Mémoires du Curé de Versailles – Le babil des belles jansénistes

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Le babil des belles jansénistes

Cependant les jansénistes qui paraissaient gens réformés et qui ne parlaient que de la pureté des mœurs et de la discipline ancienne des premiers siècles de l’Église attiraient une infinité de monde à leur parti, car tel est l’esprit de l’homme qu’il embrasse volontiers la nouveauté.

Les femmes plus que les autres donnent dans ces sortes de faiblesse. Comme elles ont plus de curiosité, beaucoup plus de vanité et plus d’ignorance que les autres, elles se laissent facilement tromper par les apparences extérieures et sans rien examiner donnent grossièrement dans les pièges qui leur sont tendus. Elles eurent à leur tête en cette occasion Mme la duchesse de Longueville, princesse du sang et sœur du fameux prince de Condé, si connu par ses différentes aventures et si digne d’être loué par son très sincère retour vers le roi et par toutes les actions éclatantes de valeur qu’il fit dans les guerres de Hollande, de Flandre et d’Allemagne. Cette princesse qui avait beaucoup d’esprit, qui autrefois avait en différentes manières fait parler d’elle, se signala encore davantage par la protection qu’elle donna au parti de la nouvelle doctrine. La pénitence publique que ses directeurs jansénistes lui firent faire de leur autorité, quoiqu’il n’appartienne qu’aux évêques d’en prescrire la manière, la retraite au Port-Royal-des-Champs, les règles d’une grande austérité qu’on lui prescrivit et qu’elle observa, le zèle qu’elle faisait paraître pour la pureté de la morale, les soins qu’elle se donnait de faire élever auprès d’elle plusieurs filles dans ces mêmes sentiments, les louanges infinies que les défenseurs de Jansénius lui donnaient en toutes occasions accréditèrent beaucoup leur faction et [ils] surent s’en prévaloir en toutes sortes de manières.

Les femmes jansénistes, glorieuses d’avoir pour chef une personne si illustre par sa naissance, s’attachèrent plus fortement à la doctrine de leurs directeurs sans être capables de l’approfondir. Exactes à lire les différents ouvrages qu’ils composaient sans interruption, qu’ils faisaient imprimer très correctement et en beaux caractères et relier très proprement et dont ils faisaient beaucoup de présents, [elles] s’estimaient très habiles parce qu’elles, qui ne voulaient point par orgueil se soumettre aux décisions de l’Église, croyaient aveuglément leurs faux prophètes. On les entendait raisonner sur ces matières de la grâce avec plus de hardiesse et d’assurance que n’auraient osé le faire les docteurs les plus consommés dans la lecture et l’étude des Pères et de la vénérable antiquité. Partout, dans les compagnies, dans les cercles, dans les promenades, dans les assemblées, elles tenaient sur ces matières un même langage. Dès que leurs orgueilleux directeurs avaient composé quelque libelle contre les Jésuites, qui s’étaient déclarés le plus hautement contre cette détestable doctrine, ou contre les évêques qui la combattaient le plus vigoureusement dans leurs diocèses, ou contre les sages constitutions que les souverains pontifes avaient fait publier contre le livre de Jansénius, elles les faisaient valoir par leur babil, et personne qui eût été d’un sentiment contraire à celui qu’elles avaient embrassé n’était à l’abri des coups malins de leurs langues médisantes.

On voyait souvent dans une même famille le mari divisé contre sa femme, la mère opposée à ses filles, les enfants contre leurs parents, parce que les uns étaient attachés aux décisions de l’Église et les autres s’élevaient contre les règles qu’elle avait prescrite : c’est ce que nous avons eu le malheur de voir de notre temps, ce qui fait aisément comprendre combien est dangereuse toute nouveauté dans l’Église et combien ceux à qui Dieu a confié le sacré dépôt de la foi et de la saine doctrine doivent s’y opposer avec zèle dès le moment qu’elle ose paraître, et combien les princes catholiques doivent les soutenir de leur autorité pour empêcher que ces sortes de contestations ne s’établissent dans leurs États ou certainement tôt ou tard elles ne peuvent servir qu’à en troubler la paix et causer des désordres effroyables et souvent même des séditions et des guerres civiles, qu’on voit souvent naître d’une petite étincelle et qui produisent dans la suite de si grands et de si dangereux embrasements qu’il est très difficile de les éteindre.

Mais puisque nous avons dit ci-dessus un mot en passant du Port-Royal-des-Champs, il ne sera pas hors de propos d’en parler ici un peu plus au long, d’autant plus que cela regarde ce que je me suis proposé dans ces mémoires, je veux dire quelques réflexions sur le Roi et la Cour.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/03/memoires_du_cure_de_versailles_le_babil_des_belles_jansenistes.pdf

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