Mémoires du Curé de Versailles – Les filles de Port-Royal

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IV – Les jansénistes
Les filles de Port-Royal

Dès que les bâtiments du couvent furent en état d’y loger, on y reçu un grand nombre de filles pour y être religieuses. On y reçut aussi plusieurs pensionnaires, entre lesquelles la plupart étaient de jeunes enfants et les autres étaient des dames ou demoiselles qui, affectionnées à la nouvelle doctrine, se faisaient bienfaitrices de cette maison et par cette vocation pécuniaire croyaient avoir le droit d’y passer le reste de leurs jours.

On apprenait avec grand soin aux jeunes filles les principes de la nouvelle doctrine. Le catéchisme de la grâce de Saint-Cyran était le premier livre qu’on mettait entre les mains de ces jeunes enfants ; on leur faisait apprendre par cœur, on leur en expliquait les questions, on imprimait ainsi dans ces âmes tendres le dangereux poison de la nouveauté. Quand elles étaient plus grandes et que leur esprit commençait à se former, on leur développait le mystère obscur de la grâce, en leur faisant bien remarquer que c’était la pure doctrine de l’incomparable docteur de l’Église saint Augustin, et leur donnant une aversion infinie des Jésuites et de tout ceux qui combattaient leurs erreurs. Ils apprirent si parfaitement à ces filles les éléments de leurs mauvaises opinions qu’ils eurent la témérité de faire soutenir à quelques-unes d’entre elles des thèses sur les matières de la grâce.

On peut juger de la conduite qu’ils tenaient à l’égard des pensionnaires de celle qu’ils observaient envers les religieuses, qui, étant presque toutes fort jeunes quand ils firent de cette maison leur lieu de retraite et leur place d’armes, étaient fort susceptibles de toutes les impressions qu’on leur voulait donner. On se servit aussi de la faiblesse de leur sexe et de l’estime qu’on leur inspirait pour leurs directeurs pour leur insinuer les sentiments avantageux de la nouvelle secte, leur en donner du goût et un souverain mépris pour les opinions contraires et pour tous ceux, fussent-ils évêques ou papes, qui condamnaient la nouvelle doctrine. Les conférences que leur faisaient continuellement ces directeurs jansénistes, les livres du parti qu’on leur faisait lire, l’application qu’on se donnait de les instruire sur la célèbre question du droit et du fait, sur l’infaillibilité de l’Église, sur le dogme, sur sa faillibilité sur le fait, se donnant bien de garde de leur apprendre qu’il y avait des faits dogmatiques qui renfermaient en même temps le fait et le droit, le soin en un mot qu’on prenait sans relâche de les entretenir de toutes ces matières si épineuses, dans lesquelles la seule foi et la soumission à l’Église nous peuvent servir de règle pour ne nous point égarer, firent sur leurs esprits et sur leurs cœurs tous les effets qu’on s’était proposés dans une éducation si dangereuse.

Des filles se crurent en savoir davantage que les plus habiles docteurs qui étaient de sentiments contraires, elles se jugèrent plus capables que leurs pasteurs, elles se persuadèrent qu’on avait injustement condamné Jansénius parce qu’on n’avait pas compris sa doctrine qu’on ne s’était pas même donné le temps d’examiner et qu’on n’avait censurée que par la cabale puissante des Jésuites. C’est ainsi que cette maison se déclara, tant par les religieuses que par leurs directeurs et ceux du parti les plus considérables qui s’y retirèrent, le centre du jansénisme, le fort de l’hérésie nouvelles et l’asile de toutes les personnes qui voulait se mettre à couvert des poursuites de leurs évêques leur faisaient à l’occasion de ces nouveautés. C’était de ce lieu que sortaient la plupart des écrits qu’on répandait dans le monde pour défendre la nouvelle doctrine ou pour attaquer par des libelles ceux qui avaient le courage de la combattre. C’était là qu’on composait tous ces différents ouvrages, ces traductions des Pères, ces livres de différente espèce qu’on avait tant de soin de faire ensuite valoir dans le monde. Ainsi donna-t-on pour cette raison à ce parti le nom de Port-Royal ou de Messieurs du Port-Royal, tant on était convaincu que dans cette maison on faisait une profession ouverte d’être disciple de Jansénius.

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