Sauvons la foi chrétienne : le moine et le calender

Le soleil diffusait sa douce lumière sur le mont Liban en cette fin de journée du 8 mai 2016. Le moine marchait d’un pas tranquille en égrenant son chapelet. Malgré son amour pour l’antique tradition sacrée, un objet rendait l’homme de Dieu anachronique ; il s’agissait d’un téléphone portable de bonne qualité. Pouvait-on préserver la foi et vivre avec la technologie dans un siècle strictement matérialiste ? Oui, Maroun le croyait sincèrement, il fallait seulement se limiter à l’aspect utilitaire de ce genre d’objet. La spiritualité et le matérialisme sont comme l’eau et l’huile mélangées dans un même verre : après quelque temps, l’huile flotte à la surface tandis que l’eau reste au fond. Cette parabole convient parfaitement au corps et à l’esprit : le corps est lourd et soumis aux lois physiques tandis que l’esprit est léger et peut être dompté par une volonté stricte et charitable. Mais que l’on ne s’y trompe pas, le corps et l’âme sont indissociables afin de former l’individu dans toute sa perfection. L’homme n’est-il pas fait pour tendre vers la sainteté à l’image parfaite de Notre Seigneur Jésus-Christ ?

Le matérialisme contemporain réduit l’homme à un chiffre, à une statistique noyée dans l’immense flot du Big Data. Dans ce fatras numérique, la moindre information est semblable à l’un des sept milliards d’individus : insignifiante et inutile vis-à-vis du pouvoir et de ses implacables lois. Les incontrôlables et innombrables flux monétaires circulant à travers l’internet à une vitesse vertigineuse engendrent un chaos mondial qui ouvre la voie à un régime totalitaire. Maroun était conscient de tout cela. Cet ancien informaticien qui travaillait autrefois dans le monde de la finance new-yorkaise avait décidé de consacrer la seconde moitié de sa vie à Dieu. Dorénavant, il ne souhaitait plus être serviteur du monde : son rêve était de servir la cause royale de notre Seigneur Jésus-Christ, ce maître tant aimé pour sa sublime perfection. Maroun était persuadé que c’était l’imitation de Jésus-Christ qui permettrait de sortir la civilisation du chaos. Les idéologies fallacieuses, animées par d’invisibles lois homicides, qui dominent le XXIe siècle essayent de réduire à néant la justice austère du Christianisme. L’homme matérialiste ne sait plus percevoir les imperceptibles schémas qui régissent l’esprit du monde. La méditation chrétienne permet de prendre conscience des valeurs maléfiques drainées par l’hérésie caïnique, celle-là même qui pousse les hommes à s’entre-tuer. Maroun conservait l’espérance d’un futur heureux après de grandes tribulations : le maître Jésus-Christ n’a-t-il pas dit lors du sermon sur la montagne : « réjouissez-vous, quand à cause de moi, le monde vous poursuivra de sa haine, de ses persécutions et de ses calomnies, car votre récompense sera grande dans les cieux. »

Maroun s’était égaré, pendant sa jeunesse, dans toutes sortes d’erreurs. Mais, la soif de vérité qui l’animait avait eu raison de son égarement. L’année de ses 38 ans, il avait rencontré la miséricorde dans des circonstances tout à fait surnaturelles. Lui qui n’avait jamais lu la bible pouvait dorénavant décrypter le sens profond de ses versets. Un amour puissant l’animait et le réconfortait, il sentait une présence aimante le guider, il se disait que c’était peut-être son ange gardien. Lui qui travaillait dans le monde implacable de la finance ne se sentit plus à sa place du jour au lendemain. Il ne supportait plus les valeurs de son entreprise : cette passion sournoise pour l’argent, ce mépris de la justice, cette haine de la charité et cette absence de soif de la vérité le dégoûtaient au plus haut point. Il ne fallut pas longtemps aux loups de Wall Street pour s’en rendre compte. Ses collègues de travail mirent en avant ses mauvais résultats pour le faire vaciller. Maroun comprit que ce monde-là n’était plus fait pour lui. Maintenant, il avait soif comme Jésus-Christ sur la Croix.

Pendant que Maroun marchait en méditant sur sa vie passée afin de prendre conscience de ses erreurs et de pleurer sur celles-ci, un homme barbu vêtu de chiffons et portant un kufi s’approcha de lui d’un pas rapide :
« Bonjour mon ami. Marchons un peu ensemble si tu le veux bien.
– Bonjour mon frère. Oui, c’est une bonne idée. Où vas-tu comme ça ? répondit Maroun en souriant après être sorti de sa sainte méditation.
– Je vais voir ma vieille mère qui est mourante dans un petit village situé là-haut, répondit l’homme aux yeux clairs en levant un doigt espiègle en direction de la montagne.
– Je monte également pour retourner dans mon monastère. Je m’appelle Maroun, répondit-il en tendant la main en direction de cet ami improvisé.
– Discutons de la religion si tu le veux bien. Comme tu le vois, je suis un calender (c’est-à-dire un moine mendiant musulman) et je m’appelle Tarek, dit-il en lui serrant amicalement la main et en la posant ensuite sur son cœur.
– Oui, j’ai su à ton amabilité que tu étais un calender, répondit Maroun en le fixant d’un regard intense.
– Tu as déjà rencontré des musulmans qui ne l’étaient pas ? dit Tarek en lançant un regard presque inquiet.
– Oui, tu connais le problème du wahhabisme et des attentats qui frappent le monde, lança Maroun d’un air grave en regardant ses pieds chaussés de vieilles sandales de cuir.
– l’Islam n’a rien à voir avec cela. Notre prophète est le vrai messager, souffla Tarek en regardant le ciel et en levant simultanément les deux mains.
– En réalité, mon frère, car tu es mon frère en humanité, il n’y a qu’un seul Dieu et les hommes sont tous égaux. Voilà le véritable message de Notre Seigneur Jésus-Christ, dit Maroun en dessinant le signe de croix devant lui à l’aide de son index et de son majeur tendus.
– Issa, pour nous est un simple prophète, il ne peut pas être le Fils d’Allah, car Allah n’a besoin de personne. C’est un grave péché d’associer un homme à Allah, répondit Tarek en levant l’index de la main droite d’un air sévère.
– Si je comprends bien, ceux qui croient en Christ sont des associateurs puisque Dieu n’a besoin de personne. C’est bien ça ? chuchota Maroun d’un air interrogateur.
– Oui, évidemment, lança Tarek en lançant son bras droit d’un geste accusateur.
– Dans ce cas, ceux qui croient aux prophètes sont des associateurs puisque ceux-ci parlent au nom de Dieu ! s’exclama Maroun en dodelinant de la tête.
– Oui, que la gloire revienne à Allah dans tous les cas ! lança Tarek en scrutant les cieux comme s’il s’attendait à voir apparaître quelque chose.
– Si les prophètes sont tous des associateurs, quelle est la position de Mahomet puisqu’il affirme avoir reçu des messages de Dieu ? Ne risque-t-il pas non plus d’être un associateur ? répondit Maroun en caressant saintement son chapelet.
– Je suis choqué par tes propos. Tu cherches à faire entrer le doute en moi ! lança Tarek en resserrant les paupières d’un air contrarié.
– Non. Tu es libre d’être musulman comme je suis libre d’être chrétien. Il n’y a qu’un seul Dieu qui est Trinitaire : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père est le Dieu éternel, le Fils est une émanation de Dieu qui s’est fait homme pour nous sauver et le Saint-Esprit est l’esprit de charité. Il faut y voir le salut, la fraternité et la paix, répondit Maroun d’une voix douce.
– Allah possède 99 noms en Islam et il faut tous les connaître, dit Tarek en égrenant les perles de son tasbih (chapelet musulman).
– Pourquoi seriez-vous autorisés à donner 99 noms à Allah tandis que moi je n’aurai pas le droit d’en donner 3 à Dieu ? souffla Maroun d’une voix suave en regardant le ciel d’un air mélancolique.
– Allah est unique, mais il a 99 noms ! répliqua Tarek en balançant son bras droit au rythme de ses paroles.
– Dieu est unique pour nous aussi, mais, il est de nature trinitaire, répondit calmement Maroun.
– Nous ne pouvons pas nous entendre puisqu’il est dit qu’au Jugement Dernier les associateurs seront condamnés à l’enfer ! scanda Tarek en se frappant la poitrine des deux mains.
– Non, justement, Jésus-Christ a dit qu’il reviendrait juger les morts dans le but de récompenser les bons et punir les mauvais, telle est la terrible vérité, répliqua Maroun en entrelaçant les doigts de ses mains comme s’il allait prier.
– Tu devrais avoir peur pour ton âme, car tu es dans l’erreur ! gronda Tarek en serrant davantage son tasbih.
– Pour toi, seuls ceux qui croient en Allah peuvent être récompensés par lui ? dit Maroun en le fixant amicalement.
– Oui, puisque Allah les agréé ! s’exclama Tarek en balançant ses deux bras derrière lui.
– Donc, si j’ai bien compris, un homme qui croit en Allah peut faire le mal qu’il veut. Si Allah est pur, pourquoi agréerait-il un homme qui fait le mal en cachette ? L’homme qui fait le bien pendant toute sa vie et qui cherche à s’améliorer mérite-t-il d’aller en enfer ? Tandis que l’homme qui se contente de croire en Dieu et qui tue en son nom devrait aller au paradis ?! Cela n’a aucun sens, l’ami. En vérité je te le dis, un homme qui tue n’est pas un homme bon : c’est un assassin, un meurtrier à l’image de Caïn et il devra être puni par la Divine Justice au jour du Jugement Dernier ! s’exclama Maroun d’un regard presque lumineux.
– Je suis blessé dans mon amour propre car personne ne m’a jamais parlé de la sorte ! lança Tarek en posant les deux mains sur son visage.
– Dieu lit dans les cœurs. Il reconnaît ceux qui appliquent réellement ses commandements : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même. Celui qui n’applique pas ces commandements ne peut pas être digne de Dieu. C’est trop facile de faire le mal et ensuite d’aller prier pour se faire pardonner. Si cela fonctionnait de la sorte, le monde serait dominé par le mal et ce Dieu ne serait alors qu’une simple idole païenne ! répondit Maroun d’un air professoral et inspiré d’en haut.
– Tu sèmes le doute en moi. Je ne m’étais jamais posé de telles questions. Je comprends mieux pourquoi il faut fuir les chrétiens ! lança Tarek d’une voix brisée par l’émotion.
– Je vais partager mon repas avec toi et t’aimer comme un frère : cela te fait-il peur ? répliqua Maroun en posant sa main droite sur l’épaule de Tarek.
– Si j’avais été fou, j’aurais dit que tu es faible. Mais, si je dis que tu es faible, alors j’annonce que je suis plus fort que toi. Je pourrai alors être tenté de te dominer et de tomber dans le mal comme Caïn. Tu insuffles en moi les contradictions et c’est cela qui me fait peur… souffla Tarek derrière les deux mains toujours posées sur son visage.
– Je ne fais que défricher une terre arable. Je sème et tu récoltes mon ami, tu récoltes… dit Maroun en fermant les yeux et en expirant comme s’il allait soudainement s’évanouir.
– Nous disons que les chrétiens et les juifs sont des polythéistes parce qu’ils associent Dieu à des fausses divinités, mais je n’en suis plus tout à fait sûr maintenant, je suis ébranlé. Allah guide-moi, je t’en prie… souffla Tarek en serrant ses poings sur son visage comme pour sécher des larmes trop abondantes.
– Si Jésus-Christ était une fausse divinité, il aurait agi de manière impure pendant sa vie terrestre. Dans le coran, Issa est reconnu comme le sceau de la sainteté, cependant, l’Islam refuse de reconnaître sa crucifixion et la Trinité de Dieu parce qu’elle serait associée au polythéisme. Or, Jésus-Christ a mené une vie parfaite : il a guéri, prophétisé, prêché l’amour de Dieu, fait des miracles, conduit les apôtres et il est mort sur la Croix, répliqua Maroun en s’inclinant humblement comme s’il saluait le Seigneur.
– Parlons-en de la Croix. Cette Croix vient du démon car une telle mort serait indigne de Issa. Un prophète de Dieu ne peut pas mourir ainsi, c’est impossible ! répliqua Tarek d’une voix tremblante en fermant les yeux.
– La Croix est un signe de vie : Jésus-Christ est mort sur la Croix et est ressuscité au troisième jour. C’est la preuve que Jésus-Christ est sans péché. Sa résurrection annonce le Jugement Dernier car sans cette résurrection miraculeuse il ne pourrait pas y avoir de Jugement. Cela veut également dire qu’en portant notre croix, nous acceptons nos devoirs patiemment et que nous espérons en une vie meilleure après cette vie terrestre. Ainsi, nous nous souvenons de la mort comme d’un passage obligé, car, personne, non personne, ne peut réchapper aux griffes de la mort, pas même le millionnaire égocentrique qui cherche à embrasser ses millions d’un seul geste. Ne dites-vous pas vous-même que nous sommes tous des voyageurs sur cette terre ? répondit Maroun en remettant délicatement sa coiffe.
– Je ne voyais pas la Croix de la sorte. C’est une chose atroce pour nous les musulmans. Je comprends mieux maintenant, mais j’ai du mal à l’accepter. Il faut me laisser le temps, répondit Tarek en pleurant à chaudes larmes comme s’il avait outragé Allah.
– Je ne cherche pas à te convertir au Christianisme. Je me contente de te parler et c’est Dieu qui opère les conversions du cœur. À la vérité, l’homme converti pleure sur ses propres péchés : il ne condamne plus les autres pour ses fautes, il les porte sur lui-même et regrette d’être acteur, malgré lui, du mal. Ceci est le signe que l’amour de Dieu descend sur cet homme pour le rendre meilleur, dit Maroun en tapotant amicalement l’épaule de Tarek.
– Nous disons œil pour œil et dent pour dent, car quiconque fait le mal doit être puni, dit Tarek d’une voix étranglée en serrant les poings.
– C’est là toute la différence avec le Christianisme car Jésus-Christ a aboli la loi du talion pour nous donner la loi de la charité : tendre l’autre joue ne veut cependant pas dire qu’il faille mourir, cela signifie avant tout qu’il faut savoir pardonner et secouer la poussière de ses pieds, c’est-à-dire s’en aller, lorsque l’ennemi devient trop agressif. Cela ne nous empêche toutefois pas de prier pour ceux qui sont dans l’erreur, souffla Maroun en regardant charitablement son chapelet.
– Je ne comprends pas vraiment le Christianisme. L’Islam me rassure mais en même temps je sens qu’il y a de la vérité dans le fond de tes paroles. Je suis à la fois édifié par ta sagesse et profondément blessé dans mon orgueil. Je suis touché au plus profond de mon âme, pleura Tarek en se recroquevillant légèrement sur lui-même.
– Beaucoup de musulmans ont un mauvais exemple de la part des occidentaux. En réalité, il ne reste plus beaucoup de chrétiens là-bas. C’est pourquoi les musulmans se réfugient davantage dans l’Islam. Au lieu de leur montrer le bon exemple, les athées vivent selon l’esprit du monde, ils se laissent porter par les plaisirs de la chair, par la vaine gloire humaine. L’athéisme a transformé l’occident en une terre d’homme ingrats, des individus au cœur endurci. L’égoïsme est un cancer qui ronge la civilisation, en quelque sorte. C’est certainement un effet de la divine justice, chose que nous ne pouvons pas comprendre maintenant. Dans tous les cas, nous vivons dans une époque qui annonce de grands bouleversements. Jésus-Christ avait annoncé qu’il y aurait un temps où la terre tremblerait, les guerres se décupleraient et la douleur à venir serait terrible, car ce sont celles de l’accouchement. Nous y sommes presque puisqu’on reconnaît l’arbre à ses fruits : ceux de cette époque sont terriblement mauvais, répondit Maroun en plaçant ses mains dans le dos comme le ferait un maître chrétien.
– Ce que tu dis est vrai. Mon frère Salem est parti habiter en France pendant quelques mois. Il est revenu traumatisé par ce qu’il a vécu. Il s’est davantage réfugié dans l’Islam. S’il avait croisé des chrétiens comme toi, je crois qu’il ne serait pas reparti aussi rapidement, dit Tarek en regardant du coin de l’œil le moine comme s’il avait honte de lui-même.
– Je n’ai pas la prétention de dire que je suis mieux que les autres. Je me contente de répéter que j’aime Dieu de tout mon cœur et que je vois en tout homme un frère. Jésus-Christ est mon guide et il me permet de tenir bon dans les épreuves. Sans cette charité, je serais tombé bien bas et n’aurait plus supporté cette époque. C’est l’amour plénier qui nous fait tenir debout puisque, quoi qu’il puisse arriver, nous gardons l’espoir d’un monde meilleur, souffla Maroun en levant les yeux au ciel.
– Que Allah te bénisse. Ce que j’entends de ta bouche est saint. Qu’il puisse t’agréer lors de ta mort, lança Tarek en s’arrêtant subitement, avant de s’asseoir sur place pour méditer sur leur échange.
– Que la paix soit sur toi. Je prierai pour ton âme, mon frère, répondit Maroun en le bénissant d’un signe de croix. »

Les deux hommes se séparèrent ici, Tarek fut ébranlé dans ses convictions et Maroun reprit tranquillement son chemin. Le calender regarda cet étrange ami s’éloigner doucement. La température commençait à baisser.

Gardons toujours espoir en la charité de Dieu et souvenons-nous que cette vie est une épreuve méritoire pour gagner le paradis : donnons tout l’amour possible en restant dans l’humilité et nous pourrons peut-être toucher le sacré-cœur de Dieu à défaut de connaître sa terrible justice. Dieu vous bénisse et que le Saint-Esprit puisse vous guider vers l’humilité austère, preuve de la vérité en Jésus-Christ.

Stéphane, le 22 septembre 2017

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