La question Juive

En ces temps si troublés, il est bon de rappeler les vérités de la sainte Église catholique, héritière de la vraie foi (détenue initialement par les fils d’Abraham) réformée depuis l’avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La question Juive est celle qui devrait nous interroger depuis la Crucifixion du Fils de l’Homme, Jésus-Christ étant la véritable et unique Pierre Angulaire de l’humanité.

Les réflexions contemporaines sur ce sujet se limitent principalement à deux camps : les pro-israéliens et les antisémites. Ces deux camps ont principalement des vues matérialistes et politiques, les véritables questions spirituelles étant, la plupart du temps, évacuées. Résumons l’antisémitisme en général. Nous n’évoquerons pas les tenants de l’autre partie puisqu’ils ont d’emblée acquis la cause d’Israël sans toutefois se soucier des questions spirituelles véritablement primordiales.
1) Le produit de l’antisémitisme le plus répréhensible fut bien évidemment Adolf Hitler avec sa doctrine nazie. Ce trouble personnage véhicule, par-delà la mort, une idéologie hautement subversive qui divise encore profondément les individus.
2) L’Islam est également vecteur d’un antisémitisme pour des raisons politiques : écarter du devant de la scène les descendants des tenants de la Loi pour que le Messie musulman, l’imam al-Mahdî, puisse se manifester et rétablir l’ordre.
3) Les mouvements d’extrême-gauche sont profondément antisémites pour des raisons comparables. Il s’agit d’une forme d’opposition au sionisme et à l’État d’Israël. Nous n’irons pas plus loin dans ces considérations.

Alors, suite à cette légère introduction, faut-il s’amouracher des juifs ou les maudire ? La question est simple : ni l’un, ni l’autre. La sainte Église catholique est formelle, nous devons prier pour leur conversion : nous argumenterons en ce sens lors de la conclusion de cet essai.

Étudions maintenant ce qui nous intéresse vraiment :
1) L’histoire des Juifs au cours des siècles
2) Leur responsabilité dans la Crucifixion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
3) Les terribles conséquences engendrées à notre époque par le déicide.
4) Nous conclurons en utilisant les travaux du père Isidoro Da Alatri.
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L’importance de l’autorité des anciens

Plus particulièrement depuis le début du XXIe siècle, les personnes âgées sont systématiquement déclassées : on s’en débarrasse dès que possible en les plaçant en maison de retraite ou dans d’autres endroits que le restant de la population ne saurait voir. Or, leur sagesse pourrait être utilisée pour redresser l’état de décadence dans lequel est plongé notre civilisation. Encore une fois, le déclassement des aînés sous-entend une volonté de conserver au pouvoir une classe élitiste au détriment des autres. Ce mouvement tend plus généralement à l’instauration d’une gouvernance mondiale tyrannique à l’image d’un cruel empereur païen tel que Néron.

Lisons ce que dit l’abbé Fleury à propos des vieillards dans son ouvrage « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (partie I, chapitre XXV, page 129 à 131).

« Non-seulement les pères, mais tous les vieillards avaient une grande autorité chez les Israélites et chez tous les peuples de l’antiquité. Partout on a d’abord choisi les juges des affaires particulières, et les conseillers du public, entre les hommes les plus âgés. De là vinrent à Rome les noms de sénat et de pères ; et ce grand respect pour la vieillesse, qu’ils avaient pris des Lacédémoniens. Rien n’est plus conforme à la nature. La jeunesse n’est qu’au mouvement et à l’action ; la vieillesse sait instruire, conseiller et commander. La gloire des jeunes gens est leur force, dit le Sage (Prov .2o. 29.), et la dignité des vieillards sont leurs cheveux blancs. Il est difficile qu’en un jeune homme, l’étude ou la bonté de l’esprit supplée à l’expérience ; et un vieillard, pourvu qu’il ait un bon sens naturel, est savant par l’expérience seule. Toutes les histoires font foi que les états les mieux gouvernés ont été ceux où les vieillards ont eu la principale autorité, et que les règnes des princes trop jeunes ont été les plus malheureux. C’est ce que dit le Sage (Eccl. 19.16.) : Malheur à la terre dont le roi est un enfant : et c’est ce malheur dont Dieu menace les Juifs, quand il leur fait dire par Isaïe (Isa. 5.4.), qu’il leur donnera des enfants pour princes. En effet, la jeunesse n’a ni patience, ni prévoyance ; elle est ennemie de la règle, et ne cherche que le plaisir et le changement.

Dès que les Hébreux commencèrent à former un peuple, ils furent gouvernés par les vieillards. Quand Moïse vint en Égypte leur promettre la liberté de la part de Dieu, il assembla les anciens, et fit en leur présence les miracles qui étaient les preuves de sa mission (Exod. 4. 29.). Tous les anciens d’Israël vinrent au festin qu’il fit à son beau-père Jethro (Exod. 18. 12.). Quand Dieu lui voulut donner un conseil pour le soulager dans la conduite de ce grand peuple (Num. 11. 16.) : Choisissez, lui dit-il, soixante-dix hommes que vous connaissiez, pour être les anciens et les intendants du peuple. Ils étaient donc déjà en autorité avant que la loi fût donnée, et que l’État eût pris sa forme. Dans toute la suite de l’Écriture, toutes les fois qu’il est parlé des assemblées et des affaires publiques, les anciens sont toujours mis au premier rang, et quelquefois ils sont nommés seuls.

De la vient l’expression du psaume (Ps. 106. 32.), qui exhorte à louer Dieu dans l’assemblée du peuple, et dans la séance des vieillards, c’est-à-dire le conseil public. Ce sont les deux parties qui composaient toutes les anciennes républiques : l’assemblée, que les Grecs nommaient Ecclesia, et les Latins Concio, et le sénat. Les noms d’anciens ont passé par la suite en titres de dignité ; du mot grec est venu le nom de prêtre, et du mot latin le nom de seigneur (3. Reg. 12. 8. 2. par. 12. 13.). On peut juger de l’âge que demandaient les Hébreux, pour compter un homme entre les vieillards, par le titre de jeunes gens donné à ceux dont Roboam suivit le conseil. Car il est dit qu’ils avaient été élevés avec lui, d’où on peut conclure qu’ils étaient environ de son âge ; et il avait alors quarante ans. »

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L’anéantissement de l’autorité paternelle

Les conséquences de la destruction du rôle de la paternité sont terribles sur la civilisation. Mais savons-nous pourquoi ? Après la lecture d’un extrait du livre « les mœurs des Israélites et des chrétiens » de l’abbé Fleury, nous comprenons, en faisant le parallèle avec la civilisation moderne, que l’anéantissement de l’autorité paternelle renforce la tyrannie de ceux qui souhaitent obtenir le pouvoir à travers une gouvernance mondiale. En effet, la disparition de l’autorité du chef de famille a sa part de responsabilité dans le chaos civilisationnel. Ce même désordre renforce, d’un point de vue stratégique, l’idée fallacieuse qu’il faille instaurer un gouvernement mondialisé de type élitiste et dictatorial, afin de restaurer l’ordre perdu. Ce sont là d’effroyables théories messianiques qui sont prêtes à émerger lorsque la peur aura suffisamment secoué les nations, mais est-ce que la multitude en a seulement conscience ?

Découvrons sans plus tarder l’extrait du livre de l’abbé Fleury (partie I, chapitre XXIV, page 128 à 129).

« Quant à la puissance paternelle des Hébreux, la loi leur permettait de vendre leurs filles (Eccl, v .2.7. Percoemptionem. 2.Est. v, 2.5.Isa, 1.) : mais cette vente était une espèce de mariage, comme il y en eut chez les Romains. Nous voyons toutefois par un passage d’Isaïe, que les pères vendaient leurs enfants à leurs créanciers : et du temps de Néhémias, les pauvres proposaient de vendre leurs enfants, pour avoir de quoi vivre : et d’autres se plaignaient de n’avoir pas de quoi racheter leurs enfants déjà réduits en servitude. Ils avaient droit de vie et de mort sur leurs enfants, puisque le sage dit (Prov. 19. 12.) : Corrigez votre fils sans perdre l’espérance ; mais ne vous aheurtez pas à le faire mourir. Il est vrai qu’ils n’avaient pas la liberté comme les Romains d’exercer ce droit si rigoureux de leur autorité privée sans la participation du magistrat (Lev. lib. 2.). La loi de Dieu permettait seulement au père et à la mère, après avoir essayé toutes les corrections domestiques, de dénoncer au sénat de la ville leur fils désobéissant et débauché ; et sur leur plainte, il était condamné à mort, et lapidé (Deut. 2 1. 19.). Cette même loi fut pratiquée à Athènes (Heliod. Iv ) : et elle était fondée sur ce que les enfants tiennent la vie de leurs pères, et que l’on supposait qu’il s’en trouverait point d’assez dénaturés pour faire périr leurs enfants, s’ils ne commettaient des crimes horribles. Cependant cette crainte était très utile, pour tenir les enfants dans une entière soumission.

Nous ne voyons que trop les maux qui sont venus d’avoir laissé affaiblir, ou plutôt anéantir la puissance paternelle. Quelque jeune que soit un fils, sitôt qu’il est marié, ou qu’il a le moyen de subsister sans son père, il prétend ne lui devoir plus qu’un peu de respect. De-là vient la multiplication infinie des petites familles, et des gens qui vivent seuls, ou dans les maisons publiques, dans lesquelles tous sont également maîtres. Ces jeunes gens indépendants, s’ils sont riches, se plongent dans la débauche, et se ruinent ; s’ils sont pauvres, ils deviennent des vagabonds et des gens sans aveu, capables de toutes sortes de crimes. Outre la corruption des mœurs, cette indépendance peut aussi causer de grands maux dans l’État ; car il est bien plus difficile de gouverner une multitude d’hommes, séparés et indociles, qu’un petit nombre de chefs de famille, dont chacun répondait d’un grand nombre d’hommes, et était d’ordinaire un vieillard instruit des lois. »

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Israël, nation sainte. Israël, nation déchue

Pour comprendre le monde actuel, il est nécessaire de remonter très loin dans le temps. C’est en s’appuyant sur les travaux de nos aïeux catholiques (voir par exemple l’excellent ouvrage de l’abbé Fleury : « les mœurs des Israélites et des chrétiens ») que nous pouvons redécouvrir les vérités aujourd’hui oubliées. Israël, jusqu’aux temps de Jésus, fut une nation sainte. En effet, les Hébreux étaient les gardiens de la vraie foi. Les prophètes et la loi de Moïse guidaient les fidèles sur la voie droite. C’est lors de la naissance de Jésus-Christ que Israël fut à l’apogée de sa sainteté avant d’y mettre un terme en crucifiant l’unique Fils de Dieu. À partir de cette funeste date, le catholicisme se dispersa aux quatre coins du monde pour naître dans la douleur, notamment pendant les persécutions qui ont eu lieu du temps des derniers empereurs païens.

La sainte Église, fondée par Notre Seigneur et gardienne de la vraie foi, sut préserver le monde du chaos pendant deux millénaires. Même si, de nos jours, elle se trouve plongée dans une grande crise, l’Église ne saurait être détruite puisque les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Celle-ci est seulement éclipsée par les ennemis du Christ qui sont à l’apogée de leur puissance. La décadence a perverti nos mœurs sur une très longue période, rythme qui s’est toutefois accéléré à partir de la fin du XXe siècle.

Nous remarquons qu’au fil de l’histoire de l’Europe catholique, ceux qui ont perdu la vraie foi ont inventé toutes sortes de stratagèmes humains pour essayer d’anéantir les commandements de Notre Seigneur. C’est par les doctrines ésotériques (alchimie, hermétisme, kabbale, etc.), spirituelles (gnose, new age, orientalisme, philosophie, théosophie, etc.), politiques (capitalisme, jacobinisme, libéralisme, marxisme, etc.), économiques (keynésianisme, marxisme, etc.), sociales (anthropologie postmoderne héritée des Lumières), financières (finance de marché, finance d’entreprise, etc.) que les ennemis du Christ ont pu engendrer et maintenir le progrès indéfini dans une espèce de cycle perpétuel : la foi catholique, authentique héritière des commandements de Jésus-Christ, s’est retrouvée submergée au milieu de ces grands ensembles théoriques. Elle n’a pas disparu : elle s’est plutôt dissoute comme le ferait le sel (« vous êtes le sel de la terre ») dans un liquide composé d’eau, de vinaigre, d’huile, etc.

Lorsque ces théories trop humaines auront entraîné le monde dans le chaos, cet ensemble liquide disparaîtra dans les fissures qu’il aura lui-même provoquées. Le sel, quant à lui, c’est-à-dire la vraie foi catholique, se retrouvera déposé dans le fond et l’humanité saura reconnaître, pour un temps donné, la Vérité et l’appliquera. Il s’agit là du royaume du Sacré-Cœur : « je régnerai malgré mes ennemis » comme l’a annoncé Notre-Seigneur à Marguerite-Marie.

Les lois saintes de Jésus-Christ sont, plus que jamais, repoussées en ce XXIe siècle : les lois naturelles qui sont le socle du surnaturalisme (lois divines enseignées par Jésus-Christ) sont en passe d’être supplantées par les découvertes dans le domaine de la science du génome et de l’intelligence artificielle. Les notions fondamentales de différenciation sexuée pourraient être détruites par la folie de cette science sans conscience et ennemie de Dieu : les enfants pourraient naître sans parents, l’homme pourrait devenir femme, la femme pourrait devenir homme.

Tout deviendrait sens dessus-dessous : le chaos profitant aux ennemis de Dieu, ceux-ci chercheraient à se constituer dans une despotique gouvernance mondiale, symbole du règne de Caïn (« je mettrai inimité entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon »). Cependant, il est évident, selon les promesses du vrai Dieu, que ce règne despotique est une utopie maléfique qui ne verra jamais le jour puisqu’il est dit que Satan blessera seulement le talon de la femme (symbole de la Vierge Marie) tandis qu’elle lui écrasera la tête (victoire de la vraie foi : Abel qui renverse le règne de Caïn).

L’œil aguerri qui connaît les mœurs des Israélites du temps de Jésus s’aperçoit que la science transhumaniste est opposée à celles-ci : la morale découlant des lois de Dieu interdit formellement l’immoralité, l’impureté, la perversité, le mensonge, la fainéantise, la convoitise, etc. Or, c’est au fil des siècles, à un rythme très lent, que la décadence a arraché l’ensemble des lois qui maintenaient l’humanité dans une authentique paix catholique. La puissance de cette force destructrice s’est accrue au moment de l’apparition de l’usure : les premiers instincts de convoitise humaine préparaient l’accumulation monétaire placée entre les mains d’une poignée d’individus.

Bien des siècles plus tard (après que les ennemis du Christ eurent accumulé secrètement leur fortune au fil du temps à partir du XIIe siècle), à l’apogée du matérialisme, l’essor des multinationales et de la finance a fini par octroyer une richesse inouïe à quelques individus, qui se sont vus hériter de la fortune de leurs aïeux malicieux, pour devenir les nouveaux empereurs païens de la civilisation du progrès indéfini. Ces mêmes individus ont pu prendre le contrôle des médias à travers leurs multinationales en s’appuyant sur les mécanismes théoriques de l’économie et de la finance tels que les fusions et les acquisitions. L’argent étant le socle de cette civilisation, il est tout à fait logique que le pouvoir revienne à ceux qui souhaitent l’obtenir à n’importe quel prix. Un enrichissement aussi malveillant qu’entêté ne peut se faire que par des lois scélérates dans une civilisation de type caïnique, puisque l’usure est interdite dans le catholicisme authentique (héritier des commandements surnaturels de Jésus-Christ).

Tant que l’humanité n’aura pas compris que c’est la pureté de cœur et la volonté de s’affranchir du péché qui peut la transcender, elle continuera de s’enfoncer dans les affres du malheur, de la guerre et des destructions violentes. Jésus-Christ est le Sauveur du monde : Il a porté tous les péchés de l’humanité sur lui ; Il nous a enseigné la Vérité qui peut nous affranchir de nos chaînes. Or, l’esprit du monde souhaite appliquer ses propres règles, ses propres lois, au détriment de l’intelligence la plus élémentaire (théorie du sel noyé dans un ensemble liquide qui a été évoquée plus haut). Ces principes ont été inventés afin que les richesses matérielles reviennent inévitablement à ceux qui possèdent déjà l’argent et le pouvoir : ce phénomène est comparable au jeu de bonneteau puisque les gagnants amassent toujours davantage tandis que les perdants voient leurs biens s’amoindrir d’autant (principe très-contemporain de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des déficits).

Israël fut le berceau de la vraie foi : Jésus-Christ en est la plus noble expression. La beauté de la catholicité prouve que Notre Seigneur est le point de départ de toute chose pure et noble. Sans Jésus-Christ, le monde n’aurait jamais connu cette paix honnête que la plupart de nos contemporains ont oubliée, par méconnaissance de l’histoire et de la vraie religion.

Si l’on avance rapidement dans le temps, en partant de Jésus-Christ pour arriver en 2017, on voit apparaître deux mondes antonymes :

1) L’un, datant approximativement du Ier siècle, est basé sur les lois naturelles, surnaturelles et sur la précieuse conservation de la vraie foi en Dieu. Dans ce monde-là, la spiritualité est un trésor puisque la pureté du cœur est la chose la plus recherchée. L’homme sincèrement noble peut être élevé au rang des princes. Le gentilhomme médite sur la vie et sur la mort, sur les grandes questions qui guident l’humanité pour la faire avancer sur le bon chemin. Ceux qui cherchent la vertu sont moins nombreux que les autres, c’est pourquoi il est dit que les sentiers de la perdition sont larges. Toutefois, dans une époque très-chrétienne, les chercheurs des trésors célestes (synonyme de la vraie foi en Dieu) peuvent être nombreux : on les appelle les bienheureux. La foi catholique a engendré un grand nombre de saints au fil des siècles : c’est la preuve que la sève coule en abondance dans une époque authentiquement catholique.

2) L’autre, datant du XXIe siècle, est basé sur la théorie du progrès indéfini. Ce dogme souhaite mettre un terme aux lois naturelles (socle des lois surnaturelles et donc gardiennes de la vraie foi dans une certaine mesure). Les rêveurs les plus fous sont ceux qui cherchent à atteindre l’immortalité par la modification du génome humain. Les milliardaires souhaiteraient s’affranchir de la mort afin de crier aux petites gens qu’ils sont les maîtres du monde. Ne serait-ce pas là une atroce injustice, le comble de l’horreur humaine ? Dans ce siècle si matérialiste, l’individu « rouleau compresseur », c’est-à-dire l’homme qui souhaite réussir en écrasant la tête de ceux qui se trouvent en dessous de lui, est celui qui obtient la gloire médiatique : l’homme immoral peut se hisser sur le haut du podium en levant triomphalement les bras. Pourtant cette gloriole n’est que passagère. Cette époque est donc celle des chimères et des cauchemars éveillés.

Si l’homme se souvenait subitement de sa mort, de sa courte vie sur terre, ne chercherait-il pas à s’améliorer ? Si l’homme se souvenait encore de Dieu, ne mettrait-il pas un terme aux recherches liées à l’intelligence artificielle, à la modification du génome humain ? Ne détruirait-il pas ces horreurs dans un grand feu de joie ? Ne chercherait-il pas à mettre fin aux injustices, ne se transformerait-il pas, finalement, en l’un de ces chevaliers qui allaient autrefois sauver la veuve, le vieillard, le pauvre, le malade et l’orphelin ? Où sont passés les héros de jadis ? La réponse est crue : l’égoïsme a temporairement triomphé de la fraternité catholique.

Finalement, le rejet de Dieu n’a-t-il pas entraîné les horreurs qui sont en train de naître sous nos yeux ? Combien faudra-t-il encore de morts (lors d’attaques terroriste, de guerres civiles, de partitions de pays européens à cause d’une indépendance régionaliste, de guerre nucléaire, etc.) et de châtiments (séismes, volcans, ouragans, pollutions toxiques, destruction irréversible de la nature, modification des courants océaniques, etc.) pour que l’homme redevienne sage, à l’image de ses lointains aïeux Hébreux ? (pour ceux qui douteraient encore de leur sagesse, il faut lire « les mœurs des Israélites et des chrétiens »)

Concluons rapidement : Israël est au centre de l’histoire. Israël, autrefois nation sainte et gardienne de la foi, a donné naissance à Notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur de l’humanité. Désormais, Israël, nation déchue, vectrice du progrès indéfini et du transhumanisme, donnera potentiellement naissance à l’antéchrist. Mais, à la fin, lors du Jugement Dernier, Jésus-Christ fera paître Ses brebis au Paradis tandis qu’Il enverra les fils de la perdition brûler éternellement dans le feu de l’enfer. Qu’il en soit ainsi puisqu’il s’agit de la véritable finalité de l’humanité.

Stéphane
Rédigé le 7 octobre 2017 pour le blog « la France Chrétienne »

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La suppression de la Compagnie de Jésus

XLIe lettre adressée à Carlo Bertinazzi
La suppression de la Compagnie de Jésus

Rome, 25 juillet 1773.

Tu arrives un peu tard pour me parler en faveur des jésuites. J’ai examiné lentement, j’ai pesé avec maturité les droits d’un ordre existant depuis plusieurs siècles, approuvé par une longue suite de pontifes, utile à l’instruction, fécond en martyrs, et les dangers d’une société formant un État dans tous les États. Malgré son vœu formel d’obéissance au Saint-Siège, elle répond aux propositions de modifier ses statuts : Qu’ils soient ce qu’ils sont, ou n’existent pas (Sint ut sunt, aut non sint).

Dis à tes protégés, M. le négociateur, que je n’ai pris conseil ici que des personnes désintéressées dans cette cause. Tantôt, je me suis fait ouvrir les archives de la propagande pour y relire les Mémoires du cardinal de Tournon, de MM. Maigrot et de La Beaume, et tantôt les apologies de la Société par les missionnaires-jésuites. Père des fidèles, et surtout des religieux, je n’ai pu détruire un ordre célèbre sans avoir des raisons qui me justifient aux yeux de la postérité. Dis que j’ai continué les desseins de Benoît XIV ; que, sur l’avis spécial des cardinaux Marafoschi, Zelada, Negroni, Carafa, Corsini, et d’après la situation où se trouve la chrétienté, je n’ai pas voulu ramener ces temps malheureux où les papes, sans asile, avaient pour ennemis les rois et les empereurs. Jésus-Christ n’a fondé que deux sociétés pour perpétuer sa doctrine, les évêques et les prêtres. Les beaux siècles de notre Église ont-ils eu des religieux et des moines ?

Enfin, je l’ai signé hier, 21 juillet, ce bref que les historiens désigneront sans doute par les premiers mots de sa teneur : Ad perpetuam rei memoriam. Plusieurs personnes étaient présentes lorsque j’ai saisi la plume ; elles m’ont entendu dire, en la posant sur un prie-dieu : « La voilà cette suppression ! Elle est accomplie : je ne m’en repens pas ; elle m’a paru indispensable au bien de l’Église ; si elle n’était pas faite, je la ferais encore… mais c’est ma condamnation que je signe : cette suppression causera ma perte. »

Ces paroles, j’ai senti que j’avais eu tort de les prononcer ; mais il n’était plus temps ; elles s’étaient comme précipitées sur mes lèvres. Je le sais : on avancera qu’en recevant la tiare, je m’étais engagé à anéantir cet Ordre : ceci est une calomnie, et je le proteste sur mon salut ; mais je ne me suis point dissimulé qu’on avait placé cette espérance en moi, et que les Princes, qui ont tant contribué à me revêtir de cette dignité périlleuse, l’ont fait expressément pour arriver à la destruction de leurs éternels et irréconciliables ennemis.

Déjà on me menace : une religieuse de Valentano, Bernardina Beruzzi, annonce que le jubilé ne sera point ouvert par mes ordres. Ce matin, ces quatre lettres, dont j’ai sans peine deviné le sens hostile, étaient tracées sur les portes du palais : P. S. S. V. (Presto sara sede vacante. Le siège sera bientôt vacant.)

N’importe, j’ai fait mon devoir ; et, maintenant que la paix des empires est assurée au loin, je voue mes soins tout entiers à la prospérité des Romains. Déjà j’ai ôté à des maltotiers avides l’approvisionnement des blés ; j’ai pourvu à l’entretien de quelques chemins, et je fais établir des postes sur la route de Civita-Vecchia. Il était singulier que le port où les galères du Pape sont ordinairement stationnées fût privé d’un tel avantage. Ancône a reçu aussi quelques réparations. On emploie avec succès cette fameuse machine essayée par Clément XI, pour détourner les eaux du Tibre. Déjà on a trouvé dans le sein de ce fleuve de grandes richesses pour les arts. Je crois que le musée où elles sont déposées prendra mon nom (Musée clémentin). Des occasions favorables m’ont fait enrichir aussi de livres et d’estampes la bibliothèque du Vatican ; et enfin j’ai reçu du cardinal Passionéi la promesse que les précieuses collections qu’il possède seront léguées un jour à ce même dépôt des connaissances humaines. Je ne souffre plus qu’on mutile des enfants pour le plaisir des oreilles profanes ; j’ai éloigné des temples ces victimes : insulter l’homme pour honorer Dieu, était digne des temps barbares. J’aime beaucoup la musique, mais l’humanité davantage.

Les jours les plus heureux de ma vie sont ceux que je passe maintenant, au mois de mai ou d’octobre, à quatre lieues de Rome, dans la retraite de Castel-Gandolfe. Ce palais solitaire, ouvrage de Bernin, est au bord du lac Albano. Là des vues magnifiques se déroulent sous mes yeux ; la ville des Césars apparaît encore dans le lointain ; et tout ce que les poètes ont dit de sublime ou d’ingénieux sur elle se présente à mon imagination. Tantôt la fleur que je cultive, ou l’insecte brillant qui traverse un sentier occupent toutes mes facultés ; et tantôt, le regard sur un vaste horizon, je me plais à croire que ma puissance peut opérer quelque bien dans ces immenses campagnes. Le manque d’ombrages les désole ; il faudrait élever un rempart de verdure entre ces champs et les funestes exhalaisons des marais de Cisterna. Les pauvres gens qui vont couper les moissons reviennent presque tous malades. Cet air, dilaté par l’excessive chaleur, se condense tout-à-coup au coucher du soleil ; et, retombant sur des corps épuisés de fatigues, y dépose le germe des fièvres intermittentes.

Je sais bien que, dès l’antiquité, ce climat était menaçant ; Horace expose déjà ses craintes pour aller visiter Mécène dans sa villa. De leur temps, un temple à la fièvre était ouvert sur le mont Palatin ; mais je ne puis renoncer à l’espérance d’améliorer un jour, par le travail de nos ingénieurs, cette patrie de la misère laborieuse.

Oh ! C’est alors que mon nom obscur obtiendrait quelque importance dans l’avenir ! J’aimerais mieux protéger des cabanes qu’élever des pyramides, et même des temples fastueux. On parlera peut-être un jour de moi dans ces pauvres villages comme on s’entretient d’Horace et du roi Négron. C’est un singulier caprice des traditions, c’est une étrange dérision de la renommée, que ce poète soit devenu ici le grand architecte de toutes les ruines dont on ne sait pas le nom ; et Néron (le roi Négron), le bienfaiteur à qui l’on doit toutes les citernes et les piscines où le pâtre va puiser la vie de ses troupeaux et la sienne. Cet exemple-là est un peu décourageant pour le zèle des philanthropes futurs, mais celui qui, en obligeant, n’a pas compté sur l’ingratitude, n’a fait que la moitié de son devoir. Adieu : tu entendras parler un jour de mes vastes projets.

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Un difficile conclave

XXXIVe lettre adressée à Carlo Bertinazzi
Un difficile conclave (qui élira Clément XIV)

Rome, 16 avril 1769.

Le 2 février dernier, à neuf heures du soir, et au moment où il allait se mettre au lit, le Saint-Père éprouva une convulsion violente, jeta un grand cri et expira.

Cette mort singulière occupe au loin les esprits : à Rome, on est surtout livré aux regrets d’une telle perte. Clément avait un zèle à toute épreuve, des mœurs d’or, une piété évangélique. Il commit sans doute des erreurs ; quelque imprévoyance de sa part causa une longue disette dans ses Etats ; sa résistance au sujet de Parme, sa bulle Apostolicam ont attiré sur l’Église plus d’une tempête ; mais il était averti lui-même du danger des conseils dont on l’avait environné ; et la veille même de sa mort était indiquée comme le jour d’ouverture de ce consistoire, où nous devions exposer nos avis.

Au lieu d’un consistoire, c’est un conclave qui est assemblé. Il y a déjà quarante jours que je suis sous le secret des murailles, et je ne prévois guère quand je serai libre d’en sortir. Quand cette lettre pourrait te parvenir avant la promotion du futur pontife, je n’essaierais pas de te dire qui l’on choisira. C’est toujours celui à qui on ne pense pas ; et cela est si vrai, que les Romains, accoutumés aux ambitions déçues et aux prophéties détruites, ont adopté ce proverbe : « Tel qui entre pape au conclave, en sort cardinal. »

Mon choix particulier est déjà fait. Le sacré collège offre dans ses membres plusieurs sujets dignes de ces périlleux honneurs ; mais le plus ferme et le plus sage à la fois est, à mes yeux, le cardinal Corsini. Ce n’est pas lui qu’on désigne ; c’est un prince romain de l’illustre famille des Chigi.

Jamais prince, quel qu’il soit, n’aura été élu dans un temps plus désastreux. L’Espagne, mécontente, ne dissimule point ses ressentiments contre notre cour ; Louis XV est en possession du comtat d’Avignon ; Naples retient une autre partie de notre territoire ; Venise prétend réformer ses moines sans recourir à l’autorité du Saint-Siège ; la Pologne veut diminuer les privilèges de la nonciature ; le Portugal menace de se donner un patriarche, et de ne plus communiquer avec nous que par la voie des prières ; les Romains murmurent eux-mêmes de voir se séparer d’eux les étrangers ; et enfin l’esprit de vertige qui travaille ce siècle ébranle à la fois les pontifes, les monarques et le christianisme !

Les jésuites, intéressés plus que tout autre corps religieux, dans un embarras dont ils sont la principale cause, intriguent ouvertement pour que l’Église ait un chef à leur dévotion. Je ne fais pas de vœux pour leur succès ; mais sans passion comme je le suis ici, sans engagement avec personne, sans préoccupation d’aucune espèce, sans ambition, même celle de voir triompher ce que je crois le meilleur parti, je suis placé on ne peut mieux pour observer. J’ai du loisir ; souvent j’en ai beaucoup trop ; je me délasse de cette oisiveté en contemplant la scène mobile qui s’embrouille, se dénoue, se renoue vingt fois par jour. Si quelque écrivain philosophe était, comme moi, spectateur, que d’utiles observations ne pourrait-il pas faire sur le cœur des hommes ? J’en demande pardon à mes confrères ; mais leur gravité même n’exclut pas toujours les traits facétieux. Un poète comique tirerait parti de plus d’une chose dans un conclave : votre Molière y eût recueilli des traits excellents.

Sais-tu ce que c’est qu’un conclave ? Une réunion de vieillards, moins occupés du ciel que de la terre, et dont quelques-uns se font plus maladifs, plus goutteux et plus cacochymes qu’ils ne le sont encore, dans l’espérance d’inspirer un vif intérêt à leurs partisans. Grand nombre d’Éminences ne renonçant jamais à la possibilité d’une élection, le rival le plus près de la tombe excite toujours le moins de répugnance. Un rhumatisme est ici un titre à la confiance ; l’hydropisie a ses partisans : car l’ambition et la mort comptent sur les mêmes chances. Le cercueil sert comme de marchepied au trône ; et il y a tel pieux candidat qui négocierait avec son concurrent, si la durée du nouveau règne pouvait avoir son terme obligatoire comme celui d’un effet de commerce. Eh ! Ne sais-tu pas toi-même que le pâtre d’Ancône brûla gaiement ses béquilles dès qu’il eut ceint la tiare ; et que Léon X, élu à trente-huit ans, avait eu grand soin de ne guérir d’un mal mortel que le lendemain de son couronnement ? Nier que la cabale et la ruse aient une entrée au sacré collège, ce serait démentir l’évidence, ce serait contredire l’histoire de tous les temps.

Nous sommes donc enfermés : chacun a sa cellule ; toute communication est interdite avec le dehors. Un tel usage date déjà de loin ; il remonte à 1270, époque de l’élection de Clément IV. Les cardinaux étaient alors rassemblés à Pérouse et depuis six mois. Les bourgeois de la ville, apprenant que leurs hôtes allaient se séparer, faute de pouvoir conclure, s’opposèrent de force au départ ; murèrent, selon toute la rigueur du mot, les issues de l’église où délibéraient les porporati, et les forcèrent ainsi à une promotion. Ce fut celle de Guido Fulcadi, ce Clément IV, de modeste mémoire.

Quand les conclaves s’assemblent en été, la chaleur, le manque d’air, le voisinage immédiat de tant de personnes sont, dit-on, insupportables : dans ce mois-ci, l’aria cattiva est moins redoutable ; et cependant je me sens déjà une sorte de malaise. Il est causé sans doute par la privation d’exercice et le manque de mes livres, condition si essentielle de ma vie. Les premiers jours c’était un tumulte, dans les corridors, à ne s’entendre pas jusqu’au milieu de la nuit. L’un se débattait contre le Maréchal de l’église, ou contre le cardinal Camerlingue, afin d’introduire, pour le service de sa personne, plus de gens que les règlements ne le comportent ; un autre faisait poser des tapis, une cheminée postiche et ses armoiries pour orner un réduit en planches de dix palmes carrées. C’était à qui, outre ces deux conclavistes et les serviteurs communs du collège, aurait un maître-d’hôtel et sa livrée. Celui-ci voulait son épinette, et celui-là son perroquet ; le cardinal T. abandonnait tous les privilèges qu’il pouvait réclamer, pourvu que son cuisinier s’enfermât avec lui.

Nous avons déjà trois factions : les POLITIQUES, LES DÉVOTS et LES INDÉCIS. On me fait l’honneur de me ranger dans la première de ces classes. Les plaisanteries sont ici de mode dans les murs, comme hors des murs. Le cardinal doyen m’a demandé, en présence de cinq ou six de nos confrères, si je voulais être élu.

« Le temps, ai-je dit, n’est pas favorable aux Religieux, et Sixte-Quint a usé les ressources de l’humilité en s’en faisant un jeu. D’ailleurs, vous êtes en trop petit nombre pour me choisir, et vous êtes trop pour avoir mon secret. »

Ainsi le temps s’écoule en discours puérils, ou en intrigues. Le cardinal Quirini avait bien raison de comparer un conclave à une ruche d’abeilles : ceux-là piquent, ceux-ci bourdonnent ; on emploie tour à tour, pour composer le miel, le baume et l’absinthe.

Ces jeunes abbés de toutes nations, tenus à Rome en expectative, ont brigué à l’envi les places de conclavistes : les plus gentilshommes d’entre eux n’ont pas dédaigné un emploi qui tient beaucoup aux fonctions de serviteurs. J’ai cédé, pour ma part, aux instances d’un petit-collet français, M. l’abbé Néraud, le plus jovial gascon qui porte la tonsure : lui, et le frère François, mon compagnon inséparable, voilà toute ma cour et toute ma maison. Cette maison est sur un pied de sobriété qui a un peu étonné le compatriote de M. de Bernis. Dès le second jour de réclusion, il s’est glissé dans les offices du cardinal T., lassé qu’il était de partager mon repas ordinaire : un peu de fenouil et deux grives maigres. Et comme je lui faisais remarquer que peut-être on attribuerait son assiduité chez le cardinal à quelques menées qui sont interdites entre nous, il m’a rassuré par l’aveu que Son Éminence ne le consultait que sur des consommés et sur une sauce à la française qu’il avait résolu de perfectionner. Je crois, en effet, que mon Français ne se laisse point corrompre ; car il a joué à son patron de gourmandise un tour dont on rit encore dans plus d’une cellule. Ce pauvre cardinal T. n’aspire pas à la triple couronne ; mais il voudrait bien être secrétaire-d’État, parce qu’il est persuadé qu’un homme comme lui concilierait beaucoup d’affaires autour d’une table. Or, comme il y a deux partis qui dominent ici, l’un en faveur des jésuites, l’autre en faveur des princes de la maison de Bourbon, le cardinal avait composé deux mémoires en sens opposés, et désirait qu’ils parvinssent aux deux concurrents qui ont le plus de chances. Que fait-il ? Ne pouvant leur remettre, ni leur envoyer ostensiblement ces papiers, il a imaginé de les enfermer dans une enveloppe innocente. J’ai entendu parler d’une galantine et d’un pâté : il aurait chargé l’abbé Néraud du double message ; mais, soit distraction, probité ou malice, l’abbé se serait trompé ; et les raisons du cardinal, pour supprimer une société dont Ricci est général, seraient arrivées entre les mains du plus fidèle appui de la congrégation.

Tout n’est pas plaisant dans cette assemblée : il s’y trame d’odieux complots. La corruption ouvre les portes les mieux fermées : les ambassadeurs luttent de prétentions, de promesses ou de menaces autour du collège. Il y en a qui auraient recours aux plus obscurs appuis. Les trônes où siègent des Bourbons se distinguent par leur colère envers les enfants de Loyola. Avant-hier, mon confrère de Bernis me félicitait sur ce qu’étant professeur de philosophie, j’avais autrefois combattu les doctrines de la Société ; et il ajouta que sa cour en était informée par je ne sais quel religieux du comtat Vénaissin : ce religieux se serait procuré quelques-unes de mes lettres, et en aurait communiqué le contenu. Je ne comprends guère toute cette police ecclésiastique, mais ce qu’il y a de singulier, c’est que M. de Bernis poursuit avec persévérance un système qui contrarie ses affections : cardinal, il aime les jésuites ; envoyé de France, il sollicite leur destruction.

On nous prédit que le conclave durera trois mois : je commence à le craindre, voyant tant d’intérêts se croiser, tant de rivalités inconciliables. Comment réunir deux tiers des voix en faveur d’une seule personne ? Chaque jour, un calice déposé sur l’autel où chacun va porter son scrutin, se vide sans donner de solution. Le jour suivant recommence par une messe du Saint-Esprit, et se termine par des repas où la frugalité des apôtres n’est pas toujours observée. Mon oracle à moi, sur la durée de ce conclave, est un vieux domestique qui en a déjà vu cinq ; quelques cardinaux voulant, par plaisanterie, lui faire, croire ce matin que l’élection était faite :
« Je gagerais que cela n’est point, dit-il, car, dans le trouble que vous cause toujours la création d’un pape, vous ne manquez jamais de m’appeler Éminence, moi qui ne suis qu’un pauvre serviteur à deux pistoles par jour. »

Un de nos plus anciens chapeaux, personnage bègue, et jusqu’ici peu accusé d’ambition, proposait tout-à-l’heure qu’on remît l’élection à sa voix : quelques-uns semblaient disposés à consentir, pour abréger les lenteurs, quand Monsignor Boroméo s’est avisé de demander au médiateur s’il connaissait l’Histoire de Jean XXII : les joues du pauvre cardinal se sont couvertes de pourpre ; et tout le monde s’est rappelé, en riant, que Jean XXII (le cardinal d’Ossat) reconnut la confiance du conclave de 1314, en se donnant à lui-même la couronne. Ce dut être une scène bizarre que ce moment où toutes les oreilles, attentives aux paroles de d’Ossat, entendirent prononcer gravement la formule par laquelle il se faisait Pape : Ego sum Papa !

Cette lettre, dont je trace chaque jour quelques lignes, mon cher ami, ne finirait pas si je voulais te confier tout ce qui étonne mes yeux, et tout ce qui me serre le cœur. Tantôt la faction française nous propose des choix ridicules pour amuser le tapis, selon l’expression qu’ils emploient. Les zelanti (nouvelle faction) jurent qu’ils resteront six mois enfermés plutôt que de se départir de leur prédilection pour le cardinal Stroppani. Tel joue l’indifférence, et tel se fait malade. Celui-ci a cinq voix acquises, l’autre sept.

« Combien en voulez-vous ? À quel prix céderiez-vous vos voix ? » se dit-on ingénument. Le soir, des espions écoutent aux portes ; et, bien que quelques-uns aient déjà reçu des avertissements et même des coups de canne, cette pratique se renouvelle. On dit même que certains ambitieux ne redoutent pas les périls de cette exploration, pourvu qu’ils soient informés de ce qui peut seconder leurs vues.

Hier, on a enfoncé une cellule, parce qu’un de nos confrères refusait de venir voter. L’ennui menace quelquefois de les vider toutes, ces cellules ; et quelquefois on pense à faire entrer ici le Maréchal pour y rétablir l’ordre et la paix. Une ouverture, pratiquée durant la nuit dernière dans la muraille qui nous sépare du grand cloître, a été découverte. Cet événement donne un vaste champ aux suppositions de toute espèce ; la plus vraisemblable est que la cupidité de quelques voleurs a été excitée par l’immense argenterie que les cardinaux ont fait entrer ici pour leur service. Tant qu’on a pu échanger des conjectures sur ce sujet, et venir voir murer cette ouverture, la vie, le mouvement, l’intérêt de l’existence ont été rendus à un grand nombre de personnages.

On tend des pièges à ceux d’entre nous qu’on ne juge pas assez dévoués aux intérêts jésuitiques. Il faut détruire toutes leurs chances à la promotion. Jusqu’à moi, on cherche à me compromettre ! On m’est venu raconter que plusieurs jésuites français réfugiés dans le duché d’Urbin, mon pays, étaient en butte à la misère. J’ai écrit là-dessus à plusieurs personnes charitables, et je sais qu’on a intercepté mes lettres pour montrer aux agents de Louis XV que je n’étais pas ce que l’on croit.

Hélas ! Mon pauvre Charles, qu’on est affligé de voir tant de puérilités, de ruses, de perfidies mondaines, de passions, d’équivoques et de mauvaise foi ! Je plains les électeurs un peu profanes de ce pontife, dont l’enfantement est si laborieux : je ne puis nullement prévoir qui sera l’objet de leur choix, j’aurais presque dit leur victime.

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L’effroyable danger de l’athéisme

XXVe lettre adressée à Carlo Bertinazzi

L’effroyable danger de l’athéisme ainsi qu’une critique de Voltaire

Rome, 18 septembre 1753

L’incrédulité que tu me montres partout m’alarme sans m’étonner, mon cher condisciple. Ces choses avaient été prédites dans les livres saints, l’esprit de l’homme est capable de mille écarts dès que son cœur a quitté les voies d’innocence et de simplicité. Du désir qu’on a qu’il n’y ait point de Dieu pour punir le crime, on conclut qu’il n’existe point en effet. Du déisme à l’athéisme la pente est dangereuse et facile.

Cependant, et malgré les déplorables conséquences de la nouvelle philosophie, je suis d’avis qu’il ne faut point irriter ceux qui la professent. La foi est un don de Dieu. On ramènera plutôt les incrédules par la douceur que par la sévérité : on prend avec eux un ton d’orgueil qui les blesse, et d’autant mieux qu’on leur répond souvent avec beaucoup moins d’esprit qu’ils n’en mettent dans leurs discours et dans leurs écrits. Le plus petit ecclésiastique croit de son devoir d’attaquer, sans penser que, si son zèle est louable, son savoir, qui n’y répond pas, fait plus de mal que de bien. Pour combattre des hommes habiles, il faudrait de l’habileté.

Ce n’est ni en déclamant, ni en invectivant, que l’on convertit : il faut des exemples et des raisons ; il faut de la modération, et surtout convenir que la religion a des mystères incompréhensibles. Tant qu’on ne tiendra pas les anneaux de cette chaîne, qui lie la terre au ciel, on ne confondra point l’incrédulité. Pourquoi refuser d’avouer que notre doctrine catholique a ses obscurités ? La foi, selon la définition même de saint Paul, est la certitude des choses qui n’apparaissent pas. Le zèle impétueux qui veut faire descendre le feu du ciel, excite la haine : une bonne cause se soutient d’elle-même, et celle de la religion doit se faire respecter par ses œuvres. Tout ce qui respire l’animosité, d’ailleurs, est contraire au christianisme.

Je ne sais, mais si j’avais le loisir, et surtout la capacité de combattre cette philosophie de mon siècle (qui ne console de rien), j’ai la présomption de croire qu’aucun sophiste ne se plaindrait de moi. Je ferais voir que nos adversaires n’ont pas bien saisi le sens des livres saints, ou qu’ils manquent de bonnes raisons pour en nier l’authenticité. Je pense bien que je ne les convertirais pas, car il n’y a que Dieu qui éclaire et change les cœurs ; mais du moins ils ne se déchaîneraient pas contre les défenseurs de cette religion d’égalité.

Puisque Dieu souffre les incrédules, mon ami, nous devons les supporter : ils entrent dans ses desseins ; c’est par eux que la religion paraît plus forte et que les justes sont exercés dans la foi. Il n’est pas étonnant que tant d’âges superstitieux aient amené un siècle d’incrédulité ; les orages passent et ne servent qu’à faire briller d’un plus vif éclat l’azur et la sérénité du firmament.

Je vois que je t’ai blessé dans ton admiration pour M. de Voltaire (sentiment un peu contradictoire avec quelques autres que je te connais), et pourtant je ne puis m’empêcher d’insister sur les torts que je reproche à ce beau génie. Toi-même, en le vantant, tu en fais une amère critique ! Ses productions offrent plus de paradoxes que de saints raisonnements, plus d’objections que de solutions, plus de railleries que de preuves ; plus de chaleur que de lumière, plus de superficie que de profondeur. Les hommes légers le trouvent merveilleux ; et, comme ils forment le plus grand nombre, les livres qu’il publie ont de la réputation : le style entraîne, et l’on s’extasie sans penser que le coloris n’est pas le premier mérite des tableaux.

Nous vivons dans un temps bizarre : jamais on n’eut moins de religion ; jamais on n’en a tant et si stérilement parlé. Ce n’est point que je veuille récriminer contre mon siècle : si ce n’était pas en haine du dogme qu’il hait les religieux, je ne lui en ferais pas de reproche. Il peut avoir raison quand il se plaint de notre trop grand nombre, et de nos engagements, quelquefois précoces, dans une profession qui dure toute la vie ; mais c’est une injustice que d’exiger que tous les solitaires entrent en solidarité aux yeux du monde, et que la faute d’un seul soit regardée comme la faute de tous. Il est à regretter que tant de lumières accordées à cette génération ne servent qu’à former une ligue contre le ciel. On s’imagine être plus grand à mesure qu’on cherche à s’éloigner de Dieu ; comme s’il y avait de la faiblesse à s’humilier devant la majesté d’un être dont on tient le mouvement, la respiration, la pensée ! Saint Augustin, qui erra longtemps, ne crut valoir quelque chose que lorsqu’il revint à l’humilité. L’esprit de l’homme n’a que des perceptions vagues, s’il n’a une autorité qui le fixe. Et comment ne se dégoûte-t-on pas d’être mécréant après avoir éprouvé le vide et l’ennui qui suit les esprits forts ? Qui est-ce qui n’aurait pas cru que tous ces écrivains qui se sont frayé des routes nouvelles en détrônant la Divinité, seraient eux-mêmes divinisés après leur mort ? Eh bien ! On se souvient de la plupart pour railler leurs systèmes, ou pour déplorer les misères de leur vie. Qui aujourd’hui voudrait être Spinosa ?

Les vérités de l’Évangile s’élèvent lorsqu’on les croit éteintes : elles jettent une flamme vive et rapide que ne peuvent obscurcir ni ses présomptueux ennemis, ni ses indignes ministres. Encore une fois, il y a d’impénétrables mystères autour de nous ; mais quitterons-nous la contrée où règnent quelques nuages pour passer dans un lieu de ténèbres et d’horreur ? Où allez-vous, sortis de la voie où cette religion offre quelques points d’appui ? Est-ce à la tyrannie des hommes, à la condition des animaux et au néant ? C’était bien la peine de faire tant de recherches et d’efforts d’esprit pour arriver à cette solution ? Élevez-la plutôt, votre destinée passagère ; et, si vous deviez vous tromper, que ce soit avec quelque charme, avec quelque poésie et quelques espérances.

Tu as peut-être senti quelquefois, Charles, que cette religion qui nous lie était rigoureuse pour des hommes : c’est une preuve qu’ils ne l’ont pas faite. Ils l’auraient adoucie davantage : on n’y verrait pas l’abnégation de soi-même, et on y aurait permis les mauvais désirs. Regarde les religions passées dont les anciens peuples ont été inventeurs.

Mais ne va pas croire que tout ceci m’empêche de rendre justice à l’auteur de Mahomet : c’est parce que je prise beaucoup ses talents que je voudrais le voir mieux penser. Hélas ! Ne haïssons personne à raison de ses sentiments : et quand les maximes sont blâmables, ouvrons encore à ceux qui les professent un cœur plein de charité. Au reste, plus il y aura de livres contre les croyances religieuses, et plus on se convaincra qu’elles sont nécessaires : l’homme qui adora jadis une multitude de dieux, est-il plus raisonnable aujourd’hui qu’il affecte de n’en reconnaître aucun ? La vertu et le vice, l’immortalité et le néant, tout lui paraît égal, pourvu que quelques frêles brochures lui servent de rempart contre le ciel. Pitié ! pitié profonde pour cette double erreur ! Heureux les temps où les confesseurs de la foi n’étaient pas témoins inutiles de l’impiété, où le sang d’un martyr pouvait ouvrir les yeux de l’aveugle, et peut-être les portes du ciel au bourreau pour qui la victime priait en mourant ! — Adieu.

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