Mémoires du Curé de Versailles – En cour de Rome

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IX – La bataille Bossuet-Fénelon (suite)
En cour de Rome

Les affaires de M. l’archevêque de Cambrai n’allaient pas si vite à Rome que M. l’évêque de Meaux l’aurait désiré. On y recevait continuellement tous ces écrits qui se faisaient de part et d’autre, ce qui donnait infiniment de peine aux agents de cet évêque, qui auraient bien voulu de leur côté voir en peu de temps la fin de cette dispute, et ce qui augmentait aussi l’application et les soins des examinateurs et qualificateurs du Saint-Office. D’ailleurs M. l’archevêque de Cambrai y avait de puissants amis, qui faisaient tous leurs efforts pour empêcher la condamnation de son livre. On aurait aussi voulu ménager un prélat d’un si grand mérite ; la crainte même qu’on avait soin, de la part des agents de M. de Meaux, d’entretenir sur le peu de soumission que cet archevêque aurait peut-être aux décisions de ce tribunal ne laissait pas d’embarrasser et produisait un effet contraire à ce que ceux qui répandaient ce bruit prétendaient en tirer ; car on ne laissait pas de craindre à Rome que, si l’on condamnait un archevêque si estimé de tout le monde, on ne vît en peu de temps grossir son parti ; on en avait des preuves dans ce qui arrivait tous les jours à l’égard des disciples de Jansénius.

Le cardinal Albani, qui est maintenant pape sous le nom de Clément XI, était d’avis que, sans faire de censure, on se contentât de faire de certains canons ou règles sur la vie mystique ou intérieure, par lesquels en recevrait ce qui en est bon et on en rejetterait ce qui est mauvais. Quelques autres cardinaux étaient aussi d’un même avis, et la congrégation de ces prélats, où l’affaire était examinée, était partagée de sentiments, et cette situation dura assez longtemps laissant une grande incertitude aux uns et aux autres de quel côté pencherait la balance. M. de Cambrai, dans un de ces écrits, montrait la conformité de la doctrine de son livre avec celle des ouvrages des grands saints et concluait qu’en le condamnant il fallait faire aussi tomber la censure sur les sentiments de ces grands hommes, qui jusqu’alors avaient été respectés et suivis dans l’Église.

M. le cardinal de Bouillon, qui avait pour lors le soin des affaires de la France à Rome, favorisait autant qu’il le pouvait l’archevêque de Cambrai. On l’accusa même d’avoir supprimé de fortes lettres que le Roi lui faisait écrire par M. le marquis de Torcy, dans lesquelles Sa Majesté lui ordonnait de presser avec toute la diligence possible le jugement et la conclusion de cette affaire. On dit même dans le monde qu’il avait fait entendre au pape que le Roi ne se souciait pas beaucoup de cette affaire et qu’il lui importait peu que M. de Cambrai fût condamné ou absous, ce qui retenait le pape qui aimait beaucoup le Roi dans [une] très grande incertitude et ce qui faisait tout craindre à M. l’évêque de Meaux, qui ne pouvait pas s’empêcher quelquefois d’en faire paraître les agitations où ces délais et où ces nouvelles de Rome le mettaient. Il arriva même qu’on manda de cette ville que les affaires de M. l’archevêque de Cambrai y allaient très bien pour lui, et ce bruit, qui s’en répandit partout, donna de grandes alarmes à ceux qui étaient les plus ardents à combattre le livre de ce prélat.

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