Mémoires du Curé de Versailles – Fénelon et Madame Guyon

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VII – Les Quiétistes
Fénelon et Madame Guyon

On ne dut donc pas s’étonner que Mme Guyon, qui recherchait l’estime de tous ceux qui avaient du rapport à Mme de Maintenon, ne remuât tout pour acquérir celle d’un abbé si estimable. Diverses personnes qu’elle voyait lui en parlèrent, et on l’engagea de la voir. Il avait su qu’aux Nouvelles Catholiques, où elle avait demeuré, elle était assez estimée ; on lui fit voir le témoignage qu’en avait rendu M. l’évêque de Genève, qui était à la vérité en termes trop généraux pour pouvoir assez compter sur cette approbation ; il sut d’ailleurs qu’elle s’était comportée fort sagement dans le monastère des filles de la Visitation et, de plus, que toutes les personnes de la Cour qui l’avaient vue en lui disait mille bien. C’est ce qui le détermina de la voir, d’avoir de temps en temps des entretiens avec elle et de conférer surtout avec elle des états de la vie intérieure et de l’oraison.

Cette dame, très adroite, ne s’expliqua pas aussi nettement et sincèrement avec lui qu’il eût été à désirer. Je suis très sûr qu’elle enveloppa tellement ses mauvaises maximes des voiles de la vraie et solide piété et ses erreurs sur l’oraison des termes des saints mystiques qu’il ne faut pas être surpris que ce savant homme se laissât tromper par ces apparences d’une spiritualité très solide. Dieu le permit ainsi pour faire adorer la profondeur de ses jugements, selon la sagesse desquels il permet souvent que les plus grands esprits s’écartent, afin que, ne se glorifiant point dans leur sagesse, ils se trouvent toujours dans les sentiments d’une parfaite humilité en sa présence. C’est même par cette occasion que Dieu fit découvrir le venin caché sous les paroles emmiellées de cette femme.

On ne peut cacher aux yeux du public ce qui se passe à la Cour. On voyait que Mme Guyon y venait fréquemment, qu’elle affectait principalement de venir à Versailles dans le temps que le Roi était à Marly, afin d’avoir plus de liberté de voir ces personnes dont j’ai parlé. D’ailleurs, on reconnut qu’elle avait des habitudes avec d’autres jeunes dames de la Cour, qu’elle avait coiffées des principes de sa nouvelle spiritualité et qui, tout d’un coup, paraissaient être élevées à une contemplation sublime ; on savait même qu’elle se mêlait de les diriger et qu’elles avaient beaucoup plus de confiance en cette dame que dans leurs confesseurs et directeurs, ce qui était en entier renversement de l’ordre établi de Dieu dans son Église.

Tout cela, avec ce qui se passait à Saint-Cyr et dont M. l’évêque de Chartres était instruit, fit qu’on examina de fort près les sentiments, les principes, la conduite, les écrits et les livres de cette dame. L’abbé de Fénelon, qui la croyait innocente, simple et droite, entreprit de la défendre. Mme de Maintenon fut prévenue par M. l’évêque de Chartres ; elle comprit aussitôt l’importance de cette affaire, mais elle souhaita qu’elle fût secrète pour ne point alarmer le Roi sur ce qui regardait l’établissement de Saint-Cyr.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/05/memoires_du_cure_de_versailles_fenelon_et_madame_guyon.pdf

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.