Mémoires du Curé de Versailles – Le jugement de Bossuet

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre VIII – La bataille Bossuet-Fénelon
Le jugement de Bossuet

Il n’y était pas encore lorsque son livre parut. Dès que M. l’évêque de Meaux eut lu cet ouvrage, il commença de déclamer furieusement contre la doctrine qui y était contenue ; il se plaignit amèrement que l’auteur eût abandonné celle dont on était convenu à Issy, qu’on y avait insinué les principes du quiétisme, que ce livre était plein d’erreurs. Ce jugement d’un évêque dans la vaste et profonde érudition imposait au public, qu’il prononçait partout et en toute sorte de compagnies, fut suivi en peu de jours de celui d’une infinité de personnes. Jamais livre ne fit plus de bruit que celui-là.

L’archevêque arriva de son diocèse dans le commencement des rumeurs publiques. Il alla voir Mme de Maintenon, qui lui dit d’abord ce qui lui revenait de tous côtés sur son nouvel ouvrage :
« Cependant, Monsieur, je me rassure contre tout cet éclat, sachant que vous en êtes l’auteur, étant persuadé que vous si sage, si prudent et si éclairé, n’aurez rien écrit qui soit exposé à la censure. »

Néanmoins, comme cette dame vit que non seulement ce bruit continuait mais augmentait de plus en plus, elle jugea bien qu’il n’était pas sans fondement. Huit jours après cette première entrevue, l’archevêque lui allant rendre visite, elle lui parla de nouveau des clameurs extraordinaires qui s’étaient levées partout contre son livre des Maxime des Saints ; elle lui en témoigna sa peine et sa douleur et lui dit :
« Mais, Monsieur, il n’est pas [possible] que vous n’ayez consulté de très habiles gens avant que de le faire imprimer et que vous n’ayez déféré à leur jugement.
– Oui, Madame, répondit M. de Cambrai, je l’ai fait voir à M. le cardinal de Noailles, qui l’a lu et crayonné et j’ai changé ce qu’il a jugé à changer, je l’ai fait lire et examiner par MM. Pirot, Tronson, Fleury et le curé de Versailles. »

C’est ainsi qu’il me mêla innocemment dans cette affaire, sans que j’y eusse d’autre part que celle dont j’ai parlé ci-dessus.

On faisait bien un autre bruit à Marly, où le Roi était pour lors, contre ce livre. M. l’évêque de Meaux y était et traitait hautement M. l’archevêque de Cambrai d’hérétique. Il en parla en ces termes en présence de plusieurs seigneurs de la Cour et en particulier de M. le duc de la Rochefoucauld, qui, étant ami du prélat si maltraité, eut de la peine à le souffrir. M. l’évêque de Meaux fit encore une démarche beaucoup plus désavantageuse à M. de Cambrai ; il alla trouver le Roi et lui demanda pardon de n’avoir pas averti plus tôt Sa Majesté des mauvais sentiments sur la doctrine qu’avait ce prélat, dont il avait tâché de le guérir, que la seule espérance qu’il avait eue de les lui voir abandonner lui avait fait croire qu’il devait garder le silence pour ne pas le perdre dans l’esprit de Sa Majesté, qu’il reconnaissait s’être trompé et se voyait dans l’obligation indispensable de lui donner avis que l’ouvrage qui venait de paraître sous le nom de cet archevêque était plein d’erreurs et renouvelait le quiétisme, et qu’on ne pouvait trop tôt et trop fortement prévenir les maux qu’il pouvait produire dans l’Église.

Il n’en fallut pas dire davantage au Roi pour l’indisposer contre cet archevêque ; il fut sensiblement touché de ce qui arrivait et de tout ce qui s’était passé sans qu’on lui en eût donné aucune connaissance. Sa Majesté en fit des reproches à plusieurs, à Mme de Maintenon, à M. le cardinal de Noailles et à d’autres. On représenta au Roi qu’on avait dû prendre les voies de la charité avant toutes choses, qu’on avait toujours compté sur le bon esprit et sur la docilité de ce prélat qui s’était effectivement rendu aux sentiments de ses confrères, qu’on espérait qu’il serait encore dans la même disposition à l’égard de son livre et qu’on allait y travailler. Le Roi approuva ce dessein, qui était très louable, et l’on fit ensuite ce qu’on put pour travailler à l’exécuter, de la manière que nous l’expliquerons dans la suite de ces mémoires.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/05/memoires_du_cure_de_versailles_le_jugement_de_bossuet.pdf

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