Mémoires du Curé de Versailles – L’affaire du « problème »

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VI – Jansénistes et Jésuites (suite)
L’affaire du « problème »

Il parut d’un autre côté un très court écrit contre le même archevêque, qui avait pour titre « Problème », dans lequel on opposait M. De Noailles, évêque de Châlons, à M. De Noailles, archevêque de Paris. On y prétendait montrer que ce prélat, étant évêque de Châlons, avait approuvé les remarques du P. Quesnel sur le Nouveau Testament, qui contenait la même doctrine que celle du livre qu’il venait de condamner, étant archevêque de Paris. On avait inséré quelques endroits de ces réflexions du P. Quesnel, qui paraissaient contenir la même doctrine que celle du livre contre lequel il venait de porter une très forte censure, on y disait qu’on ne savait à qui on devait plutôt croire ou à M. De Châlons ou à M. l’archevêque de Paris, et on concluait enfin qu’il devait faire beaucoup d’attention sur lui-même et sur ses propres intérêts, qu’il ne lui était pas fort avantageux de se mettre à la tête d’un parti qu’il savait que le Roi haïssait et qu’il ne souffrait à personne.

Ce libelle fut attribué par tout le monde aux Jésuites. M. le cardinal croyait avoir des raisons très essentielles pour le croire. Il avait appris que le P. Soatre, jésuite de la province de Paris, l’une des meilleures maisons de Flandre, qui était pour lors par la permission de ses supérieurs en son pays, l’avait fait imprimer à Bruxelles, qui en avait envoyé beaucoup d’exemplaires à Paris et qui avaient été distribués par les Jésuites en cette ville, à la Cour et par toute la France. Ce futlà l’origine du refroidissement de cet illustre cardinal avec ces Pères.

Il en aurait eu tous les sujets du monde, s’ils avaient été les auteurs de ce mauvais libelle. Cependant ils s’en défendaient et, comme il les pressait de lui en nommer l’auteur, ils firent mille protestations qu’ils ne le connaissaient point, l’assurant que, s’ils en avaient connaissance, ils le chasseraient très honteusement et sur le champ de leur compagnie. Cela ne contentait pas ce prélat : il avait devers lui des preuves, qu’on ne révoquait pas en doute de la part des Jésuites, qu’un de leurs Pères l’avait fait imprimer et ensuite envoyé de la manière que nous l’avons dit. Il survint ensuite depuis ce temps-là d’autres affaires qui augmentèrent cette division du prélat avec ces Pères. L’archevêque demandait toujours pour toute satisfaction la découverte de l’auteur du « problème », les Jésuites persévéraient à s’en défendre, protestant toujours qu’ils n’en avaient pas la moindre connaissance et assurant que, dès qu’ils le pourraient déterrer, ils le sacrifieraient tel qu’il fut et le puniraient d’une manière si sévère qu’il aurait tout lieu d’être satisfait de leur conduite.

Cependant ce libelle fut déféré au Parlement de Paris. M. Daguesseau dans ses conclusions fit un discours très fort et très éloquent contre ce libelle et ceux qui pouvaient en être les auteurs, qu’il dit devoir être recherchés avec tout le soin possible pour les punir ensuite très sévèrement s’ils venaient à être découverts, et conclut qu’il fallait que ce « problème » fut lacéré et brûlé en place de Grève par le bourreau, ce que le Parlement ordonna, suivant les conclusions de ce magistrat. On ne put cependant découvrir qu’assez longtemps après le véritable auteur de cet insolent écrit. On jetait cependant tantôt les yeux sur un, après sur un autre et tous les soupçons qu’on pouvait en avoir tombaient toujours sur quelque jésuite : on se trompait néanmoins dans toutes les conjectures qu’on en pouvait avoir, comme nous allons le voir en faisant connaître comment tout [ce] mystère d’iniquité fut découvert par une conduite très particulière de la Providence.

On avait depuis longtemps des preuves que des personnes du Royaume avaient des relations avec les jansénistes des Pays-Bas, et surtout avec les Français qui, de peur d’être arrêtés, s’étaient réfugiés en Flandre et en Hollande. On avait su en particulier que Dom Thierry de Viaixnes, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, entretenait des correspondances avec le P. Quesnel, qui était regardé comme le chef du parti après la mort de M. Arnauld, avec le P. Gerberon, qui était de son ordre comme nous l’avons dit, et avec tous ceux qui avaient quelque réputation parmi ces novateurs. Le Roi, informé de ses menées, ordonna qu’on irait se saisir de ce bénédictin qui demeurait pour lors dans le prieuré de Morillon, assez près de Pontoise, et qu’en même temps on enlèverait tous ses papiers pour être examinés. Ces ordres furent exécutés très exactement ; ce religieux fut conduit en prison, à la Bastille ou à Vincennes, et ses papiers furent emportés. Ceux qui furent chargés de les lire découvrirent bientôt tout ce qui avait été caché jusqu’alors sur l’affaire du « problème », car on y reconnut très évidemment que ce n’était point un jésuite qui en était l’auteur, mais un franc janséniste, et le P. Thierry lui-même.

Car, entre ces papiers dont on se saisit, on y trouva plusieurs lettres qui donnèrent des preuves très certaines de ce qu’on recherchait depuis quelques années. Entre ces lettres qu’on y trouva, il y en avait une de l’archevêque de Reims qui, écrivant à ce moine, lui demandait fort nettement que l’affaire du « problème » allait comme ils avaient pu le souhaiter, qu’il en avait fait imprimer une infinité d’exemplaires et répandu dans le Royaume, qu’on jetait tout le soupçon de la composition de ce libelle sur les Jésuites et qu’on ne pensait nullement à lui ni à aucun autre du parti, qu’ils avaient donc sujet de se réjouir de l’heureux succès de leur entreprise.

On peut juger de la surprise où on dut être quand on trouva et qu’on lut cette lettre de l’archevêque de Reims, qui paraissait dans toutes les occasions être absolument dévoué à M. l’archevêque de Paris, qui partout prenait hautement son parti et qui se déclarait contre tous ceux qui lui faisaient de la peine. Rien ne paraissait plus digne de l’indignation publique d’une tromperie si grossière et une trahison des plus maligne. On ne pouvait comprendre qu’un prélat eût pu choisir un si abominable moyen pour nuire aux Jésuites, à qui il en voulait beaucoup, les faisant soupçonner d’être les auteurs d’un libelle auquel ils savaient n’avoir nulle part.

Le Roi apprit cette insigne fourberie, il en eut de l’horreur, il en témoigna sa peine à cet archevêque. On le crut même pendant quelque temps disgracié à la Cour, où il fut plusieurs mois sans y oser paraître, prenant de là prétexte d’aller dans son diocèse où il demeura plus longtemps qu’il n’avait accoutumé de le faire. Cependant par ses amis, par ses sollicitations continuelles, par des soumissions forcées, il obtint son retour, mais je sais de bonne part que le Roi ne revint point de la disposition où cette perfidie l’avait mis à son égard et que cette aversion publique qu’il avait en toutes rencontres, et en particulier en celle dont je parle, lui nuisit beaucoup dans l’esprit de notre Prince qui d’ailleurs ne l’estimait pas beaucoup par rapport à ses mœurs et à sa conduite.

Cependant il était vrai que le P. Soatre, jésuite, en avait fait imprimer la première édition à Bruxelles et que par cette manœuvre il avait donné tout lieu de croire que les Jésuites en étaient les auteurs. Il fallait donc savoir qui en avait envoyé l’original à ce Père, comment on lui avait persuadé de le faire imprimer et comment lui-même avait donné si simplement dans le piège qu’on lui avait tendu. C’est ce que nous allons décrire, après avoir repris et chose de plus haut et dès leur origine.

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