Mémoires du Curé de Versailles – La mauvaise intelligence du Roi et d’Innocent XI

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
La mauvaise intelligence du Roi et d’Innocent XI

Peut-être qu’on sera bien aise de savoir ce qu’on pensa et dit à Rome sur ce que le Roi venait de faire pour détruire l’hérésie dans son royaume. Personne ne peut douter que le Pape n’ait eu beaucoup de joie de cette bonne résolution de notre Prince, mais tout le monde fut surpris qu’il ne lui en écrivit aucun bref pour lui témoigner combien cette conduite lui avait été agréable et lui était glorieuse. Ce parti du silence qu’observa le souverain pontife en cette occasion venait de la mauvaise intelligence qu’il y avait depuis quelques années entre le Roi et lui sur quelques affaires.

Innocent XI était un grand Pape, irréprochable dans ses mœurs et très ferme dans les affaires qu’il entreprenait pour le bien de l’Église. Quelques-uns de nos évêques, et entre les autres feu M. De Pavillon, évêque d’Alet, et M. de Caulet, évêque de Pamiers, dont les diocèses étaient situés dans une des quatre provinces jusqu’alors exemptes du droit de régale, s’étaient adressés à ce Pape pour les soutenir contre les entreprises du Roi qui, en suivant le projet du feu Roi son père, avait par un édit étendu ce droit de régale sur toutes les églises de son royaume. Innocent XI prit leur défense, la croyant nécessaire, juste et d’obligation pour maintenir les droits et les immunités de l’Église et l’observation d’un canon du deuxième concile général de Lyon, par lequel il est défendu expressément à qui que ce soit, aux princes et aux rois même, d’étendre la régale sur les églises qui jusqu’alors n’y avaient point été soumises.

Il écrivit à ce sujet des brefs très pressants, très vif et très vigoureux au Roi et à quelques prélats du royaume, il ne ménagea point en particulier l’archevêque de Toulouse, parce que, le diocèse de Pamiers étant dans le ressort de sa province, les pourvus en régale sur le refus de l’évêque de Pamiers s’étaient adressés à lui, à qui il avait donné des provisions et dans ce prélat avait interjeté appel à Rome. Il avait aussi menacé les évêques qui s’étaient assemblés à Paris par ordre en 1682 de procéder contre eux par les voies de censure et leur avait adressé un bref fulminant pour avoir, disait-il, contre l’honneur de leur caractère et leur devoir, accordé au Roi le droit de régale dans toutes leurs églises, ce qu’ils n’avaient pu faire qu’en agissant contre les décisions d’un Concile général. Il avait aussi la douleur de voir que dans cette assemblée on y avait fait passer quatre propositions qui n’étaient pas favorables au Saint-Siège, dont les principales étaient que le Pape était soumis aux Conciles et que ces décisions pouvaient être réformées, propositions que le Roi voulut ensuite être enseignées en Sorbonne et dans tout son royaume, et à l’occasion desquelles il y eut de vénérables docteurs qui avaient toujours passé pour très sage et très zélés pour la défense de la Sainte doctrine envoyés en exil, parce qu’ils avaient parlé avec liberté dans une assemblée de Sorbonne dans laquelle il s’agissait de recevoir ces propositions du clergé de France.

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