Mémoires du Curé de Versailles – L’opinion publique favorable à Fénélon

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre IX – La bataille Bossuet-Fénelon (suite)
L’opinion publique favorable à Fénélon

Dès qu’on eut envoyé en Cour et à Paris ce mandement si humble et si sage, tout le monde fut sensiblement touché d’une si prompte obéissance et d’une humilité si convenable à un grand prélat. On lui donna mille éloges, on bénit Dieu de sa docilité ; on reconnut, malgré les bruits que M. l’évêque de Meaux avait répandus qu’il ne se soumettrait pas, qu’il savait aussi bien tenir sa parole dans une affaire humiliante que dans toute autre qui lui aurait été plus honorable. La faute qu’il avait pu faire par la publication de son livre fut bien réparée par un aveu sincère et par la propre condamnation qu’il fit lui-même de ses sentiments. On admira en lui ce qui est très rare en tout autre, et l’on souhaita que son exemple fût imité par ceux qui depuis un temps infini combattent par une opiniâtreté insoutenable les constitutions des papes contre le livre de Jansénius. Cependant nous verrons bientôt qu’il y eut des personnes qui voulurent gloser sur ce mandement et qui, par leurs critiques, s’attirèrent l’indignation et le mépris du public.

Le Roi, passant par-dessus les formalités observées en France à l’égard des bulles des papes, qu’on n’y reçoit point lorsqu’elles sont proprio motu, croyant que dans une affaire de cette conséquence on ne devait pas s’arrêter si scrupuleusement à nos usages, la fit envoyer à tous les évêques de son obéissance pour la recevoir, la publier et y obéir. Il voulut qu’afin que cette réception contraire à nos privilèges ne nous pût en rien préjudicier, on fît partout des assemblées provinciales des évêques, afin qu’on y marquât la soumission qu’on avait pour le Saint-Siège et qu’en même temps on y prit des mesures pour ne pas autoriser ces sortes de bulles et pour y conserver toujours nos libertés.

On exécuta de point en point ces ordres du Roi dans toutes les provinces ; on y fit ces assemblées, on y reçut la bulle du pape, mais cette restriction qu’étant contraire à nos privilèges, on ne prétendait en rien y déroger ou y préjudicier. Partout on loua la prompte soumission de M. l’archevêque de Cambrai, et on lui donna de grands éloges. Il n’y eut que dans la seule assemblée de la province de Cambrai, où les choses ne se traitèrent pas avec cette sagesse et modération qui avaient paru dans les autres. M. Valbelle, évêque de Saint-Omer, après que M. l’archevêque eut exposé lui-même et contre lui-même l’occasion de l’assemblée et eut proposé la réception de la bulle sur quoi il avait fait déjà son mandement, ce prélat, animé et instruit, comme on le dit dans le monde, par M. l’évêque de Meaux, qui lui avait, selon le bruit public, envoyé des courriers pour lui marquer ses sentiments, entreprit de critiquer le mandement de son métropolitain sur de pures vétilles, pendant qu’il était généralement approuvé de tout le monde. Les autres suffragants de cette province n’en usèrent pas d’une manière si peu raisonnable avec leur archevêque, qui continua de donner dans cette occasion des exemples d’humilité et de modestie. L’évêque de Saint-Omer fut condamné de tout le monde. On ne pouvait comprendre qu’il eût résolu de maltraiter d’une manière si grossière le métropolitain de sa province, s’il n’avait eu des vues peu convenables à un évêque et s’il n’eût cru, par un si lâche moyen, de plaire à la Cour ; c’est ainsi qu’on en parla et qu’on le pensa, et peut-être avait-on raison d’avoir à son égard ces sentiments, auxquels il avait donné occasion par sa conduite si peu honnête et charitable. Mais Dieu permettait que M. l’archevêque de Cambrai portât le poids entier de cette humiliation la plus grande qui pût lui arriver, pour donner dans la suite des siècles l’exemple rare d’une humble rétractation et faire connaître que, s’il était tombé par le sort ordinaire de la fragilité humaine, il s’était relevé de sa chute par l’aveu de sa faute, qu’il a réparée par la plus humble soumission qu’on ait jamais vue dans l’Église.

Les évêques firent, ensuite de ces assemblées provinciales, des mandements dans leurs diocèses pour la publication de la bulle du pape, touchant la condamnation du livre des Maximes des Saints. On y loua presque partout l’archevêque de Cambrai sur sa rétractation publique qu’il avait faite des propositions qu’on y avait condamnées à Rome.

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