Méditation sur l’amour

Qu’est-ce que l’amour ? Il s’agit d’une question primordiale. L’amour est un état d’esprit avant toute chose. Il est très difficile d’apprendre à aimer si l’on se laisse porter par le cours de la vie, c’est-à-dire par l’esprit du monde.

Pour développer l’amour, il faut se recentrer sur soi-même pour aller au-delà de ce qui nous entoure. Le recentrage sur soi ne consiste pas à méditer sur le vide comme dans le bouddhisme. Au contraire, le recentrage sur soi permet d’écouter Dieu. Cependant, pour écouter Dieu, il est nécessaire de se connaître un minimum, sinon nous risquons de nous laisser entraîner par l’esprit du monde et de tomber dans l’hérésie. Écoutons Jésus-Christ : « il y a un pain que vous ne connaissez pas, il s’agit de l’amour de mon Père. »

L’amour est un mystère total à l’image de la sainte Eucharistie. L’amour correspond au moment où le prêtre lève devant lui la sainte hostie afin de se rendre semblable à Jésus-Christ. L’amour est un don de soi, une découverte du pain de la vie, une source primordiale, un état d’esprit qui nous transforme pour faire de nous le Temple de Dieu.

L’amour est une source de miracle : dans la perfection de son amour divin, Jésus-Christ s’est ressuscité lui-même le troisième jour. L’amour est désintéressé, il ne cherche pas à s’accaparer, il donne. L’amour est l’antonyme de l’usure : le pain donné au pauvre est totalement opposé à l’avarice qui anime le crédit bancaire. L’amour donne au pauvre d’une main tendre tandis que la finance s’empare froidement, par des calculs mathématiques, de ce qui ne lui appartient pas.

L’amour est un battement de cœur régulier qui donne la vie, tandis que son antonyme est un scalpel qui découpe froidement un corps défunt. L’amour est un magnifique chant de moines qui rendent hommage au Dieu éternel dans un monastère perdu au cœur de la forêt, tandis que son antonyme est un individu qui marche froidement au milieu de la ville en écoutant de la musique rythmée sans se soucier de ce qui l’entoure. L’amour est un fœtus dans le ventre de sa mère, tandis que son antonyme est un homme qui a oublié qu’il était lui-même un fœtus. L’amour est le don de soi effectué dans un calme rassurant, tandis que son antonyme est un concert de musique brutale qui fait se déhancher des corps inconscients sous influence de psychotropes. L’amour est un homme qui élève le regard vers le ciel en se laissant porter par l’adoration de Dieu, tandis que son antonyme est un consommateur qui déambule machinalement avec son chariot dans un supermarché. L’amour est un martyr au regard doux qui refuse d’abandonner la vraie foi, tandis que son antonyme est un tyran hystérique qui tue au nom d’un faux Dieu. L’amour est l’humilité, le respect des uns et des autres et l’obéissance, tandis que son antonyme est un défilé bruyant d’individus qui affirment leur passion pour une sensualité débridée. Le manque de charité est à l’océan déchaîné et à l’hystérie humaine ce que la plénitude de l’amour est à la mer calme et à l’homme éclairé de la Lumière divine. L’amour est un doux regard porté sur la forêt du haut d’une chapelle, tandis que son antonyme est un homme qui déambule parmi des tours bétonnées et agitées de mille cris.

L’amour est comme saint François de Sales qui rédige de savoureux textes catholiques à la lumière d’une chandelle dans le calme de la nuit du XVIIe siècle. L’amour est un regard émerveillé porté sur la perfection de la nature. L’amour est comme Jésus-Christ qui prie dans le désert pendant quarante jours et quarante nuits. L’amour est comme Jésus-Christ agenouillé dans le jardin des oliviers pendant que les apôtres dorment au pied d’un arbre. L’amour est comme Jésus-Christ qui rend l’âme du haut de sa croix dans un grand cri après avoir été crucifié par l’inconscience des hommes.

Enfin, l’amour est le stade ultime de la conscience : il est la charité parfaite, il est l’ultime don de soi, il recouvre tous les aspects de la vie, il est le gardien du seuil avant la mort physique, il est le Jugement de Dieu, il est l’aboutissement final de toute chose. L’inconscience est au stade animal le plus primaire ce que l’amour est au stade spirituel le plus élevé. Prions sans se lasser afin d’avoir une chance de connaître un jour l’amour.

Dieu vous bénisse chers amis.

Stéphane
Le 4 novembre 2017 pour le blog la France Chrétienne

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2017/11/meditation_sur_l_amour.pdf

Publicités

Trésor de la vie : la beauté de la grossesse

Voici une méditation catholique sur l’importance capitale de la vie. Dans ce siècle qui méprise tant la famille et la sacralité du fœtus, mettons-nous un instant à la place de l’enfant qui grandit dans le ventre de sa mère.

« Boum, boum… Boum, boum… Boum, boum… Je suce doucement mon pouce. Je me replie davantage sur moi-même en écoutant le cœur de ma maman qui bat. J’entends des voix étouffées à travers le liquide qui m’entoure. Cette douce chaleur me rassure et me protège. Je suis dans une bulle protectrice, salvatrice. J’ai conscience de mon corps qui grandit doucement. Je ne fais qu’un avec ma maman. Je flotte dans cet endroit si merveilleux. Je sens quelques secousses qui m’amusent : je ne le sais pas encore, mais maman descend l’escalier de l’immeuble en s’agrippant à la rambarde. Je suis comme un poisson dans l’eau. Soudainement, j’entends un frottement qui résonne dans le liquide : maman caresse son ventre, je ressens l’amour qu’elle me procure déjà à travers ses gestes tendres. Quelle sécurité et quelle merveille. Parfois, lorsque maman mange du chocolat, je ressens ce goût sucré qui me fait légèrement sursauter. J’entends de grands éclats de rire qui résonnent à travers le liquide protecteur. Je ressens surtout ses joies et ses peurs. Je fais vraiment partie d’elle. Heureusement que maman m’aime d’un amour tendre, car, ses peurs me font frémir. Mon petit cœur accélère lorsqu’elle ressent de la crainte ou de la tristesse. Mon papa ne se rend pas toujours compte de l’importance de son comportement envers ma maman : lorsqu’il l’entoure de son amour, je suis en sécurité mais lorsqu’il se met en colère, je ressens toute la peine du monde qui s’abat soudainement sur mon petit corps. Je suis fragile et fort à la fois. Il m’arrive de ressentir l’inconscience du monde ; ses guerres, ses déchirements, ses erreurs, ses fautes. La brutalité des hommes me dérange lorsque maman en prend conscience. Je suis comme une éponge qui absorbe ses pensées. J’ai conscience de ce que les hommes ont oublié depuis qu’ils sont nés ; leurs querelles me hantent souvent. J’ai l’impression que la haine est un couteau qui me déchire les entrailles tandis que l’amour est une main protectrice qui m’apaise et me protège. Il m’arrive de voir des images et d’entendre des sons ; ce sont des scènes diverses. Je suis impuissant face à l’immensité du monde qui m’entoure. Je suis comme l’agneau sans tache qui ressent la persécution qui l’attend. Heureusement que je suis protégé dans cet endroit si doux et si suave. Quand est-ce que l’humanité prendra conscience de son manque d’amour ? Les lois invisibles sont comme des griffes acérées ou des mains douces : elles peuvent s’emparer des hommes pour faire d’eux des bourreaux ou, à l’inverse, les pousser à réparer leurs fautes pour prodiguer davantage d’amour. J’ai conscience que ce siècle veut vendre ce qui est sacré : la séparation du couple naturel de l’homme et de la femme engendrera toujours plus de chaos dans le monde pour que des robots vendus au prix fort puissent s’interposer entre eux. La famille cesserait d’exister si les hommes continuaient d’avancer dans leur folie inconsciente. Je sais que Dieu abrégera ces temps si sombres pour que la sacralité de la vie puisse reprendre son court ; je ressens si fort cet amour. Dieu nous aime tellement qu’il fera tomber la nuit sur ce monde afin que les hommes se réveillent de leur torpeur. Oui, je sais que j’ai conscience de choses que vous avez oubliées, mais, lorsque vous étiez encore dans le ventre de votre maman, vous les connaissiez aussi. Un fœtus n’est pas un morceau de chair, c’est, au contraire, un être humain qui croît dans toute sa splendeur, à un rythme suffisamment lent pour lui laisser le temps de mûrir, comme le fait un bon fruit sur son arbre lorsque le soleil le réchauffe de ses doux rayons. L’homme n’a pas suffisamment conscience de la beauté : il n’est plus le bon gardien de la sainte vigne. Je me souviens d’un temps où les hommes louaient Dieu comme ils rendaient gloire à la sacralité de la vie. Oh ! Si vous preniez conscience de notre fragilité, vous vous précipiteriez pour nous protéger et vous assurer de notre épanouissement sur la terre. La paternité est une main qui rassure le pas de l’enfant et lui donne confiance en la vie. Un jour viendra où les hommes se souviendront de l’amour parce qu’ils verront de nouveau la Lumière du monde. Boum, boum… Jésus. Boum, boum… Marie. Boum, boum… Je vous aime. Boum, boum… Je suce doucement mon pouce. Boum, boum… »

Stéphane
Le 4 novembre pour le blog la France Chrétienne

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2017/11/tresor_de_la_vie_la_beaute_de_la_grossesse.pdf

Conclusions de l’oeuvre de l’abbé Fleury

Nous invitons le lecteur désireux d’en savoir plus sur le christianisme de lire l’ouvrage de l’abbé Fleury, « les mœurs des Israélites et des chrétiens ». Voici les conclusions de son magnifique livre.

« Suivant de si grandes autorités, j’ai cru qu’il était bon de représenter à tout le monde quelles ont été et quelles doivent être les mœurs des chrétiens. Je n’ai rien dit ici qui ne soit familier aux gens de lettres, et tiré des livres qu’ils ont entre les mains ; ils verront même que j’en ai beaucoup omis. Mais la plupart de ces faits ne sont pas assez connus du commun des fidèles, et les peuvent édifier. Ils verront qu’il ne faut pas réduire la religion chrétienne à de simples pratiques, comme plusieurs croient. Faire quelque petite prière, le soir ou le matin, assister le dimanche à une messe basse, ne distinguer le carême que par la différence des viandes, et s’en dispenser sur de légers prétextes ; ne s’approcher des sacrements que rarement, et avec si peu d’affection, que les fêtes les plus solennelles deviennent des jours fâcheux et pénibles ; vivre au reste autant occupés des affaires ou des plaisirs sensibles, que des païens pourraient l’être : ce ne sont pas là les chrétiens que j’ai tâchés de dépeindre.

Peut-être aussi que quelques-uns de ceux qui se sont séparés de nous, sous prétexte de réformation, verront ici que leur schisme est mal fondé, que la primitive Église n’était pas telle qu’ils se l’imaginent, et que nos maximes sont autres que l’on ne leur fait entendre. Ils verront que leurs réformateurs ont trop légèrement condamné des pratiques très anciennes ; comme la communion sous une espèce, la vénération des reliques et des images, la prière pour les morts, l’abstinence de certaines viandes, le vœu de continence, la vie monastique ; et que sous prétexte d’ôter des superstitions, ils ont introduit un christianisme grossier, où l’on ne voit personne qui embrasse les conseils de l’Évangile, et où les préceptes mêmes ne sont pas mieux observés que parmi ceux dont ils se sont séparés.

Enfin, j’espère que la vue de ces mœurs si saintes, pourra faire quelque impression sur ceux qui sont assez aveuglés pour confondre la vraie religion avec les fausses, que l’erreur ou la mauvaise politique a introduites. Si quelqu’un d’eux fait réflexion sur les grands changements que l’Évangile a produits dans les mœurs de toutes les nations, et sur la différence qu’il y a toujours eue entre les vrais chrétiens et les infidèles, il verra que le christianisme a des fondements plus solides qu’il ne pensait ; et qu’il faut croire qu’il s’est établi par de grands miracles, puisqu’il serait encore plus incroyable qu’un tel changement fût arrivé sans miracles. Ces miracles avaient fait une si forte impression, que l’on ne s’est avisé que bien tard de les révoquer en doute. Pour parler de ce que nous connaissons distinctement, il n’y a guère plus de trois cents ans, que quelques Italiens, gens d’esprit, mais très ignorants de la religion, étant choqués de plusieurs abus qu’ils avaient devant les yeux, ont introduit ce libertinage. Charmés de la beauté des anciens auteurs grecs et latins, et de ce qu’ils y apprenaient de la politique de ces peuples et de leur manière de vivre, ils ne pouvaient rien goûter hors de là, d’autant plus que les maximes de ces anciens s’accordaient mieux que les nôtres avec la corruption du cœur humain, et les mœurs du commun des hommes.

Les nouvelles hérésies ont augmenté ce mal. Les disputes sur les fondements de la religion, ont ébranlé ou détruit la foi en plusieurs, qui n’ont pas laissé de continuer, par divers motifs temporels, à professer extérieurement la religion catholique ; et chez les hérétiques, le nombre a été bien plus grand de ceux qui, n’étant plus arrêtés par aucune autorité, ont poussé jusqu’au bout les conséquences de leurs mauvais principes, et en sont venus à ne savoir que croire, et à regarder la religion comme une partie de la politique. Cette malheureuse doctrine s’est aisément étendue. Les jeunes gens ayant ouï leurs pères ou ceux qui leur paraissaient gens d’esprit, faire quelque méchante raillerie sur la religion, ou même leur dire sérieusement qu’elle était sans fondement, s’en sont tenus là, sans approfondir davantage, trouvant ces maximes plus conformes à leurs passions. On se flatte par la vanité de se distinguer du vulgaire ignorant, et de s’élever au-dessus de la simplicité de nos pères. La paresse trouve aussi son compte à demeurer dans le doute, ou à décider au hasard sans se donner la peine d’examiner. Mais que l’on dise ce que l’on voudra, les faits qué j’ai posés demeureront constants, et il sera toujours vrai, comme dit si souvent Origène contre Celse, que Jésus-Christ a réformé le monde, et l’a rempli de vertus inconnues jusqu’alors.

Voilà ce que j’avais à dire touchant les mœurs des Israélites et des chrétiens. Voilà l’extérieur de la vie des fidèles de l’ancien et du nouveau Testament. Dans le premier discours, on peut voir, ce me semble, meilleur usage des biens temporels, et la manière la plus raisonnable de passer la vie que nous menons sur la terre. Dans le second discours, j’ai voulu montrer quelle est la vie de ceux dont la conversation est dans le ciel et qui, étant encore dans la chair, ne vivent que selon l’esprit ; cette vie toute spirituelle et toute surnaturelle, qui est l’effet propre de la grâce de Jésus-Christ. Trop heureux si à l’occasion de cet écrit, quelqu’un prenait une idée véritable de la vie raisonnable et chrétienne, et s’appliquait sérieusement à la pratiquer ! »

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2017/10/conclusions_de_l_oeuvre_de_l_abbe_fleury.pdf

Un parallèle édifiant entre la chute de la civilisation romaine et la nôtre

L’abbé Fleury résume de manière brillante, dans son ouvrage « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre LVI), la chute de Rome. Or, nous retrouvons exactement les mêmes causes dans notre civilisation que celles qui ont contribuées à l’anéantissement de l’empire romain. Nous devrions y réfléchir sérieusement.

« Cependant le commun des païens se corrompait toujours de plus en plus. Tout ce que j’ai marqué des vices qui régnaient quand l’Évangile parut, durait encore ; et hors le peu d’esprits forts et de philosophes dont je viens de parler, il ne restait plus rien de bon chez les Grecs ni les Romains, qui pût servir de contre-poids. Aussi fut-ce alors que l’empire tomba en Occident, et il ne se soutint en Orient que jusqu’au temps où il fut violemment attaqué. Il n’y avait plus ni discipline dans les troupes, ni autorité dans les chefs, ni conseils suivis, ni science des affaires, ni vigueur dans la jeunesse, ni prudence dans les vieillards, ni amour de la patrie et du public. Chacun ne cherchait que son plaisir et son intérêt particulier, ce n’était qu’infidélités, que trahisons. Les Romains amollis par le luxe et l’oisiveté, ne se défendaient contre les Barbares, que par d’autres Barbares qu’ils soudoyaient ; ils étaient abîmés dans les délices, et se piquaient d’une mauvaise délicatesse, que rien de solide ne soutenait. Enfin la mesure de leurs crimes et de leurs abominations étant comblée, Dieu en fit la justice exemplaire qu’il avait prédite par saint Jean : Rome fut prise et saccagée plusieurs fois par les Barbares ; le sang de tant de martyrs dont elle s’est enivrée, fut vengé ; l’empire d’Occident demeura en proie aux peuples du Nord, qui y fondèrent de nouveaux royaumes. Voilà les vraies causes de la chute de l’empire romain, non pas l’établissement de la religion chrétienne, comme les païens disaient alors, et comme Machiavel et les autres politiques impies et ignorants ont osé dire dans les derniers temps.

Les chrétiens vivant au milieu d’une nation si perverse et profondément corrompue, je veux dire de ces derniers Romains, il était difficile que leur vertu n’en souffrît quelque déchet, principalement n’étant plus divisés d’avec les infidèles, comme du temps des persécutions, et n’ayant à se défendre que de leur amitié et de leurs caresses. Il ne faut donc pas s’étonner des vices que les Pères reprochent aux chrétiens dès le quatrième siècle. Saint Augustin ne feignait point d’en avertir les païens qui voulaient se convertir, afin qu’ils en fussent moins surpris, et par conséquent moins scandalisés. Vous verrez, dit-il, dans la foule de ceux qui remplissent les églises matérielles, des ivrognes, des avares, des trompeurs, des joueurs, des débauchés, des gens adonnés aux spectacles ; d’autres qui appliquent des remèdes sacrilèges, des enchanteurs, des astrologues, des devins de diverses sortes ; et tous ces gens ne laissent pas de passer pour chrétiens. Il avoue de bonne foi aux manichéens, qu’il y en avait qui étaient superstitieux, même dans la vraie religion ; ou tellement adonnés aux passions, qu’ils oubliaient ce qu’ils avaient promis à Dieu. Il en parle encore souvent dans les ouvrages qu’il a écrit contre les donatistes, où il leur prouve si bien que l’ivraie doit demeurer avec le bon grain dans l’église jusqu’au temps de la moisson, c’est-à dire du jugement. Il condamne ailleurs l’injustice de ceux qui louaient ou blâmaient en général tous les chrétiens, ou tous les moines, selon le bien ou le mal qu’ils voyaient dans quelques particuliers. On trouvera des preuves semblables du relâchement des chrétiens dans saint Chrysostôme, et dans les autres Pères de ces temps-là.

À quoi donc servaient, dira-t-on, les pénitences publiques et les excommunications ? À purger l’Église de quantité de vices, mais non pas de tous. Pour imposer la pénitence il fallait que le pécheur la demandât, ou du moins qu’il s’y soumît. Il fallait donc qu’il confessât son péché, soit en se venant dénoncer lui-même, soit en acquiesçant lorsque d’autres l’accusaient. L’excommunication n’était que pour ceux qui n’acceptaient pas la pénitence, quoiqu’ils fussent convaincus ou par leur propre confession, ou par des preuves juridiques, ou par la notoriété publique. Encore les évêques prudents et charitables, ne se hâtaient pas d’en venir à cette dernière extrémité. Ils n’excommuniaient point les pécheurs, lorsqu’ils les voyaient si puissants, ou en si grand nombre, qu’il y a moins d’espérance de les corriger que de crainte de les aigrir et de les porter au schisme.

Ils employaient envers la multitude les instructions et les avertissements, et n’usaient de sévérité qu’envers les particuliers. Mais auparavant ils avertissaient souvent le pécheur convaincu et impénitent, du péril effroyable où il était ; ils l’exhortaient à en sortir, n’épargnant point les menaces, pour vaincre sa dureté ; ils gémissaient pour lui devant Dieu, et mettaient en prières toute l’Église ; ils espéraient et attendaient longtemps, imitant la patience et la longanimité du Père des miséricordes. Enfin ce n’était qu’après avoir épuisé toutes les inventions de leur charité, qu’ils en venaient à ce triste remède, avec la douleur d’un père, qui, pour sauver la vie à son fils, se verrait obligé à lui couper un bras de ses propres mains. On peut voir sur ce sujet le discours de saint Chrysostôme, sur l’anathème.

Mais pour ceux dont les crimes demeuraient cachés, soit qu’ils ne fussent connus que de Dieu, soit qu’il fût impossible de les en convaincre, il n’y avait point de remède. On ne pouvait leur défendre l’entrée de l’église, ni même la participation des sacrements, s’ils étaient assez impies pour ne pas craindre des sacrilèges. Les persécutions étaient des épreuves sûres, pour discerner la paille d’avec le grain ; mais quand elles eurent cessé, l’hypocrisie pouvait durer jusqu’à la mort. Cependant, ces chrétiens faibles et corrompus faisaient grand tort à l’Église par leurs mauvais discours, et leur mauvais exemples, surtout dans leurs familles. Ils instruisaient mal leurs enfants, qu’ils ne laissaient pas de faire baptiser ; et le défaut d’instruction domestique était de grande conséquence dans ces premiers siècles, où nous ne voyons point que l’on fît publiquement de catéchismes pour les enfants baptisés. »

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2017/10/un_parallele_edifiant_entre_la_chute_de_la_civilisation_romaine_et_la_notre.pdf

La bonté de la sainte Église

D’affreux clichés accusant la sainte Église de tous les maux circulent dans les médias et les ouvrages ésotériques. Pourtant, il n’y a rien de plus faux. Lisons ce qu’en dit l’abbé de Fleury dans son ouvrage « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre XLVII).

« L’autorité des empereurs fit tomber la plupart des anciennes hérésies, en leur défendant de s’assembler et ordonnant la recherche de leurs livres. Sous les empereurs païens, les catholiques n’avaient pas plus de liberté que les hérétiques, car les païens ne les distinguaient pas, ils méprisaient et persécutaient également tout ce qui portait le nom de chrétiens. Mais depuis les lois de Constantin et ses successeurs, ils n’osaient s’assembler ni publiquement ni secrètement, étant partout observés par les évêques. Ainsi la plupart se réunirent à l’Église, ou de bonne foi, ou par dissimulation, nonobstant le soin que prenaient les évêques de les discerner ; et ceux qui demeurèrent opiniâtres, moururent sans laisser de successeurs de leur doctrine : car la plupart de ces sectes étaient peu nombreuses, à cause de l’absurdité de leurs dogmes et des mauvaises mœurs de ceux qui en faisaient profession. Il ne fut donc plus mention de valentiens, de gnostiques, de marcionites et des autres sectes plus obscures. Les manichéens furent ceux qui durèrent le plus longtemps, nonobstant la peine de mort ordonnée contre eux. Les ariens, du temps de Constantin, ne faisaient pas encore un corps à part ; et sous ses successeurs, ils ne trouvèrent que trop de protection. Car en général l’hérésie n’étant qu’une invention humaine, ne peut soutenir longtemps la persécution.

Quoique l’Église n’ait pas besoin de la puissance temporelle, elle n’en rejette pas le secours. Les évêques trouvaient bon que les princes chrétiens punissent les hérétiques d’exil ou d’amendes pécuniaires, du moins pour les intimider, mais on épargnait leur sang. La règle était générale, que l’Église ne poursuivait jamais la mort de personne. Elle eut horreur de la conduite de l’évêque Ithace, qui procura la mort de l’hérésiarque Priscillien ; et nous avons plusieurs lettres de saint Augustin, pour demander aux magistrats, la grâce des circoncellions, espèce de donatistes, convaincus de violences horribles exercées contre les catholiques, jusqu’à des meurtres. Il dit que l’on déshonorerait leurs souffrances en faisant mourir ceux qui leur ont donné la gloire du martyre ; et que si on ne veut imposer d’autres peines à ces coupables, on réduira l’Église à n’oser en demander justice. Toutefois, les évêques n’obtenaient pas toujours la grâce de leurs ennemis, non plus que des autres criminels ; et les princes faisaient quelquefois exécuter à mort les hérétiques pour maintenir la tranquillité de l’État. »

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2017/10/la_bonte_de_la_sainte_eglise.pdf

La beauté d’une église élève l’âme humaine

La beauté du catholicisme élève l’âme tandis que la laideur des hérésies la rabaisse, c’est un mécanisme bien connu qui, hélas, est aujourd’hui oublié. Les statues laides et diffamatoires deviennent une habitude dans l’art contemporain, ce principe de laideur a toujours été utilisé contre la sainte Église. Nous sommes dans les temps de retour à la barbarie, c’est un fait indéniable, sauf pour les aveugles. Lisons l’extrait de l’ouvrage de l’abbé Fleury « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre XXXVIII)

« En effet, quoique la religion chrétienne soit toute intérieure et toute spirituelle, les chrétiens sont des hommes qui ressentent comme les autres les impressions des sens et de l’imagination. On peut dire même que la plupart n’agissent et ne vivent que par là. Car combien peu y en a-t-il qui s’appliquent aux opérations purement intellectuelles ; et ceux-là même combien en sont-ils détournés ? Il faut donc aider la piété par les choses sensibles. Si nous étions des anges, nous pourrions prier également en tous lieux, au milieu d’un marché, ou d’une rue passante, dans un corps-de-garde, dans un cabaret plein de tumulte et de débauche, dans le cloaque la plus infecte. Pourquoi fuyons-nous tous les lieux où nous nous trouvons dissipés et incommodés, sinon pour aider la faiblesse de nos sens et de notre imagination ? Ce n’est pas Dieu qui a besoin de temples et d’oratoires, c’est nous. Il est également présent en tous lieux, et toujours prêt à nous écouter, mais nous ne sommes pas toujours en état de lui parler. Il est donc inutile de consacrer des lieux particuliers à son service, si on ne les met en état de nous inspirer la piété.

Supposons, par exemple, ce que nous ne voyons que trop par la négligence des derniers temps ; supposons, dis-je, une église si mal située, qu’on y entende le bruit d’une grande rue ou d’une place publique, et si sale que l’on ne sache où se placer, ni où se mettre à genoux ; supposons encore qu’elle soit pleine d’un grand peuple, en sorte que ceux qui veulent prier soient continuellement poussés et foulés aux pieds par les passants, et continuellement interrompus par des enfants, et des mendiants de toutes sortes. Ajoutez que les yeux ne soient frappés que d’objets désagréables, de murailles enfumées, de tableaux poudreux, et placés à contre-jour, de statues mal faites ou mutilées, et d’autres mauvais ornements ; ajoutons enfin, pour assembler tout ce qui choque les sens, de mauvais encens et des voix discordantes qui chantent une méchante musique : il serait plus facile de prier avec attention en pleine campagne ou dans une maison déserte que dans une telle église. Au contraire, si l’on en trouve une bien bâtie, propre, tranquille, où le peuple soit arrangé, où un clergé bien réglé fasse l’office avec grande modestie, on sera porté à entendre cet office avec attention, et à prier du cœur en même-temps que de la langue.

Les saints évêques des premiers siècles avaient observé tout cela. Ces saints étaient des Grecs et des Romains, souvent grands philosophes, et toujours bien instruits de toute sorte de bienséance. Ils savaient que l’ordre, la grandeur et la netteté des objets extérieurs excitent naturellement des pensées nobles, pures et bien réglées, et que les affections suivent les pensées, mais qu’il est difficile que l’âme s’applique aux bonnes choses, tandis que le corps souffre, et que l’imagination est blessée. Ils croyaient la piété assez importante pour l’aider en toutes manières. Ils voulaient donc que l’office public, particulièrement le saint sacrifice, fût célébré avec toute la majesté possible, et que le peuple y assistât avec toute sorte de commodité, qu’il aimât les lieux d’oraison, et gardât un profond respect.Toutefois ils savaient bien en bannir le faste séculier, le luxe efféminé, et tout ce qui peut amollir les cœurs et frapper dangereusement les sens ; ils ne voulaient pas les flatter, mais s’en aider. Tout ceci s’entendra mieux en décrivant la liturgie toute entière. »

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2017/10/la_beaute_d_une_eglise_eleve_l_ame_humaine.pdf

Les martyrs des chrétiens

Les romains furent terriblement cruels envers les chrétiens comme l’explique l’abbé Fleury dans son indispensable ouvrage « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre XVIII, XIX, XX et XXI).

« Il n’est pas merveilleux que cette haine publique attirât aux chrétiens des persécutions ; mais peut-être quelqu’un s’étonnera que les Romains, qui, dans leurs lois et le reste de leur conduite nous paraissent si pleins de sagesse et d’équité, exerçassent sur d’autres Romains, et enfin sur des hommes, les cruautés que nous lisons dans les histoires des martyrs ; que les juges fissent tourmenter les accusés en leur présence, dans la place publique, devant tout le peuple ; et qu’ils employassent des supplices si divers, qu’ils semblent avoir été arbitraires. Peut-être ne sera-t-il pas inutile de voir ce qui était de leurs lois et de leurs mœurs, et ce que le faux zèle de religion et la politique y ajoutaient. Les Romains faisaient publiquement à l’audience tous leurs actes judiciaires, les procès criminels aussi-bien que les civils, l’instruction aussi-bien que le jugement ; et les audiences se tenaient dans la place publique. Le magistrat était sous une galerie couverte, assis sur un tribunal élevé, environné de ses officiers, avec des licteurs portant des haches et des faisceaux de verges, et des soldats toujours prêts à exécuter ses ordres. Car les magistrats romains avaient l’exercice des armes aussi-bien que de la justice. Les peines de chaque crime étaient réglées par les lois, mais différentes selon les personnes ; toujours plus rigoureuses contre les esclaves, que contre les libres, contre les étrangers, que contre les citoyens romains. De là vient que saint Paul fut décapité comme citoyen, et saint Pierre crucifié comme juif. La croix était le plus infâme de tous les supplices ; et ceux qui devaient y être attachés, étaient d’ordinaire battus de verges auparavant, brûlés aux côtés avec des fers rouges ou des flambeaux. La question se donnait aussi en public, et était fort cruelle ; et on y doit rapporter la plupart des tourments des martyrs ; car les lois romaines, comme les nôtres, ne permettaient de tourmenter les accusés qu’à la question, et on employait pour faire nier aux chrétiens leur prétendu crime, les citoyens dont on se servait pour faire avouer aux autres leurs crimes effectifs. La même manière de donner la question par l’extension des membres, le fouet, le fer, et le feu, durait encore sous les empereurs chrétiens. On le voit par l’exemple de saint Eutrope et de saint Tigrius, qui furent ainsi tourmentés sous d’autres prétextes, en haine de saint Chrysostôme.

Il était d’ordinaire de condamner les personnes viles à travailler aux mines, comme aujourd’hui aux galères, ou de les destiner à être exposées aux bêtes dans l’amphithéâtre pour divertir le peuple. Il pouvait y avoir encore divers genres de supplices, usités en diverses provinces ; et on ne peut nier que les magistrats n’en aient souvent inventé de nouveaux contre les chrétiens, principalement dans les dernières persécutions, où le dépit de les voir multiplier s’était tourné en fureur, et où le démon leur suggérait des moyens de tuer les âmes plutôt que les corps. Je ne crois pas qu’il se trouve d’exemple, que l’on ait condamné d’autres que des vierges chrétiennes à être prostituées. L’amour de la chasteté, qui éclatait dans les chrétiens, fit imaginer cette espèce de supplice ; comme aussi celui dont parle saint Jérôme, de ce martyr qui fut attaché mollement sur un lit, dans un lieu délicieux, pour être tenté par une femme impudique, à qui il cracha sa langue au visage. Enfin il y a eu un très-grand nombre de martyrs tués ou tourmentés sans aucune forme de justice, soit par la populace mutinée, soit par leurs ennemis particuliers.

La persécution commençait d’ordinaire par quelque édit, qui défendait les assemblées des chrétiens, et condamnait à certaines peines tous ceux qui ne voudraient pas sacrifier aux dieux. Les évêques s’en donnaient avis, et s’exhortaient les uns les autres à redoubler les prières et à encourager le peuple. Plusieurs alors s’enfuyaient, suivant le conseil de Jésus-Christ. Les pasteurs mêmes et les prêtres se partageaient. Les uns se retiraient, autres demeuraient avec le peuple, et ils se cachaient avec grand soin, parce que c’étaient eux que l’on cherchait le plus, comme ceux dont la perte pouvait causer la dispersion du troupeau. Quelques-uns changeaient de nom, pour n’être pas si aisément reconnus. D’autres se rachetaient de la persécution par de l’argent qu’ils donnaient, pour n’être point inquiétés ; et c’était toujours souffrir en leurs biens, et montrer combien ils estimaient plus leurs âmes. Que s’ils donnaient de l’argent pour avoir des billets, qui fissent croire qu’ils avaient obéi aux édits des empereurs, ils étaient nommés libellatiques, et mis au rang des apostats, comme s’étant avoués tacitement idolâtres.

Les règles de l’Église défendaient de s’exposer de soi-même au martyre, ni de rien faire qui pût irriter les païens, et attirer la persécution ; comme de briser leurs idoles, mettre le feu aux temples, de dire des injures à leurs dieux, ou attaquer publiquement leurs superstitions. Ce n’est pas qu’il n’y ait des exemples de saints martyrs qui ont fait des choses semblables ; et de plusieurs entre autres qui se sont dénoncés eux-mêmes. Mais on doit attribuer ces exemples singuliers à des mouvements extraordinaires de la grâce. La maxime générale était de ne point tenter Dieu, et d’attendre en patience que l’on fût découvert et interrogé juridiquement, pour rendre compte de sa foi. il y avait sur ce point deux hérésies opposées à éviter. Les gnostiques et les valentiniens décriaient le martyre comme inutile, puisque Jésus-Christ est mort pour nous sauver de la mort, ne distinguant pas de quelle mort il nous sauve. Ils disaient même que c’était faire injure à Dieu ; et que, puisqu’il refuse le sang des boucs et des taureaux, il n’y a pas d’apparence qu’il veuille le sang des hommes. Les marcionites, au contraire, s’exposaient au martyre en haine de la chair, et de celui qui l’avait créée, qu’ils disaient être le mauvais principe. On examinait sur ces règles ceux qui étaient morts pour la foi, afin de juger s’ils devaient être honorés comme martyrs. Ce qui semble être l’origine des canonisations.

Quand les chrétiens étaient pris, on les menait devant le magistrat, qui les interrogeait juridiquement assis sur son tribunal. S’ils niaient qu’ils fussent chrétiens, on les renvoyait d’ordinaire sur leur parole ; parce que l’on savait bien que ceux qui ‘étaient véritablement ne le niaient jamais, ou dès-lors cessaient de l’être. Quelquefois, pour s’en assurer, on leur faisait faire sur-le-champ quelque acte d’idolâtrie, ou dire quelque parole injurieuse contre Jésus-Christ. S’ils confessaient qu’ils fussent chrétiens, on s’efforçait de vaincre leur constance ; premièrement par la persuasion et par les promesses, puis par les menaces, et enfin par les tourments. On tâchait de les surprendre, et de leur faire commettre quelque impiété, même involontaire, afin de leur persuader qu’ils ne pouvaient plus s’en dédire. Comme le jugement se faisait dans la place publique, il y avait toujours quelque idole et quelque autel. On y offrait des victimes en leur présence, et on s’efforçait de leur en faire manger, jusqu’à leur ouvrir la bouche pour y porter quelque morceau de chair, ou du moins quelque goutte de vin offert aux faux dieux : et quoique les chrétiens fussent bien instruits, que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche, mais ce qui sort du cœur qui rend l’homme impur, ils ne laissaient pas de faire tous leurs efforts, pour ne pas donner le moindre scandale aux faibles. Il s’en est trouvé qui se sont laissé brûler la main, y tenant longtemps des charbons ardents avec de l’encens, de peur qu’ils ne semblassent offrir l’encens en secouant les charbons, comme saint Barlaam, dont saint Basile a fait l’éloge.

Les tourments ordinaires étaient, étendre sur un chevalet par des cordes attachées aux pieds et aux mains, et tirées des deux bouts avec des poulies, ou pendre par les mains avec des poids attachés aux pieds ; battre de verges ou de gros bâtons, ou de fouets garnis de pointes de fer nommés scorpions, ou de lanières de cuir cru, ou garnies de balles de plomb. On en a vu grand nombre mourir sous les coups. D’autres étant étendus, on leur brûlait les côtés, et on les déchirait avec des ongles ou des peignes de fer ; en sorte que souvent on découvrait les côtes et jusqu’aux entrailles ; et le feu entrant dans le corps étouffait les patients. Pour rendre ces plaies plus sensibles, on les frottait quelquefois de sel et de vinaigre, et on les rouvrait lorsqu’elles commençaient à se refermer.

Pendant ces tourments, on interrogeait toujours. Tout ce qui se disait, ou par le juge ou par les patients, était écrit mot pour mot par des greffiers, et il en demeurait des procès-verbaux bien plus exacts que tous ceux que font aujourd’hui les officiers de justice. Car, comme les anciens avaient l’art d’écrire par des notes abrégées, dont chacune signifiait un mot, ils écrivaient aussi vite que l’on parlait, et rédigeaient précisément les mêmes paroles qui avaient été dites, faisant parler directement les personnages, au lieu que, dans nos procès-verbaux, tous les discours sont en tierce personne, et rédigés suivant le style du greffier.

C’étaient ces procès-verbaux qu’ils appelaient actes. Les chrétiens étaient soigneux d’avoir des copies des procès faits à leurs frères, et les achetaient chèrement. Sur ces actes, et sur ce qu’ils observaient de leur côté, les passions des martyrs étaient écrites, et conservées par autorité publique et dans les églises. On dit que le pape saint Clément avait établi à Rome sept notaires, dont chacun avait cette charge en deux quartiers de la ville ; et saint Cyprien, durant la persécution, recommandait de marquer très soigneusement le jour où chacun aurait fini son martyre. Plusieurs de ces actes des martyrs périrent dans la persécution de Dioclétien. Et quoique Eusèbe de Césarée en eût encore ramassé un grand nombre, son recueil a été perdu. Dès le temps du pape saint Grégoire, il ne s’en trouvait plus à Rome ; on avait seulement des catalogues de leurs noms avec les dates de leur bienheureuse mort, c’est-à-dire des martyrologes. Mais il s’était conservé ailleurs quelques actes de martyrs, dont les religieux bénédictins ont donné depuis peu un recueil en latin, sous le nom d’actes choisis et sincères, et j’en ai inséré la plupart dans mon Histoire ecclésiastique.

Dans ces interrogatoires, on pressait souvent les chrétiens de dénoncer leurs complices, c’est à-dire les autres chrétiens, surtout les évêques et les prêtres qui les instruisaient, et les diacres qui les assistaient, et de livrer les saintes écritures. Ce fut particulièrement dans la persécution de Dioclétien, que les païens s’attachèrent à faire périr les livres des chrétiens, étant persuadés que c’était le moyen le plus sûr d’abolir leur religion. Ils les recherchèrent avec grand soin, et en brûlèrent autant qu’ils en purent saisir. Ils allaient même faire perquisition dans les églises et dans les maisons des lecteurs et des particuliers. Sur toutes ces sortes de questions, les chrétiens gardaient le secret aussi religieusement que sur les mystères. Ils ne nommaient jamais personne ; mais ils disaient que Dieu les avait instruits, que Dieu les avait assistés, qu’ils portaient les saintes écritures gravées dans leur cœur. On appelait Traditeurs ou traîtres ceux qui étaient assez lâches pour livrer les saintes écritures, ou pour découvrir leurs frères ou leurs pasteurs. Si les martyrs, pendant les tourments, proféraient quelques paroles, ce n’était guère que pour louer Dieu, et implorer sa miséricorde et son secours.

Après l’interrogatoire, ceux qui persistaient dans la confession du christianisme, étaient envoyés au supplice ; mais le plus souvent on les remettait en prison, pour les éprouver plus longtemps, et les tourmenter à plusieurs fois. Cependant les prisons mêmes étaient une autre espèce de tourments. Les confesseurs de Jésus-Christ étaient enfermés dans les cachots les plus noirs et les plus infects. On leur mettait les fers aux pieds et aux mains. On leur mettait au cou de grandes pièces de bois, ou des entraves aux jambes, pour les tenir élevées ou écartées, le patient étant posé sur le dos. Quelquefois on semait le cachot de petits morceaux de pots de terre ou de verre cassés, et on les y étendait tout nus ou tout déchirés de coups. Quelquefois on laissait corrompre leurs plaies, et on les faisait mourir de faim et de soif. Quelquefois on les nourrissait, et on les pansait avec soin, mais c’était afin de les tourmenter de nouveau. On défendait d’ordinaire de les laisser parler à personne, parce que l’on savait qu’en cet état ils convertissaient beaucoup d’infidèles, souvent jusqu’aux geôliers et aux soldats qui les gardaient. Quelquefois on donnait ordre de faire entrer ceux que l’on croyait capables d’ébranler leur constance : un père, une mère, une femme, des enfants, dont les larmes et les discours tendres étaient une autre espèce de tentation, et souvent plus dangereuse que les tourments. Si une martyre était enceinte, on attendait suivant les lois, qu’elle fût accouchée pour la faire mourir, comme il arriva à sainte Félicité.

Cependant l’église avait un soin particulier de ces saints prisonniers. Les diacres les visitaient souvent pour les servir, pour faire leurs messages, et leur donner les soulagements nécessaires. Les autres fidèles allaient aussi les consoler et les encourager à souffrir. Ils bénissaient leurs peines, et souhaitaient d’y avoir Ils baisaient leurs chaînes, ils pansaient leurs plaies, et leur apportaient toutes les commodités qui leur manquaient, des lits, des habits, des rafraîchissements. Jusque-là que Tertullien se plaignait que l’on faisait bonne chère dans ces prisons. Les fidèles n’épargnaient rien en ces occasions. Si on leur refusait l’entrée, ils tâchaient de gagner par argent les gardes et les geôliers. Ils ne se rebutaient point de leurs mauvais traitements, ils souffraient les injures et les coups, ils demeuraient patiemment aux portes des prisons, jusqu’à y veiller les nuits, attendant le moment favorable de satisfaire leur charité. Quand ils pouvaient entrer, ils regardaient comme des églises ces prisons consacrées par la présence des saints. Ils y faisaient les prières, et les prêtres y allaient célébrer le sacrifice, pour donner aux confesseurs la consolation de ne point sortir du monde sans la protection du corps et du sang de Jésus-Christ, comme parle saint Cyprien. Si c’était un évêque ou un prêtre qui fût en prison, les fidèles s’y assemblaient pour ne pas perdre l’occasion de recevoir l’eucharistie, et de l’emporter dans leurs maisons. En ces rencontres, on mettait tout en usage. On a vu des prélats, faute d’autel, consacrer sur les mains des diacres ; et l’illustre martyr saint Lucien d’Antioche consacra sa poitrine, étant attaché de sorte qu’il ne pouvait se remuer. On peut juger de quel poids étaient les exhortations dont ces messes étaient accompagnées. Toute l’Église respectait ces saints prisonniers, comme étant déjà presque couronnés dans le ciel. Lls avaient grand crédit auprès des prélats, pour obtenir la grâce de ceux qui, par faiblesse, étaient tombés dans l’idolâtrie : jusque-là que l’on fut obligé d’apporter de la modération aux recommandations de quelques-uns, qui avaient plus de zèle que de discrétion. »

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2017/10/les_martyrs_des_chretiens.pdf