Mémoires du Curé de Versailles – La fin de Port-Royal

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VI – Jansénistes et Jésuites (suite)
La fin de Port-Royal

Comme le Roi savait et apprenait tous les jours que les religieuses de Port-Royal étaient confirmées dans leurs premiers sentiments par la résolution qu’avaient donnée les quarante docteurs au cas de conscience touchant le silence respectueux, Sa Majesté crut devoir les faire expliquer sur cette matière.

On employa les mêmes moyens dont on s’était servi pour les engager à la signature du formulaire : toutes les tentatives qu’on fit pour cela furent absolument inutiles.

On exigeait de ces religieuses avec beaucoup de raison qu’elles se soumissent à l’ordonnance de Monseigneur le cardinal de Noailles, leur archevêque et leur supérieur légitime, par laquelle, en condamnant ce cas de conscience et les sentiments des quarante docteurs, il y disait clairement que ce respectueux silence sur la question de fait ne suffisait pas pour obéir aux constitutions des papes touchant la doctrine de Jansénius, mais qu’il fallait à l’égard du fait même avoir une véritable, sincère et intérieure soumission et obéissance de cœur, que l’Église avait le droit d’exiger de ses enfants et qu’on ne pouvait lui refuser sans se déclarer rebelles et opiniâtres. Ces filles obstinées ne se rendirent à cette autorité légitime.

Ce très digne prélat alla lui-même les exhorter à se soumettre à l’Église : il ne fut point écouté. Il leur ôta leur confesseur, homme très attaché au parti, qui avait des opinions et une conduite fort extraordinaires, duquel on a lu et écrit qu’à paine se confessait-il une fois l’an. Le curé de Chevreuse fut aussi relégué par lettre de cachet, parce qu’il donnait dans les nouveautés et était le conseil de ces religieuses.

Le Roi, voyant leur obstination, résolut enfin de faire ce qu’il avait toujours désiré et ce qu’il n’avait différé que pour donner du temps à ces filles de se reconnaître, qui était de détruire absolument leur maison et leur ôter par cet endroit toute espérance d’y jamais retourner. Cependant, afin de les mettre entièrement dans leur tort, il les en fit menacer plusieurs fois devant que de l’exécuter, afin que, lorsqu’il en viendrait à cette extrémité, elles l’imputassent elles-mêmes. Toutes ces menaces ne furent pas plus efficaces que les exhortations qu’on leur avait faites, ni que les ordres que leur archevêque leur donnait.

Comme il s’agissait d’éteindre une abbaye, le Roi ne le voulut point faire qu’après avoir consulté le Pape, qui non seulement approuva cette résolution mais la jugea absolument nécessaire. Quand le Roi vit donc qu’il n’y avait plus de moyen de réduire ces obstinées, il les fit toutes sortir de ce monastère et les envoya en différents couvents, où elles pourraient par l’exemple de vertueuses et humbles religieuses revenir de leurs égarements. Cela s’est fait l’an passé 1709.

Peu de temps après cette dispersion, une d’entre elles, âgé de plus de quatre-vingts ans, tomba malade dans le couvent de la Visitation d’Amiens ; elle se reconnut, fit abjuration de ses erreurs, témoigna beaucoup de douleur de ses égarements passés et mourut dans la paix du Seigneur. Les jansénistes, qui étaient dans le désespoir de voir la destruction entière de cette maison qui avait été leur asile, publièrent partout que cette fille, à cause de son grand âge, radotait et qu’elle était dans le délire lorsqu’elle parut renoncer au jansénisme, mais, depuis ce temps-là, quatre autres religieuses ont fait la même chose avec édification, dont quelques-unes ont survécu à leur profession de foi, ce qui les a déconcertés et jetés dans la confusion. Mais rien ne les a plus couverts de confusion que la découverte qu’on a faite de plusieurs secrets et papiers qui font connaître combien ces pauvres filles étaient dans l’aveuglement : on découvrit, entre les autres mystères d’iniquité, le culte qu’elles rendaient aux cendres de leur patriarche, M. Arnauld, car elles avaient fait, par le conseil sans doute de leurs patriarches, des croix de pâte dans lesquelles elles avaient mêlé de la chair, du sang, ou autres reliques de ce docteur, tant était grand leur aveuglement et leur entêtement pour la secte qu’il avait défendue jusqu’à sa mort.

Le Roi ordonna, après les avoir ainsi séparées les unes des autres, de raser entièrement tous les grands bâtiments de ce monastère, ce qui vient d’être exécuté, et celui qui les a achetés (à très bon marché, puisqu’on les lui a donnés pour 4 500 livres), s’est obligé d’aplanir tellement le terrain qu’on le puisse cultiver, afin d’ôter même pour les temps à venir la mémoire d’un monastère qui pendant tant d’années s’est rendu illustre par son insigne opiniâtreté et sa révolte contre l’Église. Cette entière destruction de ce couvent a été faite en 1710.

Pendant tous les temps dont j’ai parlé, il arriva plusieurs choses particulières qui regardent le jansénisme et qui grossiraient trop ces mémoires si je voulais entreprendre de les rapporter dans le détail. Je me contenterai de faire le récit de quelques-unes qui ont quelque relation à la Cour, ce que je me suis principalement proposé en les écrivant.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/03/memoires_du_cure_de_versailles_la_fin_de_port_royal.pdf

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