Mémoires du Curé de Versailles – Les conférences d’Issy

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VII – Les Quiétistes
Les conférences d’Issy

On convint donc de traiter amicalement de ces matières, d’y appeler M. l’évêque de Meaux, M. de Noailles, évêque de Châlons et depuis archevêque de Paris, M. l’évêque de Chartres et M. Tronson, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice. On convint aussi que, parce que ce vénérable prêtre, ne pouvant plus supporter tout le poids de cette grande et sainte communauté s’était retiré à Issy, village près de Paris, ce serait dans ce lieu-là même que les conférences se tiendraient, dans lesquelles on examinerait dans un esprit de paix les matières de l’oraison.

L’abbé de Fénelon, qui en était en partie la cause, s’y trouvait assidûment ; après plusieurs dissertations, examens, recherches et lectures des livres des saints, on convint de certains principes pour opposer à ceux des faux mystiques, et l’on dressa ces trente-trois articles qui ont été depuis si connus et si souvent cités sous le nom des articles d’Issy. Il paraissait que ce travail de tant de savants et vertueux prélats devait avoir un très heureux succès et mettre fin à toutes les contestations sur ces sortes de matières, qui sont à la portée de si peu de personnes ; mais nous verrons bientôt que l’événement en fut bien différent.

Cependant on obligea Mme Guyon d’aller se renfermer à Meaux dans un monastère, afin que M. l’évêque de ce diocèse l’examinât de près et pût ensuite rendre compte de sa conduite. Il la visita souvent, lui parla, l’instruisit, l’entendit sur ses principes, la redressa avec douceur sur les choses qu’il croyait s’éloigner de la vérité, la trouva toujours docile à ses avis, à ses instructions, à ses ordres, la reçut à la participation des sacrements et lui donna même un témoignage authentique signé de sa main, dans lequel il déclarait l’avoir trouvée très soumise à la doctrine de l’Église et en état de s’approcher de la sainte table. On ne peut ensuite pas s’étonner que l’abbé de Fénelon ait pu se laisser surprendre par les artifices de cette femme, puisque M. de Meaux, si éclairé et qui était entièrement occupé à l’examiner, y a été trompé ; ou, pour parler plus franchement, il faut admirer la conduite de Dieu qui a permis que ces deux grands hommes aient été trompés par une femme.

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