Mémoires du Curé de Versailles – La mort effroyable de l’archevêque de Paris

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VII – Les Quiétistes
La mort effroyable de l’archevêque de Paris

Quelque temps après arriva la mort de M. l’archevêque de Paris de la manière du monde la plus triste et la plus effroyable. Il avait eu tous les chagrins possibles dans l’Assemblée du Clergé de 1695, où il s’était passé bien des choses qui l’avaient jeté dans une amère tristesse. Il n’était plus, il y avait longtemps, estimé du Roi ; il était méprisé de tout le monde : il avait en tout sacrifié le Clergé à la passion qu’il avait de plaire à la Cour. S’étant retiré à sa maison de Conflans et voulant être seul dans l’appartement qu’il avait fait faire au bout de la galerie, il eut une attaque d’apoplexie. La défense qu’il avait faite à tous ses domestiques de venir l’interrompre quand il avait ordonné qu’on le laissât seul dans sa chambre fut la cause qu’il ne plus être secouru. Il avait pris cette précaution pour empêcher, comme il s’était imaginé, qu’on n’aperçût qu’il tombait quelquefois du haut mal ; mais cette même précaution lui fut enfin très préjudiciable, car, étant tombé, comme je viens de le remarquer, dans cet accident d’apoplexie, il demeura quelques heures sans que personne osât entrer dans sa chambre. Il fallut bien enfin aller voir ce qui s’y passait : on le trouva dans un état où l’on vit qu’il n’y avait plus rien à espérer et qu’il allait mourir ; on se pressa cependant d’envoyer à Paris pour avoir du secours ; on avertit Mme la duchesse de Lesdiguières qui avait une très étroite liaison avec ce prélat, dont on parlait beaucoup dans le monde ; elle y accourut, et cet archevêque, pour lequel on n’avertit point le curé de la paroisse de venir lui administrer l’extrême-onction, mourut entre ses bras, sans avoir eu le temps de se reconnaître et donner le moindre signe de pénitence, regretté de peu de personnes, laissant de lui une réputation très désavantageuse.

Le Roi était à Marly quand on vint lui apporter la nouvelle de sa mort. Il dit qu’on ne devait pas penser à lui demander cette place, qu’il ne voulait donner qu’au seul mérite. L’archevêque de Reims, qui avait toujours vécu mal avec ce prélat, était à Marly ; il s’échappa d’en dire tout le mal possible et on l’entendit avec indignation. Le comte de Grammont, l’un des courtisans les plus spirituels et qui avait un talent merveilleux de dire de bons mots et plein d’esprit, après avoir écouté comme les autres ce que M. de Reims disait contre son confrère qui venait d’expirer, lui adressant la parole lui dis :
« Monsieur de Reims, croyez-moi, il est bon de vivre ! [voulant lui faire comprendre qu’il devait faire attention à ne pas parler d’un prélat qui venait de mourir et qu’il arriverait la même chose après sa mort, qui donnerait occasion à bien des gens de parler contre lui.] »

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