Réflexions sur la fête de Noël : le consumérisme cache la tradition catholique

Chers amis,

Réfléchissons à la fête de Noël : est-ce que le consumérisme est compatible avec la pauvreté assumée de la tradition catholique ? Non. Revenons dans le contexte de la tradition catholique pour argumenter cette réponse.

Voici un petit texte extrait du magnifique livre « les principaux faits de l’histoire sainte » de l’abbé L. Bataille, 1884.

César-Auguste, empereur romain, voulut dénombrer les sujets de son immense empire. Il ordonna à tous les habitants de la Judée de se rendre sur les registres publics de leur ville natale. Joseph et Marie, étant originaires de Bethléem, furent obligés de quitter Nazareth pour se rendre là-bas. Après plusieurs journées de marche, les époux arrivèrent à Bethléem. À cause du recensement qui avait lieu dans la ville, la foule était grande. Ils furent forcés de se retirer en dehors de la cité pour trouver un refuge. Ils finirent dans une caverne servant d’abri aux animaux. Selon la tradition, un bœuf et un âne réchauffaient de leur haleine Jésus, l’Enfant-Dieu.

Aux environs de Bethléem, des bergers passaient la nuit dans les champs. Tout à coup, un ange leur apparut, provoquant chez eux une grande frayeur : « ne craignez rien, leur dit l’ange : car je viens vous annoncer une nouvelle qui sera pour vous et pour tout le peuple le sujet d’une grande joie. Un Sauveur, qui est le Christ, est né aujourd’hui dans la ville de David. Vous trouverez l’enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. Au même instant, une troupe d’esprit célestes se joignit à l’ange et célébra les louanges du Seigneur, disant : Gloire à Dieu, au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! ».

Les bergers se rendirent à Bethléem. Ils montèrent la colline et trouvèrent la grotte. Ils virent dans une mangeoire d’animaux un petit enfant enveloppé de langes et couché sur la paille ; à côté une femme et un homme recueillis, silencieux. À ce spectacle, ils reconnurent la vérité des paroles de l’ange. Éclairés intérieurement par la grâce, ils comprirent que cet enfant était réellement le Dieu-Sauveur qui leur avait été annoncé, et, se prosternant, ils l’adorèrent et annoncèrent au-dehors la bonne nouvelle : et tous ceux qui les entendaient, étaient dans l’admiration au sujet des merveilles qu’ils racontaient.

Revenons maintenant à notre réflexion. Il est bien évident que le consumérisme n’a strictement aucun lien avec la naissance de Jésus. La marchandisation de la terre est la conséquence de l’orgueil humain. L’achat de marchandises enrichit certaines familles qui sont situées à la tête de la pyramide consumériste. À l’occasion des fêtes de Noël, regardons un catalogue de marchandises alimentaires en provenance de l’une de ces grandes surfaces : les produits y sont mis en valeur par une mise en page soignée. On y trouve des produits de luxe tels le saumon, le caviar, le foie gras, etc. Cela nous donne envie de nous remplir d’une nourriture tangible qui n’est pas celle espérée lors de la fête de Noël.

Les familles achètent toujours plus de cadeaux et d’aliments caloriques lors de ces fêtes en pensant faire plaisir à leurs proches. Cependant, ces achats inconsidérés enrichissent le grand capital et réduisent la qualité de ces réunions familiales. Est-ce qu’un enfant qui est gavé de nourriture et de jouets est plus heureux qu’un enfant pauvre qui serait riche de foi, d’espérance et de charité ?

Les catholiques d’antan étaient pour la plupart très pauvres. Considérons, par exemple, saint Jean Bosco qui dormait au-dessus des fours de boulangers durant son enfance. Quotidiennement, il parcourait à pied, souvent sans chaussures, des dizaines de kilomètres pour rejoindre l’école. Sa maman, Mamma Margarita, lui a enseigné la sainte tradition catholique durant son enfance. Elle n’avait pas d’argent, sa maison était rudimentaire, mais son cœur était riche d’une grande bonté et d’une réelle confiance en Dieu. Elle a donc offert à ses trois enfants une saine éducation qui a conduit le petit dernier, Jean Bosco, à devenir un grand saint de l’Église catholique.

De nos jours, les enfants ne connaissent pratiquement rien de la tradition catholique. On se contente de leur acheter des dizaines jouets au nom d’un supposé père Noël qui n’est que la conséquence de la laïcisation de saint Nicolas. Tout cela enrichit davantage le grand patronat. On mange, en famille, des repas gargantuesques. On se gave telles des oies en se toisant silencieusement ou en partageant des ragots et de futiles discours. Pendant ce temps, les vrais pauvres, eux, sont mis au ban de la société et personne ne pense un seul instant à eux. Nous sommes tous centrés sur notre propre plaisir au lieu de penser aux autres.

Noël ce n’est pas cela. Noël c’est, tout d’abord, la sainte Nativité qui nous donne l’espérance en un Dieu d’amour. Noël est une fête religieuse qui symbolise la perfection spirituelle de Jésus-Christ. Nous sommes invités à élever notre esprit vers une Charité sans limite au nom de Son Sacré-Cœur.

Le jour de Noël, plus particulièrement, nous devrions remercier Dieu de nous avoir révélé Son existence à travers Son Fils Jésus-Christ. Nous devrions alors réserver une ou plusieurs assiettes pour accueillir quelques pauvres en partageant avec eux un repas spirituel puisque l’on fête le retour des brebis dans leur vert pâturage : la parabole du Bon Berger prend alors tout son sens.

Nous l’aurons compris, faire la fête ne signifie pas s’abreuver comme des païens mais plutôt célébrer notre retour à la vraie foi grâce aux enseignements de Jésus-Christ et de Son Église.

Durant les grandes tribulations, nous allons apprendre à nous séparer du matérialisme pour revenir aux saintes traditions catholiques. La mort du matérialisme symbolise également la disparition de cette secte infernale qui se nourrit de nos péchés et réfléchit à notre place dans d’affreuses loges. La fraternité humaine est une imposture dès lors que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’y est pas présent : se glorifier soi-même est la preuve d’un orgueil démesuré et d’un incroyable aveuglement. La foi en l’homme, autrement appelée humanisme, est une hérésie, car, depuis Adam, le péché est la cause de toutes les erreurs qui se répandent sur la terre à cause de notre imperfection naturelle.

Le seul Salut ne peut se faire qu’au sein d’une Église catholique traditionnelle, celle qui est de nos jours éclipsée. Gardons espoir puisque le soleil viendra bientôt pour redonner la vue à un monde d’aveugles. Dieu vous bénisse en ce temps de l’Avent, chers amis.

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Les miracles de saint Jean Bosco

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Voici quatre extraits issus de la vie de saint Jean Bosco dans lequel nous découvrons ses nombreux miracles. À méditer pour se rappeler les beautés de la sainteté.

« Deux signes d’espérance au Valdocco ». Tiré de « Don Bosco ». Page 143 et 144

« Dans le bas-fond du Valdocco, où la neige s’accumule avec le début de l’hiver, don Bosco accueille avec modestie deux signes d’espérance.

Pour la première fois un de ses garçons prend la soutane. Il s’appelle Ascanio Savio ; ils sont du même pays. Il a fréquenté l’oratoire depuis le moment où il se tenait près du Refuge. Maintenant, il devrait entrer au séminaire, mais celui de Turin est fermé et celui de Chieri le sera bientôt. La Curie archiépiscopale lui permet d’accomplir la cérémonie de la prise de soutane ou Cottolengo et de rester ensuite à l’oratoire pour aider don Bosco.

Il n’y restera pas toujours. Après quatre années il entrera au séminaire et deviendra prêtre diocésain. Mais il dira de don Bosco :

« Je l’aimais comme s’il avait été mon père. »

Et don Bosco écrivait à son sujet :

« Je lui confiai immédiatement une partie de la surveillance, des catéchismes et la direction des différentes classes. De cette manière, je commençai à être un peu soulagé. »

Premier agneau devenu pasteur.

Le second événement a un caractère complètement différent.

À l’oratoire on célébrait une fête solennelle. Plusieurs centaines de jeunes étaient préparés à faire la communion. Don Bosco célèbre la messe convaincu que dans le tabernacle se trouve le ciboire habituel plein d’hosties consacrées. Malheureusement, il est presque vide. Joseph Buzzetti, chargé de la sacristie (de quoi ce garçon n’est-il pas chargé ?) a oublié de préparer un autre ciboire et s’en rend compte après la consécration, donc trop tard.

Don Bosco, lorsque les garçons commencent à se présenter pour recevoir l’eucharistie, s’aperçoit qu’il va falloir les renvoyer tous à leur place. Ne pouvant s’y résigner, il commence à distribuer les quelques hosties qui sont au fond du ciboire.

Et voilà que, à son étonnement et à celui du pauvre Buzzetti qui tient le plateau, les hosties ne diminuent pas. Tout le monde communie.

C’est Joseph Buzzetti, abasourdi, qui raconte le fait à ses camarades. Et il le racontait encore en 1864 aux premiers Salésiens. Don Bosco était alors présent et, le visage grave, le certifia :

« Oui, il y avait peu d’hosties dans le ciboire et malgré cela j’ai pu communier tous ceux qui s’approchèrent de la sainte table et ils étaient nombreux. J’étais ému mais tranquille. Je pensais : le miracle de la consécration est plus grand que celui de la multiplication. Mais le Seigneur soit béni pour tout. »

Tandis que l’Italie était ébranlée par des événements retentissants, dans un coin perdu de la banlieue de Turin le Seigneur multipliait silencieusement sa présence parmi les garçons d’un pauvre prêtre. Signe mystérieux mais très éclairant. »

« Quatre sous de polenta ». Tiré de « Don Bosco ». Page 149

« Dans la dernière période de 1849, pendant que – disent les chroniques – beaucoup de gens, autour de Turin souffrent de la faim, l’histoire de don Bosco enregistre certains mystérieux événements. Nous pourrions les appeler (si l’expression n’est pas excessive) « les humbles miracles qu’un prêtre obtient pour les humbles ».

Giuseppe Brosio, le bersagliere, raconte le premier dans une lettre à don Bonetti :

« Un jour, alors que j’étais chez don Bosco, se présenta un homme qui venait demander l’aumône. Il raconta qu’il avait cinq enfants, qui n’avaient pas mangé depuis un jour entier. Don Bosco fouille ses poches. Il y trouve seulement quatre sous (vingt centimes) et les lui donne avec sa bénédiction. »

Quand nous fûmes seuls, don Bosco me dit qu’il regrettait de ne pas avoir eu plus d’argent : s’il avait eu cent lires, il les lui aurait données.

Je lui dis :

« Comment pouvez-vous savoir qu’il a dit la vérité ? Si c’était un escroc ?
– Non, il est sincère et loyal. J’ajoute même : il est travailleur et très attaché à sa famille.
– Comment le savez-vous ? »

Alors, don Bosco me prit par la main, me regarda dans les yeux et, à mi-voix, me dit :

« Je l’ai lu dans son cœur.
– Ça, alors ! Mais dans ce cas-là vous voyez aussi mes péchés ?
– Oui, j’en sens l’odeur » me répond-il en souriant.

Et je dois dire qu’il me lisait vraiment dans le cœur. Si j’oubliais quelque chose en confession, il me mettait sous les yeux la réalité telle qu’elle était. J’habitais pourtant à un kilomètre de chez lui. J’avais un jour accompli un geste de générosité qui avait exigé de moi un grand sacrifice, et personne n’en savait rien. J’allai à l’oratoire ; dès qu’il me vit, don Bosco me prit la main et me dit :

« Quelle belle récompense tu t’es préparée pour le paradis !
– Qu’est-ce que j’ai fait ? » lui demandai-je.

Et lui me rappela point par point ce qui s’était passé. Quelque temps plus tard, dans Turin, je rencontrai l’homme auquel il avait donné quatre sous. Il me reconnut, m’arrêta et me dit qu’avec les sous il était allé acheter de la farine pour la polenta et que lui et sa famille en avait mangé à satiété. Il ajouta :

« Dans la famille nous l’appelons : le prêtre du miracle de la polenta, parce que, avec quatre sous, on a de la farine à peine pour deux personnes ; or, nous étions sept à manger. » »

« Je l’ai appelé par son nom : Carlo ! ». Tiré de « Don Bosco ». Page 150

« Le second, c’est la marquise Maria Fassati, née de Maistre, qui le raconte, par lettre, en français. Elle écrit :

« J’ai entendu ce récit de la bouche même de don Bosco et j’ai essayé de l’écrire avec la plus grande fidélité. »

Un jour on vint chercher don Bosco pour un jeune homme qui fréquentait ordinairement l’oratoire et qu’on dit être gravement malade. Don Bosco était absent et ne revint à Turin que deux jours après, il ne put se rendre chez le malade que le lendemain vers 4 heures de l’après-midi ; en arrivant à la maison où il demeurait, il vit les tapis noirs sur la porte avec le nom du jeune homme qu’il venait chercher. Il monte néanmoins pour voir et consoler les pauvres parents ; il les trouve tout en larmes et ils lui racontent que leur enfant était mort depuis le matin. Don Bosco demanda alors s’il pouvait monter à la chambre où était le corps du défunt pour le revoir encore une fois. Un domestique l’y conduisit.

« En entrant dans la chambre, dit don Bosco, il me vint en pensée qu’il n’était pas mort ; je m’approchai du lit et l’appelai par son nom : Carlo ! Alors il ouvrit les yeux et me salua d’un air étonné : Oh ! Don Bosco, s’écria-t-il, que vous m’avez éveillé d’un rêve affreux ! »

À ce moment plusieurs personnes qui étaient dans la chambre fuirent tout épouvantées, et jetant de grands cris renversèrent les lumières, et don Bosco se hâta de déchirer le linceul dans lequel était cousu le jeune homme, qui continua à parler ainsi.

« Il me semblait, dit-il qu’on me poussait dans une longue caverne sombre, et si étroite que je pouvais à peine respirer ; au bout je voyais comme un espace plus large et plus éclairé où beaucoup d’âmes subissaient un jugement et mon angoisse et ma terreur allait toujours croissant car j’en voyais un grand nombre de condamnées, enfin mon tour était venu et j’allais partager leur sort affreux pour avoir mal fait ma dernière confession, lorsque vous m’avez réveillé ! »

Cependant le père et la mère de Carlo étaient accourus, apprenant que leur enfant vivait ; le jeune homme les salua cordialement mais leur dit de ne pas espérer sa guérison. Après les avoir embrassés, il demanda à être seul avec don Bosco, à qui il raconta qu’il avait eu le malheur de tomber dans une faute qu’il avait crue mortelle, que se voyant très mal, il l’avait envoyé chercher avec la ferme intention de s’en confesser, mais que ne l’ayant pas trouvé on lui avait amené un autre prêtre qu’il ne connaissait pas et auquel il n’avait jamais osé découvrir ce péché. Dieu venait de lui montrer qu’il avait mérité l’enfer pour cette confession sacrilège. Aussitôt il se confessa avec beaucoup de douleur, et dès qu’il eut reçu la grâce de l’absolution il ferma les yeux et expira doucement.

Je tiens ce récit de la bouche de don Bosco lui-même et j’ai tâché de l’écrire aussi fidèlement que possible. » (1)

(1) Pietro Stella, après avoir passé au crible ce fait en 25 pages de critique historique serrée, et souligné la probabilité douteuse de certains détails admis dans le « récit officiel » fait par don Lemoyne dans le volume III des M.B., conclut : « pour en revenir au récit de don Bosco et au fait objectif, il serait souhaitable que l’on adoptât la relation Fassati » (Pietro Stella, Don Bosco dans l’histoire de la religiosité catholique, vol. I, « la vie et les œuvres », Pas-Verlag, Zürich, 1968, p. 257). C’est ce que nous avons fait.

N.D.T : Le texte français de la lettre de la marquise Fassati a été recopié dans l’ouvrage de Pietro Stella cité plus haut. La marquise Fassati n’était pas la marquise de Sévigné. »

« Une corbeille de châtaignes qui ne se vide jamais ». Tiré de « Don Bosco ». Page 151

« Le troisième fait, c’est Giuseppe Buzzetti qui le rapporte, et il est confirmé par Carlo Tomatis, qui fut parmi les premiers garçons hébergés par don Bosco.

Le jour des morts, don Bosco emmène tous les enfants qui fréquentent l’oratoire le dimanche et les jours de fête, visiter le cimetière et prier. Il a promis, pour le retour, des châtaignes cuites. Il en a fait acheter trois gros sacs.

Maman Marguerite n’a pas compris ce qu’il veut et en a fait cuire seulement trois ou quatre kilos.

Joseph Buzzetti, le très jeune « économe », arrive à la maison avec les autres, voit l’affaire et dit :

« Don Bosco en sera malade. Il faut le prévenir tout de suite. »

Mais dans la cohue du retour de toute la troupe affamée, Buzzetti ne réussit pas à s’expliquer. Don Bosco prend le petit panier et commence à distribuer des châtaignes avec la vieille louche toute trouée. Dans le tohu-bohu Buzzetti lui crie :

« Pas tant que ça ! Il n’y en aura pas pour tout le monde.
– Mais il y en a trois sacs à la cuisine.
– Non, il n’y a que ça ! Que ça ! » essaie de lui répondre Buzzetti pendant que les garçons hurlent et poussent par vagues successives.

Don Bosco est décontenancé.

« Mais j’en ai promis à tout le monde. Continuons tant qu’il en restera. »

Il continue à distribuer une louche à chacun. Buzzetti regarde nerveusement les quelques poignées restées au fond du panier et la file d’attente de plus en plus longue. Un autre commence à observer lui aussi. Et tout d’un coup, il se fait comme un silence. Les centaines d’yeux écarquillés ne perdent plus de vue ce panier qui ne se vide plus…

Il y en eut pour tout le monde. Et ce fut sans doute la première fois ce soir-là que les garçons, les mains pleines de pauvres châtaignes, crièrent : « Don Bosco est un saint ! » »

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Seigneur, ne le laissez pas mourir

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Voici un extrait issu de la vie de saint Jean Bosco dans lequel nous le découvrons à l’article de la mort suivi d’une guérison causée par la pénitence de ses jeunes. Dans le second extrait, on le voit en train de sauver un ex-prisonnier qui est méprisé de tous.

« Seigneur, ne le laissez pas mourir ». Tiré de « Don Bosco ». Page 118 et 119

« Premier dimanche de juillet 1846. Après une épuisante journée passée à l’oratoire dans une chaleur torride, en retournant à sa chambre du Refuge, don Bosco s’évanouit. On le transporte jusqu’à son lit : « Toux, inflammations violentes, crachements de sang continuels ». Ces paroles signifient selon toute probabilité : « pleurite avec forte fièvre, hémoptysie », conjonction de troubles extrêmement graves à cette époque pour un malade qui a déjà souffert de vomissements de sang.

« En quelques jours, je fus considéré comme perdu. »

On lui administre le viatique et l’onction des malades. Sur les chantiers des petits maçons, dans les ateliers des jeunes mécaniciens, la nouvelle se répand immédiatement : « Don Bosco va mourir ».

Tous les soirs, vers la petite chambre du Refuge où don Bosco agonise, arrivent des groupes de pauvres garçons affolés. Ils portent encore leurs vêtements salis par le travail, le visage blanchi par la chaux. Ils n’ont pas dîné pour courir au Valdocco. Ils pleurent, ils prient :

« Seigneur, ne le laissez pas mourir. »

Le médecin a suspendu toute visite, et l’infirmier (tout de suite posté par la marquise de Barolo au chevet de don Bosco) interdit à qui que ce soit l’entrée de la chambre du malade. Les garçons désespèrent :

« Laissez-moi au moins le regarder.
– Je ne le ferai pas parler.
– J’ai un seul mot à lui dire, un seul.
– Si don Bosco savait que je suis là, il me ferait certainement entrer. »

Don Bosco reste pendant huit jours entre la vie et la mort. Pendant ces huit jours, des garçons, travaillant, sous un soleil de plomb, ne burent pas une gorgée d’eau pour arracher au ciel sa guérison. Dans le sanctuaire de la Consolata les petits maçons se succèdent nuit et jour. Il y a toujours quelqu’un agenouillé devant la Madone. Si les yeux se ferment de fatigue (après douze heures de travail), ils résistent au sommeil parce que don Bosco ne doit pas mourir.

Certains, avec la générosité spontanée des enfants, promettent à la Vierge de réciter le chapelet toute leur vie, d’autres de jeûner au pain et à l’eau pendant un an.

Le samedi, don Bosco subit la crise la plus grave. Il n’a plus de force, le plus petit effort provoque un vomissement de sang. Dans la nuit, beaucoup craignent la fin. Mais elle ne vient pas.

C’est au contraire l’amélioration qui arrive : la grâce arrachée à la Vierge par ces garçons qui ne peuvent plus rester sans père.

Un dimanche de la fin de juillet, dans l’après-midi, en s’appuyant sur un bâton, don Bosco se dirige vers l’oratoire. Les enfants volent à sa rencontre. Les plus grands l’obligent à s’asseoir sur un fauteuil, le soulèvent sur les épaules et le portent en triomphe jusque dans la cour. Ils chantent, ils pleurent, les petits amis de don Bosco, et, lui aussi il pleure.

Ils entrent dans la petite chapelle et remercient ensemble le Seigneur. Quand le silence se fait, tendu, don Bosco réussit à prononcer quelques paroles :

« Ma vie, c’est à vous que je la dois. Mais, soyez-en persuadés : à partir d’aujourd’hui, je la dépenserai entièrement pour vous. »

Pour moi, ce sont des paroles les plus importantes que don Bosco ait prononcées au cours de sa vie. Elles sont le « vœu solennel » par lequel il s’est consacré aux jeunes et seulement à eux. Ses autres plus grandes paroles (véritable suite donnée à celles-ci), il les dira sur son lit de mort :

« Dites à mes garçons que je les attends tous au paradis. »

Les forces extrêmement réduites dont il peut disposer ce jour-là, il les dépense à parler seul à seul avec ses jeunes « pour échanger contre des choses réalisables, les vœux et les promesses dans lesquelles, sans la réflexion nécessaire, beaucoup se sont engagés quand j’étais en danger de mort ». Geste extrêmement délicat.

Les médecins prescrivent une longue convalescence, un repos total et don Bosco monte aux Becchi, chez son frère et sa mère. Mais il promet à ses garçons :

« À la chute des feuilles je serai de nouveau ici, au milieu de vous. » »

« La bourse ou la vie ». Tiré de « Don Bosco ». Page 120 et 121

« Il voyage à califourchon sur un âne, fait une étape à Castelnuovo parce qu’il a été secoué par le bourricot et arrive vers le soir aux Becchi.

La cour retentit de la rumeur joyeuse des neveux et nièces lui souhaitant la bienvenue, Antoine s’est construit une maisonnette en face de celle qu’il habitait quand il était jeune. Il a cinq enfants : François, quatorze ans ; Marguerite, douze ans ; Thérèse, neuf ; Jean, six et Françoise, une vivante petite fille d’à peine trois ans.

Joseph aussi, en face de la demeure familiale, a édifié une maison qu’il habite avec sa femme, maman Marguerite et ses quatre enfants : Philomène, onze ans maintenant ; Rose-Dominique, huit ; François, cinq et Louis qui vagit encore au berceau.

Don Bosco est hébergé chez Joseph. L’air de ses collines, l’affection discrète de la maman, les randonnées de plus en plus longues qu’il fait vers le soir à travers les vignes où le raisin commence à rougir, lui rendent la vie et les forces.

De temps en temps, il écrit à don Borel pour avoir des nouvelles de ses garçons. Il remercie « don Pacchiotto, don Bosio, l’abbé Vola, don Trivero », qui donnent un coup de main.

Au cours d’une promenade, pendant le mois d’août, il est allé jusqu’à Capriglio. En revenant à travers un petit bois, il entend une voix dure qui lui ordonne :

« La bourse ou la vie ».

Effrayé, il répond :

« Je suis don Bosco, je n’ai pas d’argent ».

Il dévisage l’homme qui sort des broussailles en brandissant une serpette et, sur un autre ton, il continue :

« Cortèse, c’est toi qui veux me tuer ? »

Il a reconnu dans ce visage barbu un jeune homme qui était devenu son ami dans les prisons de Turin. Le garçon, lui aussi, se souvient et voudrait rentrer sous terre.

« Don Bosco, pardonnez-moi ; je suis un misérable. »

Il raconte à bâtons rompus une histoire douloureuse et fréquente. Sorti de prison, on ne l’a plus reçu chez lui.

« Même ma mère me tourne le dos. Ils m’ont dit que je suis la honte de la famille. »

Du travail, inutile d’en parler. Dès qu’on apprend qu’il a fait de la prison, on lui ferme la porte au nez.

Avant d’arriver aux Becchi, don Boscol l’a confessé et lui a dit :

« À présent, viens avec moi. »

Il le présente aux siens :

« J’ai rencontré ce vieil ami, ce soir, il dînera avec nous. »

Le lendemain matin, après la messe, il lui donne une lettre qui le recommande à un prêtre et à quelques bons patrons de Turin. Il l’embrasse.

Octobre 1846, Au cours de ses longues promenades solitaires, don Bosco a mis en forme, tranquillement, son projet pour l’avenir immédiat. À son retour à Turin, il ira loger dans les chambres que lui a louées Pinardi. Là, il donnera l’hospitalité, aux sans famille.

L’endroit, malheureusement, n’est pas recommandable pour un prêtre seul. Non loin de là, se trouve une « maison douteuse » : la maison Bellezza, avec l’auberge La Jardinière où les ivrognes chantent jusqu’au milieu de la nuit. Il faudrait qu’il habite avec une personne qui le préserverait de ces soupçons et médisances qui circulent rapidement.

Il a pensé à sa mère. Mais comment le lui dire ? Marguerite a cinquante-huit ans. Aux Becchi, elle est reine. Comment l’arracher à sa maison, à ses petits-enfants, aux habitudes tranquilles de chaque jour ? Peut-être don Bosco se sent-il encouragé par la perspective d’une mauvaise saison qui s’annonce pour la campagne. Les récoltes de 1846 ont été mauvaises et en 1847, on en prévoit de pires.

« Maman, lui dit-il un soir en rassemblant tout son courage, pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi passer un moment ? J’ai loué trois pièces au Valdocco et, prochainement, j’y logerai des garçons abandonnés. Vous m’avez dit un jour que vous ne viendrez jamais chez moi si je devenais riche. Pour le moment justement je suis pauvre et chargé de dettes. De plus c’est un risque pour un prêtre d’habiter seul dans ce quartier. »

La vieille dame reste pensive. C’est une proposition à laquelle elle ne s’attendait pas. Avec douceur, don Bosco insiste :

« Ça ne vous dirait rien de servir de maman à mes garçons ?
– Si tu crois que c’est la volonté de Dieu, murmure-t-elle, je viens. » »

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La révolution française et Napoléon Bonaparte racontés par Teresio Bosco

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Voici trois extraits tirés de la vie de saint Jean Bosco qui méritent d’être publiés afin de rappeler ce que sont réellement la révolution française, l’empire de Bonaparte ainsi que ses douloureuses conséquences.

« Un événement qui allait changer la face du monde ». Tiré de « Don Bosco ». Page 13 et 14

« La mort, la faim, l’insécurité : premiers souvenirs d’un enfant qui deviendra un père pour des masses d’orphelins et, dans ses maisons, donnera du pain à d’innombrables jeunes gens pauvres.

La petite tragédie de la famille Bosco, sur une colline écartée, s’ajoutait à la grande tragédie qui, comme une tempête, avait bouleversé l’Europe et l’Italie dans les dernières décades.

Vingt ans auparavant (1789), à Paris, avait éclaté la Révolution française, un événement qui allait changer la face du monde. Nous n’avons pas l’intention d’en retracer l’histoire mais il nous semble nécessaire d’en relever certains aspects, qui eurent une influence profonde jusque dans la vie de Jean Bosco.

Dans toute l’Europe, l’atmosphère était devenue subitement surchargée d’innovations et d’aspirations. En Italie aussi se répercutaient les échos de transformations formidables. Après des siècles de société pétrifiée sous la domination absolue du roi et des nobles, la France explosait. La bourgeoisie et le peuple revendiquaient la reconnaissance de leurs droits et l’abolition des privilèges de la noblesse et du haut clergé. Les mots « liberté » et « égalité » n’étaient plus murmurés mais criés au grand jour.

Comme dans toutes les époques de changements radicaux, de formidables décisions très justifiées étaient mêlées à des violences factieuses et arbitraires.

Les grands bourgeois qui menaient la Révolution firent en sorte que le droit de voter fût réservé aux seuls propriétaires.

« L’intervention dans les décisions gouvernementales du peuple sans instruction ni maîtrise de soi, déclaraient-ils, conduit à des excès. »

La Révolution, de ce fait, abolissait tous les privilèges sauf celui de la richesse. Les bourgeois obtenaient la liberté, et les pauvres restaient pauvres.

Parallèlement, on procédait à une « déchristianisation » massive : interdiction du culte chrétien, fermeture des églises, destruction des images chrétiennes, persécution des prêtres, substitution du « culte de la Raison » à celui de Dieu (avec de grotesques mascarades jusque dans la cathédrale Notre-Dame de Paris).

L’Europe regardait, interdite. Les événements de Paris paraissaient, au cours de ces mois, des manifestations de folie collective ; même les personnes les plus engagées, qui avaient sympathisé avec la Révolution dès le commencement, étaient décontenancées.

Lorsque, dans les années qui suivirent, on parlera avec frayeur de « révolution », c’est en pensant à la période de la terreur de Paris. Sous le terme méprisant de « révolution démocratique » on entendra « le déchaînement violent et désordonné de la populace. »

« Un général de vingt-sept ans : Napoléon. » Tiré de « Don Bosco ». Page 14 et 15

« 1796, une armée de la Révolution arrive en Italie sous les ordres d’un général de vingt-sept-ans : Napoléon Bonaparte. Dans la vallée du Pô, il est victorieux des Autrichiens au cours de combats sanglants. Les soldats français parlent de fraternité, d’égalité, de liberté. Malgré les ombres de la terreur, ces mots éveillent un enthousiasme énorme parmi les jeunes générations. Le royaume de Sardaigne (Piémont-Savoie-Sardaigne) est aboli. Le roi part pour l’exil.

Mais Napoléon est un génie turbulent. Plus que le triomphe de la Révolution il poursuit les éclatants et meurtriers succès de la gloire militaire.

Les tragiques événements de ces années en Italie, les enfants les étudient aujourd’hui en classe (note du blog Saint Michel Archange: ce qui n’est, hélas, plus vrai en 2016). En 1799, Napoléon est en Égypte ; les Austro-Russes envahissent encore une fois l’Italie du Nord : sur les petits chevaux de la steppe, les Cosaques (barbes longues et touffues, lances menaçantes) entrent de nouveau dans les villes. Napoléon revient ; et la guerre reprend, semant la misère jusque dans les riches campagnes de la Plaine padane (les Romains appelaient le Pô : Padanus).

Puis Napoléon extorque de l’argent et des soldats à toutes les régions d’Italie ; ils lui servent pour la guérilla en Espagne et la campagne de Russie, ce lointain et mystérieux pays qu’il envahit à la tête de la plus grande armée de tous les temps. Dans l’hiver rigoureux de Moscou, c’est la débâcle totale et la retraite désastreuse. Napoléon voit mourir autour de lui 600 000 hommes. Parmi eux, 25 000 Italiens ; 20 000 avaient déjà été tués en Espagne.

Du 16 au 19 octobre 1813, dans la plaine de Leipzig, la gigantesque « bataille des nations » marque la fin du grand empire français et (dans l’esprit de beaucoup de gens) l’enterrement des idéaux de la Révolution.

Une fois de plus, les Alpes et franchissant l’Isonzo, descendent vers le bassin du Pô Autrichiens, Allemands, Croates. Tous proclament qu’ils viennent « libérer l’Italie », mais comme tous les libérateurs, personne ne les a appelés et ils se dédommagent en pillant campagnes et villes. Après le dernier sursaut des Cent-Jours et la bataille de Waterloo, Napoléon finira sa vie sur une petite île de l’Atlantique.

L’Europe et l’Italie sont fatiguées, remplies de ruines et d’orphelins. Les campagnes ont été ravagées par la guerre et dépeuplées par les « levées » qui réquisitionnaient de force les jeunes gens pour les envoyer mourir sur de lointains champs de bataille.

Le peuple qui a crié : « Liberté ! » pendant des années, cherche maintenant uniquement la paix.

C’est dans le contexte de cette grande tragédie des peuples que la famille Bosco vécut en 1817, limitée mais pesante, sa propre tragédie. »

« Le roi retarde l’horloge de quinze années ». Tiré de « Don Bosco ». Page 15 à 17.

« Jean Bosco apprendra par les livres d’histoire qu’il est né au commencement d’une époque nouvelle, appelée Restauration. Elle avait débuté le 1er novembre 1814, par l’ouverture à Vienne du Congrès des nations victorieuses dans la lutte contre Napoléon. Pour la plus grande partie de l’Italie, cette période durera jusqu’en 1847, c’est-à-dire jusqu’au commencement du relèvement politique de l’Italie, appelé « Risorgimento » (Renaissance).

La restauration est une époque de grandes ambiguïtés. Les rois détrônés par la Révolution et par Napoléon reviennent, selon la volonté du Congrès, s’asseoir sur leurs trônes et prétendent, de quelques traits de plume, effacer vingt-cinq années d’histoire.

L’Italie, à la fête de Vienne, est divisée en huit parts, comme une galette : le royaume de Sardaigne (il comprend le Piémont, la Sardaigne, la Savoie, Nice, et on lui attribue comme acquisition la république de Gênes), le royaume lombardo-vénitien (étroitement soumis à l’Autriche), le duché de Modène, ceux de Parme et Plaisance, le grand-duché de Toscane, la principauté de Lucca, les États pontificaux, le royaume des Deux-Siciles.

Victor-Emmanuel 1er rentre à Turin. Il est dans un carrosse de gala, entouré de nobles vêtus à la mode de l’Ancien Régime, avec perruque poudrée à queue.

La foule, le long des rues, acclame le roi. La population de la campagne désire une chose par-dessus tout : la paix. Mais cette paix, les perruques poudrées des nobles veulent la garantir en rétablissant « tout comme avant ». Ils prétendent ignorer les réalités nouvelles, positives qui, même à travers les campagnes sanglantes de Napoléon, ont germé et se sont affermies en Italie.

L’histoire a fait son chemin et rien ne peut la faire revenir en arrière. La bourgeoisie s’est affirmée comme une classe sociale nouvelle. Les marchandises et les hommes circulent sur le solide réseau routier construit par les ingénieurs napoléoniens.

Pendant des centaines d’années, la grande masse de la population est née, a vécu, est morte sous la même autorité, dans le même village, pétrifiée dans ses petites autarcies, dans ses coutumes séculaires. Les armées de Napoléon ont brisé cette inertie. L’émigration interne, même si elle a été souvent provoquée par des raisons tragiques, est devenue un phénomène de masse.

Sur les diligences voyagent aussi livres et journaux. Peu de gens savent lire, mais l’envie de savoir est maintenant une qualité répandue. Ceux qui savent lire, même peu nombreux, propagent les nouvelles ; les horizons s’élargissent. Au Congrès de Lubiana, en 1821, François IV de Modène fera cette mise en garde :

« La liberté de la presse, la multiplication des écoles, la possibilité accordée à tous d’apprendre à lire et à écrire, voilà les mauvaises graines d’où germent les révolutions. »

Dans le Piémont l’agriculture va prendre rapidement un développement nouveau, florissant. On abat les dernières forêts dans les plaines et sur les collines. De larges régions sont devenues cultivables. Des milliers de mûriers sont plantés ; ils permettront une extension accélérée de l’élevage du ver à soie.

Subitement de tous côtés, vont surgir les manufactures, les ateliers, les martinetti (appareils pour soulever les gros fardeaux). L’industrie va s’organiser, les prix se stabiliseront.

Victor-Emmanuel 1er, le lendemain de son retour, abolit les lois des quinze dernières années et remet en vigueur celles qui avaient précédé Napoléon. Les nobles et le haut clergé retrouvent tous leurs privilèges. D’un seul coup la bourgeoisie perd beaucoup de droits qu’elle avait obtenus à grand-peine.

Conséquences ? Pendant que le roi retarde son horloge de quinze années, les intellectuels bourgeois comme Silvio Pellico, émigrent à Milan. Les jeunes des grandes familles frondent dans l’opposition, entrent dans les sociétés secrètes et mettent leurs espérances en un très jeune prince de la maison de Savoie-Carignan, Charles-Albert, qui paraît attentif aux temps nouveaux.

Les échos de ces événements arrivent très amortis sur les collines de Montferrat, où Jean Bosco passe les années pauvres et paisibles de son enfance. »

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Le système préventif de saint Jean Bosco

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LA PÉDAGOGIE SALESIENNE

par Xavier Thévenot (1) (Une présentation synthétique destinée aux éducateurs chrétiens)

Don Bosco a donné à ses intuitions éducatives, lors d’une visite en France en 1877(2), le nom de système préventif (3). C’est ce système pédagogique que nous présentons ici de façon très rapide et synthétique.

Une pédagogie informée par Dieu

La pédagogie de don Bosco s’appuie sur des bases anthropologiques très solides auxquelles peuvent adhérer non seulement les éducateurs chrétiens, mais aussi un grand nombre d’éducateurs incroyants, agnostiques, ou adhérant à d’autres visions religieuses.

Cependant, il semble souhaitable, surtout pour nous européens francophones qui vivons dans une société en bien des domaines postchrétienne, de percevoir d’entrée que le système préventif est radicalement théonome (Théos = Dieu; nomos = règle). C’est-à-dire qu’il trouve la règle dernière de son élaboration et de son application dans l’être, l’agir, et le désir de Dieu, tels que ceux-ci se sont fait connaître par la révélation chrétienne.

Cela signifie tout d’abord que, selon don Bosco, l’origine première de l’activité éducative est la prévenance de Dieu, le Créateur de toutes choses, qui éduque l’humanité en la sortant de ses aliénations. De même, la fin dernière de l’éducation est la « gloire »(4) de Dieu. D’un Dieu qui n’est pas n’importe quel dieu, mais bien Celui qui se révèle dans le Nouveau Testament comme Amour (1 Jn 4, 8), ou comme Père exprimant une bonté affectueuse(5) (Lc 15, 11-32) envers chaque homme, fût-il le plus grand des pécheurs.

Cela implique ensuite que Jésus de Nazareth, autocommunication(6) de Dieu au monde, sauveur des hommes, soit vécu à la fois comme le modèle d’identification par excellence de l’éducateur et du jeune, et surtout comme celui en qui chaque homme doit vivre pour participer à la vraie Vie, celle qui vient de Dieu(7).

Cela veut dire enfin que l’Esprit(8) de Dieu, source de liberté ( 2 Co 3, 17), est ressenti comme le dynamisme interne de l’activité éducative. Eduquer, c’est se faire l’aventurier du désir de l’Esprit. C’est entrer avec lui, de façon souvent surprenante, dans une voie qui mène à la Vérité et à la Vie (Jn 14, 6)

Ainsi, éduquer à la salésienne, c’est reconnaître que la réussite éducative n’est pas au bout des efforts acharnés de l’homme, mais qu’elle est d’abord le fruit de l’amour gratuit de Dieu. C’est sur cet amour que se repose l’éducateur salésien ; ce qui ne signifie pas pour autant qu’il aura une vie de tout repos ! Les jeunes sont parfois déstabilisants et exigent beaucoup de créativité ; et surtout, l’Esprit bouscule les programmations trop rigides de l’avenir. L’éducateur sera donc parfois conduit sur des chemins risqués, mais ce sera avec la certitude que le Dieu de la paix l’accompagne.

Une pédagogie ecclésiale

Don Bosco considérait que la façon dont Dieu se rendait présent sur terre était l’Église (9). La vision qu’il avait de cette « arche du salut et de la sainteté » était tout à fait représentative de celle qui était en vigueur dans le Piémont du dix-neuvième siècle. Elle se traduisait par la définition suivante : « L’Église est la société des fidèles chrétiens qui, sous la conduite du souverain pontife et des pasteurs légitimes, professent la religion établie par Jésus-Christ et participent aux mêmes sacrements ». On est évidemment assez loin de la vision ecclésiale contemporaine qui, dans la ligne du concile Vatican II, insiste sur l’idée de peuple de Dieu et de communion, sans pour autant négliger la dimension hiérarchique.

Quoi qu’il en soit, don Bosco ne concevait pas que l’on puisse se laisser modeler par Jésus-Christ sans que dans le même mouvement on ne développe la communion ecclésiale. Communion dont la théologie d’aujourd’hui a souligné qu’elle devait certes s’exprimer envers le pape et les évêques, mais aussi envers les autres baptisés et les autres Églises. L’éducation doit donc tenter de faire découvrir au jeune son appartenance au corps du Christ, qui est un corps vivant à la fois d’unité et de différence (1 Co 12). D’unité, car dans un corps circule la même vie ; ici celle de Dieu. De différence, car un corps est constitué de membres aux fonctions diversifiées, qui se mettent au service de l’ensemble.

Ces convictions théologiques confortaient don Bosco dans l’idée que la pédagogie devait, pour atteindre ses objectifs, s’appuyer autant que possible sur une institution convenablement structurée, ainsi que sur la communauté des éduquants (10). Aussi n’hésitera-t-il pas à inviter ses jeunes à former des groupes destinés à animer et évangéliser l’institution éducative. Ce furent les Compagnies. La pédagogie salésienne est ainsi constituée d’une subtile articulation d’attention à la singularité de chaque jeune et d’ouverture sur la vie communautaire.

Les finalités de l’éducation salésienne

Don Bosco avait une formule simple pour dire les finalités de sa tâche éducative : « Faire d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens ». Malgré son vocabulaire quelque peu vieillot, cette formule articule bien les deux buts de toute éducation chrétienne digne de ce nom : inviter les jeunes à se laisser totalement saisir par le Christ ressuscité jusqu’à devenir saints, et les aider à prendre pleinement leur place comme citoyens intègres et responsables dans la vie sociale et politique.

On pourrait dire, en termes ramassés, que la fin du système préventif est d’apprendre à vivre dans la justice : d’une part la justice qui vient du Christ (Ph 3, 9), celle qui ajuste à l’amour libérateur de Dieu ; et d’autre part la justice sociale, sans laquelle il n’est pas de bonheur collectif possible. On devine donc que le système pédagogique salésien est marqué d’une double ouverture sur Dieu et sur le monde. Et cette ouverture doit toujours passer en priorité par l’attention aux pauvres. En effet, la justice qui vient de Dieu est celle qui proclame :

« Heureux les pauvres, car le Royaume des cieux est à eux » (Lc 6, 20). Quant à la justice sociale, elle n’a de sens qu’à tenter de mettre fin à la pauvreté. D’où l’obsession, oserait-on dire, de don Bosco pour l’attention envers les jeunes les plus défavorisés. Éduquer à la salésienne, c’est mettre les pauvres au centre de la problématique éducative. C’est faire que l’activité éducative soit reçue par eux comme une « bonne nouvelle ».

Une pédagogie de l’amour et de la joie

Ces deux finalités, l’épanouissement de « l’homme nouveau en Christ » (Ep 4, 17-24) et le développement de l’homme solidaire des démunis, le système préventif de don Bosco cherche à les atteindre par une pédagogie de l’amour et de la joie.

Une pédagogie de l’amour tout d’abord. Le terme d’amour est à entendre ici non pas d’abord avec sa connotation affective, mais avec l’acception qu’il a dans le Nouveau Testament où Il traduit le mot grec agapè (transcrit en latin par le terme caritas). Ce mot est difficile à définir par une formule brève. Le mieux sans doute pour approcher sa signification est de se reporter, comme le faisait d’ailleurs don Bosco, à la description qu’en a donnée St Paul dans la première épître aux Corinthiens (1 Co 13, 1-13) :

« L’amour est serviable, n’est pas envieux, ne fanfaronne pas, ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il met sa joie dans la vérité ; il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout ».

Ce qui doit informer jusqu’au plus profond de son être chaque éducateur salésien, c’est donc l’agapè. Toute autre attitude n’est que seconde ou n’est encore que mise en œuvre d’une technique pédagogique, nécessaire certes, mais insuffisante. Or comme l’agapè constitue l’être même de Dieu (1 Jn 4, 8), on voit que le cœur du système préventif est constituée par la gratuité de l’amour de Dieu. Celle-ci se saisit de la liberté humaine non seulement pour lui donner toutes ses dimensions, mais encore pour la conduire à « participer à la nature divine » (2 P 1, 4).

La pédagogie salésienne est du coup une pédagogie de la joie ; à ne pas confondre avec une pédagogie de l’exaltation qui, elle, serait proprement manipulatrice et aliénante. La joie dont il s’agit ici est non pas l’objet d’une conquête, mais le fruit de l’Esprit en l’homme. C’est dire qu’elle surgit quand la personne accepte de lâcher prise pour se laisser travailler par la gratuité de Dieu. Décidément, l’éducation à la salésienne n’est pas de l’ordre d’une conquête volontariste, inlassablement recommencée.

Elle est de l’ordre d’une surabondance d’un Amour en quête de l’homme, que l’on apprend à accueillir. Ce qui n’exclut évidemment pas une éducation de la volonté avec ses exigences d’efforts répétés et même de rudes combats. Mais ceux-ci, au lieu d’être vécus comme une tentative de coïncider avec une belle image de soi-même, ne font que traduire alors une démarche qui cherche à être logique avec l’amour reçu.

Une pédagogie de l’alliance, de la confiance et de la loi

Mû par l’agapè de Dieu qui fait alliance avec l’homme, l’éducateur salésien, au sein de l’institution éducative, propose au jeune d’instaurer une alliance avec sa « partie éduquante ». Chaque jeune, en effet, dispose d’une liberté. Celle-ci se manifeste, comme l’a rappelé le philosophe Paul Ricœur, par trois grands types d’actes : décider, mouvoir les êtres et les choses, et consentir.

La « partie éduquante » du jeune est celle qui est capable de déployer toujours davantage ces trois façons d’exister, d’abord envers lui-même : se décider, « se bouger » ou se transformer, et enfin consentir à celles de ses limites qui ne peuvent être repoussées.

Cette partie éduquante, on l’imagine facilement, a besoin d’un éducateur qui fasse alliance avec elle et l’aide à se développer. Or une telle alliance n’est possible que dans la confiance mutuelle et le respect d’une loi, comme le montre la Bible quand elle décrit un des moments où Dieu fait alliance avec Israël (Ex 19-20).

C’est ce que don Bosco avait parfaitement compris. Il a créé une institution ouverte, l’Oratoire, toute régie par la confiance et le rapport souple à une loi. Il donnait ainsi à des jeunes, qui avaient perdu leurs repères en raison d’un déracinement sociologique, la possibilité de retrouver peu à peu une orientation de vie, et de devenir féconds dans la vie sociale.

Une trilogie centrale : raison-religion-affection

Toutes les réalités que nous venons de décrire informent une trilogie qui est le cœur même de la pédagogie de don Bosco : la raison, la religion, l’affection (l’amorevolezza). Ces trois réalités « forment système », comme l’on dit aujourd’hui. Ce qui signifie qu’elles sont indissociables et qu’elles rétroagissent les unes sur les autres, s’équilibrant mutuellement.

La raison. Don Bosco veut faire pleinement droit à cette faculté qui est le propre de l’homme. La raison doit être honorée non seulement en introduisant le jeune aux connaissances intellectuelles, mais en lui donnant l’occasion de confronter sa foi aux exigences du raisonnement, et en instruisant ses relations affectives par un mouvement de réflexion critique. Une telle attitude évite que la relation éducative ou l’institution ne sombre dans un fonctionnement de type sectaire.

La religion. Elle est évidemment le cœur de la pratique éducative de don Bosco, avec ses trois grandes manifestations que sont le culte rendu à Dieu par la prière individuelle et communautaire, la compréhension intellectuelle par l’étude, l’agir inspiré par une éthique conforme aux exigences de l’Évangile. Elle rythme le déroulement des journées, elle anime les façons d’être avec autrui, elle ouvre un sens global à l’existence.

L’affection ou plus précisément l’amorevolezza. Ce terme italien est difficilement traduisible. Il désigne une sorte de bonté affectueuse que don Bosco recommande d’exprimer dans la relation éducative avec le jeune. Non seulement l’éducateur doit manifester au jeune une affection qui est celle d’un père, ou d’un frère, ou encore d’un ami, mais il cherche à susciter une réponse d’amitié.

Ainsi, la dimension affective qui sous-tend toute relation humaine intense est prise en compte par la pédagogie salésienne. C’est là une de ses plus grandes originalités. Mais on imagine aussi que ce peut être là son talon d’Achille, tant l’affectif entre un jeune et un adulte peut facilement se dérégler, voire se pervertir. D’où la double insistance de don Bosco d’une part sur la vertu de chasteté qui permet une saine régulation des affects sexués, et d’autre part sur la nécessaire connexion de tous les éléments du système préventif, qui évite que tel ou tel élément n’entre dans un chemin déviant.

Une pédagogie régie par la douceur

Don Bosco, si l’on en croit les confidences qu’il a faites sur lui-même, avait un tempérament violent. Or au contact de la foi chrétienne, il comprend très tôt – dès l’âge de neuf ans, lors d’un songe(11) – que la douceur est le passage obligé de l’éducation. « Ce n’est pas avec des coups, mais par la mansuétude et la charité que tu devras gagner tes amis » lui dit le Christ dans ce songe. Aussi, dans la lignée de Saint François de Sales, s’inspire-t-il pour son mode de présence au milieu des jeunes de la charité du « Bon Pasteur ».

Celui-ci est « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), mais en même temps, il n’hésite pas à exprimer de façon juste son agressivité quand le respect de la vraie foi et de la justice est en cause (Mt 23). La pédagogie salésienne conduit donc l’éducateur non pas à dénier l’agressivité qui est sous-jacente au vivre-ensemble, mais à la réguler par l’amour, afin qu’elle se mette au service de la croissance des personnes et des groupes.

Les deux piliers du système : la pénitence et l’eucharistie

La religion qui est au cœur du système préventif repose, selon don Bosco, sur deux piliers : le sacrement de la réconciliation et la célébration eucharistique.

D’un point de vue anthropologique, il est intéressant de remarquer qu’il y a là deux formes de ritualité ; l’une qui prend en charge la culpabilité individuelle et collective, l’autre qui fait mémoire d’une violence faite à un innocent condamné injustement, et de la victoire sur la mort par la résurrection. On fait ainsi droit à des réalités que beaucoup d’éducateurs ont tendance à négliger, telles que le besoin de langage symbolique, la nécessité de faire mémoire, la quête de communion groupale, le désir de purification, la recherche d’une source d’espérance, etc.(12)

D’un point de vue théologique, est ainsi célébré le cœur de la foi chrétienne, à savoir le mystère pascal de mort et de résurrection. Mystère par lequel la puissance salvatrice du Christ se déploie et se donne à l’homme. Célébrer la réconciliation et l’Eucharistie au centre de la vie d’une institution éducative, c’est induire, une fois de plus, l’idée que la vie trouve son vrai sens dans l’expérience d’une gratuité qui purifie, redresse et transfigure le réel dans un mouvement d’excès.

On pourrait récapituler tout cela en disant que la pédagogie salésienne est une pédagogie de la grâce. Le mot grâce devant être entendu avec ses multiples connotations de gratuité (c’est à titre gracieux), de salut (la grâce d’un condamné à mort), et de beauté (la grâce d’un enfant). En définitive, la réussite éducative est, de par la grâce, conduire les jeunes à vivre de la grâce. Ce qui les mène à vivre dans la douceur, l’attention aux autres, la chasteté, la paix,… ces multiples fruits de l’Esprit que signale St Paul dans l’épître aux Galates (Gal 5).

Une pédagogie de la présence

L’éducateur salésien n’aborde pas les jeunes seulement quand il doit exercer le rôle précis pour lequel il est engagé dans l’institution éducative ; par exemple dans les seules heures d’enseignement. Don Bosco insiste pour que l’éducateur se plaise au milieu des jeunes, soit cordial et ouvert envers eux, manifestant beaucoup de respect et patience, toujours prêt à faire le premier pas pour tenter de saisir de l’intérieur leur univers. C’est pourquoi dans ses institutions, il promeut la présence de tous les éducateurs dans les lieux de loisir des jeunes, sur la cour de récréation par exemple. Le jeu est, selon lui, une des réalités parmi les plus éducatives. L’éducateur doit donc prendre plaisir, si c’est possible, à jouer avec les jeunes.

Ce qui s’allie particulièrement bien avec la pédagogie de la joie. Et pour bien signifier que la présence salésienne au milieu des jeunes ne relève pas d’abord du registre de la surveillance, la tradition salésienne parle d’assistance. L’éducateur cherche à être l’assistant du jeune pour promouvoir sa liberté. Assistance qui devra s’inspirer de la façon dont Dieu lui-même se tient près de son peuple pour l’éduquer (ex-ducere), c’est-à-dire pour le conduire hors de ce qui nuit à sa liberté.

Une pédagogie préventive

Don Bosco a voulu donner à sa pédagogie le nom de système préventif, par opposition au système répressif. Les raisons du choix de ce qualificatif préventif font encore l’objet de discussions entre les historiens. Cependant il est clair que don Bosco rejoignait ainsi tout un courant de réflexion du dix-neuvième siècle qui mettait l’accent sur l’idée de prévention dans le domaine social et en éducation(13). Dans sa sensibilité préventive, il y avait une composante de protection, et une autre de promotion. Il convenait à la fois de préserver la société contre une menace d’une jeunesse par trop perturbée, et de faire des jeunes pauvres et en danger les protagonistes d’un projet global de renaissance sociale et religieuse.

Appliquer cette sensibilité préventive à la méthode éducative proprement dite, signifiait en premier lieu que l’éducateur devait cultiver une attention à toute expérience qui pourrait être chez le jeune irrévocablement déshumanisante, afin de la lui faire éviter. En deuxième lieu, cela impliquait de contribuer à la maturation du jeune, en lui faisant faire des expériences positives dans un climat éducatif porteur et un encouragement confiant. En somme, dans l’idée de prévenir, il y avait le désir d’éviter les réalités traumatisantes et d’anticiper les conditions d’une bonne maturation. Là encore, il est plausible que don Bosco puisait dans son expérience de la prévenance de Dieu de quoi alimenter sa vision concrète de ce qu’était une bonne prévention.

Des questions

Après avoir pris connaissance de ces données essentielles du système préventif, un certain nombre de lecteurs qui vivent dans une société où les références chrétiennes ne sont plus premières, ne manqueront pas d’être surpris par le lien intime existant entre la pédagogie de don Bosco et la vie spirituelle. Cette pédagogie, a-t-il été dit, est totalement théonome, c’est-à-dire trouve sa règle dernière en Dieu. Dès lors ces lecteurs auront envie de formuler des questions qui touchent au fondement même du système préventif, et dont les réponses conditionnent le caractère spécifique des institutions salésiennes :

Peut-on appliquer la pédagogie de don Bosco si l’on n’est pas chrétien ou si l’on n’adhère que partiellement aux convictions de l’Église catholique ?

Peut-on bénéficier de la pédagogie salésienne si, en conscience, on n’arrive pas à adhérer aux convictions de la foi chrétienne ?

Peut-on sauvegarder l’essence du système préventif si on lui enlève les éléments proprement chrétiens ?

Trois questions décisives ! Elles sont abordées dans un ouvrage collectif : Éduquer à la suite de don Bosco (14).

D’autres lecteurs, rompus par une longue expérience à la complexité des questions pédagogiques, ont peut-être eu une réaction de soupçon en prenant connaissance des grands thèmes de l’éducation salésienne. Par exemple, l’affection entre l’adulte et l’adolescent, la présence presque permanente de l’éducateur auprès du jeune, l’attitude de prévention-protection, ne risquent-elles pas de devenir gravement manipulatrices et donc d’être anti-éducatives ? Excellent soupçon ! Le système préventif a un pouvoir pédagogique puissant quand il est bien appliqué mais il peut facilement être perverti si l’éducateur n’est pas sur ses gardes. L’ouvrage collectif auquel on vient de faire allusion, tout en soulignant les possibilités de déviance des intuitions de don Bosco, montre qu’il est possible de les contrecarrer si l’on vit bien la pédagogie de don Bosco comme une réalité systémique. C’est une occasion de se rappeler qu’un système pédagogique n’est jamais une recette à appliquer de façon aveugle, mais une réalité qui convoque l’éducateur à exercer sa responsabilité éthique de personne humaine et de chrétien.

Enfin, pour que le lecteur puisse avoir une vue synthétique, nous présentons ici un schéma récapitulatif du système préventif.

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Source : https://woodalf.wordpress.com/2010/05/01/le-systeme-preventif-de-don-bosco/

Lien vers l’article original : http://www.fichier-pdf.fr/2016/04/16/la-pedagogie-de-don-bosco/

Lien vers cet article au format PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2016/04/16/le-systeme-preventif-de-saint-jean-bosco/