire la manière, la retraite au Port-Royal-des-Champs, les règles d’une grande austérité qu’on lui prescrivit et qu’elle observa, le zèle qu’elle faisait paraître pour la pureté de la morale, les soins qu’elle se donnait de faire élever auprès d’elle plusieurs filles dans ces mêmes sentiments, les louanges infinies que les défenseurs de Jansénius lui donnaient en toutes occasions accréditèrent beaucoup leur faction et [ils] surent s’en prévaloir en toutes sortes de manières.

Les femmes jansénistes, glorieuses d’avoir pour chef une personne si illustre par sa naissance, s’attachèrent plus fortement à la doctrine de leurs directeurs sans être capables de l’approfondir. Exactes à lire les différents ouvrages qu’ils composaient sans interruption, qu’ils faisaient imprimer très correctement et en beaux caractères et relier très proprement et dont ils faisaient beaucoup de présents, [elles] s’estimaient très habiles parce qu’elles, qui ne voulaient point par orgueil se soumettre aux décisions de l’Église, croyaient aveuglément leurs faux prophètes. On les entendait raisonner sur ces matières de la grâce avec plus de hardiesse et d’assurance que n’auraient osé le faire les docteurs les plus consommés dans la lecture et l’étude des Pères et de la vénérable antiquité. Partout, dans les compagnies, dans les cercles, dans les promenades, dans les assemblées, elles tenaient sur ces matières un même langage. Dès que leurs orgueilleux directeurs avaient composé quelque libelle contre les Jésuites, qui s’étaient déclarés le plus hautement contre cette détestable doctrine, ou contre les évêques qui la combattaient le plus vigoureusement dans leurs diocèses, ou contre les sages constitutions que les souverains pontifes avaient fait publier contre le livre de Jansénius, elles les faisaient valoir par leur babil, et personne qui eût été d’un sentiment contraire à celui qu’elles avaient embrassé n’était à l’abri des coups malins de leurs langues médisantes.

On voyait souvent dans une même famille le mari divisé contre sa femme, la mère opposée à ses filles, les enfants contre leurs parents, parce que les uns étaient attachés aux décisions de l’Église et les autres s’élevaient contre les règles qu’elle avait prescrite : c’est ce que nous avons eu le malheur de voir de notre temps, ce qui fait aisément comprendre combien est dangereuse toute nouveauté dans l’Église et combien ceux à qui Dieu a confié le sacré dépôt de la foi et de la saine doctrine doivent s’y opposer avec zèle dès le moment qu’elle ose paraître, et combien les princes catholiques doivent les soutenir de leur autorité pour empêcher que ces sortes de contestations ne s’établissent dans leurs États ou certainement tôt ou tard elles ne peuvent servir qu’à en troubler la paix et causer des désordres effroyables et souvent même des séditions et des guerres civiles, qu’on voit souvent naître d’une petite étincelle et qui produisent dans la suite de si grands et de si dangereux embrasements qu’il est très difficile de les éteindre.

Mais puisque nous avons dit ci-dessus un mot en passant du Port-Royal-des-Champs, il ne sera pas hors de propos d’en parler ici un peu plus au long, d’autant plus que cela regarde ce que je me suis proposé dans ces mémoires, je veux dire quelques réflexions sur le Roi et la Cour.

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Mémoires du Curé de Versailles – les cinq propositions

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Les cinq propositions

Il n’est pas nécessaire que je décrive ici dans le détail l’histoire de tout ce qui s’est passé sur le sujet de cette nouvelle hérésie. Il suffira que j’en marque ce qui peut être nécessaire à la fin que je me suis proposée dans ces mémoires, c’est-à-dire de parler de ce que le Roi, pour le bien de la religion et de l’Église, a fait pour empêcher que cette nouveauté dangereuse ne fit des progrès dans son royaume ou pour la détruire entièrement, autant qu’il lui a été possible.

Dès que les évêques de France s’aperçurent qu’on tâchait de répandre ces erreurs dans le royaume, ils crurent que leurs devoirs et leur conscience les engageaient indispensablement de s’y opposer de toute leur force. Ils agirent pour cela de concert dans les assemblées du clergé qui se tinrent dans ces mêmes temps. Ils s’adressèrent successivement aux souverains pontifes Innocent X et Alexandre VII pour avoir sur ces matières importantes les décisions du Saint-Siège, ou, après avoir obtenu la condamnation des cinq fameuses propositions, avoir une déclaration précise qu’elles avaient été condamnées dans le sens de Jansénius, et pour engager à signer un formulaire dans lequel on exprimait en termes formels qu’on les condamnait dans ce même sens de l’auteur.

Les papes, après de longs et sérieux examens de ce livre et des demandes si justes que les évêques leur avaient faites, accordèrent ce qu’on avait jugé nécessaire pour rétablir la paix dans l’Église et faire rentrer dans leur devoir ceux qui s’en étaient écartés. Le Roi de son côté avait demandé par ses lettres et fait demander par ses ambassadeurs les mêmes choses aux souverains pontifes. Ainsi, Sa Majesté, après que Rome eut prononcé, ce qui devait faire finir toute dispute, se crut dans l’obligation de faire exécuter très exactement leurs constitutions. Lédit qu’elle fit publier partout dans son royaume pour la signature du formulaire fit connaître quelle était sa volonté et qu’on ne s’y opposerait pas impunément. Il ne voulut de sa part donner aucun des bénéfices qui sont à sa nomination qu’après qu’on aurait signé le formulaire. Les évêques le firent signer par tous les ecclésiastiques et les religieux de leurs diocèses.

Les seuls jansénistes contredirent aux ordres des papes et de leur Prince. Pour donner quelque couleur à leur désobéissance, eux, qui avaient dans les premiers temps que cette affaire fut agitée à Rome, reconnus que la doctrine qu’on attaquait était celle de Jansénius, voyant qu’elle avait été condamnée dans les cinq propositions qui sont toute la matière de son Augustinus, ne pouvant sans passer pour hérétiques la soutenir, cherchèrent un faux-fuyant pour se mettre à l’abri des censures l’Église. Ils inventèrent à ce sujet cette fameuse distinction du droit et du fait.

Ils convenaient à la vérité un peu malgré eux que la doctrine des cinq propositions était condamnable et déclaraient la condamner sincèrement ; mais ils ajoutaient qu’elle n’était point celle de Jansénius, que ses ennemis lui avaient injustement attribuée, que le sens dans lequel il avait traité ces questions était entièrement différent de celui qui avait avec justice mérité la condamnation de Rome, que c’était plutôt la doctrine horrible de Calvin que celle de cet évêque d’Ypres qui avait été flétrie par ces différentes constitutions des papes.

Ils firent pour réussir dans leurs projets et pour jeter de la poussière aux yeux de ceux qui n’examinent que superficiellement ces sortes de question l’écrit à trois colonnes, dans lequel on voyait le sens de Jansénius, celui de Calvin et celui de Molina. Ils crurent par cet endroit se garantir de la juste punition que méritait leur désobéissance à l’Église, car ils disaient d’un côté qu’ils condamnaient les cinq propositions et qu’en cela ils étaient près de signer un formulaire qui ne contiendrait que simple condamnation, mais qu’ils ne pouvaient en conscience signer le formulaire dans lequel on reconnaissait avec serment qu’on condamnait ces mêmes propositions dans le sens de Jansénius, puisqu’ils étaient parfaitement convaincus que Jansénius n’avait jamais enseigné ces propositions dans le sens dans lequel elles avaient été condamnées ; qu’en tout cas, que ces mêmes propositions fussent ou ne fussent pas contenues dans le livre de l’évêque d’Ypres, ce n’était qu’une question de fait, sur lequel l’Église ne pouvait obliger les fidèles à une créance intérieure, puisque Jésus-Christ ne lui avait donné sur les faits une infaillibilité ; qu’ainsi elle pouvait se tromper sur ces sortes de questions de fait même dans un concile général ; qu’il s’ensuivait de ce principe qu’ils ne pouvaient signer le formulaire sans un parjure, puisqu’en se soumettant à cette signature ils paraissaient reconnaître que le sens condamné dans les cinq propositions était celui de Jansénius, quoiqu’ils fussent très évidemment convaincus du contraire.

Ces nouvelles disputes partagèrent les esprits, mais ne firent pas changer de résolution au Roi ni aux évêques, si l’on excepte leur nombre, quatre d’entre eux qui se signalèrent en cette occasion et favorisèrent ouvertement le parti et les sentiments des jansénistes. Le Roi continua de faire exécuter sa déclaration et les constitutions des souverains pontifes, les évêques firent très exactement signer le formulaire dans leurs diocèses. Le roi punit sévèrement les opiniâtres et en exila plusieurs ; les évêques firent le procès à ceux qui refusèrent de signer et en privèrent quelques-uns de leurs bénéfices.

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Mémoires du Curé de Versailles – La prodigieuse lecture d’Antoine Arnauld

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
La prodigieuse lecture d’Antoine Arnauld

L’abbé de Saint-Cyran, qui avait eu de grandes liaisons avec cet évêque flamand, était à leur tête. Après sa mort, le sieur Antoine Arnauld devant leur chef, et, par un si mauvais parti qu’il prit contre son devoir et sa conscience, rendit presque inutiles les grands talents que Dieu lui avaient donnés pour écrire et une science fort étendue qu’il avait des Pères de l’Église et de la vénérable antiquité. Heureux s’il avait, par une si prodigieuse lecture, appris à se soumettre avec respect aux décisions de l’Église et à n’employer sa plume que pour écrire en sa faveur contre les hérétiques ! Quelle gloire n’eût-il pas acquise, si au lieu d’entreprendre de soutenir le livre et les sentiments de Jansénius, il en eût composé plusieurs de la force, de la solidité, de la beauté de ceux de la perpétuité de la foi et de l’apologie des catholiques ! Son nom serait à présent respecté de tout le monde et sa mémoire serait en bénédiction dans l’église.

Au lieu de prendre un parti si juste et qui convenait si bien à un docteur, il a employé toute sa vie, ou au moins la plus grande partie, à ces sortes de disputes sur la grâce qu’on peut dire avec l’apôtre être plus propres à produire la dissension dans l’Église que l’édification de ses enfants. Une opinion qu’il voulut soutenir sur la chute de Saint-Pierre, prétendant que toute grâce lui avait manqué, se fondant sur quelques passages de saint Augustin et de saint Jean Chrysostome, qu’il voulut ensuite défendre avec opiniâtreté, ne déférant point au jugement qu’en porta la faculté de théologie de Paris, après différentes monitions qui lui furent faites, le fit chasser de Sorbonne où on effaça son nom du catalogue des docteurs. Cette humiliation ne le rendit point plus énervé, il s’attacha toujours à la même doctrine sur la grâce et à défendre le livre de Jansénius.

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Mémoires du Curé de Versailles – le livre de Jansénius

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Le livre de Jansénius

Ce n’est pas seulement contre les calvinistes que le Roi a fait éclater son zèle pour la religion et son attachement pour les sentiments de l’Église ; il l’a également fait paraître contre les jansénistes qui, depuis plus de 60 ans, troublent la paix de l’Église par la nouveauté de leurs sentiments et par l’opiniâtreté qu’ils ont à soutenir une très mauvaise doctrine.

L’auteur de ces nouveautés profanes a été Jansénius, évêque d’Ypres, qui composa contre la France un livre très malin, intitulé Mars Gallicus. Ce docteur de Louvain, disciple de Baïus et depuis élevé à l’épiscopat, enchérit beaucoup sur les sentiments de son maître ; il devait plutôt imiter la rétractation qu’il avait faite de ses erreurs que de les embrasser. Son animosité contre les Jésuites ne fut pas le moindre des motifs qui l’engagea à soutenir son système de la grâce dans son fameux livre à qui il donna le titre pompeux d’Augustinus, y prétendant expliquer ce grand et saint docteur par ses propres principes, le prenant pour garant d’une doctrine contraire à celle de l’Église et qui avait déjà mérité ses censures plus d’une fois. Dès que ce livre parut après la mort de son auteur qui fut emporté de peste à Ypres, il fit un très grand bruit et causa mille disputes. Les uns en voulaient soutenir la doctrine que les autres résolurent de combattre. Ces contestations allèrent si loin qu’il fût nécessaire d’y apporter des remèdes. Ce livre fut déféré d’abord à Urbain VIII.

Les députés de la faculté de théologie de Louvain allèrent à Rome pour le défendre : il y fut condamné, et cette condamnation devait imposer silence et engager les vrais enfants de l’Église à condamner ce qu’elle jugeait digne de ses censures. Cependant, bien loin de se soumettre à un jugement si légitime, les partisans de Jansénius continuèrent leurs disputes et leur révolte. Plusieurs docteurs français prirent parti les uns contre les autres dans ces contestations.

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Mémoires du Curé de Versailles – Si j’étais en état de donner des conseils au Prince

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre III – Le Pape
Si j’étais en état de donner des conseils au Prince

Si j’étais en état de donner des conseils aux princes, je les porterais toujours à éviter par toutes sortes de moyens et pour toutes sortes de raisons tous démêlés avec la Cour de Rome et avec le Pape. Il est rare qu’on réussisse de pareilles affaires et il est très ordinaire qu’à la fin on y succombe. Comme ils sont à Rome très sages et très réservés, ils ne se font point une affaire de gagner du temps, de différer le plus qu’ils le peuvent la conclusion des affaires sur lesquelles on les presse le plus vivement. Ils tiennent principalement cette conduite à l’égard des Princes à qui tout réussit, qui peuvent leur nuire par leur puissance et qui sont redoutés et de tout le monde par les heureux succès des armes. Quand ils remarquent que les affaires ont changé de face, pour lors ils prennent leur parti et obtiennent ce qu’ils veulent.

Il ne faut pas chercher bien loin des exemples qui servent de preuve à ce que j’avance : les affaires dont je viens de parler le prouvent très évidemment. Car enfin Innocent XII qui aimait beaucoup le Roi et la France, pressé par Sa Majesté d’accorder des bulles aux évêques nommés ou transférés à d’autres sièges, fit paraître la meilleure volonté du monde de donner au Roi toute la satisfaction qu’il pouvait désirer ; à condition néanmoins que ceux qui s’étaient trouvés à l’assemblée de 1682 donneraient leur rétractation de ce qu’ils avaient signé et que le Roi renoncerait à ces prétendus droits d’immunités dans ces quartiers de ses ambassadeurs. On fit ce que le Pape demandait, on se relâcha sur ce qu’on avait si constamment refusé à Innocent XI. Le Pape de son côté fit expédier les bulles pour les évêchés vacants. On fit d’ailleurs un accommodement secret sur l’affaire de la régale, c’est-à-dire qu’on demeura d’accord de part et d’autre qu’on garderait sur cela le silence. Cependant les sentiments de Rome ne changent point sur la régale, quoique le Pape Clément XI qui est aujourd’hui assis sur la chaire de Saint-Pierre ne s’y oppose pas ouvertement ; néanmoins il le fait d’une manière à faire connaître qu’on attend à Rome le temps propre pour donner une décision authentique sur cette affaire. Car afin qu’on ne puisse point dire qu’il y ait un jour prescription en faveur du Roi, le Pape ne manque pas d’adresser des brefs aux évêques élus des provinces qui avaient été exemptes de la régale, dans lesquels il leur recommande très fortement de ne rien faire qui puisse autoriser ce droit de régale dans leur province. Je suis d’autant plus instruit de cette conduite du Pape dans cette affaire que peu de temps après ma nomination à l’évêché d’Agen, j’ai reçu par M. Le nonce Gualterio, qui est à présent cardinal et très attaché aux intérêts de la France, un bref dans lequel est contenu ce que je viens de dire. L’ayant porté à M. De Torcy, ministre d’État pour les affaires étrangères, il le lut et en parut surpris, me disant qu’on était convenu de part et d’autre de ne plus parler de cette affaire.

On pourra connaître un jour plus précisément la fin pour laquelle on tint cette conduite à Rome, avec laquelle il sera toujours de l’intérêt de la France et de nos rois de se maintenir dans une grande paix et une très étroite union, puisqu’enfin Rome est et sera toujours le centre de l’unité de la foi. J’avoue que nos rois étant les défenseurs de nos libertés et les protecteurs de l’Église gallicane, ils doivent en soutenir les droits. Saint-Louis l’a fait avec vigueur ; quand ses successeurs le feront dans l’esprit et de la manière dont l’a fait ce très saint Roi, il n’y aura rien à craindre ; nos droits et nos privilèges seront conservés, sans que la religion et le respect que nous devons toujours avoir pour le Saint-Siège et les successeurs de Saint-Pierre en souffrent jamais aucune atteinte. Il serait pour cela à souhaiter que les évêques ne soufflassent jamais cet esprit de division aux oreilles et aux cœurs des Princes ; ils sont même obligés par leur état et leur profession de procurer et de conserver la paix entre ces deux puissances ; il leur sera toujours honteux de n’y pas travailler, comme il leur sera toujours honorable et glorieux de s’être efficacement employés pour la maintenir et pour éloigner tout ce qui pourrait l’altérer ou la détruire. Quand les évêques ne seront point gens de Cour, mais uniquement attachés à leur devoir et qu’ils aimeront sincèrement leur État et l’Église, ils entreront dans ces sentiments. Plaise à la bonté infinie de Dieu d’en donner toujours de tels à l’Église de France, qui, par sa miséricorde, à la consolation d’en avoir plusieurs qui honorent la sainteté de leur ministère par une vie sainte et irréprochable.

Le Roi, qui avait fait paraître l’amour qu’il a pour la religion par la destruction de l’hérésie de Calvin dans son royaume, qui y avait causé des maux infinis pendant l’espace de 150 ans, fit en cela aussi éclater la grandeur de son courage. Il avait prévu toutes les suites dangereuses que pouvaient avoir la résolution qu’il avait prise de l’abolir entièrement. Il savait qu’une infinité de ses sujets de toute condition se réfugieraient chez les princes protestants et que, n’ayant point d’ennemis plus déclarés que ces hérétiques, ils se joindraient aux troupes de ces princes et prendraient les armes contre lui à la première occasion de la rupture de la paix. Il était persuadé d’ailleurs qu’en quittant leur pays, ils emporteraient avec eux une haine implacable contre lui, qu’ils composeraient mille libelles contre sa réputation, qu’ils le traiteraient de tyran, de persécuteur cruel, de mauvais prince, qu’ils seraient partout des boutefeux de la guerre et amèneraient des princes à se déclarer contre lui. Il ne s’était pas trompé dans ces vues et c’est en cela que ce grand Roi a fait paraître la grandeur de son âme, puisqu’il a préféré l’honneur de la religion à ses propres intérêts.

Je parlais un jour, dans le temps de la guerre que le prince d’Orange, pour lors l’usurpateur du royaume d’Angleterre, faisait au Roi, avec Mme de Maintenon de cette affaire, et après que je lui eus dit tout ce que les Français réfugiés tâchaient de faire contre le Roi, qu’ils étaient un nombre infini dans les troupes des ennemis, que c’étaient leurs meilleurs soldats, d’autant plus braves qu’avec le génie de la nation ils avaient la haine dans le cœur, elle me répondit :
« Le
Roi savait tout cela quand il a chassé leurs ministres de ses états et quand il a détruit cette hérésie. »

Rien n’est guère plus grand dans la vie de ce Prince et donne lieu d’espérer que Dieu, après l’avoir éprouvé par les disgrâces qui lui sont arrivées depuis quelques années et qui lui arrivent encore tous les jours, le comblera de bénédictions et lui donnera de plus heureux succès dans les affaires contre l’espérance de tout le monde et contre les apparences humaines, eu égard à la situation de l’état où se trouve à présent la France. Mais Dieu a ses moments qu’il faut attendre. C’est ce que j’ai souvent dit, pendant que j’étais à la Cour et ce que j’ai souvent écrit depuis que je suis dans mon diocèse à cette illustre dame, ne doutant nullement qu’elle n’en ait ainsi parlé au Roi, étant assuré qu’elle lui fait voir les lettres que j’ai l’honneur de lui écrire.

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Mémoires du Curé de Versailles – Un nonce bien gardé

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre III – Le Pape
Un nonce bien gardé

Pendant que ces choses se passaient à Rome, il en arriva une autre à Paris à l’égard du nonce, qui dut beaucoup chagriner le pape.

Car, soit que le Roi eût appris par des avis secrets que ce nonce qui était le Seigneur Ranuzzi eût des ordres de Rome de sortir du royaume, ou qu’on eût le dessein de donner quelque mortification au pape, ou qu’on crût devoir s’en assurer pour mettre à l’abri M. De Lavardin des insultes qu’on pourrait lui faire à Rome, il ordonna au sieur de Saint-Olon, gentilhomme ordinaire, de demeurer auprès de ce prélat, de le garder à vue, de l’accompagner partout et de veiller jour et nuit sur toute sa conduite.

Ce gentilhomme exécuta les ordres de Sa Majesté et se rendit près de ce prélat qui en fut très fâché. Il résolut pour lasser ce garde qui lui était fort à charge de se retirer dans une communauté où il aurait au moins autant de peine de demeurer enfermé qu’il était lui-même gêné d’une compagnie qui lui était si pesante. Il jeta les yeux sur la maison Saint-Lazare ; sans faire connaître son dessein à ce gardien incommode, il prit le prétexte d’aller prendre l’air, et, y étant arrivé, il déclara à M. Jolly, supérieur général de la Congrégation de la Mission, qu’il voulait absolument y rester.

Cela surprit ce vénérable prêtre, qui, étant très sage et fort prudent et d’ailleurs fort estimé du Roi, avait quelque appréhension que cette résolution du nonce ne déplût à Sa Majesté. Il fit d’abord tout ce qu’il put pour engager le nonce à prendre une autre résolution : il ne put y réussir, car il demeura toujours ferme dans celle qu’il avait prise de demeurer dans cette maison. Alors ce général lui dit de ne pas trouver mauvais qu’il en rendît compte au Roi, pour recevoir ensuite ses ordres. Le nonce lui dit de faire ce qu’il jugerait à propos, lui insinuant qu’il ferait plaisir au Pape de lui donner retraite à Saint-Lazare, ce qu’il devait faire d’autant plus volontiers qu’il savait que sa sainteté avait beaucoup d’affection pour la mission.

M. Jolly dépêcha en poste un frère qui porta à Fontainebleau, où le Roi était pour lors, une lettre au ministre d’État dans laquelle il lui rendait compte de ce qui venait d’arriver, lui mandant qu’il n’avait plus engagé M. le nonce de changer de sentiment, mais qu’il lui avait déclaré qu’il allait avertir Sa Majesté pour ensuite exécuter les ordres qu’Elle lui ferait l’honneur de lui donner. Ce ministre en ayant rendu compte au Roi, Sa Majesté fut très contente que M. Le nonce eût prit ce parti et fit écrire à M. Jolly qu’il approuvait la conduite qu’il avait tenue en cette occasion, lui faisant ajouter qu’il était plus content que le nonce demeurât en cette maison que partout ailleurs, par l’estime qu’il faisait de sa prudence. Ainsi ce prélat demeura longtemps en cette maison où le sieur de Saint-Olon avait tout le temps de s’ennuyer et de beaucoup se promener dans son grand enclos.

Cependant le Roi, qui désirait trouver quelque moyen d’accommoder cette affaire et les autres qu’il avait avec le Pape et le disposer à consentir à l’élection de M. De Fürstenberg pour l’archevêché de Cologne, lui envoya le sieur de Chamlay avec des lettres de créance, qui en était chargé d’autres pour le Pape, ayant ordre de lui demander une audience secrète dans laquelle il devait lui faire des propositions de la part du Roi qui aurait pu faire terminer tous ces différents et produire un bon accommodement entre ces deux puissances. Cet envoyé étant arrivé à Rome fit tout ce qu’il put pour obtenir cette audience ; jamais il n’y put réussir. Ainsi, après bien des tentatives qui furent toutes inutiles, il fut contraint de s’en revenir sans avoir rien conclu, tant était grande l’indignation du Pape contre le Roi à l’occasion de tout ce que nous venons de rapporter.

Quelque temps après, M. De Lavardin eut ordre de quitter Rome et de revenir en France. Il fut très aise de se voir délivré d’une si épineuse ambassade ; il ne rapporta de Rome que beaucoup de dettes qu’il avait contractées et une excommunication qui avait été solennellement publiée contre lui. Il mourut peu après son retour. Le nonce reprit aussi le chemin d’Italie, ayant été fait cardinal et archevêque de Bologne, mais il n’eut pas le temps de jouir longtemps de ces deux grandes dignités, car peu après son arrivée en Italie il mourut avec la réputation d’avoir été un très homme de bien et de beaucoup de patience.

On voit bien maintenant par ce que je viens de raconter la raison pour laquelle le Pape garda un grand silence sur ce que le Roi venait de faire en faveur de l’Église et contre les hérétiques. Dans tout autre temps, les papes n’auraient pas manqué de féliciter le Roi d’une si grande entreprise et on aurait mis cette action au nombre de celles qui avaient attiré le plus de gloire à un prince chrétien. D’ailleurs on ajoutait dans le monde que le Pape n’ayant pas été consulté sur cette affaire, il n’avait pas paru y prendre beaucoup de part, parce qu’on n’avait pas eu la confiance de la lui communiquer.

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Mémoires du Curé de Versailles – L’affaire des quartiers

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre III – Le Pape
L’affaire des quartiers et l’épineuse ambassade de M. De Lavardin

Une troisième affaire qui brouilla le Roi avec Innocent XI fut celle qu’on appelle des quartiers.

Les ambassadeurs des têtes couronnées à Rome avaient fort étendu leurs privilèges touchant les immunités qu’ils croyaient leur appartenir. Ils étaient dans l’usage non seulement de ne souffrir pas que les sbires vinssent enlever des criminels dans leurs palais, mais ils étendaient ce droit sur plusieurs autres maisons et rues qu’ils prenaient sous leur protection. Cette étendue d’immunité était la source funeste de l’impunité de plusieurs crimes, car, dès qu’un scélérat en avait commis qui exigeaient pour le bien public une punition publique, dès qu’ils se réfugiaient dans ces quartiers d’ambassadeurs, ils y étaient en sûreté, ou si on entreprenait de les y aller arrêter, on s’exposait à toutes les violences, les batteries, les meurtres qu’on peut s’imaginer.

Le Pape se crut obligé en conscience d’apporter quelque remède à ces désordres ; il en parla à tous ces ministres étrangers, ceux-ci en écrivirent à leurs maîtres : on leur fit réponse qu’on consentirait volontiers à la volonté du pape, si le Roi de France voulait de son côté y donner les mains. Le Pape le fit solliciter puissamment par son nonce de vouloir bien [se] rendre à un règlement si nécessaire pour le repos de la ville de Rome ; le Roi, qui avait les autres sujets de chagrin dont nous avons parlé, n’y voulut jamais entendre. Le Pape se résolut enfin de le faire faire par autorité, et le Roi de son côté prit la résolution de maintenir à force ouverte ses ambassadeurs dans ces sortes de droits qu’ils s’étaient imaginés leur appartenir. On prit des criminels dans leurs quartiers : le Roi envoya le marquis De Lavardin à Rome en qualité d’ambassadeur extraordinaire, avec ordre de soutenir avec hauteur ce privilège des immunités. On fit partir en même temps plusieurs gardes-marines et d’autres officiers de guerre, qui se rendirent au rendez-vous qui leur avait été marqué, et précisément dans le temps assigné.

Ce marquis entra dans Rome, accompagné de toute cette troupe de gens de guerre qui avaient l’épée nue à la main, prêts à se défendre si on les eût attaqués. Ainsi il parut y entrer comme dans une ville de conquête et dans la résolution de soutenir par les armes ces droits prétendus d’immunités de leurs quartiers. Le Pape ne fut point ébranlé par une conduite si extraordinaire, quoiqu’il en fût sensiblement touché. Il ne balança point sur le parti qu’il avait à prendre dans une conjoncture d’affaire si délicate : il excommunia M. De Lavardin et défendit dans toutes les églises de Rome qu’on fit aucun office en présence de cet ambassadeur et fit afficher dans la ville la sentence de cette excommunication. L’ambassadeur qui peut-être ne s’attendait pas à cela fit de son côté une protestation contre cette excommunication qu’il fit aussi afficher de tous côtés, dans laquelle il appelait à qui il appartenait de cette censure prononcée contre lui. On n’avait pas fait faire cette défense de la part du Pape à l’église de Saint-Louis qui est l’église nationale des Français : M. De Lavardin y assistait à la messe et aux offices.

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Mémoires du Curé de Versailles – Les abbesses des urbanistes

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre III – Le Pape
Les abbesses des urbanistes, l’archevêché excommunié

Un des plus considérables arriva à l’occasion des urbanistes.

Ces religieuses de l’Ordre de Saint-François ont été ainsi appelées du nom du Pape Urbain qui, adoucissant les premières austérités de l’ordre, approuva des règlements plus mitigés que ce qui jusqu’alors y avait été observés. Il ordonna par la bulle qu’il publia en leur faveur qu’elles éliraient tous les trois ans une abbesse dans chaque monastère. Comme ce Pape leur permit d’avoir des biens à fond et des rentes, plusieurs de ces maisons religieuses acquirent beaucoup de bien et devinrent riches. Ce dernier état de ces couvents porta des religieuses ambitieuses à désirer d’être faites abbesses perpétuelles. Elles trouvèrent bien des gens disposés à favoriser leur orgueil ; il y eut des courtisans, et en particulier M. De Harlay, archevêque de Paris, toujours prêt à chercher des affaires qui pussent être agréables au Roi, qui les entretinrent dans ces détestables désirs ; ils le proposèrent au Roi comme une espèce de droit de sa couronne et une suite naturelle du concordat fait autrefois entre François 1er et Léon X, qui a changé toute la face de la discipline dans l’Église gallicane et que pour ce sujet jusqu’à présent le clergé de France n’a voulu ni reconnaître ni recevoir.

On prétendit donc que, le Roi ayant acquis le droit de nommer aux abbayes d’hommes et de filles par la concession du Pape, il n’y avait pas de raison que ces filles qui avaient dans chaque couvent une abbesse à leur tête fussent exemptes de la loi générale et conservassent la liberté de l’élection. On ne manqua pas d’appuyer ce sentiment de raisons apparentes. On fit surtout valoir qu’il arrivait souvent dans ces monastères des brigues et des cabales qui en troublaient la paix, que pendant un triennal on était occupé à penser au choix de celle qui succéderait à l’abbesse qu’on venait d’élire, et que plusieurs prétendantes à ces premières places se faisaient par toutes sortes de voies des amies qui leur promettaient leur suffrages, ce qui pouvait être cause que souvent la simonie entrait dans ces élections. On ajoutait que des abbesses ainsi élues permettaient tout à des filles à qui elles devaient leur élévation, ce qui avait causé un très grand relâchement dans plusieurs maisons de cet ordre.

Comme on trouve toujours assez de raisons pour soutenir les entreprises qu’on a envie de faire, celles que je viens de rapporter parurent suffisantes ou du moins fort spécieuses à ceux qui engagèrent le Roi dans cette affaire. Il se rendit aux propositions qu’ils lui en firent, il nomma des abbesses perpétuelles dans ces couvents.

Ces filles, se voyant dépouillées dans un instant de leurs privilèges, refusèrent de reconnaître les abbesses qui leur furent ainsi données. On employa toute l’autorité du Roi pour les contraindre d’obéir à ses ordres ; la plupart y résistèrent toujours avec beaucoup de fermeté ; elles ne voulaient pas ouvrir la porte de leurs cloîtres à ses nouvelles abbesses qu’elles déclaraient ne pouvoir et de devoir jamais reconnaître pour leurs légitimes supérieures.

Il fallut en venir à de grandes violences dans plusieurs de ces maisons pour les forcer d’y donner entrée à celles qui avaient été ainsi nommées. On rompit pour cela en quelques endroits la clôture, on brisa les portes des monastères pour vaincre les oppositions de ces filles qui voulaient combattre jusqu’à la mort pour la défense de leurs constitutions. On employait des soldats pour les faire retirer ; ils entraient dans ces maisons consacrées à Dieu à main armée et menaçaient les religieuses de toutes sortes de mauvais traitements, si elles n’obéissaient aveuglément à la volonté du Roi.

Ces institutions de supérieures faisaient des maux infinis dans ces couvents ; elles voulaient se maintenir dans leurs places, les religieuses les méprisaient ouvertement, de sorte que n’y ayant plus de subordination dans ces monastères, il est aisé de juger que tout y était dans un affreux désordre. On exila plusieurs de ces religieuses qu’on éloigna de leurs maisons, mais ces précautions n’empêchèrent pas les troubles qui depuis ce temps-là y ont toujours duré.

Ces filles ainsi traitées qui se voyaient enlever un droit que les papes leur avaient accordé et dont elles avaient joui paisiblement pendant quelques siècles, sans qu’on eût jusqu’alors pensé à les troubler, portèrent leurs plaintes à Rome, ne pouvant avoir de recours qu’au Saint-Siège dans cette occasion, de qui elles avaient reçu cette grâce.

Le Pape, très sensiblement affligé de cette nouvelle entreprise de la cour de France, fit ce qu’il put pour y remédier. Il en écrivit au Roi ; il en fit parler plusieurs fois à Sa Majesté par ses nonces, il déclara nulles et abusives les nominations de ces abbesses, il se plaignit amèrement à quelques évêques et en particulier à l’archevêque de Toulouse de ne s’être pas opposés très fortement à une entreprise si contraire aux saints canons, aux bulles de ses prédécesseurs et à l’équité naturelle. Il reprocha en particulier à l’archevêque de Toulouse non seulement d’avoir consenti à cette dangereuse nouveauté, mais d’avoir été lui-même à la tête des gens armés faire enfoncer les portes d’un monastère pour y introduire par violence une abbesse élue ou nommée contre toutes les règles de l’Église. C’est dans ce bref adressé à cet archevêque, qui était de la maison de Carbon de Montpezat, prélat peu instruit de la science des canons et de la discipline de l’Église, qui n’avait été élevé à cette dignité que par la faveur de son frère qui était archevêque de Sens, que le Pape le menaça très sérieusement d’une prochaine excommunication, s’il ne réparait le mal et le scandale qu’il avait fait dans cette occasion et dans l’affaire de la régale, dans laquelle pour plaire à la Cour il avait agi fortement contre l’évêque de Pamiers, Pavillon, son suffragant.

Le Pape n’avait pas menacé en vain cet archevêque, car après quelques autres monitions il prononça contre lui la sentence d’excommunication. Nos évêques de France s’en plaignirent, déclarèrent qu’elle était nulle, étant entièrement contraire à nos usages et à nos libertés, les évêques ne devant être jugés que dans le royaume par les conciles de la province, et en cas d’appel au Saint-Siège, par des évêques in partibus nommés par le Pape. Ces déclarations n’ébranlèrent pas Innocent XI dans sa résolution ; il tint ferme, sans vouloir rien relâcher de sa première rigueur.

J’ai su que cet archevêque ne laissa pas, avec toutes ces assurances qu’on lui donnait en France de la nullité des censures portées à Rome contre lui, d’être toujours dans une grande frayeur de les avoir encourues ; il s’en fit même absoudre, étant près de mourir. Ce n’est pas à nous d’examiner si, sans avoir réparé ce que le Pape lui avait reproché d’avoir fait contre les libertés de l’Église et les règlements d’un ordre religieux approuvé dans ses constitutions par le Saint-Siège, cette absolution pourra lui avoir servi devant le tribunal de Jésus-Christ. Ce que je sais, c’est que, selon Saint-Grégoire, on doit craindre les censures, quand même elles seraient injustes, à plus forte raison quand rien ne peut convaincre qu’elles ne soient pas justes et qu’elles sont prononcées par une puissance légitime et avec connaissance de cause.

Je ne veux pas cependant, en expliquant en ces termes, m’écarter en rien des sentiments de l’Église gallicane, ayant l’honneur d’être du nombre de ses évêques, qui sommes dans l’obligation de soutenir nos droits et nos libertés fondées sur les anciens canons, mais ce que je prétends dire et ce que je pense en effet est qu’il est très douloureux d’encourir la disgrâce d’un souverain pontife, d’en être menacé de censure, de les voir prononcées contre soi et de mourir dans cet état ; car enfin, quelques sentiments dans lesquels nous puissions et nous devions être dans notre Église, ils ne peuvent nous soustraire à la soumission que nous devons au premier siège et à celui qui le remplit. Heureux ceux qui ne se trouvent ni à leur vie ni à leur mort engagés dans ces mauvaises affaires, qui ne peuvent toujours avoir que de très mauvaise suite ! Malheureux au contraire ceux qui se font un plaisir de les inventer et de porter les princes, par leurs conseils flatteurs, de les entreprendre ! Il aurait été fort à désirer que le Roi n’eût pas trouvé de gens qui lui eussent inspiré ces sortes de prétentions. S’ils eussent eu un véritable et sincère attachement pour leur Prince, tel que la religion nous oblige de l’avoir et que notre ministère nous y engage, ils se seraient bien donné de garde de charger la conscience du Roi d’un nouveau fardeau, en lui conseillant de nommer des abbesses dans ces maisons des urbanistes ; ils auraient au contraire eu le courage, le zèle de le détourner d’une pareille entreprise qui ne lui est pas fort avantageuse pour les intérêts de sa couronne ni pour l’étendue de son pouvoir, mais qui peut être très préjudiciable à sa conscience et à son salut.

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Mémoires du Curé de Versailles – Un patriarche de Gaulle

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre III – Le Pape
Un patriarche de Gaulle

C’était avant la fin du pontificat d’innocent XI que se leva le bruit en France qu’on y allait élire un patriarche auquel on aurait recours dans les affaires ecclésiastiques, de la même manière que les Orientaux l’avaient pratiqué à l’égard des patriarches d’Antioche, d’Alexandrie, de Constantinople et de Jérusalem. On ne parlait partout que de cette nouvelle érection d’un premier siège en France.

Quelques évêques, et en particulier M. de Saint-Georges, nommé à l’évêché de Clermont, puis à l’archevêché de Tours et enfin à l’archevêché de Lyon, qui s’étaient trouvés à l’Assemblée de 1682, en parlaient assez hautement et, j’ose dire, avec beaucoup d’imprudence.

Les esprits brouillons qui aiment les changements autant dans l’Église que dans l’État et ceux qui s’attachent aux nouveautés, étaient ravis de cette affaire ; on se donnait la liberté de dire tout ce qu’on pensait sur une affaire si délicate ; on louait ce projet comme le plus juste et le plus merveilleux du monde, on le regardait, disait-on, comme une barrière insurmontable à toutes les entreprises de la cour de Rome, on s’imaginait que l’Église de France, qui est déjà très brillante, en recevrait un nouvel éclat. On se persuadait mal à propos que par ce moyen l’Église gallicane soutiendrait avec plus de facilité ses libertés et ses privilèges ; qu’ainsi on se contenterait de recourir à Rome pour les causes majeures et que, conservant toujours l’union avec le Saint-Siège par l’unanimité de la foi, on ne dépendrait plus d’elle pour toutes les autres choses.

C’était une ridicule idée qu’on se faisait d’une érection d’un siège patriarcal dans le royaume. Les gens les mieux sensés, les plus sages, les plus attachés à l’Église, les plus versés dans la science des saints canons et de la discipline voyaient bien que c’était une chimère qu’on se formait à plaisir et une espèce d’épouvantail qu’on voulait donner à Rome, comment et par quelle autorité aurait-on pu élever un patriarche en France ? Les évêques ont-ils le pouvoir de le faire ? Le saint concile de Nicée n’est-il pas opposé à ces dangereuses nouveautés ? Ne sait-on pas que c’est dans des conciles généraux que les patriarches de Constantinople et de Jérusalem ont été établis avec toute la peine imaginable, qu’ils n’ont été tolérés que pour des raisons essentielles et qui ne se trouvent pas à l’égard de la France ? Mais se pouvait-on persuader que toute l’autorité du Roi eût pu déterminer tous les évêques de son royaume d’accepter sans résistance un établissement si inouï ? D’ailleurs, quand les évêques y auraient consenti, auraient-ils pu y faire donner le consentement à tous les ecclésiastiques de leur diocèse ? Combien ne s’en serait-il pas trouvé qui y eussent ouvertement contredit, qui aurait écrit contre cette nouveauté si étrange, qui aurait inspiré au peuple leurs mêmes sentiments, qui par cet endroit aurait conçu du mépris et peut-être de l’aversion de leurs évêques ? Qui sait même si cela n’aurait pas causé des révoltes et des séditions dans le royaume, car rien n’est plus capable de produire ses mauvais effets que les moindres changements dans la religion, comme on ne le connaît que trop par l’expérience de tous les siècles !

Mais d’ailleurs ne pouvait-on pas être convaincu que, quand bien même, ce qui cependant n’aurait pas été, tout le clergé séculier de France eût donné dans cette nouveauté, jamais les religieux et principalement les mendiants, qui ont autant d’intérêt d’être toujours parfaitement soumis au Saint-Siège, n’auraient pu se résoudre de s’y rendre !

Quels maux n’en fussent-ils pas arrivés ! Combien de personnes, conduites par ces religieux, n’auraient pas embrassé leur parti, ce qui aurait causé d’infinis désordres et aurait infailliblement produit un schisme des plus dangereux qu’eût jamais souffert l’Église de Jésus-Christ. Rome n’aurait pas dans une occasion de cette importance dissimuler son juste ressentiment ; les papes auraient procédé par les censures ecclésiastiques et auraient peut-être pris la terrible et funeste résolution de mettre le royaume à l’interdit, auquel plusieurs auraient obéi et contre lequel d’autres se seraient révoltés, ce qui sans doute aurait causé dans l’État la plus fatale de toutes les divisions. Enfin quel privilège aurait eu l’Église de France au-dessus de celle d’Espagne, d’Allemagne, de Pologne et de toutes les autres d’Europe ? Ou quel mauvais exemple ne leur aurait-elle pas donné pour les engager dans de pareilles occasions de faire la même chose ? Les hérétiques d’un autre côté en auraient triomphé, eux qu’on sait avoir une haine aussi injuste qu’implacable contre le souverain pontife.

Je ne doute nullement que toutes ces raisons, et peut-être de plus fortes que je ne connais pas, firent prendre au Roi la résolution de ne rien changer en cette matière dans l’Église de France et de rejeter le conseil que des flatteurs lui auraient voulu donner sur une entreprise si préjudiciable à la paix de son royaume.

J’ai cru devoir parler de cette affaire dans ces écrits, afin que, si un jour il plaît à la Providence qu’ils soient publiés, on ait de l’éloignement pour un projet aussi injuste que déraisonnable et presque impossible à exécuter. Il n’y aura jamais que des esprits inquiets et amateurs de nouveauté qui osent le proposer au Prince dans quelque situations que puisse se trouver ce royaume avec Rome, avec laquelle il sera toujours très préjudiciable à la France, de quelque manière qu’on le considère, de se brouiller. Les exemples passés et ceux que nous avons vus pour ainsi dire, de nos yeux et qui sont malheureusement arrivés de notre temps en sont une preuve très évidente.

Ce droit de régale, comme nous l’avons déjà remarqué, dans l’étendue que le Roi l’a prétendu et que Rome n’a pas voulu reconnaître, a été la cause des fâcheuses affaires qu’on s’est attiré dans notre pays.

Personne n’ignore qu’Innocent XI traversa à ce sujet et pour cette raison plusieurs desseins du Roi, et en particulier celui de faire élire le cardinal Fürstenberg archevêque et électeur de Cologne, ce qui aurait fort contribué aux affaires du Roi en Allemagne ; mais Dieu permis cette mésintelligence du Roi avec le Pape en cette occasion pour éloigner de ce poste si important un prélat que sa mauvaise vie connue de tout le monde rendait absolument indigne de toute dignité ecclésiastique.

Ce n’a pas été le seul différent que le Roi a eu avec Rome. Il y en eût plusieurs autres.

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Mémoires du Curé de Versailles – L’affaire de la régale

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre III – Le Pape
L’affaire de la régale

Il faut avouer de bonne foi qu’on aurait rendu un service très important au Roi de l’avoir détourné par de sages conseils d’entreprendre cette affaire de la régale et de ne pas le porter à la soutenir d’une manière si vive, le sujet ne le méritant pas assez et d’ailleurs la possession dans laquelle étaient les églises des quatre provinces étant un titre plus que suffisant pour les maintenir dans leur exemption.

Il est fâcheux qu’on ait à reprocher à des évêques une lâche complaisance en de pareille occasions, leur étant très facile de faire de très humbles remontrances au Roi qui assurément a de grands sentiments de religion, et ne devant pas se livrer, comme ils le firent, à la volonté de M. De Harlay, archevêque de Paris, que tout le monde savait être vendu à la cour et qui cherchait beaucoup moins les intérêts de l’Église que les siens, n’y ayant eu personne de son temps qui recherchât avec plus d’empressement la faveur de son prince.

Chacun sait que cette conduite de nos évêques français attira sur eux l’indignation du Pape qui leur écrivit un bref très véhément et qui est capable de les flétrir dans l’esprit des pays étrangers catholiques. Ce Pape poussa plus loin son ressentiment, car il prit la résolution de refuser des bulles pour des évêchés et pour des abbayes à tous ceux qui s’étaient trouvés à cette assemblée, à moins qu’ils ne rétractassent ce qui s’y était fait. Il exécuta en effet ce qu’il avait résolu, car depuis longtemps il n’y avait eu dans l’Église un Pape d’une fermeté plus inflexible.

Le Roi ne voulut point aussi que ceux qui ne s’étaient pas trouvés à cette assemblée et qu’il nomma à des évêchés prissent des bulles de Rome à moins qu’on ne les accordât également aux autres, ce qui causa de grands désordres dans les églises particulières qui se trouvèrent pendant plusieurs années privées de leurs Pasteurs. On y voulut suppléer par un moyen qui jusqu’alors ne s’était point pratiqué, car le Roi voulut que les chapitres de ces églises vacantes choisissent pour grands vicaires ceux qu’il avait nommés à des évêchés. Ainsi l’on vit dans l’Église de France des évêques transférés à d’autres évêchés quitter leurs propres églises et aller recevoir des chapitres les pouvoirs de vicaires généraux dans celles dont ils n’étaient pas encore pourvus, ce qui paraissait être un renversement de la discipline de l’Église.

Le successeur d’innocent XI, qui fut Alexandre VIII, tint la même conduite, car, quoique élevé sur le Saint-Siège par la faction des cardinaux français et qu’il en eût l’obligation au Roi, promettant toujours, il ne fit jamais rien de ce qu’on souhaitait, et même, peu de jours avant sa mort, ayant déclaré qu’il ne pouvait se résoudre à aller paraître devant le tribunal de Jésus-Christ ayant cette affaire sur la conscience, il fit publier une bulle très forte contre la régale, confirmant tout ce que son prédécesseur avait fait à cette occasion.

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Mémoires du Curé de Versailles – La mauvaise intelligence du Roi et d’Innocent XI

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
La mauvaise intelligence du Roi et d’Innocent XI

Peut-être qu’on sera bien aise de savoir ce qu’on pensa et dit à Rome sur ce que le Roi venait de faire pour détruire l’hérésie dans son royaume. Personne ne peut douter que le Pape n’ait eu beaucoup de joie de cette bonne résolution de notre Prince, mais tout le monde fut surpris qu’il ne lui en écrivit aucun bref pour lui témoigner combien cette conduite lui avait été agréable et lui était glorieuse. Ce parti du silence qu’observa le souverain pontife en cette occasion venait de la mauvaise intelligence qu’il y avait depuis quelques années entre le Roi et lui sur quelques affaires.

Innocent XI était un grand Pape, irréprochable dans ses mœurs et très ferme dans les affaires qu’il entreprenait pour le bien de l’Église. Quelques-uns de nos évêques, et entre les autres feu M. De Pavillon, évêque d’Alet, et M. de Caulet, évêque de Pamiers, dont les diocèses étaient situés dans une des quatre provinces jusqu’alors exemptes du droit de régale, s’étaient adressés à ce Pape pour les soutenir contre les entreprises du Roi qui, en suivant le projet du feu Roi son père, avait par un édit étendu ce droit de régale sur toutes les églises de son royaume. Innocent XI prit leur défense, la croyant nécessaire, juste et d’obligation pour maintenir les droits et les immunités de l’Église et l’observation d’un canon du deuxième concile général de Lyon, par lequel il est défendu expressément à qui que ce soit, aux princes et aux rois même, d’étendre la régale sur les églises qui jusqu’alors n’y avaient point été soumises.

Il écrivit à ce sujet des brefs très pressants, très vif et très vigoureux au Roi et à quelques prélats du royaume, il ne ménagea point en particulier l’archevêque de Toulouse, parce que, le diocèse de Pamiers étant dans le ressort de sa province, les pourvus en régale sur le refus de l’évêque de Pamiers s’étaient adressés à lui, à qui il avait donné des provisions et dans ce prélat avait interjeté appel à Rome. Il avait aussi menacé les évêques qui s’étaient assemblés à Paris par ordre en 1682 de procéder contre eux par les voies de censure et leur avait adressé un bref fulminant pour avoir, disait-il, contre l’honneur de leur caractère et leur devoir, accordé au Roi le droit de régale dans toutes leurs églises, ce qu’ils n’avaient pu faire qu’en agissant contre les décisions d’un Concile général. Il avait aussi la douleur de voir que dans cette assemblée on y avait fait passer quatre propositions qui n’étaient pas favorables au Saint-Siège, dont les principales étaient que le Pape était soumis aux Conciles et que ces décisions pouvaient être réformées, propositions que le Roi voulut ensuite être enseignées en Sorbonne et dans tout son royaume, et à l’occasion desquelles il y eut de vénérables docteurs qui avaient toujours passé pour très sage et très zélés pour la défense de la Sainte doctrine envoyés en exil, parce qu’ils avaient parlé avec liberté dans une assemblée de Sorbonne dans laquelle il s’agissait de recevoir ces propositions du clergé de France.

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Mémoires du Curé de Versailles – Les partisans de la violence et saint Augustin

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
Les partisans de la violence et saint Augustin

J’avoue que je fus très surpris de voir que des évêques, qui doivent plus que les autres avoir des sentiments de douceur et de clémence, étaient d’avis qu’il fallait employer les voies les plus rigoureuses pour engager les mal convertis à remplir les devoirs de catholiques et s’approcher même des sacrements. Ils croyaient être appuyés de l’autorité de saint Augustin qui paraissait avoir changé de sentiment sur la conduite qu’on devait tenir à l’égard des donatistes, car, ayant employé d’abord tout son crédit pour engager les gouverneurs d’Afrique à les traiter avec bonté et de les ramener par la douceur à leur devoir, il avait connu par son expérience que cette manière d’agir avait été fort inutile, et, changeant de sentiment, il les avait priés d’employer contre eux toute la rigueur des lois et la puissance qui leur avait été confiée par les empereurs ; ils citaient principalement pour faire valoir leurs sentiments les lettres que ce grand docteur de l’Église avait écrit aux comtes Boniface et Marcellin.

Je fus surpris que de si savants évêques voulussent employer dans la conjoncture présente le nom, l’autorité et les termes de saint Augustin presque aussi connu dans l’Église de Jésus-Christ par le fonds inépuisable de sa douceur et de sa patience que par l’étendue de son esprit, la profondeur de sa science et la sublimité de son génie. J’en dis mon sentiment fort ouvertement à M. L’archevêque de Paris ; je lui dis que je m’étonnais que d’aussi habiles gens qu’étaient ces évêques, qui penchaient si fort du côté de la sévérité, voulussent se servir de l’autorité de saint Augustin pour la soutenir, qu’il était vrai que ce saint évêque avait prié ses comtes, ses amis, de réprimer l’insolence de plusieurs donatistes et principalement des circoncellions qui persécutaient à outrance les catholiques, et de rétablir dans l’Afrique la sûreté des chemins publics ou ces malheureux commettaient des désordres affreux, où ils attendaient les catholiques pour les assommer de coups, les égorger ou les mutiler, qu’il n’y avait point d’autres moyens à employer dans ces sortes d’occasions dans lesquelles il était nécessaire de réprimer par la force une si grande violence, que d’ailleurs saint Augustin et les autres évêques d’Afrique avaient employé pendant plusieurs années les voies les plus douces et les plus charitables, qui leur avaient été inutiles par l’opiniâtre fureur des donatistes, qu’enfin quand il serait bien véritable que Saint-Augustin et ses confrères eussent été contraints de recourir à des moyens si extrêmes, il y avait dans nos affaires et celle des schismatiques d’Afrique une si grande différence que saint Augustin même, s’il eût vécu de notre temps, n’eût pas pris un même parti à l’égard de nos religionnaires de France.

Je remarquai encore qu’on ne trouvait ni dans saint Augustin ni dans les autres pères aucun vestige de la conduite qu’on voulait inspirer envers nos frères séparés, qu’on n’y verrait point par exemple qu’on les eût voulu forcer de s’approcher du Sacrement de la Pénitence et encore moins de celui de la Sainte Communion, qu’au contraire cette manière d’agir était absolument opposée à la discipline de l’Église, non seulement de celle des premiers siècles, mais encore de celle qui s’observait de notre temps, qu’on avait qu’à consulter nos rituels sur ce qui regarde les excommunications dès qu’elles ont frappé en particulier les hérétiques, lesquels par conséquent doivent être chassés de nos églises dans le temps de la célébration de nos saints mystères, et qu’en tout cas, si maintenant on les y tolérait, ce n’était que parce qu’on ne les connaissait pas ou par une pure condescendance dont on croyait devoir user envers eux pour les attirer plus doucement à la vérité, mais qu’il était inouï qu’en quelque temps que ce fût, on n’eut jamais contraint les excommuniés d’entrer dans nos églises, assister à la messe et les forcer de participer aux Sacrements ; qu’il était inutile de dire que, puisqu’ils avaient fait abjuration, ils n’étaient plus liés des censures de l’église, étant très certain que la plupart de ces abjurations faites à la hâte n’avaient point été sincères, mais feintes et trompeuses, que tous les jours on les entendait dire qu’ils ne croyaient rien de ce que l’Église romaine leur enseignait sur tout ce qui regarde la doctrine des Sacrements, le sacrifice et la réalité du sang de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, et qu’ainsi ils devaient être retardés et traités comme des hérétiques, puisqu’on ne pouvait dissimuler de savoir qu’ils étaient dans ses sentiments qu’ils déclaraient ouvertement à tous ceux qui voulaient les entendre.

La plus grande partie des évêques du Languedoc étaient dans cette opinion qu’il fallait agir avec ses hérétiques dans toute la rigueur. M. Godet des Marais, évêque de Chartres, qui était beaucoup en crédit à la Cour par le moyen de Mme de Maintenon, était aussi du même avis, mais il y en avait un plus grand nombre qui pensaient autrement. M. l’archevêque de Paris et feu M. Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, si connu dans l’église par sa capacité et par ses doctes écrits, étaient à la tête de ces derniers et ne croyaient pas qu’on pût employer ces paroles de Jésus-Christ parlant au serviteur qui avait été envoyé pour inviter de la part du père de famille aux noces de son fils : Compelle intrare, étant persuadés que c’était détourner le sens de ces paroles que de vouloir s’en servir pour faire violence à ceux de nos frères séparés et les contraindre d’assister à nos mystères et participer à nos Sacrements.

Le Roi ayant donné jour à M. l’archevêque pour lui rendre compte de cette affaire et pour examiner les sentiments des évêques, pour le faire plus notamment ce prélat avait fait un extrait de leur avis. Il les porta au Roi, qui voulut voir, malgré leur longueur, tous les mémoires en particulier. Comme M. l’archevêque n’avait pu prévoir que Sa Majesté voulût se donner la peine de lire et d’examiner tous ces papiers et ces écrits dont quelquesuns étaient fort longs et chargés d’un grand nombre de citations, il ne les avait pas apportés ; ainsi il fut obligé d’envoyer en poste les chercher à Paris. Le Roi les lut tous pendant une après dîner avec ce très digne prélat. Le résultat de cette discussion fut qu’on envoya à tous les évêques un écrit par lequel on marquait ce qui pourrait s’observer pour la parfaite conversion de ces mal convertis, mais Sa Majesté n’autorisa en rien la conduite outrée et sévère qui avait été du goût de quelques évêques.

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