Triomphe de Jésus sur l’Antéchrist

Victoire sur l'AntéchristLa magnifique vie de Jésus du père Augustin Berthe (Jésus-Christ, sa vie, sa passion, son triomphe) s’achevait par trois chapitres :
Triomphe de Jésus sur les juifs
– Triomphe de Jésus sur les païens
– Triomphe de Jésus sur l’Antéchrist

Malheureusement, des rééditions récentes ont supprimé deux de ces trois chapitres. Voici le dernier (Triomphe de Jésus sur l’Antéchrist).
Télécharger : Le triomphe de Jésus sur l’Antéchrist 

La veille de son crucifiement, avant d’entrer au jardin des Olives, Jésus disait à ses apôtres : « Ayez confiance, j’ai vaincu le monde» Et, après huit siècles écoulés, huit siècles d’atroces persécutions, en dépit de Satan et de ses suppôts, il avait réellement vaincu le monde : le monde juif, le monde romain, le monde barbare. Ego vici mundum.

Royauté sociale de Jésus

Il régnait sur un immense empire qu’on appelait la chrétienté. Les rois se prosternaient devant ce monarque suprême ; leurs lois se basaient sur son Évangile ; les peuples vivaient de sa vie, s’efforçant de reproduire ses divines vertus. A partir de Constantin, pendant mille ans, l’Europe se couvrit d’églises et de monastères où retentissaient perpétuellement les louanges du Christ-Sauveur. Les Benoît, les Bruno, les Dominique, les François d’Assise multipliaient les ordres religieux, véritables pépinières de saints et de martyrs dévoués corps et âme à la gloire de Celui qu’ils aimaient mille fois plus qu’eux-mêmes. Et tous les sujets du Seigneur Jésus, rois, chevaliers, prêtres, religieux, simples fidèles, savants ou ignorants, pleins de foi et d’amour malgré leurs passions, redisaient la même prière et travaillaient au même but. « Que votre règne arrive ! Disaient-ils, que votre nom soit glorifié dans le monde entier, que votre volonté, ô divin Maître, s’accomplisse sur la terre comme au ciel ! »

Christ-Roi - La Bourgonnière (Maine et Loire)Soldats de Jésus, défenseurs de son royaume, les chrétiens regardaient comme leurs ennemis personnels les ennemis du Sauveur, hérétiques, schismatiques, apostats. Quand Mahomet et ses musulmans se lancèrent contre les fidèles du Christ, menaçant d’exterminer l’Église de Dieu, ils rencontrèrent partout, en France, en Espagne, en Afrique, en Orient, les chevaliers de la croix qui, pendant de longs siècles, au cri de : Dieu le veut ! versèrent leur sang pour Jésus-Christ, et finirent par écraser, à Lépante, les hordes mahométanes. En même temps, à la suite de Colomb, des légions de zélés missionnaires traversaient des océans inconnus pour ajouter au royaume du Christ les continents nouvellement découverts. Déjà l’on saluait l’aurore du grand jour où, conformément à la prédiction de Jésus, il n’y aura qu’un seul troupeau et un seul pasteur.

Apostasie des nations

Mais les chrétiens oubliaient cette autre prophétie du Sauveur qu’avant son triomphe complet sur ses ennemis et son second avènement sur cette terre, les nations substituées aux Juifs déicides passeraient elles-mêmes par une crise plus terrible que la persécution des empereurs romains. Le Maître n’avait-il pas dit, l’avant-veille de sa mort :

Le monde passera par une tribulation telle qu’on n’en a jamais vu et qu’on n’en verra jamais de semblable. Dieu en abrégera la durée par amour pour ses élus, car en ce temps s’élèveront de faux christs et de faux prophètes, lesquels se signaleront par de tels prodiges qu’ils induiraient en erreur, si c’était possible, les élus eux-mêmes [1].

Et commentant aux premiers chrétiens cette parole du Sauveur, Paul annonçait « qu’un mystère d’iniquité se formait dans l’Église de Dieu [2] », c’est-à-dire des hérésies, des schismes, des sectes impies qui conspireraient contre l’Évangile et la croix de Jésus. Il voyait « surgir vers la fin des temps des novateurs, ennemis de la saine doctrine, qui tourneraient le dos à la vérité pour s’attacher à toutes sortes d’erreurs [3]. Et alors, s’écriait-il, éclatera l’apostasie des nations, alors apparaîtra l’homme de péché, le fils de perdition, le grand adversaire qui s’élèvera au-dessus de tout ce qui s’appelle Dieu, jusqu’à s’asseoir dans le temple pour se faire adorer comme le seul Dieu [4] ». Ce sera la revanche de Satan, son dernier combat contre son vainqueur, mais aussi sa suprême défaite. « D’un souffle de sa bouche, Jésus exterminera l’Antéchrist [5] », et tous les suppôts de cet impie, témoins de sa chute, reconnaîtront enfin l’Homme-Dieu, et le proclameront Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

La Renaissance

François Ier (1494-1547) par Jean ClouetOr, au moment fixé par Jésus pour la grande épreuve des nations, il fut donné au démon d’ouvrir le puits de l’abîme, et il en sortit une épaisse fumée qui aveugla les esprits, leur déroba les clartés de l’Évangile, et les replongea dans les ténèbres de l’ancien paganisme. Fascinés de nouveau par les beautés matérielles dont Satan se sert pour corrompre les âmes, les chrétiens perdirent de vue la beauté surnaturelle et les célestes vertus qui avaient changé la face du monde. Oublieux de sa gloire, la société créée par l’Esprit divin se pervertit jusqu’à regretter la civilisation grecque et romaine. On la vit relever, en face du Crucifié, les statues impures des dieux et des déesses de l’antiquité, célébrer solennellement les saturnales des païens, abandonner les mystères qui représentaient la Passion du Christ pour se repaître des lubricités scandaleuses, anathématisées par l’Évangile. On appela divins les poètes, les orateurs, les philosophes de Rome et d’Athènes : on étudia leurs livres avec plus de soin que ceux des prophètes et des apôtres. Les produits les plus merveilleux de l’art chrétien, même nos sublimes basiliques, furent traités de barbares. Il fut convenu que la lumière et la beauté avaient disparu du monde avec le paganisme, et que les dix siècles du Moyen Age, illuminés par de sublimes génies, comme les Augustin, les Jérôme, les Chrysostome, les Bernard et les Thomas d’Aquin, illustrés par des chefs comme Charlemagne et saint Louis, sanctifiés par les vertus héroïques des grands fondateurs d’ordres et de leurs innombrables disciples ; il fut convenu, dis-je, que ces dix siècles s’appelleraient dans l’histoire les siècles d’ignorance et de barbarie, la sombre période des ténèbres, la nuit du Moyen Age. Afin de caractériser ce mouvement de retour aux idées, aux mœurs, à la civilisation païennes, on lui donna le nom de Renaissance. De même, pour marquer le nouvel esprit qui allait présider désormais aux destinées du monde, l’histoire, à partir de ce moment, prit le nom d’histoire moderne. Elle aura pour principal objet de raconter les péripéties de la grande apostasie des nations, c’est-à-dire les faits et gestes de l’Antéchrist et de ses précurseurs.

Luther (1517)

Martin LutherA la Renaissance païenne, première étape des nations chrétiennes dans la voie de l’apostasie, succéda, au seizième siècle, la Réforme protestante. Ayant étouffé l’Esprit de Jésus sous le dérèglement des mœurs et la perversion des idées, la société paganisée leva l’étendard de la révolte contre la sainte Église de Dieu. Sous prétexte de la réformer, un apostat entreprit de la détruire. A sa voix, les rois et les princes se liguèrent contre le Pontife de Rome, chef de cette Église, brisèrent violemment les liens sacrés de l’obéissance qu’ils devaient au Roi des rois, et détachèrent leurs peuples de la chrétienté. En moins d’un siècle, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Écosse, la Suisse, la Hollande, les États scandinaves, passaient au schisme et à l’hérésie, persécutaient les catholiques fidèles avec la fureur des empereurs païens, et allumaient le feu des guerres civiles dans l’Europe entière.

Satan triomphait : la prétendue Réforme avait démembré l’Église ; mais, toujours aveugle, il ne voyait pas que les vrais enfants de Dieu s’épuraient et se fortifiaient par le martyre. Aux prises avec les apostats, les chrétiens combattaient jusqu’à la mort pour le triomphe de la foi ; le concile de Trente excommuniait les sectes séparées, opposait à leurs faux docteurs la vaillante Compagnie de Jésus, en même temps que, par des réformes salutaires, il ranimait le clergé et remettait les fidèles sur la voie de la sainteté. De saints et savants religieux s’en allaient au loin, en Amérique, aux Indes, au Japon, en Chine, porter la croix de Jésus-Christ. Et pour montrer aux peuples apostats qu’ils essayaient en vain de ressusciter le vieux paganisme, un pape, Sixte V, ne craignit pas, à la fin de ce seizième siècle, de relever le fameux obélisque du jardin de Néron, dont la base avait été baignée du sang des martyrs, de le surmonter d’une croix, et de faire lire à tous les peuples de la terre cette inscription triomphante : « Voici la croix du Seigneur : fuyez, puissances ennemies ; le lion de la tribu de Juda a vaincu ! Le Christ règne, le Christ commande, le Christ est vainqueur ! »

Voltaire, la franc-maçonnerie (1717) et la Révolution (1789)

Voltaire (par Houdon)L’enfer s’émut, et tous ses suppôts, initiés dans les sociétés secrètes au grand mystère d’iniquité, lancèrent les peuples vers la troisième étape de l’apostasie. Il ne s’agit plus seulement de détruire l’esprit chrétien ni de renverser la papauté, mais d’attaquer directement Jésus-Christ en niant sa divinité et sa royauté, comme l’ont fait les Juifs. Un nouveau précurseur de l’Antéchrist parut dans le monde, entouré d’apostats qui prirent le nom de philosophes. Le chef de cette bande infernale osa se déclarer l’ennemi personnel du Christ. « Écrasez l’Infâme ! » cria-t-il aux sectaires. Et tous ensemble, pendant un demi-siècle, se mirent à battre en brèche la divinité du Sauveur Jésus, la révélation, toute la religion, ses dogmes, sa morale, ses sacrements, son culte. Jamais l’enfer, même sous Néron et Dioclétien, ne vomit autant de blasphèmes contre le Fils de Dieu, autant de calomnies et d’outrages contre les chrétiens. Au nom de la raison, de la liberté, du bonheur de l’humanité, ils organisèrent, sous le nom de Révolution, un état social nouveau, basé non plus sur la volonté de Dieu, mais sur la volonté du peuple, désormais seul souverain et seul législateur.

A la faveur de cette conspiration satanique contre la royauté du Christ, les conjurés se crurent assez forts pour exterminer le catholicisme. Au nom du peuple, dont ils s’intitulèrent les représentants, ils décrétèrent l’abolition de toutes les institutions religieuses, exilèrent ou massacrèrent prêtres et fidèles, abattirent les églises et les autels, supprimèrent tout ce qui rappelait l’ancien culte, la semaine, le dimanche, le calendrier catholique, et jusqu’à l’ère chrétienne. Le passé n’existait plus ; un monde nouveau commençait avec la Révolution.

Depuis un siècle, la Révolution poursuit, avec une infernale ténacité, la déchristianisation des sociétés et des individus. Déjà les nations, en tant que nations, ont cessé partout de reconnaître Jésus-Christ pour leur Roi, le pape pour leur chef, le Décalogue comme la loi suprême. En vertu des principes dits libéraux, les gouvernements font tous profession de ne tenir aucun compte, dans la confection des lois, de la volonté de Dieu. Ils ne reconnaissent d’autre divinité que le peuple souverain, d’autre loi que le bon plaisir des majorités, même lorsque celles-ci légifèrent contre l’Évangile, contre le Décalogue, contre le Christ et son Église. C’est la répudiation du Christ-Roi, dont Charlemagne se disait le lieutenant ; c’est l’apostasie des nations, discession, prédite par l’apôtre saint Paul, et avant lui par David. « Les rois et les peuples conspirent contre le Seigneur et contre son Christ, s’écriait le Roi-prophète. Brisons nos fers, disent-ils, et rejetons loin de nous leur joug odieux. »

Déchristianisation du monde

Timbre - Jules Ferry (1981)Cependant, malgré l’influence puissante des gouvernements athées et de leurs lois impies, il reste encore beaucoup des chrétiens fidèles. La foi d’un grand nombre, il est vrai, s’éteint graduellement, les cœurs se refroidissent, la vertu sombre dans un abîme de scandales ; mais Dieu conserve ses élus, ce qui fait rugir Satan. Pour arracher à Jésus jusqu’au dernier des baptisés, la Révolution emploie aujourd’hui le moyen le plus efficace. Le divin Sauveur a christianisé le monde par l’enseignement catholique ; la Révolution le déchristianise par l’enseignement satanique. Elle arrache violemment les enfants au Dieu de leur baptême, à l’Église leur mère, à leurs parents selon la chair, pour les livrer au démon, le seul maître qu’elle adore. Dans toutes les villes et tous les villages, elle aura désormais une école sans Dieu, d’où seront bannis le crucifix, le catéchisme, la prière. Et afin que tous les enfants sans exception arrivent à l’âge d’homme sans aucune connaissance du Sauveur qui les a baptisés dans son sang, elle ferme l’école chrétienne, rend obligatoire l’école sans Dieu, et force ainsi les jeunes générations à recevoir les leçons de ses professeurs d’athéisme.

Les prophéties de l’Écriture sur l’apostasie générale des nations sont donc accomplies. Comme les Juifs, les peuples s’écrient : « Nous ne voulons plus que Jésus règne sur nous. » C’est le pontife romain, le Voyant d’Israël, bien placé pour juger l’état du monde, qui le constate officiellement :

— Nous en sommes venus, dit-il, même en Italie, à redouter la perte de la foi. L’action des sociétés secrètes tend à réaliser des desseins inspirés par une haine à mort contre l’Église : abolition de toute instruction religieuse, suppression des congrégations, exclusion de tout élément catholique ou sacerdotal des administrations publiques, des œuvres pies, des hôpitaux, des écoles, des académies, des cercles, des associations, des comités, des familles ; exclusion en tout, partout, toujours. Au contraire, l’influence maçonnique se fait sentir dans toutes les circonstances de la vie sociale, et devient en tout arbitre et maîtresse. C’est ainsi qu’on aplanira la voie à l’abolition de la papauté !… et cela ne se passe point seulement en Italie, mais c’est un système de gouvernement auquel les États se conforment d’une manière générale [6]

— La libre pensée, s’écrie à son tour un illustre prélat, ne cache plus le dessein arrêté, tout détruire … Les fidèles ne doivent plus en douter. Si ces desseins se réalisent, leurs églises seront bientôt fermées, leur culte proscrit, les ministres de Dieu violemment chassés, et on verra revenir les jours où les chrétiens payaient de leur liberté et même de leur vie la fidélité à leurs devoirs [7] !

Or, comment finira cette conjuration satanique des nations contre Jésus-Christ et son Église ? Elle finira, comme celle des Juifs et des Romains, par l’écrasement des révoltés et le triomphe solennel du grand Roi qu’ils veulent détrôner. « Le monde vous tiendra sous le pressoir, a dit le Sauveur, mais soyez tranquilles, j’ai vaincu le monde [8]. »

Avant la fin des temps, surviendra la grande tribulation, tribulation telle que les peuples n’en ont pas vu de semblable depuis le commencement, mais j’en abrégerai la durée en faveur des élus. De faux christs et de faux prophètes surgiront alors, dont les prestiges et les prodiges induiraient en erreur, s’il était possible, les élus eux-mêmes. Souvenez-vous de cette prédiction, et gardez-vous de vous laisser tromper par ces imposteurs [9].

L’Antéchrist

Mais qui donc sera le principal auteur de cette grande tribulation ? Un jour, dit saint Paul, jour connu de Dieu seul, quand l’apostasie des nations lui aura frayé les voies,

apparaîtra l’homme de péché, le fils de perdition, l’Antéchrist ou l’adversaire du Sauveur, lequel s’élèvera au-dessus de tout ce qui s’appelle Dieu et s’assoira même dans le temple pour se faire adorer comme Dieu. Véritable personnification de Satan, il trompera les hommes par toutes sortes de séductions, d’artifices et de prodiges diaboliques qui les entraîneront à leur perte. Ils n’ont pas voulu de la vérité qui sauve, c’est pourquoi Dieu les livrera à l’esprit d’erreur et de mensonge.

Ce monstre d’iniquité, ajoute l’apôtre, paraîtra au temps marqué par Dieu, mais le Seigneur Jésus le tuera d’un souffle de sa bouche [10] ».

Saint Jean, dans son Apocalypse, dépeint d’une manière saisissante la lutte de l’Antéchrist contre l’Église et l’extermination des apostats.

Le dragon infernal, dit-il, entra en fureur et s’en alla guerroyer contre ceux qui gardent les commandements de Dieu et rendent témoignage à Jésus-Christ. Et je vis paraître une Bête terrible, forte comme le lion, cruelle comme le léopard. Le dragon lui communiqua sa puissance, et tous les peuples de la terre, après avoir adoré le dragon, se prosternèrent devant la Bête, en disant : « Qui pourra combattre contre elle ? »

Et à l’Antéchrist, personnifié par ce monstre, il fut donné une bouche exhalant l’orgueil et le blasphème. Il exerça sa puissance pendant quarante-deux mois, vomissant d’horribles blasphèmes contre Dieu, contre son Église et contre ses fidèles. Il lui fut également donné de faire la guerre aux saints de Dieu, de les vaincre et de commander en maître aux peuples de toute langue et de toute nation. Tous l’adorèrent, tous ceux dont les noms ne sont pas écrits au livre de vie.

Et je vis une autre Bête qui parlait le langage de Satan. Ce faux prophète opérait toutes sortes de prodiges en présence de l’Antéchrist et le faisait adorer. Il faisait même descendre le feu du ciel sur la terre, et séduisait les hommes jusqu’à leur persuader d’ériger des statues à la Bête [c’est-à-dire à l’Antéchrist]. Il animait ces images, et elles rendaient des oracles, et tous ceux qui refusaient d’adorer ces images étaient livrés au glaive. Petits et grands, riches et pauvres, hommes libres ou esclaves devaient porter sur leur front le signe de la Bête, sous peine de ne pouvoir ni vendre ni acheter [11]. »

Telle sera la persécution de l’Antéchrist « qui s’élèvera au-dessus de tout ce qui s’appelle Dieu et se fera adorer comme Dieu ». Les Juifs déicides l’adoreront comme leur Messie, et tous les apostats seront heureux de continuer, sous un pareil chef, leur guerre satanique contre Jésus-Christ. Cette fois, ils se croiront sûrs d’anéantir l’Église, mais, dans les combats contre Dieu, jamais on n’est plus près de la ruine que quand on chante victoire.

Les deux témoins

Elie et EnochAprès avoir révélé les abominations de l’Antéchrist, le Seigneur fit connaître à saint Jean le dénouement de l’horrible persécution. « Les Gentils, lui dit-il, fouleront aux pieds la cité sainte pendant quarante-deux mois, mais je donnerai mon esprit à mes deux témoins, lesquels prophétiseront, revêtus de cilices, mille deux cent soixante jours. » Ces deux témoins de Jésus, toute la tradition l’enseigne, ce sont Énoch et Élie, enlevés vivants de cette terre pour soutenir la cause de Jésus contre l’Antéchrist. Pendant les trois ans et demi que durera la guerre contre les chrétiens, les deux prophètes reparaîtront en ce monde, prêcheront la pénitence, consoleront et défendront les amis de Dieu. « Ce sont deux oliviers », dit le Seigneur, qui répandent l’onction du divin Esprit ; « deux candélabres » chargés d’illuminer le monde au milieu de ses affreuses ténèbres.

Si quelqu’un veut leur nuire, un feu sortira de leur bouche, qui dévorera leurs ennemis ; si quelqu’un veut les offenser, il périra également par le feu. Ils auront la puissance de fermer le ciel, pour empêcher la pluie de tomber pendant le temps qu’ils prophétiseront, et de frapper la terre de toutes sortes de plaies, aussi souvent qu’ils le voudront.

Et Dieu fit voir à saint Jean les deux prophètes opposant de vrais miracles aux prodiges de leurs adversaires, les appelant à la pénitence, déchaînant contre eux les plus épouvantables fléaux, pestes, famine, guerres sanglantes, les couvrant de plaies semblables aux plaies d’Égypte. Mais, au lieu de répondre à l’appel des deux témoins de Dieu, les apostats, excités par l’Antéchrist, s’endurciront de plus en plus, blasphémeront comme des démons, et convoqueront tous les rois de la terre à livrer le suprême combat au Dieu tout-puissant [12].

Et le Seigneur permettra, pour sa gloire et la confusion des méchants, que ceux-ci triomphent un instant. De même que Jésus, au moment de sa Passion, parut dépouillé de sa force divine, ses deux témoins, leur mission remplie, sembleront abandonnés d’En-Haut. L’Antéchrist, vainqueur, s’en emparera et leur donnera la mort. Leurs cadavres resteront étendus sur la place publique pendant trois jours et demi, sans qu’il soit permis de les mettre au tombeau. De tous côtés les peuples accourront pour contempler ces prophètes si redoutés, maintenant sans force et sans vie. Et en apprenant leur mort, les apostats de tous pays pousseront des cris de joie, se féliciteront de leur triomphe et s’enverront des présents les uns aux autres, heureux d’être enfin délivrés des deux prophètes qui accablaient de tourments tous les habitants de la terre.

Mais voilà qu’aux chants d’allégresse succèdent tout à coup des cris d’épouvante. « Après trois jours et demi, continue l’apôtre, l’esprit de vie rentre dans les cadavres des deux prophètes. » Énoch et Élie se relèvent sur leurs pieds, en présence des apostats terrifiés. Une voix, la voix de Dieu, crie du haut du ciel : « Montez ici », et les deux témoins, enveloppés dans une nuée, s’élancent vers les cieux, à la vue de leurs ennemis. En même temps, la terre tremble sur ses bases, les villes s’écroulent, ensevelissant sous leurs ruines des millions d’hommes, les bons rendent gloire à Dieu, les méchants périssent dans un dernier combat [13].

Le Roi des rois

Christ RoiSaint Jean assista, dans une vision, à la victoire du triomphateur.

Je vis le ciel ouvert, dit-il, et bientôt apparaître le Fidèle, le Véridique, celui qui juge et combat avec justice. Ses yeux lançaient des flammes, sa tête portait grand nombre de diadèmes, sa robe était teinte de son sang : il s’appelait le Verbe de Dieu. De sa bouche sortait un glaive, le glaive avec lequel il frappe les nations. Sur son vêtement on lisait ces mots : « Roi des rois et Seigneur des seigneurs ». Et je vis alors la Bête, l’Antéchrist, les rois de la terre, et leurs armées, rassemblés pour combattre le Verbe de Dieu. Et la Bête fut prise, et avec elle le faux prophète qui avait fait des prodiges en sa présence, prodiges de séduction qui décidèrent les apostats à recevoir le caractère de la Bête et à l’adorer. Tous deux furent précipités, vivants, dans l’étang de soufre et de feu ; leurs armées tombèrent sous le glaive du vainqueur [14]

pendant que les armées angéliques entonnaient ce chant de triomphe : « Le royaume du monde est devenu le royaume de notre Seigneur et de son Christ [15] »

Conversion des nations

C’était la proclamation solennelle de la royauté du Christ sur tous les peuples de la terre. Réveillés aux éclats du tonnerre, illuminés par l’Esprit-Saint, les peuples reconnaîtront la puissance souveraine du Fils unique de Dieu. En voyant Jésus anéantir d’un souffle de sa bouche cet Antéchrist, ce roi des nations qu’ils avaient pris pour leur Messie, les Juifs frémiront d’horreur au souvenir de leur déicide, se donneront corps et âme au Dieu qu’ils ont crucifié, et deviendront les plus ardents propagateurs de son royaume. « Leur réprobation, dit saint Paul, a été l’occasion de la conversion des Gentils : que ne produira pas leur rappel ? Ce sera comme une vie nouvelle, une résurrection d’entre les morts. » Les nations, trop longtemps victimes des suppôts de Satan, des hérétiques, des apostats, de tous les Antéchrists sortis des sociétés secrètes, maudiront ceux qui les ont trompés et jureront fidélité au Seigneur Jésus. Juifs et Gentils, unis dans la même foi et le même amour, porteront l’Évangile à tous les peuples qu’éclaire le soleil. Tous tomberont au pied de la croix, adoreront Celui qui a donné son sang pour le salut du monde, et il n’y aura plus, selon la prédiction du Maître, qu’un seul troupeau et un seul pasteur,

Et Jésus régnera sur cette terre aussi longtemps qu’il n’aura pas complété le nombre de ses élus. Combien d’années ? Combien de siècles ? C’est un secret qu’il n’a révélé à personne. Tout ce que nous savons par ses dernières prédictions, c’est qu’un jour l’agonie du monde sonnera. « Des signes célestes annonceront le grand cataclysme. Et, voyant la terre trembler sur ses bases, en entendant les mugissements de la mer et des flots, les hommes sécheront d’épouvante [16]. »

Le soleil deviendra noir comme un cilice, la lune rouge comme le sang, les étoiles tomberont du ciel. Les rois de la terre, les princes, les tribuns, les riches, les puissants, aussi bien que les pauvres ou les esclaves, se cacheront dans les cavernes et dans les rochers des montagnes, et ils diront aux rochers et aux montagnes : Tombez sur nous et dérobez-nous à la colère de l’Agneau, car le grand jour de la colère est arrivé ; et qui pourra subsister ? [17]

Et au milieu de ces affreux bouleversements, au milieu des éclairs et des tonnerres, le feu dévorera la terre et tout ce qui est sur la terre. Au son de la trompette angélique, les morts sortiront du tombeau, l’enfer vomira les damnés, du ciel descendront les saints, et toutes les âmes de ceux qui ont vécu ici-bas, réunies à leur corps, se rassembleront pour assister au dernier jugement.

Dernier jugement

Jugement dernier - Hans HemlingAlors aura lieu le second avènement, l’avènement glorieux du Sauveur. Jésus, entouré de ses anges, descendra sur les nuées du ciel, l’étendard de la croix à la main, pour juger tous les hommes et rendre à chacun selon ses œuvres, comme il l’a promis pendant sa vie mortelle. Il commandera aux anges de placer les bons à sa droite et les méchants à sa gauche.

Et quand le souverain Juge verra réunis à sa gauche ses millions et milliards d’ennemis, les Judas, les Caïphes, les Pilates, les Hérodes de tous les siècles, qui l’ont attaché à la croix ; les négateurs de sa divinité, les hérétiques, les apostats, les antéchrists, qui, pendant des milliers d’années, ont persécuté son Église et martyrisé ses enfants ; les impies, les débauchés, les voleurs, qui ont tourné en dérision sa doctrine et foulé aux pieds ses commandements ; quand il verra, dis-je, cloués à l’infâme pilori ces insulteurs de sa royauté, des éclairs jailliront de ses yeux, pénétrant jusqu’au fond des consciences, et manifesteront à tous les crimes révoltants de ces suppôts de l’enfer. Et quand le supplice de la honte aura comme anéanti ces hommes autrefois si hardis contre Dieu, Jésus prononcera contre eux la terrible sentence : « Vous n’avez pas voulu que je règne sur vous, eh bien ! éloignez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel, allez rejoindre Satan, votre maître, dans cet enfer créé pour lui, et que vous avez mérité comme lui. »

Et ils descendront dans l’abîme des douleurs en poussant des cris de désespoir. « Insensés que nous sommes ! s’écrieront-ils, nous avons donc erré hors des sentiers de la vérité. La lumière de la justice n’a pas lui à nos yeux, le soleil de l’intelligence ne s’est pas levé sur nous ! » Ainsi se jugeront eux-mêmes, au fond des enfers, ces sages de la terre qui insultaient et outrageaient les saints de Dieu.

Jésus alors s’adressant à l’armée des fidèles, à ceux qui ont confessé son saint nom devant les hommes, pratiqué ses commandements, affronté la persécution par amour pour leur Roi et leur Dieu, prononcera l’arrêt de la divine justice : « Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. » Et les élus et les anges, à la suite de Jésus, entreront dans le paradis de délices, où, assis sur des trônes autour du divin Roi, ils jouiront éternellement de sa gloire.

Et j’entendis, s’écrie l’apôtre bien-aimé, une grande voix sortant du trône de l’Éternel. Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes, disait la voix. Il demeurera avec eux, ils seront son peuple, et il sera leur Dieu. Le Seigneur essuiera les larmes de leurs yeux, et il n’y aura désormais ni mort, ni travail, ni larmes, ni douleur [18].

Et dans les siècles des siècles Jésus-Christ, le souverain triomphateur, régnera dans le ciel avec ses anges et ses saints, et tiendra sous ses pieds, dans les flammes éternelles, les démons et les réprouvés.

Père Augustin Berthe, Jésus-Christ, sa vie, sa passion, son triomphe,
Paris, 1926, p. ?????????.

Le Père Augustin Berthe (religieux rédemptoriste, 1830-1907) est aussi l’auteur d’une vie de saint Alphonse de Liguori, et d’une biographie de Garcia Moreno (président de l’Équateur, assassiné en 1875 par la Franc-Maçonnerie). — Ami de Mgr Delassus, il lui écrivait le 15 avril 1899 : « Malheur au monde si l’Amérique devient, comme on nous le prédit, la conquérante des peuples et l’institutrice des siècles à venir […]. Ce pays de tous les cultes et de toutes les libertés décomposera de plus en plus toutes les religions pour les fondre dans l’alliance universelle prêchée par Israël. » (Lettre citée dans Mgr Delassus, p.172-176)

[1] Matth., XXIV, 21
[2] II Thessal., II , 7.
[3] II Timoth., IV,3-4
[4] II Thessal., II , 3-4.
[5] II Thessal., II , 7.
[6] Léon XIII, Encyclique du 15 octobre 1890
[7] Lettre du cardinal Lavigerie à son clergé, 1er septembre 1889
[8] Joan., XVI, 33.
[9] Matth., XXIV, 21-24
[10] III Thessal., II , 3-10.
[11] Apocal. XII,1-17
[12] Apocal. XVI,passim
[13] Apocal. XI, 7-13
[14] Apocal. XIX, 11-21
[15] Apocal. XI, 13
[16] Luc . XXI, 25-26
[17] Apocal. VI, 13-17
[18] Apocal. XXI, 3-4

Source : http://www.dominicainsavrille.fr/triomphe-de-jesus-sur-lantechrist/

Le système préventif de saint Jean Bosco

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LA PÉDAGOGIE SALESIENNE

par Xavier Thévenot (1) (Une présentation synthétique destinée aux éducateurs chrétiens)

Don Bosco a donné à ses intuitions éducatives, lors d’une visite en France en 1877(2), le nom de système préventif (3). C’est ce système pédagogique que nous présentons ici de façon très rapide et synthétique.

Une pédagogie informée par Dieu

La pédagogie de don Bosco s’appuie sur des bases anthropologiques très solides auxquelles peuvent adhérer non seulement les éducateurs chrétiens, mais aussi un grand nombre d’éducateurs incroyants, agnostiques, ou adhérant à d’autres visions religieuses.

Cependant, il semble souhaitable, surtout pour nous européens francophones qui vivons dans une société en bien des domaines postchrétienne, de percevoir d’entrée que le système préventif est radicalement théonome (Théos = Dieu; nomos = règle). C’est-à-dire qu’il trouve la règle dernière de son élaboration et de son application dans l’être, l’agir, et le désir de Dieu, tels que ceux-ci se sont fait connaître par la révélation chrétienne.

Cela signifie tout d’abord que, selon don Bosco, l’origine première de l’activité éducative est la prévenance de Dieu, le Créateur de toutes choses, qui éduque l’humanité en la sortant de ses aliénations. De même, la fin dernière de l’éducation est la « gloire »(4) de Dieu. D’un Dieu qui n’est pas n’importe quel dieu, mais bien Celui qui se révèle dans le Nouveau Testament comme Amour (1 Jn 4, 8), ou comme Père exprimant une bonté affectueuse(5) (Lc 15, 11-32) envers chaque homme, fût-il le plus grand des pécheurs.

Cela implique ensuite que Jésus de Nazareth, autocommunication(6) de Dieu au monde, sauveur des hommes, soit vécu à la fois comme le modèle d’identification par excellence de l’éducateur et du jeune, et surtout comme celui en qui chaque homme doit vivre pour participer à la vraie Vie, celle qui vient de Dieu(7).

Cela veut dire enfin que l’Esprit(8) de Dieu, source de liberté ( 2 Co 3, 17), est ressenti comme le dynamisme interne de l’activité éducative. Eduquer, c’est se faire l’aventurier du désir de l’Esprit. C’est entrer avec lui, de façon souvent surprenante, dans une voie qui mène à la Vérité et à la Vie (Jn 14, 6)

Ainsi, éduquer à la salésienne, c’est reconnaître que la réussite éducative n’est pas au bout des efforts acharnés de l’homme, mais qu’elle est d’abord le fruit de l’amour gratuit de Dieu. C’est sur cet amour que se repose l’éducateur salésien ; ce qui ne signifie pas pour autant qu’il aura une vie de tout repos ! Les jeunes sont parfois déstabilisants et exigent beaucoup de créativité ; et surtout, l’Esprit bouscule les programmations trop rigides de l’avenir. L’éducateur sera donc parfois conduit sur des chemins risqués, mais ce sera avec la certitude que le Dieu de la paix l’accompagne.

Une pédagogie ecclésiale

Don Bosco considérait que la façon dont Dieu se rendait présent sur terre était l’Église (9). La vision qu’il avait de cette « arche du salut et de la sainteté » était tout à fait représentative de celle qui était en vigueur dans le Piémont du dix-neuvième siècle. Elle se traduisait par la définition suivante : « L’Église est la société des fidèles chrétiens qui, sous la conduite du souverain pontife et des pasteurs légitimes, professent la religion établie par Jésus-Christ et participent aux mêmes sacrements ». On est évidemment assez loin de la vision ecclésiale contemporaine qui, dans la ligne du concile Vatican II, insiste sur l’idée de peuple de Dieu et de communion, sans pour autant négliger la dimension hiérarchique.

Quoi qu’il en soit, don Bosco ne concevait pas que l’on puisse se laisser modeler par Jésus-Christ sans que dans le même mouvement on ne développe la communion ecclésiale. Communion dont la théologie d’aujourd’hui a souligné qu’elle devait certes s’exprimer envers le pape et les évêques, mais aussi envers les autres baptisés et les autres Églises. L’éducation doit donc tenter de faire découvrir au jeune son appartenance au corps du Christ, qui est un corps vivant à la fois d’unité et de différence (1 Co 12). D’unité, car dans un corps circule la même vie ; ici celle de Dieu. De différence, car un corps est constitué de membres aux fonctions diversifiées, qui se mettent au service de l’ensemble.

Ces convictions théologiques confortaient don Bosco dans l’idée que la pédagogie devait, pour atteindre ses objectifs, s’appuyer autant que possible sur une institution convenablement structurée, ainsi que sur la communauté des éduquants (10). Aussi n’hésitera-t-il pas à inviter ses jeunes à former des groupes destinés à animer et évangéliser l’institution éducative. Ce furent les Compagnies. La pédagogie salésienne est ainsi constituée d’une subtile articulation d’attention à la singularité de chaque jeune et d’ouverture sur la vie communautaire.

Les finalités de l’éducation salésienne

Don Bosco avait une formule simple pour dire les finalités de sa tâche éducative : « Faire d’honnêtes citoyens et de bons chrétiens ». Malgré son vocabulaire quelque peu vieillot, cette formule articule bien les deux buts de toute éducation chrétienne digne de ce nom : inviter les jeunes à se laisser totalement saisir par le Christ ressuscité jusqu’à devenir saints, et les aider à prendre pleinement leur place comme citoyens intègres et responsables dans la vie sociale et politique.

On pourrait dire, en termes ramassés, que la fin du système préventif est d’apprendre à vivre dans la justice : d’une part la justice qui vient du Christ (Ph 3, 9), celle qui ajuste à l’amour libérateur de Dieu ; et d’autre part la justice sociale, sans laquelle il n’est pas de bonheur collectif possible. On devine donc que le système pédagogique salésien est marqué d’une double ouverture sur Dieu et sur le monde. Et cette ouverture doit toujours passer en priorité par l’attention aux pauvres. En effet, la justice qui vient de Dieu est celle qui proclame :

« Heureux les pauvres, car le Royaume des cieux est à eux » (Lc 6, 20). Quant à la justice sociale, elle n’a de sens qu’à tenter de mettre fin à la pauvreté. D’où l’obsession, oserait-on dire, de don Bosco pour l’attention envers les jeunes les plus défavorisés. Éduquer à la salésienne, c’est mettre les pauvres au centre de la problématique éducative. C’est faire que l’activité éducative soit reçue par eux comme une « bonne nouvelle ».

Une pédagogie de l’amour et de la joie

Ces deux finalités, l’épanouissement de « l’homme nouveau en Christ » (Ep 4, 17-24) et le développement de l’homme solidaire des démunis, le système préventif de don Bosco cherche à les atteindre par une pédagogie de l’amour et de la joie.

Une pédagogie de l’amour tout d’abord. Le terme d’amour est à entendre ici non pas d’abord avec sa connotation affective, mais avec l’acception qu’il a dans le Nouveau Testament où Il traduit le mot grec agapè (transcrit en latin par le terme caritas). Ce mot est difficile à définir par une formule brève. Le mieux sans doute pour approcher sa signification est de se reporter, comme le faisait d’ailleurs don Bosco, à la description qu’en a donnée St Paul dans la première épître aux Corinthiens (1 Co 13, 1-13) :

« L’amour est serviable, n’est pas envieux, ne fanfaronne pas, ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il met sa joie dans la vérité ; il excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout ».

Ce qui doit informer jusqu’au plus profond de son être chaque éducateur salésien, c’est donc l’agapè. Toute autre attitude n’est que seconde ou n’est encore que mise en œuvre d’une technique pédagogique, nécessaire certes, mais insuffisante. Or comme l’agapè constitue l’être même de Dieu (1 Jn 4, 8), on voit que le cœur du système préventif est constituée par la gratuité de l’amour de Dieu. Celle-ci se saisit de la liberté humaine non seulement pour lui donner toutes ses dimensions, mais encore pour la conduire à « participer à la nature divine » (2 P 1, 4).

La pédagogie salésienne est du coup une pédagogie de la joie ; à ne pas confondre avec une pédagogie de l’exaltation qui, elle, serait proprement manipulatrice et aliénante. La joie dont il s’agit ici est non pas l’objet d’une conquête, mais le fruit de l’Esprit en l’homme. C’est dire qu’elle surgit quand la personne accepte de lâcher prise pour se laisser travailler par la gratuité de Dieu. Décidément, l’éducation à la salésienne n’est pas de l’ordre d’une conquête volontariste, inlassablement recommencée.

Elle est de l’ordre d’une surabondance d’un Amour en quête de l’homme, que l’on apprend à accueillir. Ce qui n’exclut évidemment pas une éducation de la volonté avec ses exigences d’efforts répétés et même de rudes combats. Mais ceux-ci, au lieu d’être vécus comme une tentative de coïncider avec une belle image de soi-même, ne font que traduire alors une démarche qui cherche à être logique avec l’amour reçu.

Une pédagogie de l’alliance, de la confiance et de la loi

Mû par l’agapè de Dieu qui fait alliance avec l’homme, l’éducateur salésien, au sein de l’institution éducative, propose au jeune d’instaurer une alliance avec sa « partie éduquante ». Chaque jeune, en effet, dispose d’une liberté. Celle-ci se manifeste, comme l’a rappelé le philosophe Paul Ricœur, par trois grands types d’actes : décider, mouvoir les êtres et les choses, et consentir.

La « partie éduquante » du jeune est celle qui est capable de déployer toujours davantage ces trois façons d’exister, d’abord envers lui-même : se décider, « se bouger » ou se transformer, et enfin consentir à celles de ses limites qui ne peuvent être repoussées.

Cette partie éduquante, on l’imagine facilement, a besoin d’un éducateur qui fasse alliance avec elle et l’aide à se développer. Or une telle alliance n’est possible que dans la confiance mutuelle et le respect d’une loi, comme le montre la Bible quand elle décrit un des moments où Dieu fait alliance avec Israël (Ex 19-20).

C’est ce que don Bosco avait parfaitement compris. Il a créé une institution ouverte, l’Oratoire, toute régie par la confiance et le rapport souple à une loi. Il donnait ainsi à des jeunes, qui avaient perdu leurs repères en raison d’un déracinement sociologique, la possibilité de retrouver peu à peu une orientation de vie, et de devenir féconds dans la vie sociale.

Une trilogie centrale : raison-religion-affection

Toutes les réalités que nous venons de décrire informent une trilogie qui est le cœur même de la pédagogie de don Bosco : la raison, la religion, l’affection (l’amorevolezza). Ces trois réalités « forment système », comme l’on dit aujourd’hui. Ce qui signifie qu’elles sont indissociables et qu’elles rétroagissent les unes sur les autres, s’équilibrant mutuellement.

La raison. Don Bosco veut faire pleinement droit à cette faculté qui est le propre de l’homme. La raison doit être honorée non seulement en introduisant le jeune aux connaissances intellectuelles, mais en lui donnant l’occasion de confronter sa foi aux exigences du raisonnement, et en instruisant ses relations affectives par un mouvement de réflexion critique. Une telle attitude évite que la relation éducative ou l’institution ne sombre dans un fonctionnement de type sectaire.

La religion. Elle est évidemment le cœur de la pratique éducative de don Bosco, avec ses trois grandes manifestations que sont le culte rendu à Dieu par la prière individuelle et communautaire, la compréhension intellectuelle par l’étude, l’agir inspiré par une éthique conforme aux exigences de l’Évangile. Elle rythme le déroulement des journées, elle anime les façons d’être avec autrui, elle ouvre un sens global à l’existence.

L’affection ou plus précisément l’amorevolezza. Ce terme italien est difficilement traduisible. Il désigne une sorte de bonté affectueuse que don Bosco recommande d’exprimer dans la relation éducative avec le jeune. Non seulement l’éducateur doit manifester au jeune une affection qui est celle d’un père, ou d’un frère, ou encore d’un ami, mais il cherche à susciter une réponse d’amitié.

Ainsi, la dimension affective qui sous-tend toute relation humaine intense est prise en compte par la pédagogie salésienne. C’est là une de ses plus grandes originalités. Mais on imagine aussi que ce peut être là son talon d’Achille, tant l’affectif entre un jeune et un adulte peut facilement se dérégler, voire se pervertir. D’où la double insistance de don Bosco d’une part sur la vertu de chasteté qui permet une saine régulation des affects sexués, et d’autre part sur la nécessaire connexion de tous les éléments du système préventif, qui évite que tel ou tel élément n’entre dans un chemin déviant.

Une pédagogie régie par la douceur

Don Bosco, si l’on en croit les confidences qu’il a faites sur lui-même, avait un tempérament violent. Or au contact de la foi chrétienne, il comprend très tôt – dès l’âge de neuf ans, lors d’un songe(11) – que la douceur est le passage obligé de l’éducation. « Ce n’est pas avec des coups, mais par la mansuétude et la charité que tu devras gagner tes amis » lui dit le Christ dans ce songe. Aussi, dans la lignée de Saint François de Sales, s’inspire-t-il pour son mode de présence au milieu des jeunes de la charité du « Bon Pasteur ».

Celui-ci est « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), mais en même temps, il n’hésite pas à exprimer de façon juste son agressivité quand le respect de la vraie foi et de la justice est en cause (Mt 23). La pédagogie salésienne conduit donc l’éducateur non pas à dénier l’agressivité qui est sous-jacente au vivre-ensemble, mais à la réguler par l’amour, afin qu’elle se mette au service de la croissance des personnes et des groupes.

Les deux piliers du système : la pénitence et l’eucharistie

La religion qui est au cœur du système préventif repose, selon don Bosco, sur deux piliers : le sacrement de la réconciliation et la célébration eucharistique.

D’un point de vue anthropologique, il est intéressant de remarquer qu’il y a là deux formes de ritualité ; l’une qui prend en charge la culpabilité individuelle et collective, l’autre qui fait mémoire d’une violence faite à un innocent condamné injustement, et de la victoire sur la mort par la résurrection. On fait ainsi droit à des réalités que beaucoup d’éducateurs ont tendance à négliger, telles que le besoin de langage symbolique, la nécessité de faire mémoire, la quête de communion groupale, le désir de purification, la recherche d’une source d’espérance, etc.(12)

D’un point de vue théologique, est ainsi célébré le cœur de la foi chrétienne, à savoir le mystère pascal de mort et de résurrection. Mystère par lequel la puissance salvatrice du Christ se déploie et se donne à l’homme. Célébrer la réconciliation et l’Eucharistie au centre de la vie d’une institution éducative, c’est induire, une fois de plus, l’idée que la vie trouve son vrai sens dans l’expérience d’une gratuité qui purifie, redresse et transfigure le réel dans un mouvement d’excès.

On pourrait récapituler tout cela en disant que la pédagogie salésienne est une pédagogie de la grâce. Le mot grâce devant être entendu avec ses multiples connotations de gratuité (c’est à titre gracieux), de salut (la grâce d’un condamné à mort), et de beauté (la grâce d’un enfant). En définitive, la réussite éducative est, de par la grâce, conduire les jeunes à vivre de la grâce. Ce qui les mène à vivre dans la douceur, l’attention aux autres, la chasteté, la paix,… ces multiples fruits de l’Esprit que signale St Paul dans l’épître aux Galates (Gal 5).

Une pédagogie de la présence

L’éducateur salésien n’aborde pas les jeunes seulement quand il doit exercer le rôle précis pour lequel il est engagé dans l’institution éducative ; par exemple dans les seules heures d’enseignement. Don Bosco insiste pour que l’éducateur se plaise au milieu des jeunes, soit cordial et ouvert envers eux, manifestant beaucoup de respect et patience, toujours prêt à faire le premier pas pour tenter de saisir de l’intérieur leur univers. C’est pourquoi dans ses institutions, il promeut la présence de tous les éducateurs dans les lieux de loisir des jeunes, sur la cour de récréation par exemple. Le jeu est, selon lui, une des réalités parmi les plus éducatives. L’éducateur doit donc prendre plaisir, si c’est possible, à jouer avec les jeunes.

Ce qui s’allie particulièrement bien avec la pédagogie de la joie. Et pour bien signifier que la présence salésienne au milieu des jeunes ne relève pas d’abord du registre de la surveillance, la tradition salésienne parle d’assistance. L’éducateur cherche à être l’assistant du jeune pour promouvoir sa liberté. Assistance qui devra s’inspirer de la façon dont Dieu lui-même se tient près de son peuple pour l’éduquer (ex-ducere), c’est-à-dire pour le conduire hors de ce qui nuit à sa liberté.

Une pédagogie préventive

Don Bosco a voulu donner à sa pédagogie le nom de système préventif, par opposition au système répressif. Les raisons du choix de ce qualificatif préventif font encore l’objet de discussions entre les historiens. Cependant il est clair que don Bosco rejoignait ainsi tout un courant de réflexion du dix-neuvième siècle qui mettait l’accent sur l’idée de prévention dans le domaine social et en éducation(13). Dans sa sensibilité préventive, il y avait une composante de protection, et une autre de promotion. Il convenait à la fois de préserver la société contre une menace d’une jeunesse par trop perturbée, et de faire des jeunes pauvres et en danger les protagonistes d’un projet global de renaissance sociale et religieuse.

Appliquer cette sensibilité préventive à la méthode éducative proprement dite, signifiait en premier lieu que l’éducateur devait cultiver une attention à toute expérience qui pourrait être chez le jeune irrévocablement déshumanisante, afin de la lui faire éviter. En deuxième lieu, cela impliquait de contribuer à la maturation du jeune, en lui faisant faire des expériences positives dans un climat éducatif porteur et un encouragement confiant. En somme, dans l’idée de prévenir, il y avait le désir d’éviter les réalités traumatisantes et d’anticiper les conditions d’une bonne maturation. Là encore, il est plausible que don Bosco puisait dans son expérience de la prévenance de Dieu de quoi alimenter sa vision concrète de ce qu’était une bonne prévention.

Des questions

Après avoir pris connaissance de ces données essentielles du système préventif, un certain nombre de lecteurs qui vivent dans une société où les références chrétiennes ne sont plus premières, ne manqueront pas d’être surpris par le lien intime existant entre la pédagogie de don Bosco et la vie spirituelle. Cette pédagogie, a-t-il été dit, est totalement théonome, c’est-à-dire trouve sa règle dernière en Dieu. Dès lors ces lecteurs auront envie de formuler des questions qui touchent au fondement même du système préventif, et dont les réponses conditionnent le caractère spécifique des institutions salésiennes :

Peut-on appliquer la pédagogie de don Bosco si l’on n’est pas chrétien ou si l’on n’adhère que partiellement aux convictions de l’Église catholique ?

Peut-on bénéficier de la pédagogie salésienne si, en conscience, on n’arrive pas à adhérer aux convictions de la foi chrétienne ?

Peut-on sauvegarder l’essence du système préventif si on lui enlève les éléments proprement chrétiens ?

Trois questions décisives ! Elles sont abordées dans un ouvrage collectif : Éduquer à la suite de don Bosco (14).

D’autres lecteurs, rompus par une longue expérience à la complexité des questions pédagogiques, ont peut-être eu une réaction de soupçon en prenant connaissance des grands thèmes de l’éducation salésienne. Par exemple, l’affection entre l’adulte et l’adolescent, la présence presque permanente de l’éducateur auprès du jeune, l’attitude de prévention-protection, ne risquent-elles pas de devenir gravement manipulatrices et donc d’être anti-éducatives ? Excellent soupçon ! Le système préventif a un pouvoir pédagogique puissant quand il est bien appliqué mais il peut facilement être perverti si l’éducateur n’est pas sur ses gardes. L’ouvrage collectif auquel on vient de faire allusion, tout en soulignant les possibilités de déviance des intuitions de don Bosco, montre qu’il est possible de les contrecarrer si l’on vit bien la pédagogie de don Bosco comme une réalité systémique. C’est une occasion de se rappeler qu’un système pédagogique n’est jamais une recette à appliquer de façon aveugle, mais une réalité qui convoque l’éducateur à exercer sa responsabilité éthique de personne humaine et de chrétien.

Enfin, pour que le lecteur puisse avoir une vue synthétique, nous présentons ici un schéma récapitulatif du système préventif.

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Source : https://woodalf.wordpress.com/2010/05/01/le-systeme-preventif-de-don-bosco/

Lien vers l’article original : http://www.fichier-pdf.fr/2016/04/16/la-pedagogie-de-don-bosco/

Lien vers cet article au format PDF : http://www.fichier-pdf.fr/2016/04/16/le-systeme-preventif-de-saint-jean-bosco/

Le modernisme est l’antonyme du christianisme

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Le film « there will be blood » prouve que le modernisme est l’antonyme du christianisme. On y voit un homme des USA et son fils racheter, par la tromperie, des terres à des chrétiens de la fin du XIXe siècle. On assiste avec stupéfaction à la déchristianisation de la population. Au lieu de rechercher l’amour de Dieu et des hommes, le prêtre souhaite faire fortune afin d’obtenir le pouvoir et la gloire. L’apostat se transforme alors, par son amour pour l’argent, en un terrifiant magnat du pétrole. Les valeurs du modernisme sont donc opposées à celles du christianisme puisque les sept péchés capitaux remplacent les vertus théologales et cardinales.

Il faut noter que depuis 2007, on ne voit plus un seul film de ce genre. Il ne faut surtout plus éveiller les consciences. Ce début du XXIe siècle s’annonce très mal. Faut-il encore être capable de le comprendre…