Axe de réflexion : la Charité dans la Nouvelle France

La Charité a été si dévoyée que ce terme ne représente pratiquement plus rien pour la plupart des chrétiens occidentaux. Tout au plus se souvient-on qu’il faut tendre la joue, or, il s’agit d’une caricature de la Charité. Alors, qu’est-ce que la Charité chrétienne ? Saint Vincent de Paul en est le plus grand exemple. Voici ce qu’il en dit :

« S’il s’en trouve parmi nous qui pensent qu’ils sont à la Mission pour évangéliser les pauvres et non pour les soulager, pour remédier à leurs besoins spirituels et non aux temporels, je réponds que nous les devons assister et faire assister en toutes les manières, par nous et par autrui. »

La Charité est donc une réponse spirituelle et temporelle (matérielle) qui s’adresse à tous ceux qui sont dans le besoin.

Questions générales

Est-ce que la Charité attend un retour ?
Tout comme le droit a besoin du devoir pour s’équilibrer, la Charité nécessite une implication spirituelle à la réponse temporelle d’un besoin. Concrètement, cela signifie que le don matériel (alimentaire ou autre) implique, de la part de celui qui le reçoit, une volonté de s’instruire à la foi chrétienne. Or, cette pratique n’existe plus dans notre nation. Bien souvent, les associations pratiquent une caricature de la Charité puisqu’elles se bornent à donner un repas sans exiger aucun effort envers ceux qui le reçoivent. Le don qui est effectué de cette manière conforte celui qui le reçoit dans son comportement. Les pauvres en viennent alors à exiger une nourriture de meilleure qualité puisqu’on ne leur demande rien en retour. C’est pourquoi il faut rétablir l’exigence spirituelle dès lors que l’on donne quelque chose. Ce principe est comparable au mécanisme élémentaire de la comptabilité : le crédit implique forcément un débit. Il faut toujours penser à équilibrer nos actions. Étrangement, la finance a conservé le précepte du débit/crédit mais ne l’applique plus au cœur de la civilisation. Il s’agit bien évidemment d’un archétype typiquement antichrist.

Qu’est-ce qu’implique la disparition de la vraie Charité ?
Les ennemis du Christ caricaturent la Charité pour pouvoir créer leur nouveau monde dystopique tant attendu : il s’agit du règne de la bête, de l’antéchrist dans toute son horreur. Le péché, ennemi de la Vertu, est indispensable aux ennemis du Christ puisqu’ils veulent construire un monde nouveau basé sur l’orgueil, le mensonge, la cupidité, la luxure et une hypothétique éternité. Le règne de Satan est l’antonyme du règne de Christ, tout comme la nuit précède le jour, le soleil finit par éclairer l’humanité de ses rayons si chauds et si nécessaires à la vie. Le froid ne peut pas cohabiter avec le chaud : le glaçon fond lorsqu’il est soumis à la chaleur et l’eau se fige lorsqu’elle est soumise au gel. Toutefois ces concepts dualistes ne peuvent pas être appliqués à la spiritualité sinon on tombe inévitablement dans le manichéisme, source de toute erreur. La Trinité permet justement d’éviter de tomber dans l’hérésie : elle nous invite à ne pas succomber à la tentation manichéenne mais à conserver la foi, l’espérance et la charité, symboles qui nous appellent à la méditation trinitaire.

Questions pragmatiques

Comment pratiquer la Charité au sein de la Nouvelle France ?
Il faudra se baser sur les œuvres de saint Vincent de Paul et sur l’héritage monastique pour créer des établissements charitables dédiés au salut de l’enfance, de la vieillesse, des malades, des orphelins et de la pauvreté en général. Leur financement sera soit basé sur le don, le troc ou la bonne volonté des personnes riches. La richesse devra être de nouveau au service de la pauvreté : le riche ne doit pas être exonéré du don, son argent doit servir une cause publique et non pas individuelle. Le capitalisme est une doctrine au service de l’égoïsme et de l’orgueil portés à leur paroxysme. Il faut faire tomber de leur piédestal ces millionnaires et milliardaires qui se prennent pour des pharaons afin de leur faire prendre conscience de leur fragilité. Ils sont également soumis aux lois universelles de la vie et de la mort : nul homme ne peut s’en émanciper, même avec l’aide de la technologie. Ils doivent donc apprendre à servir le peuple. Le riche doit être un ministre de Dieu, un homme au service des autres et non pas un tyran orgueilleux. Le capitalisme profite de toutes ces incohérences pour survivre.

La Charité doit donc se substituer aux intérêts financiers ?
Absolument. Sans cela, les erreurs actuelles perdureraient. Il faut donc rétablir la Charité chrétienne comme principale vertu. Pour cela, il faudra enseigner dès l’enfance les qualités de la Charité et les graves conséquences du péché. L’avidité entraîne la soif de profit, l’orgueil entraîne l’adoration blasphématoire d’hommes et de femmes, le mensonge permet de valider toutes ces hérésies et, par conséquent, de maintenir le système en place. La morale chrétienne permet de rétablir la vérité des commandements de Jésus-Christ en donnant la possibilité aux catéchisés de prendre conscience des graves conséquences du péché : le capitalisme en est certainement le pire exemple. L’usure doit donc être sévèrement sanctionnée.

Quelle sera la place de la finance dans la Nouvelle France ?
Les banques et autres organismes financiers disparaîtront naturellement. Le gouvernement très-chrétien gérera les ressources financières selon les commandements de Jésus-Christ afin de distribuer les ressources selon les besoins de chacun. Toutefois cela n’a rien à voir avec le communisme puisque le Christianisme reconnaît le droit de propriété. Il faut qu’il y ait des riches et des moins riches afin que le système puisse fonctionner intelligemment. Toutefois, il faut ordonner aux riches de mettre leur fortune matérielle au service des pauvres et, en retour, aux pauvres de se mettre aimablement au service des hommes plus fortunés. Cela ne signifie pas que les pauvres doivent être des esclaves. Bien au contraire, les pauvres, dans leur égalité humaine, deviendraient des hommes de bonne volonté qui épauleraient les personnes possédant un gros patrimoine. Tout doit se faire dans la bonne intelligence afin de tendre vers l’harmonie chrétienne.

Est-ce que le Christianisme est une utopie ?
Non ! Bien au contraire puisque le Christianisme invite à la transcendance. Il élève les âmes afin d’extraire le meilleur de l’être humain. Le Christianisme est exigeant envers l’homme et intransigeant envers le péché, non pas pour tyranniser mais pour faire prendre conscience aux hommes que c’est la volonté de se perfectionner qui permet d’améliorer le monde. L’homme, depuis le péché originel, est trop enclin à la facilité et aux mauvais comportements. Le Christianisme est un tuteur d’hommes dans la mesure où l’arbre est la parabole de l’être humain. Des règles strictes poussent les hommes à se surpasser tandis que des règles molles engendrent le chaos, la guerre et le malheur.

Stéphane, 5 juin 2017
Blog la France Chrétienne

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Continuons l’oeuvre de saint Vincent de Paul

Saint Vincent de Paul a créé la Congrégation de la Mission suite à une intuition divine. Son œuvre providentielle a contribué à rétablir la paix là où il passait, dans un XVIIe siècle en guerre. La Mission a amélioré à la fois la condition matérielle et spirituelle des pauvres travailleurs des champs. Ses œuvres charitables furent si gigantesques, dans son siècle perturbé par toutes sortes de drames, qu’elles perdurent encore de nos jours.

D’ici quelque temps, la situation sera extrêmement difficile dans toute l’Europe. Il faudra des missionnaires du Sacré-Cœur pour sauver la France puisque celle-ci va énormément souffrir. Anticipons cette terrible époque. Il nous faut travailler d’un point de vue spirituel dès ce jour pour être en mesure d’affronter cet épisode chaotique : voici un extrait de ces sublimes œuvres réalisées pendant les missions.

« Les missions populaires »

Saint Vincent a donné à la Congrégation des vertus dynamiques, pour le service, c’est-à-dire, en fonction de la mission :

– L’humilité qui est disponibilité à l’œuvre de Dieu, attire la grâce, prépare la route pour les autres vertus, nous met sous la souveraineté de Dieu pour réaliser son projet ;
– La simplicité : grâce à cette vertu le missionnaire devient « parole », c’est-à-dire capable de se faire comprendre, obtient la conversion des cœurs et non l’estime des hommes ;
– La charité gagne les cœurs. Pour cela, il défendait (interdisait) polémiques et controverses, surtout contre les hérétiques : c’est la grâce qui convertit non les raisonnements ou l’argumentation. Il voulait les missionnaires très unis car l’union procure la paix, fait aimer la vocation. Sans elle les œuvres sont compromises ;
– La prudence, surtout dans les questions touchant le sixième commandement (luxurieux point ne seras de corps ni de consentement) ;
– L’esprit de prière : Dieu abandonne celui qui laisse la prière. Le missionnaire doit être un homme aimant la prière afin de s’unir au Dieu qu’il doit annoncer.

Cette communauté, composée « d’hommes apostoliques » voulait que tous, donc mêmes les frères, par le « quatrième vœu » soient engagés dans un service apostolique : « Instruire les peuples des champs, voilà où nous sommes appelés. Oui, Notre-Seigneur demande de nous que nous évangélisions les pauvres : voilà ce qu’il a fait et ce qu’il veut continuer de faire par nous. »

Cela comporte :

Une façon de vivre, à savoir la gratuité :
Vincent a toujours considéré la gratuité comme un rempart pour la communauté. De même que les capucins sont obligés de vivre d’aumônes, ainsi les missionnaires doivent prêcher gratuitement. Tandis que Grignion de Montfort voulait que ses missionnaires aillent prêcher sans rien emporter, Vincent voulait que chaque maison ait des rentes suffisantes pour le vivre, le logement, les voyages et les dépenses diverses des missionnaires. Par là, les missionnaires ne pesaient pas sur les paroisses, ils évitaient que les curés prennent prétexte pour refuser la mission et se tenaient éloignés de toute avidité.
Une façon de parler, à savoir « la petite méthode ». Selon Vincent, cette méthode vient de Dieu, elle est conforme à la façon de prêcher du Fils de Dieu et d’Apôtres. D’où, simplicité de fond, de forme et de ton, évitant les longues prédications, les comparaisons obscures, les paroles ardues et difficiles à comprendre. La « prédication à la missionnaire » était un style, une façon de se revêtir humblement des habits de l’évangélisateur, une série de thèmes pour gagner les auditeurs. Par cette méthode, Vincent voulait que le missionnaire devienne voix de la Parole qui sauve pour faire naître l’Église des âmes.
Une façon d’être ensemble : « l’équipe missionnaire »
Le travail missionnaire n’était pas le fait de personnes individuelles, mais d’un groupe composé d’un directeur, qui avait habituellement la charge de la prédication des principes, deux ou trois missionnaires pour la doctrine et les confessions, et un frère pour la cuisine et les services domestiques.

Le travail fatiguait énormément. Les missionnaires étaient absents de la maison à peu près six mois (de la Toussaint au début de l’été, hors des temps des travaux des champs), fatigués par les voyages, la prédication, les confessions, au milieu des désagréments de toutes sortes.

Les voyages

C’était toujours un problème. Voyager était un risque à cause des routes, très mauvaises et mal signalées, des logements le long des voyages, des situations climatiques. N’oublions pas que les missionnaires se mettaient en route à la saison où les paysans restaient à la maison, à la pire des saisons, entre novembre et mai.

Après avoir reçu la bénédiction du supérieur, fait la visite au saint sacrement, commençait le voyage. Il se faisait à pied, parfois à cheval ou avec les moyens de transports (chars, carrosses, bateaux). Ils devaient voyager deux par deux, dans le recueillement et après avoir récité « l’itinéraire », parler de façon calme, évitant trop de familiarité avec les gens.

Aux étapes, ils devaient visiter le saint sacrement, catéchiser les pauvres et les serveurs des auberges, ne pas scandaliser les hôtes et manger avec sobriété.

Arrivés dans le diocèse, ils devaient rendre visite à l’évêque et obtenir son mandat pour le montrer au curé.

Le but de la mission

Arrivés en vue du lieu où les missionnaires devaient être annonciateurs du Salut, leur premier geste était de saluer les anges gardiens et s’approcher du village en récitant les litanies des saints.

La première visite était pour le curé à qui ils devaient montrer le mandat de l’évêque, demander sa permission et sa bénédiction. S’ils recevaient un refus, ils devaient alors s’en aller en paix.

Le directeur devait chercher le logement et assigner à chacun son lit et son confessionnal. Il s’informait ensuite de la situation de la paroisse : sa ferveur, les situations les plus courantes, demandant conseil et informations au curé et aux gens de bien, c’est-à-dire aux personnes les plus influentes et les mieux informées de l’endroit.

Les exercices de la mission

La mission se déroulait ensuite dans un ensemble de prédications, de confessions, de célébrations, le tout bien dosé. Les exercices n’étaient pas imposés. Une certaine souplesse permettait des adaptations aux situations concrètes, pour des villages trop petits ou pour un nombre réduit de missionnaires. On ne prévoyait pas la même participation des fidèles à tous les moments. On pouvait admettre que dans une même famille, certains membres écoutent les prédications le matin et d’autres le soir. Le critère était l’efficacité pastorale. On faisait attention à éviter l’excès contraire : fatiguer les gens par une prédication trop longue.

Pour ce qui concerne le déroulement de la prédication missionnaire elle était basée sur deux piliers fondamentaux :

Le premier était la prédication de fond. Un astucieux plan préparait graduellement la population à accueillir les thèmes de la miséricorde, de la réconciliation, des restitutions, qui constituaient le nerf de toute la mission, Certains prédicateurs s’aidaient de leurs ressources oratoires ; d’autres usaient d’éléments théâtraux, montrant une tête de mort ou faisant une procession du Christ mort ou de la Vierge douloureuse. Tout cela était absent de la tradition de la Mission qui, tout au contraire, grâce à la petite méthode, avait un instrument souple et facile pour une proposition crédible et séduisante.

Le sermon qui se faisait le matin très tôt, avant que les paysans n’aillent au travail, était confié au missionnaire le plus expérimenté. Après la messe, le prédicateur montait en chaire et présentait le sujet qu’il développait selon les trois points de la « petite méthode » : nature, motifs, moyens.

Les sujets étaient les suivants :

1. Sermon pouvant servir pour annoncer la mission quelques semaines avant le début de la mission
2. Le salut
3. La pénitence
4. Examen de la conscience
5. L’examen des péchés
6. Le péché
7. La Parole de Dieu
8. La contrition
9. La confession ordinaire
10. La confession générale
11. La mort
12. Le jugement particulier
13. Le bon propos
14. La mort des pécheurs
15. L’ivrognerie
16. Sur le fait de cacher ses péchés par la honte
17. Les commandements de Dieu
18. La foi
19. Le jugement dernier
20. Les peines corporelles de l’enfer
21. Les peines spirituelles de l’enfer
22. L’espérance
23. Le serment
24. Le blasphème
25. La sanctification des dimanches
26. Le respect dû aux églises
27. Les bonnes œuvres
28. Le sacrement de mariage
29. Les devoirs des enfants envers leurs parents
30. Les devoirs des patrons et des patronnes
31. Les devoirs des serviteurs et des servantes
32. Les devoirs des pères et mères envers leurs enfants
33. La colère
34. Les époux
35. L’amour de Dieu
36. La prière
37. L’amour des ennemis
38. L’amour du prochain
39. La fuite des occasions
40. Le vol
41. La restitution
42. Le rejet de la pénitence
43. La satisfaction
44. La médisance
45. Le scandale
46. Le paradis
47. La communion sacrilège
48. La dévotion à la Vierge
49. Les affections déréglées
50. La pratique chrétienne
51. Le sixième commandement
52. La rechute
53. Le fruit de la Communion
54. Le retour de la procession
55. La persévérance

Le second exercice était le catéchisme, pour lequel Vincent avait une véritable passion. Il était convaincu qu’une âme qui ne connaît pas Dieu, qui ne sait pas ce que Dieu a fait pour elle, ne peut ni croire, ni espérer, ni aimer. Dans une lettre à Lambert aux Couteaux, Vincent dit que le fruit de la mission se tire surtout du catéchisme. Ses maîtres, selon Dodin, avaient été l’oratorien Jacques Gastaud (ou Gasteau, mort en 1628) qui lui avait appris la simplicité dans la prédication, Adrien Bourdoise (1655), le bouillant curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dont il avait retenu l’efficacité des instruments rapides comme petits fascicules imprimés, César de Bus et saint François de Sales.
Mais quel est donc le catéchisme enseigné ? Saint Vincent parle d’un catéchisme dans une lettre Jean Martin. L’assemblée de 1668 recommanda aux missionnaires de se servir de « notre catéchisme ». Celui-ci a été identifié dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, mais sans preuves suffisantes.

L’exercice du catéchisme était divisé en grand et petit, selon qu’il s’adressait aux adultes ou aux enfants.

Le petit catéchisme avait lieu l’après-midi entre 13 et 14 heures, pour les enfants. Il commençait par une instruction très familière faite par un missionnaire, sans se servir de la chaire. La méthode était le dialogue. On mettait les enfants à leur aise par des questions, cherchant à les intéresser avec de petites récompenses, comme des chapelets ou images. On y instruisait les participants sur l’unité de la Trinité, sur l’Incarnation, le péché, la pénitence, les commandements, la préparation à la communion. On y enseignait aussi les prières, on chantait les commandements, on récitait le Credo et le Pater.

La créativité pastorale avait suggéré à certains missionnaires d’utiliser des tableaux illustrés ou le dialogue entre missionnaires ou avec un enfant plus éveillé. Ce dialogue était repris dans le grand catéchisme pour étonner les adultes.
Le catéchisme pour les adultes ou « grand catéchisme » avait lieu le soir, vers 18 heures, au retour du travail. Il était introduit par des cantiques et se terminait par la prière du soir. Celui qui en était chargé montait en chaire et commençait par interroger un enfant et la récapitulation de la leçon précédente. L’efficacité de cette façon de faire se manifeste dans la conversion d’un protestant à Marchais. Un huguenot, très proche de la foi catholique, ressentait des difficultés à propos de la vénération des images. Il était question d’une statue de la Sainte Vierge. Vincent interrogea un enfant. Celui-ci exposa avec tant de clarté la doctrine catholique du culte des images que le protestant en demeura confus et convaincu. Les sujets étaient ceux du catéchisme romain. On y parlait de la doctrine chrétienne, de la foi, des principaux mystères (Trinité, Incarnation, Eucharistie), des commandements. On y expliquait même si le temps ne pressait pas trop, de façon analytique, le symbole des Apôtres ou le Pater. Vers la fin, on commentait un petit texte imprimé qui était distribué, l’Exercice du chrétien.
L’utilisation des registres n’a pas permis de résoudre les questions qui se posent sur le déroulement effectif des thèmes. Nous possédons les sermons publiés par Jeanmaire en 1859, comme Sermons de saint Vincent de Paul. Dans de nombreuses maisons on a conservé des cahiers des missionnaires. Le travail qui reste à faire est encore immense. Sur les contenus de la mission il faut observer que les auditeurs étaient fondamentalement des croyants, mais « ignorants » et peu ou mal pratiquants.

En conséquence ils devaient être instruits,
-sur les rudiments de la foi,
-sur les principaux éléments de la pratique. »

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L’originalité est la racine de l’envie et de la division

Le XXIe siècle est celui de la recherche de l’originalité à tout prix. Bien loin des enseignements chrétiens, les individus cherchent à émerger de la foule en se montrant différents des autres. Triste époque athée qui court à sa perte, conformément à son origine nihiliste. Nous allons découvrir l’extrait d’un courrier édifiant du père général Edmond Jolly, deuxième successeur de saint Vincent de Paul.

Extrait de la lettre du père général Edmond Jolly rédigée le 18 octobre 1684

« C’est pourquoi je vous dirai, monsieur, qu’encore qu’avec les saints et les maîtres de la vie spirituelle nous reconnaissions que l’oraison élevée et extraordinaire, lorsqu’elle vient de Dieu, est très bonne, étant un don très grand de sa divine Majesté et un témoignage particulier de son amour, néanmoins elle peut être occasion à plusieurs d’illusion et de tromperie, quand on s’y veut introduire de soi-même, et sans s’être auparavant fort exercé dans la mortification de ses passions, de sa propre volonté et de son propre jugement. Les saints disent communément que c’est une tromperie que de croire qu’on puisse arriver à cette oraison élevée par ses propres forces et industrie. Je mettrai ici les paroles de saint Bernard à ce propos :

« Ecclesia, dit-il, non scrutatrix Majestatis est, sed voluntatis, si aliquando per excessum rapi in illam contingat, digitus Dei est dignantis levare hominem, non temeritas hominis insolentis Dei alta pervalens : cum enim Apostolus raptum se commemoret, ut ausum excuset, quisnam alter praesumat huic se divinae Majestatis horrendo scrutinio propriis intricare conatibus. »

« L’Église ne cherche pas à scruter la Majesté divine, mais, s ’il arrivait un jour que la volonté tombe en extase, c’est au doigt de Dieu qu ’il reviendrait d’élever l’homme et non à la témérité humaine de chercher à parvenir aux hauteurs de Dieu ; en effet, alors que l’Apôtre rappelait ses extases en s’excusant de son audace, qui oserait présumer de lui-même dans une exploration redoutable de la divine Majesté. »

Ce n’est donc pas une oraison en laquelle on doive s’ingérer de soi-même, et sur laquelle il soit aisé de donner des règles, puisque Dieu s’est réservé de la communiquer à qui bon lui semble, et d’être le maître de ceux qu’il conduit par cette voie, lesquels, selon le sentiment des saints, sont en fort petit nombre ; et l’expérience a fait voir, ainsi que notre vénérable père et Fondateur nous l’a dit publiquement, en parlant de l’oraison, que plusieurs avaient été trompés, aspirant d’eux-mêmes à cette oraison extraordinaire, et s’étaient trouvés vides des vertus chrétiennes, qui est ce que nous devons rechercher et à quoi nous doit servir l’oraison, laquelle est bonne à proportion qu’elle nous fait vivre dans la pratique de l’humilité et de l’obéissance, et, comme j’ai dit, des autres vertus chrétiennes : tout cela est parfaitement bien expliqué dans l’histoire de la vie de notre père, au chapitre de son oraison.

Pour revenir à ce qui nous regarde en particulier, vous savez, monsieur, ce qui est porté dans nos règles, que nous devons procurer de garder en toutes choses l’uniformité, et en particulier dans la manière de diriger, d’enseigner, de gouverner, et à l’égard des pratiques spirituelles, et fuir la singularité (on emploierait aujourd’hui le terme doriginalité) comme la racine de l’envie et de la division : suivant quoi il ne faut point introduire dans notre Congrégation une nouvelle manière d’oraison, mais nous tenir à celle qui nous a été enseignée par notre vénérable fondateur, avec laquelle il s’est sanctifié, et a fait, par la grâce de Notre-Seigneur, les grandes œuvres qu’un chacun admire encore tous les jours ; il l’a apprise des saints et du saint des saints, Notre-Seigneur, avec lequel vous savez qu’il a eu tant de communication. Elle est sûre et hors de crainte d’illusion, elle est conforme à nos usages, elle nous porte à la pratique des vraies vertus, et mettra en état ceux qui la pratiqueront fidèlement d’être élevés de Dieu à quelque chose de plus haut, quand il lui plaira ; et je crois que nous ferons sagement, suivant la pratique de notre même père, de nous asseoir ici, comme partout ailleurs, dans la dernière place, attendant que celui qui nous a invités nous dise lui-même de monter plus haut.

Mon intention donc n’est pas de blâmer la contemplation, mais d’éviter que nous ne nous ingérions, par nous-mêmes, à ce à quoi nous devons être appelés de Dieu immédiatement, et que l’on n’introduise point en la Compagnie une singularité qui lui pourrait être fort préjudiciable. »

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2017/05/14/l-originalite-est-la-racine-de-l-envie/

Le nationalisme exacerbé est une hérésie

Nous avons, hélas, perdu le sens du Christianisme en ce siècle de perdition. Le nationalisme exacerbé est une hérésie. Pour le prouver, nous publions une lettre du père général de la Congrégation de la Mission, Edmond Jolly, deuxième successeur de saint Vincent de Paul, rédigée en date du 22 novembre 1695. Nous postons à sa suite une brève analyse ainsi qu’un extrait des règles de la Congrégation de la Mission rédigée par saint Vincent de Paul. Le patriotisme consiste à aimer simplement son pays et non pas à l’idolâtrer à travers un parti politique. Le Christianisme nous invite à la charité fraternelle autour de la Sainte Eucharistie à la mémoire de Notre Seigneur Jésus-Christ. Le roi d’une nation se devait obéissant envers Dieu afin de répandre la grâce dans son royaume. Hélas, nous avons pratiquement tout perdu de l’héritage Chrétien puisque la République moribonde survit sur les ruines du Christianisme authentique en attendant son anéantissement complet. Destruction programmée par ceux qui rêvent de dissoudre la France dans une dictature financière européiste, avec la pleine collaboration de son sinistre président, en cette funeste année 2017.

Extrait de la lettre de Edmond Jolly, père général de la Congrégation de la Mission, deuxième successeur de saint Vincent de Paul, 22 novembre 1695, « Memorie della CM secondo l’ordini dei Superiori generali ad uso della casa di San Silvestro al Quirinale », tiré de l’ouvrage « la Congrégation de la Mission » aux éditions Desclée de Brouwer :

« Plaise à Dieu conserver la Congrégation de longues années en parfaite union dans cette province, comme dans les autres, bien qu’elle soit composée de sujets de pays divers, et que l’on ne sache pas, en ces heureux temps, la nation de chacun. Depuis quelques années l’homme ennemi a semé la zizanie au milieu du blé, on en est arrivé à suspecter que ceux d’une même nation s’unissaient contre les autres, et les autres contre eux. Pour obvier à un si grand mal on a fait ce que l’on pouvait, mais cela sans résultat jusqu’à maintenant, si bien que le bruit a couru jusqu’à nos amis externes, qui ont déploré le mal de notre Congrégation, laquelle ne veut rien négliger pour y remédier. Supplions-les, messieurs, d’avoir pitié de leur commune mère, et la nôtre, la gardant d’un si grand mal qui occasionnerait sa ruine, et pour cela rester parfaitement unis, sans que l’on parle de la nation de chacun, mais se regardant uniquement fils de notre vénérable Fondateur qui nous a laissé des exemples de toutes les vertus, surtout de la charité… Nous avons pour cela estimé bon de recommander que personne ne parle de sa nationalité, et que l’on se garde de se rapprocher plus de ceux de son pays que des autres, et si l’on remarque que certains d’une même nation s’unissent entre eux plus qu’avec les autres, que le supérieur les avertisse de ce défaut, et s’ils ne s’en amendent pas, le dit supérieur nous en avisera aussitôt, et le visiteur de la province remédiera à cela en les séparant, les mettant en diverses maisons, et nous prendrons encore d’autres moyens pour les corriger si nécessaire, et les amener à la parfaite union. »

Commentaire notable, extrait du même ouvrage, à propos de cette lettre :

« Puisque le devoir de l’historien est de comprendre, la lettre manifeste une tension retenue, qu’une intelligence avisée peut craindre de voir exploser. Il n’était pas question du nationalisme italien ni de l’aversion pour la toute-puissance française. Les gens les plus avisés comprenaient qu’il faut toujours payer les faveurs du prince. Derrière le problème des nationalités, il y avait le problème de l’inculturation, c’est-à-dire de la capacité d’une culture de dévorer les réalités plus faibles. Ce n’était pas du tout ce que voulait saint Vincent : il avait voulu une communauté française d’évangélisateurs, non d’exportateurs d’une culture et d’une hégémonie. Il voulait que naissent à l’étranger la charité et non des colonies sous l’hégémonie de Paris, comme l’on tentera de faire en Chine et ailleurs les deux siècles suivants. »

Extrait des règles de la Congrégation de la Mission :

« 10. Tous s’étudieront avec toute la diligence possible à la vertu d’indifférence (que Jésus-Christ et les Saints ont tant estimée, et si bien pratiquée) en sorte qu’ils n’aient aucune attache ni aux emplois, ni aux personnes, ni aux lieux, particulièrement à leur pays, ni à aucune autre chose semblable ; ainsi qu’ils soient toujours prêts et ponctuels, à quitter tout cela de bon cœur, dès que le Supérieur leur aura notifié sa volonté, même par signe ; et qu’ils agréent le refus ou le changement qu’il trouvera bon de faire en cela ; reconnaissant, en la vue de Dieu, que tout ce qu’il en a fait, est bien fait. »

Lien vers le fichier PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2017/05/11/nationalisme-exacerbe-heresie/

Règles de la Congrégation de la Mission

Voici un extrait du livre « Histoire de la Congrégation de la Mission » qui introduit les règles rédigées, par saint Vincent de Paul, de la Congrégation de la Mission suivi des deux premiers chapitres de ces mêmes règles. À la fin de cet article, vous trouverez un lien vers les règles complètes, en ancien français, au format PDF.

Introduction aux règles de la Congrégation de la Mission

« La dernière étape de l’élaboration des règles et constitutions fut occupée par le souci de les faire imprimer, et de les soumettre à l’approbation directe du Saint-Siège, laquelle n’arriva qu’après la mort de Vincent. On fit encore quelques modifications de détail et, enfin, on les imprima en 1658. Le fondateur les distribua aux missionnaires dans une célébration émouvante qui eut lieu le 17 mai de cette année. Il s’agissait seulement du texte des règles communes, sans les prescriptions strictement juridiques ou constitutionnelles.

Les Règles communes de la Congrégation de la Mission sont le code de perfection spirituelle proposé par Vincent de Paul à l’observance de ses missionnaires. Le soin et la lenteur avec lesquelles elles furent élaborées nous obligent à les regarder comme le fruit longuement mûri d’une expérience spirituelle où le fondateur façonne l’idéal de la Congrégation tel qu’il pensait en avoir eu l’inspiration. Vincent lui-même, dans la lettre-préface qui introduit leur publication, assure qu’elles devaient être considérées « non pas comme produites par l’esprit humain, mais comme inspirées par Dieu, de qui procède tout bien ».

Les Règles ne sont pas longues. Elles tiennent en un petit livret, de 12×6 centimètres, d’un peu plus de cent pages. Elles se divisent en douze chapitres dont les titres sont : Fin, et nature de la Congrégation, Enseignements évangéliques, Pauvreté, Chasteté, Obéissance, Soin des malades, Modestie, Rapports mutuels entre les missionnaires, Fréquentation des externes, Exercices de piété, Missions et autres ministères, Moyens de bien remplit les activités de la Congrégation.

À peu d’exceptions près, on ne trouve pas dans les Règles des descriptions détaillées sur l’emploi du temps ou sur des pratiques concrètes de communauté. Elles visent plutôt à définir l’esprit avec lequel le missionnaire doit affronter les exigences de sa vocation, à la sainteté et à l’apostolat. Un trait fondamental est que chaque chapitre s’ouvre sur un appel à imiter le Christ dans la matière qui va être traitée. On perçoit ici les échos du christocentrisme de Bérulle et de sa doctrine sur l’adoration des états du Verbe incarné, interprétée par Vincent et un code d’imitation du Christ, évangélisateur des pauvres.

Comme c’était de rigueur à l’époque, le rôle du supérieur ressort bien dans les Règles ; on lui attribue un contrôle quasi absolu sur l’activité et même sur la vie intérieure des sujets. Les Règles ne sont pas non plus tout à fait originales : beaucoup de leurs préceptes les plus concrets sont empruntés à la législation commune aux sociétés religieuses, précédentes ou contemporaines, et spécialement à la Compagnie de Jésus.

Là où il faut chercher l’originalité et l’esprit vincentien authentique c’est dans le choix des enseignements évangéliques auxquels elles se réfèrent. Ce choix révèle la lecture originale de l’Évangile faite par le fondateur tout au long de sa vie et qu’il considère comme le noyau central de l’esprit de la Congrégation : « Cherchez avant tout le règne de Dieu » ; « Je fais toujours ce qui plaît au Père » ; « Soyez simples comme les colombes et prudents comme les serpents » ; « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » ; « Celui qui veut me suivre, qu’il renonce à soi-même et prenne sa croix quotidienne » ; « Qui préfère son père et sa mère, ne peut pas être mon disciple »… Traduit dans le langage ascétique de l’époque, ces enseignements évangéliques s’appellent simplicité, humilité, douceur, mortification, zèle pour le salut des âmes, les cinq vertus qui constituent l’esprit de la Congrégation de la Mission. »

Deux premiers chapitres de la Congrégation de la Mission

Vincent de Paul, supérieur général de la Congrégation de la Mission,

À nos chers frères en Jésus-Christ, les prêtres, clercs et coadjuteurs Laïques de la même Congrégation, Salut en Notre Seigneur.

Mes très chers frères, voici les règles ou constitutions Communes de notre Congrégation, que vous avez tant désirées, et si longtemps attendues. Il est vrai qu’on a laissé passer trente-trois ans ou environ, depuis que notre Congrégation est instituée, sans que nous vous les ayons données imprimées : mais nous en avons usé de la sorte, tant pour imiter notre Sauveur Jésus-Christ, en ce qu’il a commencé à faire, plutôt qu’à enseigner. Comme pour contrer plusieurs inconvénients, qui auraient pu naître de la publication trop précipitée des mêmes Règles ou Constitutions ; dont l’usage et la pratique auraient ensuite paru peut-être ou trop difficiles, ou moins convenables. Or notre retardement et procédé en ceci, nous ont garantis, par la grâce de Dieu, de tous ces inconvénients ; et ont fait même que la Congrégation les a peu à-peu et suavement pratiquées, avant qu’elles aient été mises en lumière. Et en effet, vous n’y remarquerez rien, que vous n’ayez depuis longtemps mis en pratique, même avec une sensible consolation de ma part, et une mutuelle édification de vous tous.

Recevez-les donc, mes très chers frères, avec la même affection que nous vous les donnons. Considérez-les non comme produites par l’esprit humain, mais bien comme inspirées de Dieu, de qui tout bien procède, et sans qui nous ne sommes pas capables de penser quelque chose de bon par nous-mêmes, comme venant de nous-mêmes : car que trouverez-vous dans ces Règles, qui ne serve à vous exciter et enflammer ou à la fuite des vices, ou à l’acquisition des vertus, et à la pratique des maximes Évangéliques ?

Et ça a été pour cela que nous avons tâché, autant qu’il nous a été possible, de les puiser toutes de l’Esprit de Jésus-Christ, et de les tirer des actions de sa vie ; comme il est aisé à voir : estimant que les personnes, qui sont appelées à la continuation de la Mission du même Sauveur (laquelle consiste principalement à évangéliser les Pauvres) doivent entrer dans ses Sentiments et Maximes, être remplies de son même Esprit, et marcher sur ses mêmes pas.

C’est pourquoi, Mes très chers frères, nous vous prions et conjurons par les Entrailles de ce même Sauveur Jésus-Christ, de faire votre possible, pour observer exactement ces Règles ; tenant pour certain, que si vous les gardez, elles vous garderont, et vous conduiront avec assurance à la fin tant désirée, c’est-à-dire, à la céleste Béatitude. Ainsi soit-il.

Jésus, Marie, Joseph

Règles ou constitutions communes de la Congrégation de la Mission

Chapitre 1

De la fin, et de l’Institut de cette Congrégation.

1. La Sainte Écriture nous apprend, que Notre Seigneur Jésus-Christ, ayant été envoyé au Monde pour sauver le Genre humain, commença premièrement à faire, et puis à enseigner. Il a accompli le Premier, en pratiquant parfaitement toute sorte de Vertus ; et le second en évangélisant les Pauvres, et donnant à ses Apôtres et à ses Disciples la Science nécessaire pour la direction des Peuples. Et d’autant que la petite Congrégation de la Mission désire imiter le même Jésus-Christ Notre Seigneur, selon son petit possible, moyennant sa grâce, tant à l’égard de ses Vertus, que de ses Emplois pour le salut du Prochain ; il est bien convenable qu’elle se serve de semblables moyens, pour s’acquitter dignement de ce pieux dessein. C’est pourquoi la fin est, premièrement de travailler à sa propre perfection, en faisant son possible de pratiquer les Vertus que ce souverain Maître a daigné nous enseigner, de parole et d’exemple. Deuxièmement, de prêcher l’Évangile aux Pauvres, particulièrement à ceux de la Campagne. Troisièmement, d’aider les Ecclésiastiques à acquérir les Sciences et les Vertus nécessaires à leur État.

2. Cette Congrégation est composée d’Ecclésiastiques et de Laïques : L’emploi des Ecclésiastiques est d’aller (à l’exemple de Notre Seigneur et de ses Disciples) par les Villages et petites Villes, et y rompre le pain de la parole de Dieu aux petits, en Prêchant et Catéchisant ; les exhorter à faire des Confessions générales de toute leur vie passée, et les entendre au Tribunal de la Pénitence ; résoudre les différends et les procès ; établir la Confrérie de la Charité ; conduire les Séminaires érigés en nos Maisons pour les Externes, et y enseigner ; donner les Exercices spirituels ; faire et diriger les Conférences introduites chez nous pour d’autres Ecclésiastiques de dehors ; et autres semblables Fonctions, qui servent et sont conformes à notre Institut. Et quant aux Laïques, leur Emploi est d’aider les Ecclésiastiques en tous ces Ministères, en faisant l’office de Marthe, selon qu’il leur sera prescrit par le Supérieur : comme aussi en y contribuant par leurs prières, larmes, mortifications et bons exemples.

3. Et à ce que cette Congrégation parvienne, moyennant la grâce de Dieu, à la fin qu’elle s’est proposée, elle doit faire son possible de se revêtir de l’esprit de Jésus-Christ ; qui paraît principalement dans les Maximes Évangéliques, dans sa Pauvreté, dans sa Chasteté, dans son Obéissance, dans sa Charité envers les Malades, dans sa Modestie, dans la manière de Vivre et d’Agir qu’il prescrivit à ses Disciples, dans sa Conversation, dans ses Exercices journaliers de Piété, dans ses Missions et autres emplois envers les Peuples. Toutes lesquelles choses sont contenues dans les Chapitres suivants.

Chapitre 2

Des Maximes Évangéliques

1. Avant toutes choses, un chacun tâchera de bien s’établir dans cette Vérité, que la Doctrine de Jésus-Christ ne peut jamais tromper : au lieu que celle du Monde porte toujours à faux, Jésus-Christ nous assurant lui-même, que celle-ci est semblable à une maison bâtie sur le sable, et la sienne à un bâtiment fondé sur la pierre ferme ; et partant la Congrégation fera profession d’agir toujours conformément à la doctrine de Jésus-Christ, et non jamais selon les Maximes du Monde : Et pour ce faire, elle accomplira particulièrement ce qui suit.

2. Jésus-Christ ayant dit : Cherchez premièrement le Royaume de Dieu, et sa justice, et toutes ces choses, dont vous avez besoin, vous seront données par-dessus : Un chacun tâchera de préférer les choses spirituelles aux temporelles, le salut de l’Âme à la santé du Corps, l’honneur de Dieu à celui du Monde ; Et, qui plus est, se résoudra fermement de choisir, avec l’Apôtre, la disette, l’infamie, les tourments, et la mort même, plutôt que d’être séparé de la Charité de Jésus-Christ. Et partant il ne se mettra point trop en peine pour les biens de ce Monde, ainsi jettera tous ses soins en la Providence de notre Seigneur ; tenant pour certain que, tandis qu’il sera bien établi en cette Charité, et bien fondé en cette Confiance, il sera toujours sous la protection du Dieu du Ciel, et ainsi aucun mal ne lui arrivera, et aucun bien ne lui manquera, lors même qu’il pensera que tout va être perdu.

3. Et par ce que la sainte pratique, qui consiste à faire toujours et en toutes choses la Volonté de Dieu, est un moyen assuré pour pouvoir bientôt acquérir la Perfection Chrétienne. Chacun tâchera, selon son possible, de se la rendre familière, en accomplissant ces quatre choses :

1. En exécutant dûment les choses qui nous sont commandées, et fuyant soigneusement celles qui nous font défendues ; Et cela, toutes les fois qu’il nous apparaît que tel commandement, ou telle défense vient de la part de Dieu, ou de l’Église, ou de nos Supérieurs, ou de nos Règles et Constitutions.
2. Entre les choses indifférentes, qui se présentent à faire, choisissant plutôt celles qui répugnent à notre nature, que celles qui la satisfont ; si ce n’est que celles qui lui plaisent soient nécessaires ; car alors il les faut préférer aux autres ; les envisageant néanmoins, non du côté qu’elles délectent les sens, mais seulement du côté qu’elles sont plus agréables à Dieu. Que si plusieurs choses indifférentes de leur nature, également agréables ou désagréables, se présentent à faire en même temps, alors il est à propos de se porter indifféremment à ce qu’on voudra, comme venant de la Divine Providence.
3. Et pour ce qui est des choses qui nous arrivent inopinément, comme sont les afflictions ou consolations, soit corporelles, soit spirituelles, c’est en les recevant toutes avec égalité d’esprit, comme sortant de la main paternelle de Notre Seigneur.
4. Faisant toutes ces choses par le motif que c’est le bon plaisir de Dieu, et pour imiter en cela (autant qu’il nous est possible) Notre Seigneur Jésus-Christ qui a toujours fait les mêmes choses, et pour la même fin, ainsi qu’il le témoigne lui-même ; Je fais, dit-il, toujours les choses, qui sont selon la volonté de mon Père.

4. Notre Seigneur Jésus-Christ demandant de nous la Simplicité de la Colombe, qui consiste à dire les choses tout simplement, comme on les pense, sans réflexions inutiles, et à agir tout bonnement, sans déguisement ni artifice, ne regardant que Dieu seul ; pour cela un chacun s’efforcera de faire toutes ses actions dans ce même esprit de Simplicité ; se représentant que Dieu se plaît à se communiquer aux Simples, et à leur révéler ses secrets, lesquels il tient cachés aux Sages (les orgueilleux) et aux Prudents du Siècle (les tièdes, ancêtres des athées).

5. Mais parce qu’en même temps que Jésus-Christ nous recommande la Simplicité de la Colombe, il nous ordonne d’user de la Prudence du Serpent, laquelle est une vertu qui nous fait parler et agir avec discrétion : C’est pourquoi nous tairons prudemment les choses, qu’il n’est pas expédient de dire, particulièrement si, de foi, elles sont mauvaises et illicites ; et retranchant de celles, qui en quelque façon sont bonnes, les circonstances qui vont contre l’honneur de Dieu, ou portent préjudice au Prochain, ou qui peuvent nous donner de la vanité : Et pour ce que cette vertu regarde aussi, dans la pratique, le choix des moyens propres pour parvenir à leur fin, nous aurons pour maxime inviolable, de prendre toujours des moyens Divins pour les choses Divines, et de juger des choses suivant le sentiment et le jugement de Jésus-Christ, et non jamais suivant celui du Monde, ni selon le faible raisonnement de notre Esprit ; et ainsi nous ferons Prudents comme les Serpents, et Simples comme les Colombes.

6. Tous étudieront soigneusement la leçon que Jésus-Christ nous a enseignée en disant : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur : considérant que, comme il assure lui-même, par la douceur on possède la terre, parce qu’agissant dans cet esprit, on gagne les cœurs des Hommes, pour les convertir à Dieu, à quoi l’esprit de rigueur met empêchement ; et que par l’Humilité on acquiert le Ciel, où nous élève l’amour de notre propre abjection, nous faisant monter comme par degrés, de vertu en vertu, jusqu’à ce que l’on y soit parvenu.

7. Or cette Humilité que Jésus-Christ nous recommande si souvent de parole et d’exemple, et à l’acquisition de laquelle la Congrégation doit travailler de toutes ses forces, doit avoir trois conditions ;

Dont la première est, de nous estimer, avec toute sincérité, dignes de mépris ;
La deuxième, être bien aises que les autres connaissent nos défauts, et nous en méprisent ;
La troisième, cacher le peu de bien que Dieu fera par nous, ou en nous, dans la vue de notre propre bassesse : et si cela ne se peut, l’attribuer totalement à la miséricorde de Dieu, et aux mérites des autres : Et c’est ici le fondement de la Perfection Évangélique et le nœud de toute la Vie spirituelle. Qui aura cette vertu obtiendra facilement toutes les autres ; mais celui qui ne l’aura point, sera privé aussi de celles qu’il paraît avoir, et vivra dans des inquiétudes continuelles.

8. Jésus-Christ ayant dit : Que celui qui veut venir après moi, renonce à soi-même, et porte sa Croix tous les jours ; et saint Paul ayant ajouté dans le même esprit : Si vous vivez selon la chair, vous mourrez : mais si par le moyen de l’esprit vous mortifiez les mouvements de la chair, vous vivrez : Chacun travaillera de tout son possible à cela : à une continuelle mortification de sa propre volonté, et de son propre jugement, et de tous ses sens.

9. Chacun renoncera pareillement à l’affection immodérée de ses Parents, selon le conseil de Jésus-Christ, qui exclut du nombre de ses Disciples, tous ceux qui ne laissent pas Père, Mère, Frères et Sœurs ; et qui promet le centuple en ce Monde, et la Vie éternelle en l’autre, à ceux qui les auront quittés pour suivre le conseil de l’Évangile : nous faisant voir par là le grand empêchement (que l’attache à la chair et au sang) apporte à la Perfection Chrétienne. On ne laissera pas pourtant de les aimer, mais ce sera d’un amour spirituel, et selon l’esprit de Jésus-Christ.

10. Tous s’étudieront avec toute la diligence possible à la vertu d’indifférence (que Jésus-Christ et les Saints ont tant estimée, et si bien pratiquée) en sorte qu’ils n’aient aucune attache ni aux emplois, ni aux personnes, ni aux lieux, particulièrement à leur pays, ni à aucune autre chose semblable ; ainsi qu’ils soient toujours prêts et ponctuels, à quitter tout cela de bon cœur, dès que le Supérieur leur aura notifié sa volonté, même par signe ; et qu’ils agréent le refus ou le changement qu’il trouvera bon de faire en cela ; reconnaissant, en la vue de Dieu, que tout ce qu’il en a fait, est bien fait.

11. Pour honorer la Vie commune que Notre Seigneur Jésus-Christ a voulu mener, afin de se conformer aux autres, et ainsi les mieux gagner à Dieu son Père, Tous, autant que faire se pourra, garderont en toutes choses l’Uniformité, la regardant comme celle qui entretient le bon Ordre, et la sainte Union ; et fuiront pareillement la Singularité, comme la racine de l’Envie, et de la Division ; et cela non seulement à l’égard du vivre, de l’habillement, du lit, et des autres choses semblables, mais encore pour ce qui est de la manière de Diriger, d’Enseigner, de Prêcher, de Gouverner, comme aussi à l’égard des Pratiques spirituelles. Or afin de pouvoir toujours conserver parmi nous cette Uniformité, il ne nous faut qu’un seul moyen, à savoir, une très exacte observance de nos Règles ou Constitutions.

12. Les actes de Charité envers le Prochain, seront toujours en vigueur parmi nous, comme sont ;

1. De faire aux autres le bien que nous voudrions raisonnablement qu’ils nous fissent.
2. Ne jamais contredire personne, et de trouver tout bon en Notre Seigneur.
3. S’entre supporter les uns les autres sans murmure.
4. Pleurer avec ceux qui pleurent.
5. Se réjouir avec ceux qui se réjouissent.
6. Se prévenir d’honneur les uns les autres.
7. Leur témoigner de l’affection, et leur rendre cordialement service.
Bref, se faire tout à tous, pour les gagner tous à Jésus-Christ. Tout cela s’entend, quand il n’y a rien contre les Commandements de Dieu ou de l’Église, ni contre nos Règles ou Constitutions.

13. Si quelquefois la Divine Providence permet que la calomnie et la persécution attaquent et exercent la Congrégation, ou quelqu’une de ses Maisons, ou quelque particulier du corps de celle-ci, quoi que sans sujet, nous nous garderons bien d’user d’aucune vengeance ou malédiction, ou même d’aucune plainte contre tels Persécuteurs et Calomniateurs ; mais au contraire nous en louerons et bénirons Dieu, et lui en rendrons grâces, nous en réjouissant, comme d’une occasion d’un grand bien, et qui part de la main du Père ; voire même nous prierons de bon cœur Dieu pour eux tous, et leur ferons très volontiers du bien, quand nous en aurons l’occasion et le pouvoir ; nous représentant que Jésus-Christ nous l’ordonne comme à tous les autres Chrétiens, disant : Aimez vos ennemis : faites du bien à ceux qui vous haïssent : Et priez pour ceux qui vous persécutent, et vous calomnient. Et afin que nous observions plus aisément et allègrement tout cela, il nous assure qu’en cela nous serons Bien-heureux, et que nous devons en être bien aises, et tressaillir de joie, pour ce qu’il y a pour nous une grande récompense dans le Ciel : Et ce qui est plus considérable, il a bien daigné lui-même tout le premier pratiquer cela à l’égard des Hommes ; afin de nous donner exemple : en quoi l’ont ensuite imité les Apôtres, les Disciples, et une infinité de Chrétiens.

14. Quoique nous devions faire notre possible pour garder toutes ces Maximes Évangéliques, comme étant très saintes et utiles : y en ayant toutefois entre elles, qui nous sont plus propres que les autres, savoir celles qui recommandent spécialement la Simplicité ; l’Humilité ; la Douceur, la Mortification, et le Zèle des Âmes, la Congrégation s’y étudiera d’une manière plus particulière ; en sorte que ces cinq Vertus soient comme les facultés de l’Âme de toute la Congrégation, et que les actions de chacun de nous, en soient toujours animées.

15. Et d’autant que Satan tâche toujours de nous empêcher la pratique de ces Maximes, en y opposant les siennes toutes contraires : chacun apportera une très grande prudence et vigilance, à les combattre fortement et courageusement, surtout celles qui s’opposent le plus à l’esprit de notre Institut ; qui sont :

1. La Prudence humaine.
2. L’Envie de paraître aux yeux des hommes.
3. Le Désir de faire que chacun se soumette toujours à notre jugement, et à notre volonté.
4. La Recherche de notre propre satisfaction en toutes choses.
5. L’Insensibilité pour la Gloire de Dieu, et pour le Salut du Prochain.

16. Et d’autant que cet Esprit Malin se change souvent en Ange de lumière, et nous trompe quelques fois par ses illufions : on se gardera bien de s’y laisser surprendre, et sera-t-on soigneux d’apprendre les moyens de les discerner et surmonter : Et l’expérience nous faisant voir, que le moyen le plus présent et le Plus sûr en ce cas, est de se découvrir promptement à ceux qui sont destinés de Dieu pour cela ; dès que quelqu’un aura des pensées suspectes d’illusion, ou quelque peine intérieure, ou tentation notable : il s’en découvrira, le plus tôt qu’il pourra, au Supérieur, ou au Directeur, afin qu’il y apporte le remède convenable ; lequel chacun recevra, et agréera, comme venant de la main de Dieu, et s’y soumettra avec confiance et respect. Surtout, il se gardera bien d’en parler à d’autres, soit de la Maison, soit de dehors ; l’expérience nous faisant voir, qu’en se découvrant ainsi à d’autres, on empire son mal, qu’on en infecte les autres, et que même cela porte à la fin un grand préjudice à toute la Congrégation.

17. Et d’autant que Dieu veut que chacun ait soin de son Prochain, et qu’étant tous membres d’un même corps mystique, nous devons nous entraider les uns les autres ; dès que quelqu’un aura appris qu’un autre souffre quelque forte tentation, ou qu’il a fait quelque faute notable, soudain s’animant de l’Esprit de Charité, il procurera en la meilleure manière qu’il pourra, que le Supérieur apporte à ces deux maux, dûment et en temps requis les remèdes convenables : Et afin qu’on puisse mieux s’avancer en la Vertu, Chacun trouvera bon et agréera que dans le même Esprit de Charité, ses fautes soient découvertes au Supérieur, par qui que ce soit, qui les aura remarquées hors de la Confession.

18. La Mission de Jésus-Christ s’étant faite au Monde, pour rétablir l’Empire de son Père dans les Âmes que l’Esprit malin lui avait ravies par l’amour déréglé des Richesses, de l’Honneur, et du Plaisir, qu’il avait finement répandu dans le Cœur des Hommes, ce bénin sauveur jugea qu’il était à propos de combattre son Adversaire par des Armes contraires, à savoir, par la Pauvreté, par la Chasteté, et par l’Obéissance : comme il a fait jusqu’à la mort. Et cette petite Congrégation de la Mission, ayant été suscitée en l’Église pour s’employer au salut des Âmes, principalement du pauvre Peuple des champs, Elle a pensé qu’elle ne pouvait se servir d’Armes meilleures et plus propres, que de celles mêmes, dont cette Sagesse Éternelle s’est servie si heureusement, et si avantageusement. C’est pourquoi, Tous et Chacun de notre Congrégation garderont fidèlement et perpétuellement cette Pauvreté, Chasteté et Obéissance, selon notre Institut. Et afin qu’ils puissent plus assurément et plus facilement, et même avec plus de mérite, persévérer jusqu’à la mort dans la pratique de ces Vertus ; un chacun tâchera, avec l’aide de Dieu, d’exécuter, le plus fidèlement qu’il pourra, ce qui est ordonné sur ce sujet dans les Chapitres suivants.

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