Mémoires du Curé de Versailles – Le Roi est un tyran

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre V – Jansénistes et Jésuites
Le Roi est un tyran

Selon eux le Roi est un tyran qui persécute l’innocence, qui outrage les gens de bien, qui n’écoute que leurs ennemis déclarés, qui charge sa conscience d’une infinité de péchés parce qu’il ne peut et ne veut souffrir les jansénistes dans ses États, qui flétrit la gloire et le lustre de son règne par la manière avec laquelle il les a traités. Il a introduit une espèce d’inquisition dans la France, incomparablement plus rude et plus sévère que celle qui est établie en Italie, en Espagne, en Portugal et dans les Indes : on attaque toutes sortes de personnes sans qu’elles aient la moindre liberté de se défendre, on prononce leur condamnation sur la simple déposition d’un homme souvent prévenu et toujours ennemi de la vertu, sans examen, sans connaissance de cause, sans aucune formalité de justice ; on vit, ajoutent-ils, aujourd’hui tranquille dans sa maison, et demain une lettre de cachet les en retire et les relègue dans les extrémités du royaume.

J’ai entendu mille fois tenir ces sortes de discours et je les crois très injustes. Je me suis trouvé à la Cour dans le temps que ces sortes de lettres étaient fort en usage. Comme nous parlons maintenant du jansénisme, il faut nous restreindre à celles-là seulement qui ont été expédiées contre ceux qui ont été accusés de le soutenir.

Il faut d’abord reconnaître de bonne foi que, si quelques-uns pour des raisons d’intérêt, pour cause de vengeance ou pour d’autres pareils motifs ont employé leur crédit pour obtenir ces lettres de cachet contre des personnes innocentes, à qui pour y réussir ils ont imputé de faux crimes et surtout les erreurs du jansénisme dont elles étaient fort éloignées, on ne peut trop blâmer leur conduite et désapprouver leur témérité digne d’être très sévèrement punie. Je ne doute point que le Roi, naturellement juste et clément, n’eût châtié des gens assez hardis pour surprendre sa religion, si Sa Majesté en avait eu connaissance. L’abus qu’on fait souvent des meilleures choses ne leur doit en rien préjudicier et ne les rend pas mauvaises. C’est la coutume des esprits inquiets de blâmer tout ce qui ne revient pas à leur génie et à leurs lumières très bornées. Mais telle est la malignité de certains esprits qui, à les entendre parler, regardent comme insoutenables les formalités qu’on a introduites dans la justice et qui soupirent après les voies plus courtes comme les meilleures, qui cependant, lorsqu’on les emploie, sont les premiers à les condamner et à les traiter de l’injustice la plus criante.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/03/memoires_du_cure_de_versailles_le_roi_est_un_tyran.pdf

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