Mémoires du Curé de Versailles – Succès du « Moyen Court »

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VII – Les Quiétistes
Succès du « Moyen Court »

Comme cette dame y rendait le chemin de la plus haute perfection et de la contemplation la plus sublime le plus aisé et le plus facile du monde, il n’est pas croyable combien de gens, sans s’apercevoir de l’illusion, donnèrent dans ces opinions erronées. On leur ôtait la pratique d’une infinité d’exercices usités parmi les personnes spirituelles pour les détacher d’elles-mêmes et les porter à la mortification intérieure de leurs passions et à la mortification extérieure de leurs sens ; on réduisait toute la spiritualité à un simple acte de la vue de Dieu en soi-même, en une indifférence parfaite sur toutes choses, sur la vertu même, et sur son propre salut et dans un abandon général à la volonté de Dieu à l’égard même de la réprobation ou de la félicité éternelles. Il ne fallait plus, selon ces principes, s’occuper à la méditation des grandes vérités de l’Évangile ou des mystères de la vie et de la mort de Jésus-Christ ; il ne fallait pas même s’appliquer à la considération de sa sacrée humanité, qui, selon ses faux mystiques, ne pouvait être l’objet de la pure contemplation ; il fallait rejeter tout autre objet que celui de l’être divin, qu’on devait même envisager si simplement en lui seul qu’on ne pensât pas même dans le détail à ses perfections adorables.

On voit bien que, sur ces principes, on retranchait toutes les pratiques extérieures, les prières vocales, et même celles d’obligation comme est la récitation du bréviaire aux ecclésiastiques, qui en étaient dispensés par les règles de la nouvelle spiritualité. Rien n’était plus commode à toute sorte de personnes, puisqu’on leur retranchait tout ce qui fait le plus de peine dans les exercices de la piété et qu’on les élevait tout d’un coup à une perfection très éminente. Les pécheurs même qui pensaient sérieusement à se convertir étaient invités, dès le commencement de leur conversion, à cette vie sublime ; on les introduisait d’un plein vol dans la chambre de l’Époux, avant même qu’ils eussent travaillé à apaiser sa juste colère par l’abondance de leurs larmes et par les pénibles travaux de la pénitence. Aussi ces voies de roses et de lis si douces à la nature, si faciles à pratiquer, si éloignées de toutes sortes d’austérités et de peines, furent du goût de bien des gens, et en peu de temps on vit de tous côtés des disciples de la nouvelle théologie mystique et des partisans des ouvrages et des sentiments de Mme Guyon.

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