Mémoires du Curé de Versailles – L’affaire des quartiers

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre III – Le Pape
L’affaire des quartiers et l’épineuse ambassade de M. De Lavardin

Une troisième affaire qui brouilla le Roi avec Innocent XI fut celle qu’on appelle des quartiers.

Les ambassadeurs des têtes couronnées à Rome avaient fort étendu leurs privilèges touchant les immunités qu’ils croyaient leur appartenir. Ils étaient dans l’usage non seulement de ne souffrir pas que les sbires vinssent enlever des criminels dans leurs palais, mais ils étendaient ce droit sur plusieurs autres maisons et rues qu’ils prenaient sous leur protection. Cette étendue d’immunité était la source funeste de l’impunité de plusieurs crimes, car, dès qu’un scélérat en avait commis qui exigeaient pour le bien public une punition publique, dès qu’ils se réfugiaient dans ces quartiers d’ambassadeurs, ils y étaient en sûreté, ou si on entreprenait de les y aller arrêter, on s’exposait à toutes les violences, les batteries, les meurtres qu’on peut s’imaginer.

Le Pape se crut obligé en conscience d’apporter quelque remède à ces désordres ; il en parla à tous ces ministres étrangers, ceux-ci en écrivirent à leurs maîtres : on leur fit réponse qu’on consentirait volontiers à la volonté du pape, si le Roi de France voulait de son côté y donner les mains. Le Pape le fit solliciter puissamment par son nonce de vouloir bien [se] rendre à un règlement si nécessaire pour le repos de la ville de Rome ; le Roi, qui avait les autres sujets de chagrin dont nous avons parlé, n’y voulut jamais entendre. Le Pape se résolut enfin de le faire faire par autorité, et le Roi de son côté prit la résolution de maintenir à force ouverte ses ambassadeurs dans ces sortes de droits qu’ils s’étaient imaginés leur appartenir. On prit des criminels dans leurs quartiers : le Roi envoya le marquis De Lavardin à Rome en qualité d’ambassadeur extraordinaire, avec ordre de soutenir avec hauteur ce privilège des immunités. On fit partir en même temps plusieurs gardes-marines et d’autres officiers de guerre, qui se rendirent au rendez-vous qui leur avait été marqué, et précisément dans le temps assigné.

Ce marquis entra dans Rome, accompagné de toute cette troupe de gens de guerre qui avaient l’épée nue à la main, prêts à se défendre si on les eût attaqués. Ainsi il parut y entrer comme dans une ville de conquête et dans la résolution de soutenir par les armes ces droits prétendus d’immunités de leurs quartiers. Le Pape ne fut point ébranlé par une conduite si extraordinaire, quoiqu’il en fût sensiblement touché. Il ne balança point sur le parti qu’il avait à prendre dans une conjoncture d’affaire si délicate : il excommunia M. De Lavardin et défendit dans toutes les églises de Rome qu’on fit aucun office en présence de cet ambassadeur et fit afficher dans la ville la sentence de cette excommunication. L’ambassadeur qui peut-être ne s’attendait pas à cela fit de son côté une protestation contre cette excommunication qu’il fit aussi afficher de tous côtés, dans laquelle il appelait à qui il appartenait de cette censure prononcée contre lui. On n’avait pas fait faire cette défense de la part du Pape à l’église de Saint-Louis qui est l’église nationale des Français : M. De Lavardin y assistait à la messe et aux offices.

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