Mémoires du Curé de Versailles – le Furet des jansénistes

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre V – Jansénistes et Jésuites
Le Furet des jansénistes

J’ai connu un ecclésiastique habitué dans une paroisse de Paris qui était comme le Furet des jansénistes. Sa principale occupation était de dénoncer toute sorte de gens au Père Confesseur du Roi sous ce nom et cette qualité odieuse de jansénistes. Comme il n’avait nul mérite, nul talent, peu de capacité, il s’était fait cette voie pour parvenir à quelque bénéfice ; il n’a jamais manqué, pendant quatorze ans que je l’ai connu, par cet endroit que je viens de dire, de se rendre à Versailles dans les jours que le Roi devait communier. Il se mettait pour lors dans le rang des aspirants qui font une espèce de haie depuis le prie-dieu de sa majesté jusqu’aux balustres de l’autel ou le sanctuaire. J’ai eu souvent l’occasion de reprocher à cet ecclésiastique l’indigne métier qu’il faisait et de quitter sa paroisse les jours où il devait y être le plus assidu ; il me répondit un jour avec une simplicité très grossière qu’il ne faisait en cela rien que par le conseil de ses directeurs, à quoi je répliquai que je ne pouvais pas croire qu’il s’en trouvât qui lui eussent donné un si mauvais conseil, que d’ailleurs il fallait entrer dans les bénéfices par une bonne porte et non pas de la manière qu’il prétendait en obtenir.

Je n’ai jamais pu savoir si on ajoutait beaucoup de foi aux mémoires qu’il donnait ; j’ai même plutôt lieu de croire qu’on les méprisait autant que sa personne, comme l’événement l’a justifié, parce qu’après quatorze ans d’assiduité et d’exactitude à faire sa profession de dénonciateur, il n’eut enfin qu’un petit canonicat de deux cents livres de rente que je pense même que le Père de La Chaise ne lui fit donner que pour se défaire de ses importunités et l’éloigner de Paris. Encore ne jouit-il pas longtemps de la récompense de la pénible servitude qu’il s’était imposé, car après trois mois qu’il eut obtenu cette même prébende, il mourut et alla rendre compte à Dieu de toutes les dénonciations qu’il avait faites, paraissant pour lors devant un tribunal où la vérité est clairement connue et la calomnie terriblement punie.

Il m’a toujours semblé que pour ne point se laisser surprendre par de tels dénonciateurs qui pour l’ordinaire ne cherchent que leur intérêt dans une fonction si méprisable, il les faudrait renvoyer devant les évêques de ceux qu’ils dénoncent soit pour le jansénisme, soit pour la pratique d’une morale outrée et contraire à l’esprit de l’Église, afin que ces prélats examinassent les preuves de ces accusations et punissent ensuite selon la rigueur du droit les accusés s’ils sont véritablement coupables, où les calomniateurs si ceux qu’ils ont dénoncés se trouvent innocents.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/03/memoires_du_cure_de_versailles_le_furet_des_jansenistes.pdf

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