Mémoires du Curé de Versailles – Les lettres de cachet

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre V – Jansénistes et Jésuites
Les lettres de cachet

Mais, sans nous arrêter à réfuter leurs opinions, pour justifier autant que nous en sommes capables la conduite du Roi, comme il paraît que cela convient à un évêque et à moi en particulier qui ai eu l’honneur de le voir de si près pendant plusieurs années, je puis dire qu’on a tort de blâmer la conduite de ce Prince à l’égard des lettres de cachet dont il a cru devoir se servir de temps en temps contre les jansénistes de son royaume.

Quand des personnes sages, éclairées, désintéressées et zélées pour le bien de l’Église lui ont représenté l’opiniâtreté de quelques-uns à soutenir de mauvaises opinions, à se soustraire à l’obéissance de l’Église, à introduire les erreurs dans le royaume, Sa Majesté a-t-elle fait mal de les croire et de punir les coupables par son autorité ? Lorsque des évêques, animés de l’esprit de leur saint ministère, n’ont pu réduire des esprits rebelles aux décisions de l’Église, qui voyaient avec douleur qu’ils répandaient dans leur diocèse avec une mauvaise doctrine des sentiments de révolte contre les puissances établies de Dieu, après les avoir avertis avec charité et les trouvant incorrigibles, ont-ils pu le dissimuler et n’ont-ils pas dû s’adresser à leur Prince pour réprimer par sa puissance ceux qu’ils n’avaient pu ramener à leurs devoirs par la douceur de leur conduite ou par des menaces souvent réitérées ? Le Roi n’a-t-il pas fait sagement de s’en rapporter à leurs sentiments ? Ces vertueux prélats n’ont-ils pas été en droit de suivre en cela les exemples de saint Ambroise et de saint Augustin qui se sont adressés aux princes de la terre pour procurer l’exil de quelques Ariens et Donatistes ? Le Roi n’a-t-il pas pu suivre la conduite du grand Constantin, du grand Théodose, qui ont en ces occasions écouté les évêques et ont puni par l’exil et d’autres peines sans les formalités de justice ceux contre lesquels ils portaient leurs plaintes à leurs tribunaux ?

Dès qu’une hérésie est condamnée dans l’Église, les rois sont en droit et même dans l’obligation d’en punir les sectateurs. Aurait-on pu blâmer le Roi d’exiler un ministre de la religion prétendue réformée par une lettre de cachet ? Pourquoi ne l’aura-t-il pu faire à l’égard d’un vrai janséniste ? Veut-on dire qu’il y a bien de la différence entre les uns et les autres, que les jansénistes ont des privilèges que ne peuvent avoir les sectateurs de Calvin ? Ne sont-ils pas également hérétiques ? Un poids et un poids, une mesure et une mesure sont également en abomination devant Dieu. Si un janséniste tel que nous le supposons est véritablement hérétique, comme nous n’en pouvons douter, il faut le traiter comme un hérétique, il faut le proscrire et le punir. Si l’Église le retranche de la société des fidèles, le Prince ne pourra-t-il pas le rejeter de ses États, ou le mettre en lieu où il ne puisse nuire à personne par sa mauvaise doctrine ?

On voudrait faire croire pour blâmer la conduite du Roi et celle de l’Église qu’il y a une différence infinie entre le calvinisme et le jansénisme, que le premier est une véritable hérésie digne de tous les anathèmes de l’Église et des châtiments des Princes catholiques et que le jansénisme au contraire n’est qu’un fantôme imaginé par les Jésuites, grossi par les ignorants et représenté par des personnes intéressées comme un horrible monstre qu’il faut détruire. Ceux qui parlent en ces termes sont les ennemis de l’Église de Jésus-Christ et de la vérité. Ce n’est que pour soutenir des erreurs très réelles qu’ils font tous leurs efforts depuis tant d’années de les faire passer pour des chimères.

Composeraient-ils tant de livres, d’écrits, de libelles, pour soutenir avec opiniâtreté leurs sentiments, s’ils se persuadaient qu’en eux on ne combat que des fantômes ? Est-ce un fantôme que leur obstination à tant crier, écrire, déclamer contre le formulaire par lequel on condamne la mauvaise doctrine de Jansénius et contre les papes qui l’ont dressé et ont obligé à le signer sans réserve ? Ils veulent que dans le formulaire on leur passe ce que les Ariens demandaient à l’égard de la profession de foi du concile de Nicée, c’est-à-dire que, comme les Ariens voulaient dresser une formule à leur mode, les jansénistes fassent la même chose dans le formulaire, afin que comme les Ariens par leurs formules se laissaient la liberté de soutenir l’Arianisme, ceux-ci, par le formulaire qu’ils voudraient réformer selon leurs faux principes, se conservassent le droit de défendre la doctrine de Jansénius. Une soumission sincère, parfaite, humble et sans restriction les mettrait à couvert de ces lettres de cachet qu’ils craignent et de la juste indignation de leur prince qu’ils se sont attirée par leur révolte. Mais, comme jusqu’à présent ils ont fait ce qu’ils ont pu pour se soustraire à l’obéissance qu’ils doivent à l’Église, ils ne doivent pas s’étonner que le Roi ait continué de les regarder comme des ennemis de la vérité et les ait punis comme ils l’ont mérité.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/03/memoires_du_cure_de_versailles_les_lettres_de_cachet.pdf

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