Les pensées de Pascal : II. preuves de Jésus-Christ. III

Voici la suite de ces quelques articles consacrés aux pensées de Pascal.

7e extrait : « seconde Partie. Article II. Preuves de Jésus-Christ par les Prophéties. IIIe pensée. »

« Le temps est prédit par l’état du peuple juif, par l’état du peuple païen, par l’état du temple, par le nombre des années.

Les prophètes ayant donné diverses marques qui devaient toutes arriver à l’avénement du Messie, il fallait que toutes ces marques arrivassent en même temps ; et ainsi il fallait que la quatrième monarchie fût venue lorsque les septante semaines de Daniel seraient accomplies ; que le sceptre fût alors ôté de Juda ; et qu’alors le Messie arrivât. Et Jésus-Christ est arrivé alors, qui s’est dit le Messie.

Il est prédit que dans la quatrième monarchie, avant la destruction du second temple, avant que la domination des Juifs fût ôtée, et en la septantième semaine de Daniel, les Païens seraient instruits et amenés à la connaissance du Dieu adoré par les Juifs ; que ceux qui l’aiment seraient délivrés de leurs ennemis, et remplis de sa crainte et de son amour.

Et il est arrivé qu’en la quatrième monarchie, avant la destruction du second temple, etc., les Païens en foule adorent Dieu, et mènent une vie angélique ; les filles consacrent à Dieu leur virginité et leur vie ; les hommes renoncent à tout plaisir. Ce que Platon n’a pu persuader à quelque peu d’hommes choisis et si instruits, une force secrète le persuade à cent milliers d’hommes ignorants, par la vertu de peu de paroles.

Qu’est-ce que tout cela ? C’est ce qui a été prédit si longtemps auparavant : Effundam spiritum meum super omnem carnem. (Joël, 2, 28.) Tous les peuples étaient dans l’infidélité et dans la concupiscence : toute la terre devient ardente de charité ; les princes renoncent à leurs grandeurs ; les riches quittent leurs biens ; les filles souffrent le martyre ; les enfants abandonnent la maison de leurs pères, pour aller vivre dans les déserts. D’où vient cette force ? C’est que le Messie est arrivé.Voilà l’effet et les marques de sa venue.

Depuis deux mille ans, le Dieu des Juifs était demeuré inconnu parmi l’infinie multitude des nations païennes : et dans le temps prédit, les Païens adorent en foule cet unique Dieu ; les temples sont détruits ; les rois même se soumettent à la croix. Qu’est-ce que tout cela ? C’est l’esprit de Dieu qui est répandu sur la terre.

Il est prédit que le Messie viendrait établir une nouvelle alliance qui ferait oublier la sortie d’Égypte (Jérém. 23, 7) ; qu’il mettrait sa loi non dans l’extérieur, mais dans les cœurs (Is. 51 , 7) ; qu’il mettrait sa crainte, qui n’avait été qu’au-dehors, dans le milieu du cœur.(Jérém. 31 , 33, et 32, 40.)

Que les Juifs réprouveraient Jésus-Christ, et qu’ils seraient réprouvés de Dieu par cette raison. Que la vigne élue ne donnerait que du verjus. (Is. 5, 2, 3, 4, etc.) Que le peuple choisi serait infidèle, ingrat et incrédule : Populum non crédentem et contra dicentem.(Is. 65, 2.) Que Dieu les frapperait d’aveuglement, et qu’ils tâtonneraient en plein midi comme des aveugles. (Deut. 28, 28, 29.)

Que l’Église serait petite en son commencement, et croîtrait ensuite. (Ezéch. 17.)

Il est prédit qu’alors l’idolâtrie serait renversée ; que ce Messie abattrait toutes les idoles, et ferait entrer les hommes dans le culte du vrai Dieu. (Ézéch. 30, 13.)

Que les temples des idoles seraient abattus, et que parmi toutes les nations et en tous les lieux du monde, on lui offrirait une hostie pure, et non pas des animaux. (Malach. 1, 11.)

Qu’il enseignerait aux hommes la voie parfaite.

Qu’il serait roi des Juifs et des Gentils.

Et jamais il n’est venu, ni devant ni après, aucun homme qui ait rien enseigné approchant de cela. »

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Les pensées de Pascal : VII. chute de l’homme. VI à XV

Voici la suite de ces quelques articles consacrés aux pensées de Pascal.

6e extrait : « seconde Partie. Article VII. Chute de l’homme prouvée par les contrariétés qui existent dans la nature. VIe à la XVe pensées. »

« Nous ne concevons ni l’état glorieux d’Adam, ni la nature de son péché, ni la transmission qui s’en est faite en nous. Ce sont choses qui se sont passées dans un état de nature tout différent du nôtre, et qui passent notre capacité présente. Aussi tout cela nous est inutile à savoir pour sortir de nos misères : et tout ce qu’il nous importe de connaître, c’est que par Adam nous sommes misérables, corrompus, séparés de Dieu ; mais rachetés par Jésus-Christ : et c’est de quoi nous avons des preuves admirables sur la terre. »

***

« Toute la foi consiste en Jésus-Christ et en Adam ; et toute la morale en la concupiscence et en la grâce. Il y a deux vérités de foi également constantes : l’une, que l’homme, dans l’état de la création ou dans celui de la grâce, est élevé au-dessus de toute la nature, rendu semblable à Dieu, et participant de la divinité ; l’autre, qu’en l’état de corruption et du péché, il est déchu de cet état, et rendu semblable aux bêtes. Ces deux propositions sont également fermes et certaines. L’Écriture nous les déclare manifestement, lorsqu’elle dit en quelques lieux : Deliciœ meœ esse cum filiis hominum. (Prov. 8, 31.) Effundam Spiritum meum super omnem carnem. (Joël, 2, 28.) Diiestis, etc.(Psal. 81, 6.) Et qu’elle dit en d’autres : Omnis caro fœnum. (Is. 40, 6.) Homo comparatus est jumentis insipientibus, et similis factus est illis. (Psal. 48, 13.) Dixi in corde meo de filiis hominum, ut probaret eos Deus, et ostenderet similes esse bestiis. (Eccles. 3,18.) Etc. »

***

« Le Christianisme est étrange ! Il ordonne à l’homme de reconnaître qu’il est vil et abominable, et il lui ordonne en même temps de vouloir être semblable à Dieu. Sans un tel contrepoids cette élévation le rendrait horriblement vain, ou cet abaissement le rendrait horriblement abject. La misère porte au désespoir : la grandeur inspire la présomption. »

***

« L’incarnation montre à l’homme la grandeur de sa misère par la grandeur du remède qu’il a fallu. »

***

« On ne trouve pas dans la religion chrétienne un abaissement qui nous rende incapables du bien, ni une sainteté exempte du mal. Il n’y a point de doctrine plus propre à l’homme que celle-là, qui l’instruit de sa double capacité de recevoir et de perdre la grâce, à cause du double péril où il est toujours exposé, de désespoir ou d’orgueil. »

***

« Les philosophes ne prescrivaient point des sentiments proportionnés aux deux états. Ils inspiraient des mouvements de grandeur pure, et ce n’est pas l’état de l’homme. Ils inspiraient des mouvements de bassesse pure ; et c’est aussi peu l’état de l’homme. Il faut des mouvements de bassesse, non d’une bassesse de nature, mais de pénitence ; non pour y demeurer, mais pour aller à la grandeur. Il faut des mouvements de grandeur, mais d’une grandeur qui vienne de la grâce et non du mérite, et après avoir passé par la bassesse.

Il fallait que la véritable religion enseignât la grandeur et la misère, portât à l’estime et au mépris de soi, à l’amour et à la haine. »

***

« Dieu, pour se réserver à lui seul le droit de nous instruire, et pour nous rendre la difficulté de notre être inintelligible, nous en a caché le nœud si haut, ou, pour mieux dire, si bas, que nous étions incapables d’y arriver. De sorte que ce n’est pas par les agitations de notre raison, mais par la simple soumission de la raison, que nous pouvons véritablement nous connaître. »

***

« Le pyrrhonisme sert à la Religion. Le pyrrhonisme est le vrai ; car après tout, les hommes, avant Jésus-Christ, ne savaient où ils en étaient, ni s’ils étaient grands ou petits. Et ceux qui ont dit l’un ou l’autre, n’en savaient rien, et devinaient sans raison et par hasard : et même ils croyaient toujours, en excluant l’un ou l’autre. » (Pascal oppose ici le pyrrhonisme au dogmatisme. Les hommes, sans la révélation, ne pouvant découvrir le mystère de leur condition, à la fois grande et misérable, il s’ensuit qu’ils ne se trouvaient dans la voie de la raison qu’en doutant : c’est en ce sens qu’on peut dire qu’avant Jésus-Christ le pyrrhonisme était le vrai. Car s’ils affirmaient la grandeur ou la bassesse de leur nature, ils excluaient nécessairement l’une ou l’autre de ces deux vérités et se méprenaient toujours sur leur condition véritable. Donc le dogmatisme était le faux.)

***

« On a beau dire, il faut avouer que la religion chrétienne a quelque chose d’étonnant ! C’est parce que vous y êtes né, dira-t-on. Tant s’en faut, je me roidis contre, par cette raison-là même ; de peur que cette prévention ne me suborne. Mais quoi que j’y sois né, je ne laisse pas de le trouver ainsi.

Qui peut ne pas admirer et embrasser une religion qui connaît à fond ce qu’on reconnaît d’autant plus qu’on a plus de lumière ? »

***

« Nul n’est heureux comme un vrai chrétien, ni raisonnable, ni vertueux, ni aimable. Avec combien peu d’orgueil un chrétien se croit-il uni à Dieu ? Avec combien peu d’abjection s’égale-t-il aux vers de la terre ?

Qui peut donc refuser à ces célestes lumières de les croire et de les adorer ? Car n’est-il pas plus clair que le jour, que nous sentons en nous-mêmes des caractères ineffaçables d’excellence ? Et n’est-il pas aussi véritable que nous éprouvons à toute heure les effets de notre déplorable condition ? Que nous crie donc ce chaos et cette confusion monstrueuse, sinon la vérité de ces deux états, avec une voix si puissante qu’il est impossible d’y résister ? »

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Les pensées de Pascal : VII. chute de l’homme. IV et V

Voici la suite de ces quelques articles consacrés aux pensées de Pascal.

5e extrait : « seconde Partie. Article VII. Chute de l’homme prouvée par les contrariétés qui existent dans la nature. IVe et Ve pensées. »

« Chose étonnante cependant, que le mystère le plus éloigné de notre connaissance, qui est celui de la transmission du péché originel, soit une chose sans laquelle nous ne pouvons avoir aucune connaissance de nous-mêmes ! Car il est sans doute qu’il n’y a rien qui choque plus notre raison que de dire que le péché du premier homme ait rendu coupables ceux qui étant si éloignés de cette source, semblent incapables d’y participer. Cet écoulement ne nous paraît pas seulement impossible, il nous semble même très-injuste. Car qu’y a-t-il de plus contraire aux règles de notre misérable justice que de damner éternellement un enfant incapable de volonté, pour un péché où il paraît avoir eu si peu de part, qu’il est commis six mille ans avant qu’il fût en être ? Certainement rien ne nous heurte plus rudement que cette doctrine. Et cependant sans ce mystère, le plus incompréhensible de tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes. Le nœud de notre condition prend ses retours et ses plis dans cet abîme. De sorte que l’homme est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystère n’est inconcevable à l’homme.

Le péché originel est une folie devant les hommes ; mais on le donne pour tel. On ne doit donc pas reprocher le défaut de raison en cette doctrine, puisqu’on ne prétend pas que la raison y puisse atteindre. Mais cette folie est plus sage que toute la sagesse des hommes : Quod stultum est Dei, sapientius est hominibus. (I Cor. 1, 25.) Car sans cela. que dira-t-on qu’est l’homme ? Tout son état dépend de ce point imperceptible. Et comment s’en fût-il aperçu par sa raison, puisque c’est une chose au-dessus de sa raison ; et que sa raison, bien loin de l’inventer par ses voies, s’en éloigne quand on le lui présente ? »

« Ces deux états d’innocence et de corruption étant ouverts, il est impossible que nous ne les reconnaissions pas. Suivons nos mouvements, observons-nous nous-mêmes, et voyons si nous n’y trouverons pas les caractères vivants de ces deux natures. Tant de contradictions se trouveraient-elles dans un sujet simple ?

Cette duplicité de l’homme est si visible, qu’il y en a qui ont pensé que nous avions deux âmes : un sujet simple leur paraissant incapable de telles et si soudaines variétés, d’une présomption démesurée à un horrible abattement de cœur.

Ainsi toutes ces contrariétés, qui semblaient devoir le plus éloigner les hommes de la connaissance d’une religion, sont ce qui les doit plutôt conduire à la véritable.

Pour moi, j’avoue qu’aussitôt que la religion chrétienne découvre ce principe, que la nature des hommes est corrompue et déchue de Dieu, cela ouvre les yeux à voir partout le caractère de cette vérité. Car la Nature est telle qu’elle marque partout un Dieu perdu, et dans l’homme, et hors de l’homme.

Sans ces divines connaissances, qu’ont pu faire les hommes, sinon, ou s’élever dans le sentiment intérieur qui leur reste de leur grandeur passée, ou s’abattre dans la vue de leur faiblesse présente ? Car ne voyant pas la vérité entière, ils n’ont pu arriver à une parfaite vertu ; les uns considérant la nature comme incorrompue, les autres comme irréparable. Ils n’ont pu fuir ou l’orgueil, ou la paresse, qui sont les deux sources de tous les vices ; puisqu’ils ne pouvaient, sinon ou s’y abandonner par lâcheté, ou en sortir par l’orgueil. Car s’ils connaissaient l’excellence de l’homme, ils en ignoraient la corruption ; de sorte qu’ils évitaient bien la paresse, mais ils se perdaient dans l’orgueil. Et s’ils reconnaissaient l’infirmité de la nature, ils en ignoraient la dignité ; de sorte qu’ils pouvaient bien éviter la vanité, mais c’était en se précipitant dans le désespoir.

De là viennent les diverses sectes des stoïciens et des épicuriens, des dogmatistes et des académiciens, etc. La seule religion chrétienne a pu guérir ces deux vices, non pas en chassant l’un par l’autre par la sagesse de la terre ; mais en chassant l’un et l’autre par la simplicité de l’Évangile. Car elle apprend aux justes qu’elle élève jusqu’à la participation de la Divinité même, qu’en ce sublime état ils portent encore la source de toute la corruption qui les rend, durant toute la vie, sujets à l’erreur, à la misère, à la mort, au péché ; et elle crie aux plus impies qu’ils sont capables de la grâce de leur Rédempteur. Ainsi donnant à trembler à ceux qu’elle justifie, et consolant ceux qu’elle condamne, elle tempère avec tant de justesse la crainte avec l’espérance par cette double capacité qui est commune à tous, et de la grâce, et du péché, qu’elle abaisse infiniment plus que la seule raison ne peut faire, mais sans désespérer ; et qu’elle élève infiniment plus que l’orgueil de la nature, mais sans enfler : faisant bien voir par là qu’étant seule exempte d’erreur et de vice, il n’appartient qu’à elle et d’instruire et de corriger les hommes. »

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Les pensées de Pascal : VII. chute de l’homme. I

Voici la suite de ces quelques articles consacrés aux pensées de Pascal.

4e extrait : « seconde Partie. Article VII. Chute de l’homme prouvée par les contrariétés qui existent dans la nature. Ière pensée. »

« Les grandeurs et les misères de l’homme sont tellement visibles, qu’il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne qu’il y a en lui quelque grand principe de grandeur, et en même temps quelque grand principe de misère. Car il faut que la véritable religion connaisse à fond notre nature ; c’est-à-dire, qu’elle connaisse tout ce qu’elle a de grand et tout ce qu’elle a de misérable ; et la raison de l’un et de l’autre. Il faut encore qu’elle nous rende raison des étonnantes contrariétés qui s’y rencontrent. S’il y a un seul principe de tout, une seule fin de tout, il faut que la vraie religion nous enseigne à n’adorer que lui et à n’aimer que lui. Mais comme nous nous trouvons dans l’impuissance d’adorer ce que nous ne connaissons pas, et d’aimer autre chose que nous ; il faut que la Religion, qui instruit de ces devoirs, nous instruise aussi de cette impuissance, et qu’elle nous en apprenne les remèdes.

Il faut, pour rendre l’homme heureux, qu’elle lui montre qu’il y a un Dieu ; qu’on est obligé de l’aimer ; que notre véritable félicité est d’être à lui, et notre unique mal d’être séparé de lui ; qu’elle nous apprenne que nous sommes pleins de ténèbres, qui nous empêchent de le connaître et de l’aimer ; et qu’ainsi nos devoirs nous obligeant d’aimer Dieu, et notre concupiscence nous en détournant, nous sommes pleins d’injustice. Il faut qu’elle nous rende raison de l’opposition que nous avons à Dieu et à notre propre bien. Il faut qu’elle nous en enseigne les remèdes, et les moyens d’obtenir ces remèdes. Qu’on examine sur cela toutes les religions du monde, et qu’on voie s’il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse.

Sera-ce celle qu’enseignaient les philosophes, qui nous proposent pour tout bien un bien qui est en nous ? Est-ce là le vrai bien ? Ont-ils trouvé le remède à nos maux ? Est-ce avoir guéri la présomption de l’homme, que de l’avoir égalé à Dieu ? Et ceux qui nous ont égalés aux bêtes, et qui nous ont donné les plaisirs de la terre pour tout bien, ont-ils apporté le remède à nos concupiscences ? Levez vos yeux vers Dieu, disent les uns : voyez celui auquel vous ressemblez, et qui vous a fait pour l’adorer ; vous pouvez vous rendre semblable à lui ; la sagesse vous y égalera, si vous voulez la suivre. Et les autres disent : Baissez vos yeux vers la terre, chétif ver que vous êtes, et regardez les bêtes dont vous êtes le compagnon.

Que deviendra donc l’homme ? Sera-t-il égal à Dieu, ou aux bêtes ? Quelle effroyable distance ! Que serons-nous donc ? Quelle religion nous enseignera à guérir l’orgueil et la concupiscence ? Quelle religion nous enseignera notre bien, nos devoirs, les faiblesses qui nous en détournent, les remèdes qui les peuvent guérir, et le moyen d’obtenir ces remèdes ? Voyons ce que nous dit sur tout cela la Sagesse de Dieu qui nous parle dans la religion chrétienne.

C’est en vain, ô homme, que vous cherchez dans vous-même le remède à vos misères. Toutes vos lumières ne peuvent arriver qu’à connaître que ce n’est point en vous que vous trouverez ni la vérité ni le bien. Les philosophes vous l’ont promis, ils n’ont pu le faire. Ils ne savent, ni quel est votre véritable bien, ni quel est votre véritable état. Comment auraient-ils donné des remèdes à vos maux, puisqu’ils ne les ont pas seulement connus ? Vos maladies principales sont l’orgueil, qui vous soustrait à Dieu, et la concupiscence, qui vous attache à la terre ; et ils n’ont fait autre chose qu’entretenir au moins une de ces maladies. S’ils vous ont donné Dieu pour objet, ce n’a été que pour exercer votre orgueil. Ils vous ont fait penser que vous lui êtes semblable par votre nature. Et ceux qui ont vu la vanité de cette prétention, vous ont jeté dans l’autre précipice, en vous faisant entendre que votre nature était pareille à celle des bêtes ; et vous ont porté à chercher votre bien dans les concupiscences qui sont le partage des animaux. Ce n’est pas là le moyen de vous instruire de vos injustices. N’attendez donc ni vérité, ni consolation des hommes. Je suis celle qui vous ai formé, et qui puis seule vous apprendre qui vous êtes. Mais vous n’êtes plus maintenant en l’état où je vous ai formé. J’ai créé l’homme, saint, innocent, parfait. Je l’ai rempli de lumière et d’intelligence. Je lui ai communiqué ma gloire et mes merveilles. L’œil de l’homme voyait alors la majesté de Dieu. Il n’était pas dans les ténèbres qui l’aveuglent, ni dans la mortalité et dans les misères qui l’affligent. Mais il n’a pu soutenir tant de gloire, sans tomber dans la présomption. Il a voulu se rendre centre de lui-même, et indépendant de mon secours. Il s’est soustrait à ma domination ; et s’égalant à moi par le désir de trouver sa félicité en lui-même, je l’ai abandonné à lui ; et révoltant toutes les créatures qui lui étaient soumises, je les lui ai rendu ennemies : en sorte qu’aujourd’hui l’homme est devenu semblable aux bêtes, et dans un tel éloignement de moi, qu’à peine lui reste-t-il quelque lumière confuse de son Auteur : tant toutes ses connaissances ont été éteintes ou troublées ! Les sens indépendants de la raison, et souvent maîtres de la raison, l’ont emporté à la recherche des plaisirs. Toutes les créatures ou l’affligent, ou le tentent, et dominent sur lui, ou en le soumettant par leur force, ou en le charmant par leurs douceurs ; ce qui est encore une domination plus terrible et plus impérieuse.

Voilà l’état où les hommes sont aujourd’hui. Il leur reste quelque instinct impuissant du bonheur de leur première nature ; et ils sont plongés dans les misères de leur aveuglement et de leur concupiscence qui est devenue leur seconde nature. »

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Les pensées de Pascal : IV. marques de la véritable religion. XII

Voici la suite de ces quelques articles consacrés aux pensées de Pascal.

3e extrait : « seconde Partie. Article IV. Les marques de la véritable religion. XIIe pensée. »

« Il est impossible d’envisager toutes les preuves de la religion chrétienne ramassées ensemble, sans en ressentir la force, à laquelle nul homme raisonnable ne peut résister.

Que l’on considère son établissement ; qu’une religion si contraire à la nature se soit établie par elle-même, si doucement, sans aucune force ni contrainte, et si fortement néanmoins, qu’aucuns tourments n’ont pu empêcher les martyrs de la confesser ; et que tout cela se soit fait, non-seulement sans l’assistance d’aucun prince, mais malgré tous les princes de la terre qui l’ont combattue.

Que l’on considère la sainteté, la hauteur et l’humilité d’une âme chrétienne. Les philosophes païens se sont quelquefois relevés au-dessus du reste des hommes par une manière de vivre plus réglée, et par des sentiments qui avaient quelque conformité avec ceux du Christianisme. Mais ils n’ont jamais reconnu pour vertu ce que les Chrétiens appellent humilité, et ils l’auraient même crue incompatible avec les autres dont ils faisaient profession. Il n’y a que la religion chrétienne qui ait su joindre ensemble des choses qui avaient paru jusque-là si opposées, et qui ait appris aux hommes que, bien loin que l’humilité soit incompatible avec les autres vertus, sans elle toutes les autres vertus ne sont que des vices et des défauts.

Que l’on considère les merveilles de l’Écriture-Sainte qui sont infinies, la grandeur et la sublimité plus qu’humaine des choses qu’elle contient, et la simplicité admirable de son style qui n’a rien d’affecté, rien de recherché, et qui porte un caractère de vérité, qu’on ne saurait désavouer.

Que l’on considère la personne de JésusChrist en particulier. Quelque sentiment qu’on ait de lui, on ne peut pas disconvenir qu’il n’eût un esprit très-grand et très-relevé, dont il avait donné des marques dès son enfance devant les Docteurs de la loi : et cependant au lieu de s’appliquer à cultiver ces talents par l’étude et la fréquentation des savants, il passe trente ans de sa vie dans le travail des mains, et dans une retraite entière du monde ; et pendant les trois années de sa prédication, il appelle à sa compagnie et choisit pour ses Apôtres des gens sans science, sans étude, sans crédit ; et il s’attire pour ennemis ceux qui passaient pour les plus savants et les plus sages de son temps. C’est une étrange conduite pour un homme qui a dessein d’établir une nouvelle religion.

Que l’on considère en particulier ces Apôtres choisis par Jésus-Christ, ces gens sans lettres, sans étude, et qui se trouvent, tout d’un coup, assez savants pour confondre les plus habiles philosophes, et assez forts pour résister aux rois et aux tyrans qui s’opposaient à l’établissement de la religion chrétienne qu’ils annonçaient.

Que l’on considère cette suite merveilleuse de prophètes qui se sont succédé les uns aux autres pendant deux mille ans, et qui ont tous prédit en tant de manières différentes jusqu’aux moindres circonstances de la vie de Jésus-Christ, de sa mort, de sa résurrection, de la mission des Apôtres, de la prédication de l’Évangile, de la conversion des nations, et de plusieurs autres choses qui concernent l’établissement de la religion chrétienne et l’abolition du judaïsme.

Que l’on considère l’accomplissement admirable de ces prophéties, qui conviennent si parfaitement à la personne de Jésus-Christ, qu’il est impossible de ne le pas reconnaître, à moins de se vouloir aveugler soi-même.

Que l’on considère l’état du peuple juif, et devant et après la venue de Jésus-Christ, son état florissant avant la venue du Sauveur, et son état plein de misères depuis qu’ils l’ont rejeté : car ils sont encore aujourd’hui sans aucune marque de Religion, sans temple, sans sacrifices, dispersés par toute la terre, le mépris et le rebut de toutes les nations.

Que l’on considère la perpétuité de la religion chrétienne, qui a toujours subsisté depuis le commencement du monde, soit dans les Saints de l’Ancien Testament qui ont vécu dans l’attente de Jésus-Christ avant sa venue ; soit dans ceux qui l’ont reçu et qui ont cru en lui depuis sa venue : au lieu que nulle autre religion n’a la perpétuité, qui est la principale marque de la véritable.

Enfin que l’on considère la sainteté de cette religion, sa doctrine, qui rend raison de tout jusques aux contrariétés qui se rencontrent dans l’homme, et toutes les autres choses singulières, surnaturelles et divines qui y éclatent de toutes parts.

Et qu’on juge après tout cela s’il est possible de douter que la religion chrétienne ne soit la seule véritable ; et si jamais aucune autre a rien eu qui en approchât. »

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Les pensées de Pascal : IV. marques de la véritable religion. VII et X.

Voici la suite de ces quelques articles consacrés aux pensées de Pascal.

2e extrait : « seconde Partie. Article IV. Les marques de la véritable religion. VIIe et Xe pensées. »

« Il y aurait trop d’obscurité si la vérité n’avait pas des marques visibles. C’en est une admirable, qu’elle se soit toujours conservée dans une Église et une assemblée visible. Il y aurait trop de clarté, s’il n’y avait qu’un sentiment dans cette Église : mais pour reconnaître quel est le vrai, il n’y a qu’à voir quel est celui qui y a toujours été ; car il est certain que le vrai y a toujours été, et qu’aucun faux n’y a toujours été.

Ainsi le Messie a toujours été cru. La tradition d’Adam était encore nouvelle en Noé et en Moïse. Les prophètes l’ont prédit depuis, en prédisant toujours d’autres choses dont les événements, qui arrivaient de temps en temps à la vue des hommes, marquaient la vérité de leur mission, et par conséquent celle de leurs promesses touchant le Messie.

Ils ont tous dit que la loi qu’ils avaient n’était qu’en attendant celle du Messie ; que jusque-là elle serait perpétuelle, mais que l’autre durerait éternellement ; qu’ainsi leur loi ou celle du Messie, dont elle était la promesse, serait toujours sur la terre. En effet elle a toujours duré ; et Jésus-Christ est venu dans toutes les circonstances prédites. Il a fait des miracles, et les Apôtres aussi, qui ont converti les païens ; et par là les prophéties étant accomplies, le Messie est prouvé pour jamais. »

« Toute la conduite des choses doit avoir pour objet l’établissement et la grandeur de la Religion ; les hommes doivent avoir en eux-mêmes des sentiments conformes à ce qu’elle nous enseigne ; et enfin elle doit être tellement l’objet et le centre où toutes choses tendent, que qui en saura les principes puisse rendre raison et de toute la nature de l’homme en particulier, et de toute la conduite du monde en général.

Sur ce fondement, les impies prennent lieu de blasphémer la religion chrétienne, parce qu’ils la connaissent mal. Ils s’imaginent qu’elle consiste simplement en l’adoration d’un Dieu considéré comme grand, puissant et éternel ; ce qui est proprement le déisme, presque aussi éloigné de la religion chrétienne, que l’athéisme qui y est tout-à-fait contraire. Et de là ils concluent que cette religion n’est pas véritable ; parce que, si elle l’était, il faudrait que Dieu se manifestât aux hommes par des preuves si sensibles qu’il fût impossible que personne le méconnût.

Mais qu’ils en concluent ce qu’ils voudront contre le déisme ; ils n’en concluront rien contre la religion chrétienne, qui reconnaît que, depuis le péché, Dieu ne se montre point aux hommes avec toute l’évidence qu’il pourrait faire ; et qui consiste proprement au mystère du Rédempteur, qui unissant en lui les deux natures, divine et humaine, a retiré les hommes de la corruption du péché pour les réconcilier à Dieu en sa personne divine.

Elle enseigne donc aux hommes ces deux vérités, et qu’il y a un Dieu dont ils sont capables, et qu’il y a une corruption dans la Nature qui les en rend indignes. Il importe également aux hommes de connaître l’un et l’autre de ces points ; et il est également dangereux à l’homme de connaître Dieu sans connaître sa misère, et de connaître sa misère sans connaître le Rédempteur qui l’en peut guérir. Une seule de ces connaissances fait, ou l’orgueil des philosophes qui ont connu Dieu et non leur misère, ou le désespoir des athées qui connaissent leur misère sans Rédempteur.

Et ainsi comme il est également de la nécessité de l’homme de connaître ces deux points, il est aussi également de la miséricorde de Dieu de nous les avoir fait connaître. La religion chrétienne le fait ; c’est en cela qu’elle consiste.

Qu’on examine l’ordre du monde sur cela, et, qu’on voie si toutes choses ne tendent pas à l’établissement des deux chefs de cette religion. »

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Les pensées de Pascal : IV. marques de la véritable religion. V.

Voici quelques articles consacrés aux pensées de Pascal. Celles-ci devraient être lues, car elles sont de grandes qualités théologales. En 1654, après avoir eu un accident de carrosse, Pascal se convertit au vrai Dieu et consacre alors ses dernières forces au service de Jésus-Christ.

1er extrait : « seconde Partie. Article IV. Les marques de la véritable religion. Ve pensée. »

« Dieu étant caché, toute religion qui ne dit pas que Dieu est caché, n’est pas véritable ; et toute religion qui n’en rend pas la raison, n’est pas instruisante. La nôtre fait tout cela.

Cette religion, qui consiste à croire que l’homme est tombé d’un état de gloire et de communication avec Dieu, en un état de tristesse, de pénitence et d’éloignement de Dieu, mais qu’enfin il serait rétabli par un Messie qui devait venir, a toujours été sur la terre. Toutes choses ont passé, et celle-là a subsisté pour laquelle sont toutes choses.

Car Dieu voulant se former un peuple saint, qu’il séparerait de toutes les autres nations, qu’il délivrerait de ses ennemis, qu’il mettrait dans un lieu de repos, a promis de le faire et de venir au monde pour cela ; et il a prédit par ses prophètes le temps et la manière de sa venue. Et cependant, pour affermir l’espérance de ses élus dans tous les temps, il leur en a toujours fait voir des images et des figures ; et il ne les a jamais laissés sans des assurances de sa puissance et de sa volonté pour leur salut. Car dans la création de l’homme, Adam en était le témoin, et le dépositaire de la promesse du Sauveur qui devait naître de la femme. Et quoique les hommes étant encore si proches de la création ne pussent avoir oublié leur création et leur chute, et la promesse que Dieu leur avait faite d’un Rédempteur ; néanmoins, comme dans ce premier âge du monde ils se laissèrent emporter à toutes sortes de désordres, il y avait cependant des Saints, comme Énoch, Lamech, et d’autres, qui attendaient en patience le Christ promis dès le commencement du monde. Ensuite Dieu a envoyé Noé, qui a vu la malice des hommes au plus haut degré ; et il l’a sauvé en noyant toute la terre, par un miracle qui marquait assez, et le pouvoir qu’il avait de sauver le monde, et la volonté qu’il avait de le faire et de faire naître de la femme celui qu’il avait promis. Ce miracle suffisait pour affermir l’espérance des hommes ; et la mémoire en étant encore assez fraîche parmi eux, Dieu fit ses promesses à Abraham qui était tout environné d’idolâtres, et il lui fit connaître le mystère du Messie qu’il devait envoyer. Au temps d’Isaac et de Jacob, l’abomination était répandue sur toute la terre ; mais ces Saints vivaient en la foi ; et Jacob mourant et bénissant ses enfants, s’écrie, par un transport qui lui fait interrompre son discours : J’attends, ô mon Dieu, le Sauveur que vous avez promis ; Salutare tuum expectabo, Domine. (Genes. 48, 18.)

Les Égyptiens étaient infectés et d’idolâtrie et de magie ; le peuple de Dieu même était entraîné par leurs exemples. Mais cependant Moïse et d’autres voyaient celui qu’ils ne voyaient pas, et l’adoraient en regardant les biens éternels qu’il leur préparait.

Les Grecs et les Latins ensuite ont fait régner les fausses divinités ; les poêtes ont fait diverses théologies ; les philosophes se sont séparés en mille sectes différentes : et cependant il y avait toujours au cœur de la Judée des hommes choisis qui prédisaient la venue de ce Messie qui n’était connu que d’eux.

Il est venu enfin en la consommation des temps ; et depuis, quoiqu’on ait vu naître tant de schismes et d’hérésies, tant renverser d’États, tant de changements en toutes choses ; cette Église, qui adore celui qui a toujours été adoré, a subsisté sans interruption. Et ce qui est admirable, incomparable et tout-à-fait divin, c’est que cette religion, qui a toujours duré, a toujours été combattue. Mille fois elle a été à la veille d’une destruction universelle ; et toutes les fois qu’elle a été en cet état, Dieu l’a relevée par des coups extraordinaires de sa puissance. C’est ce qui est étonnant, et qu’elle s’est maintenue sans fléchir et plier sous la volonté des tyrans. »

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