Mémoires du Curé de Versailles – Madame Guyon

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VII – Les Quiétistes
Madame Guyon

Il n’est pas nécessaire de parler ici dans le détail de tous ces livres qui donnèrent occasion assez abus et à ces égarements ; traitons ici plutôt ces sortes d’affaires historiquement. Mais il est à propos de faire le récit d’une aventure assez singulière et qui a fait le plus de bruit dans le monde, et particulièrement à la Cour. Comme j’ai été le témoin de tout ce qui s’y est passé, j’en puis parler plus certainement que bien d’autres qui ne l’ont su que par ouï-dire et sur la foi d’autrui.

Deux personnes se sont distinguées entre les quiétistes de notre temps, nom qui a été donné à ceux qui s’étaient engagés dans cette secte : le Père La Combe, barnabite, et Mme Guyon, veuve dont les aventures ont été connues de bien des gens. Cette dame était de Montargis, jolie ville du Gâtinais ; elle s’y maria avec M. Guyon, conseiller au Parlement de Paris, et qui, comme elle, avait beaucoup de bien. Elle ne fut pas longues années mariée ; son mari mourut et la laissa libre. Elle avait infiniment d’esprit, était parfaitement bien faite de sa personne et avait un grand penchant à la vertu, à la piété et à l’exercice des bonnes œuvres, et principalement envers les pauvres. Elle s’était appliquée, dès le temps de sa première jeunesse et ensuite pendant son mariage, à la dévotion. Devenue veuve, elle s’y donna tout entière et était l’exemple de Montargis et de tous les environs.

Lorsque je demeurais au séminaire de Sens, y enseignant la théologie, j’eus occasion de faire un voyage en cette ville, où je fis connaissance avec le frère de cette dame, qui en était Procureur du Roi et qui vivait d’une manière très exemplaire. J’appris par le témoignage de tous les plus honnêtes gens de Montargis combien la vertu de Mme Guyon et sa personne y étaient respectées. Tout le monde en général et en particulier en disait mille biens, et l’on ne pouvait se lasser de lui donner des louanges. Elle était pour lors sous la conduite du Père Archange ou Enguerrand, récollet, homme d’un rare mérite, de beaucoup de talent pour la prédication, très savant et encore plus vertueux, dont nous aurons occasion de parler dans la suite de ces mémoires. Comme elle était très bien conduite par un religieux si éclairé, elle fit sous sa direction de grands progrès dans la vertu. Par malheur pour elle, il fut ailleurs par l’obéissance ; cette dame se mit alors entre les mains de son curé, qui était chanoine régulier de Sainte-Geneviève. Comme elle ne remarqua pas en lui le même esprit intérieur du père Enguerrand, elle le quitta à l’arrivée du Père La Combe, qui fut envoyé malheureusement pour lui et pour elle dans la maison ou collège que les Pères barnabites ont à Montargis.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/05/memoires_du_cure_de_versailles_madame_guyon.pdf

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