Mémoires du Curé de Versailles – La censure de M. de Chartres

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VIII – La bataille Bossuet-Fénelon
La censure de M. de Chartres

M. de Chartres fit une censure publique de certains traités qui n’avaient été lus que de peu de personnes, parce qu’ils n’étaient pas imprimés et qu’on avait la précaution de ne communiquer qu’à ceux qui étaient entièrement attachés à sa doctrine. L’un de ces écrits portait le nom de Torrents, dans lequel Mme Guyon expliquait les peines intérieures par lesquelles Dieu fait passer les âmes qu’il destine à la plus sublime oraison. Ce traité méritait par lui-même la condamnation, renfermant des choses très fausses, très absurdes, très dangereuses et qui ne pouvaient que jeter les âmes dans l’égarement et dans l’illusion. Cette dame fut obligée aussi de condamner ses propres écrits. On ne peut juger que par ce qu’elle continua de faire si elle avait parlé avec sincérité, car, pour le dire avec vérité elle ne cessa point de dogmatiser comme elle avait fait avant la condamnation de ces livres et de ces écrits.

Cependant il faut aussi l’avouer que, comme il est bien difficile de prendre en toute chose le juste milieu pour ne point donner dans les extrémités qui sont toujours blâmables, plusieurs personnes peu éclairées et même des directeurs des consciences prirent occasion de condamner en général la vie intérieure et la théologie mystique. Ils se croyaient autorisés par ces illustres prélats qui avaient eu le zèle de poursuivre vivement les erreurs des quiétistes et, en s’arrêtant à cette partie de leurs censures qui en proscrit les erreurs, ils avaient négligé de faire attention à ce qu’ils disaient de la véritable spiritualité, de l’oraison, de la contemplation, de la vie intérieure, des dons de Dieu, de ses voies dans les âmes. Cette négligence fit que, dès qu’on leur parlait de vie intérieure, ils traitaient tout d’illusion et jetaient ainsi les âmes dans des perplexités affreuses. Plusieurs personnes, touchées par un motif d’une vraie charité pour ces âmes presque abandonnées, crurent qu’il serait bon d’écrire sur ces matières, pour servir d’un côté de préservatif contre les égarements des quiétistes, et de l’autre pour distinguer la fausse spiritualité d’avec la véritable, donner des marques certaines par lesquelles ont les pût reconnaître, et prescrire des moyens pour aider les personnes spirituelles et attirées à la vie intérieure.

Le dessein était louable, mais d’une très difficile et hasardeuse entreprise dans un temps où les expressions sur la vie mystique pouvaient être si fort relevées. M. le duc de Chevreuse me proposa quelquefois d’entreprendre cet ouvrage ; je m’en excusai toujours sur mes grandes et continuelles occupations, mais d’ailleurs je lui disais, lorsqu’il m’en parlait, qu’il y avait assez de livres qui traitaient de ces sortes de matières sans en devoir encore augmenter le nombre. Il persévérait, lui et d’autres, à désirer qu’on écrivit, et c’est ce qui donna enfin l’occasion au livre que M. l’archevêque de Cambrai composa sur ce sujet et qui a fait ensuite tant de bruit dans le monde, dont il faut maintenant que je parle selon la plus exacte vérité.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/05/memoires_du_cure_de_versailles_la_censure_de_m_de_chartres.pdf

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