La France sera châtiée tant qu’elle refusera le Christ-Roi

Chers amis,

Le progrès technique sert une cause inique qui ne sera jamais dévoilée par l’ennemi. De génération en génération, l’évolution technologique est le moyen qui permet à une caste, se croyant supérieure, de s’emparer du pouvoir politique. En effet, l’homme se fait facilement tromper en suivant de fausses lumières.

Au lieu de se préoccuper de la gravité de la décadence qui s’empare de notre civilisation, le quidam se fait emporter par le torrent et finit par perdre pied. Nous sommes tous concernés par la dégénérescence qui sévit en ce siècle de perdition. Nous sommes tous ce quidam.

Du temps de Jésus-Christ, les Hébreux essayaient du mieux que possible d’honorer le vrai Dieu unique. Il s’agit d’un Dieu qui a donné l’espoir et la joie à un peuple qui, finalement, n’a pas reconnu Le Sauveur.

Après le refus du Christ sur terre, les hommes se sont égarés dans les guerres. De nouvelles religions ennemies les unes des autres émergeaient et souhaitaient s’emparer du pouvoir absolu. L’histoire n’a fait que confirmer cette terrible réalité. L’homme préfère les histoires temporelles aux histoires spirituelles. Au lieu de suivre la voie droite, il se fait influencer par un ennemi invisible qui l’entraîne dans les abîmes.

Jésus-Christ dit, par delà les siècles : « qui ne rassemble pas avec Moi disperse ». Cette Parole est si vraie que de nos jours, les religions monothéistes semblent disloquées dans leurs contradictions. L’Église nous donne toujours l’espoir de temps meilleurs mais à quel prix ! La corruption de l’ennemie s’est immiscé à la tête du corps matériel de l’Église. Comme disait saint Augustin : « lorsque la tête est corrompue, c’est l’ensemble du corps qui risque la putréfaction ».

Si nous voulons survivre aux temps qui viennent, nous devons suivre la voie droite et étroite de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Si nous voulons rassembler et Lui ressembler, nous devons L’aimer et appliquer Ses commandements. Nous ne pouvons ni être quiétistes ni jansénistes.

D’une part, les quiétistes se contentent d’admirer un Dieu dans leur esprit, en n’appliquant aucune de ses lois, mais, au contraire, en se laissant flatter par les sens. Les quiétistes sont donc comme ces hommes qui restent assis pendant que le monde passe. Ce sont de faux religieux qui essayent de faire oublier les Dix commandements de Moïse. Car, ne l’oublions pas, nous sommes toujours soumis à la Loi. Mais, celle-ci a été réformée par Notre-Seigneur. Nous devons suivre les dix commandements en appliquant en priorité les deux principaux :

  • Tu aimerais Dieu de toutes tes forces et de tout ton cœur.
    • Aimer Dieu de tout son cœur et de toutes ses forces signifie qu’il est indispensable de rejeter le blasphème. La crainte de Dieu doit guider le cœur de l’homme droit, de manière humble et sincère.
  • Tu aimerais ton prochain comme toi-même.
    • Aimer son prochain comme soi-même consiste à considérer l’être humain qui est là, en face de soi, comme un frère qui est soumis aux mêmes défauts. On doit essayer de voir en lui ce qu’il y a de mieux. On doit lui porter secours, à chaque fois que nécessaire, comme le ferait le Bon Samaritain. Un frère se doit de protéger son propre frère.

De ces deux Lois, améliorées par Jésus-Christ, qui sont elles-mêmes issues de la Loi de Moïse, nous devons en tirer d’autres conclusions :

  • Vous êtes tous frères et il n’y a qu’un seul Dieu.
    • Nous sommes tous issus de la création du vrai Dieu unique. A ce titre, nous sommes tous frères et personne n’a le droit de reprocher à l’autre d’être différent. Dieu nous a tous donné des qualités et des caractéristiques que nous devons accepter et défendre. Le racisme et l’anti-racisme sont les deux faces d’une même pièce qui sert la cause du diable et de ses sbires qui sévissent ici-bas, à côté de nos frères en Christ. Toute idéologie essaye de nous détourner de la vraie foi pour nous faire admirer une idée défigurée par le sophisme. Le mensonge diabolique consiste à nous faire aimer autre chose que Dieu. Dès lors, nous perdons de vue l’amour de Dieu et de notre frère. Le diable parvient à nous arracher la Vérité, puisque, l’authentique trésor est avant tout céleste.

D’autre part, les jansénistes sont des prêtres rigoureux au point de faire perdre la foi en un Dieu d’Amour. Pour eux, le libre-arbitre n’existe pas puisqu’il n’y aurait que des élus et des réprouvés. Dieu ne serait alors que rigueur et châtiment à l’image d’un faux dieu cruel et barbare. Il s’agit bien sûr d’un odieux blasphème qui a contribué à la disparition de la vraie foi. Car la foi doit nous rendre semblable à l’apôtre du Christ, c’est-à-dire généreux, doux, juste et aimant. Le jansénisme annonçait déjà une terrible apostasie.

Au fil des siècles, le progrès a détourné les catholiques européens de la véritable foi. Le français du XVIIIe siècle, par exemple, visait le progrès comme but ultime. Le Christianisme a autorisé la recherche et la découverte, que nous nommons couramment « progrès ». Or, par un effet issu de lois invisibles qui nous sont supérieures, le progrès technologique a donné naissance à deux frères :

  • L’athéisme
    • L’athéisme a créé dans le cœur de l’homme une faille béante. Lorsque l’on ne croît pas en Dieu, on croit en soi-même. On devient son propre « dieu ». On se considère comme le nombril du monde. Dès lors, le prochain n’est plus rien sinon un concurrent ou encore pire, un gêneur. L’athéisme est le terreau de l’esprit de compétition et de l’individualisme. Lorsqu’un peuple n’est plus uni, il est dispersé à l’image des Hébreux qui ont erré pendant des millénaires parmi les nations. Souvenons-nous des paroles du Christ : « Qui n’assemble pas avec Moi disperse ». L’athéisme est le fruit d’un travail de sape constant qui tend de nos jours à être amplifiée par la société de consommation et l’Internet. Les médias s’acharnent à effacer toutes traces des Lois de Moïse et de la foi en Jésus-Christ en diffusant des séries et des films de plus en plus nombreux. Cette technique consiste à diluer la Vérité dans le mensonge. Autrement dit, cela peut être comparé à la dissolution d’une goutte d’eau minérale, la Vérité, dans un grand verre d’eau souillée par la boue, le mensonge.
  • Le matérialisme
    • Le matérialisme est indispensable à l’athéisme pour se maintenir. Le matérialisme est une illusion qui remplace l’espoir. Au lieu d’attendre patiemment, on se précipite dans les supermarchés pour acheter l’objet de son désir qui semble calmer un certain vide. Or, en achetant un objet, on contribue, au contraire, à renforcer l’effet du matérialisme puisque l’on enrichit les milliardaires. Ce cercle vicieux encourage les hommes riches à produire davantage. Le matérialisme sévit à travers les primes, les salaires, les objets, les vacances, etc. Le matérialisme correspond à un marché mondial parmi lequel, un jour ou l’autre, l’homme sera lui-même réduit à l’état de marchandise. Le matérialisme est comparable à une tyrannie cachée qui rend esclave les hommes sans que ceux-ci en soient conscients. Nous pouvons être comparés à des animaux élevés en cage, qui n’ayant jamais connu la liberté, se contentent de vivre dans une société étouffante et violente en acceptant ses codes immoraux.

Nous pouvons constater que saint Augustin, et les autres saints, avaient tant raison ! Le péché détruit la vertu et entraîne l’homme vers la perdition. C’est comme si nous préférions, encore et toujours, Barabbas à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ainsi, comme dit Jésus-Christ : « Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. »

Le monde va à sa perdition à une allure de plus en plus rapide. Le catholicisme du XIXe siècle a cédé la place à l’athéisme du XXe siècle. En ce XXIe siècle, l’Islamisme, qui est une branche sunnite radicale de l’Islam, va engendrer de multiples guerres sanglantes sur notre territoire. La France est en train de subir la Justice de Dieu en tombant dans les griffes du despotisme. Celui qui dirige la France en 2020 est un poteau de boue, comme disait Marie-Julie Jahenny. Nous ne devons rien attendre de lui puisqu’il obéit à ses maîtres qui haïssent la France. Ne soyons pas dupes, l’ennemi attend le moment propice pour anéantir les infidèles à l’aide d’armes plus ou moins lourdes. Le châtiment de la France sera terrible. Les villes de Paris, Marseille et Lyon seront anéanties dans un chaos terrifiant. L’Assemblée Nationale, qui est devenu le lieu d’adoption de lois iniques, finira sous un déluge de feu.

Ce qui semble aujourd’hui impossible aura pourtant bel et bien lieu. La France doit être châtiée pour que la foi en Jésus-Christ puisse renaître dans le cœur d’hommes sages. Parce que ceux-ci auront su que la Vérité était en Christ et nulle part ailleurs. Jésus-Christ nous a prévenu de tout ceci et ses prophéties sont en train de se réaliser, en ce siècle terrifiant :

« Jésus leur répondit : « Prenez garde que personne ne vous égare. Car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi le Christ” ; alors ils égareront bien des gens. Vous allez entendre parler de guerres et de rumeurs de guerre. Faites attention ! ne vous laissez pas effrayer, car il faut que cela arrive, mais ce n’est pas encore la fin. On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume ; il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre. Or tout cela n’est que le commencement des douleurs de l’enfantement. Alors, vous serez livrés à la détresse, on vous tuera, vous serez détestés de toutes les nations à cause de mon nom. Alors ce sera pour beaucoup une occasion de chute ; ils se livreront les uns les autres, se détesteront les uns les autres. Beaucoup de faux prophètes se lèveront, et ils égareront bien des gens. À cause de l’ampleur du mal, la charité de la plupart des hommes se refroidira. Mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. Et cet Évangile du Royaume sera proclamé dans le monde entier ; il y aura là un témoignage pour toutes les nations. Alors viendra la fin. »

Nous savons que nous devrons reconstruire une France détruite par la folie des hommes. Pour la reconstruire, nous devrons nous atteler, tels des apôtres, aux prêches et aux sermons afin que la France retrouve sa grandeur d’autrefois. C’est par la Charité que nous pourrons sauver la France et non pas par les folies guerrières. Celui qui dit « œil pour œil et dent pour dent » n’est pas plus sage que celui qui affirme que Jésus-Christ n’existe pas.

Il est, bien sûr, plus facile de haïr que d’aimer, mais, c’est là, la juste mesure de la Justice : nous sommes le sel de la terre et à ce titre nous devrons réapprendre à nous aimer les uns les autres, grâce aux commandements de Dieu. Le Christ-Roi doit s’asseoir de nouveau sur le trône de France pour que notre nation puisse sortir de l’enfer. Tant que nous serons tièdes, nous ne pourrons pas nous affermir et le sol sera d’argile, ce qui nous conduira à la ruine :

« Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez le mal !” Ainsi, celui qui entend les paroles que je dis là et les met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a construit sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison ; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. Et celui qui entend de moi ces paroles sans les mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, les vents ont soufflé, ils sont venus battre cette maison ; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet. »

Chers amis, peu importe que vous croyez ou non à ces paroles puisque la Vérité nous a été enseignée par Jésus-Christ. Ses paroles sont éternelles et résonnent plus que jamais dans le temps. Si nous voulons que la France vive, nous devrons tôt ou tard partir au combat. Ce combat sera celui de David face à Goliath. Autrefois, les saints emmenaient les troupes catholiques chanter en procession pour invoquer la Sainte-Vierge Marie, saint Michel Archange et Jésus-Christ. Ainsi, le Ciel leur octroyait la protection nécessaire. Nous devrons partir dans ce même type de combat : c’est en invoquant le Ciel que nous pourrons vaincre. Nous devons croire que nous avons déjà gagné pour que Dieu nous donne la victoire sur le mal. C’est par une foi ferme et indestructible que nous pourrons rétablir l’Autel et le Trône.

En attendant ces terribles moments de guerre et de sang, je vous prie de bien vouloir prier la sainte Famille pour qu’Elle protège ce qui reste de la France. « Jésus, Marie, Joseph » est l’un de nos credo. Souvenons-nous que la sainte famille est constituée d’un homme, d’une femme et d’un ou plusieurs enfants. Un père ne sera jamais une femme. Une mère ne sera jamais un homme. Il n’existe que deux sexes, le règne animal nous l’a toujours prouvé. L’homme obtient un enfant en se mariant avec son épouse. Un couple de deux êtres identiques est voué à la stérilité puisque Dieu a crée Adam et Ève. Le système contemporain essaye de détruire notre foi. Or, nous avons bâti notre maison sur le Roc. Nous croyons et croirons toujours aux vérités bibliques et nous piétinerons la censure et le mensonge.

Il faudra, un jour ou l’autre, rétablir la Vérité et contraindre l’humanité à honorer Dieu et à craindre le mensonge en utilisant une verge de fer. C’est certainement le rôle du futur roi de France qui sera à la foi doux et dur. Il se peut que ce soit un homme à deux visages : doux avec les faibles et terrifiant avec les forts. Dès lors, il serait une source de malheur pour les méchants et une source de bonheur pour les affligés. Il est prophétisé qu’il vaincrait les méchants en leur menant la guerre. C’est à ce titre qu’il est perçu, par les sectes maçonniques, comme un antéchrist ennemi de leur foi dévoyée. Car, pour les illuminés maçonniques, leur roi ne peut être qu’un antichrist qui haït Jésus-Christ. Or, les termes antéchrist et antichrist ne sont pas similaires. L’antéchrist vient avant le Christ tandis que l’antichrist est l’ennemi du Christ. Selon les prophéties, le roi de France serait un homme aimant Dieu et haïssant le péché, tandis que l’antichrist viendrait après lui pour anéantir le monde. Attention : ces propos ne sont que des hypothèses établies selon les études de textes prophétiques et ne sauraient en aucun cas être une source de vérité absolue.

Dans tous les cas, nous obtiendrons la victoire en ayant foi en la vérité des Évangiles. Dieu nous a donné le livre de la Vérité. A nous de croire pour relever la France de la fange contemporaine. Le rétablissement des dix commandements et de la foi en le Christ-Roi sont indispensables à notre nation si nous souhaitons lui éviter la disparition.

Que Dieu vous bénisse et vous protège en ces temps d’affliction.

Stéphane

22 février 2020

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Le retour au Christ

Chers amis,

Nous allons parler aujourd’hui du retour au Christ, et non pas du retour du Christ. La différence est fondamentale.

En effet, le retour du Christ impliquerait que les hommes ne se soucient plus de Dieu en attendant passivement un miracle. Il y a là une espérance dévoyée en un illusoire messie puisque Jésus-Christ est déjà venu parmi nous.

Nous devons donc revenir au Christ. Cela implique un effort de notre part. Nous devons renoncer au péché et renouer avec la tradition catholique qui est la nôtre. L’empire romain s’est converti au christianisme, grâce à Constantin, avant de mourir au tombeau pour réapparaître dans l’Église et dans la Royauté. Cela explique pourquoi le latin est la langue traditionnelle de l’Église et de la Royauté.

Nos ennemis haïssent le latin, l’Église et la Royauté parce que ces trois éléments trinitaires empêchent la force brute de s’emparer du pouvoir. L’ennemi tente de faire disparaître par lambeaux le catholicisme, et le christianisme en général, afin d’imposer son nouvel ordre mondial qui est un mélange de gnoses mortifères.

Le nouvel ordre mondial a pour but d’imposer par la tyrannie matérialiste un pouvoir totalitaire. À l’instar du nazisme, le transhumanisme souhaite créer un homme nouveau qui serait amélioré par la technologie. Ainsi, l’homme naturel crée par Dieu serait considéré comme un sous-produit. L’homme du futur serait donc le fruit du progrès technologique engendré par l’athéisme.

Or, l’homme n’a jamais pu se créer lui-même. La création est le fruit de l’œuvre de Dieu qui est symbolisée par l’Amour. C’est pourquoi Jésus-Christ est réellement le Fils de Dieu : il porte en Lui l’Amour du Père.

Au fil des siècles, une force spirituelle démoniaque a voulu s’emparer de l’humanité pour la forcer à s’émanciper de Dieu. Satan est une force invisible bien réelle qui est déchue à cause de son orgueil. Les forces sataniques veulent que l’humanité se damne également en suivant leur chemin de perdition. Il s’agit d’un esprit totalitaire qui affirme la maxime suivante : « suivez-moi et damnez-vous ou mourez » puisque le démon incarne la perdition, le mensonge et la mort.

Jésus-Christ, quant à lui, affirme autre chose : « suivez-moi et vivez » car Il est le Chemin, la Vie et la Vérité.

Nous avons donc le choix entre suivre l’esprit du monde qui affirme ceci : « embrassez le transhumanisme, entrez de plain pied dans le nouveau monde et amusez-vous », ou, alors, nous pouvons renoncer à ces promesses mensongères pour reprendre le chemin de Constantin afin de renouer avec l’Église et la Royauté.

Cela implique de revenir aux origines latines de nos traditions, de connaître le latin, d’embrasser l’Église des premiers siècles et d’honorer nos rois. En faisant ceci, nous serons réellement les fils de Jésus-Christ car nous aurons effectué les premiers pas en direction du Christ. C’est ce que nous appelons donc le retour au Christ.

En Russie, une tradition veut que nous honorions nos morts et nos ancêtres en brandissant leur portrait. Nous devrions honorer nos ancêtres et renouer avec notre passé. Il suffit de secouer l’esprit du monde pour redécouvrir tout ce que la technologie a voulu détruire. Jésus-Christ, l’Église et la Royauté sont éternels. N’en déplaise aux esprit démoniaques.

L’année 2020 est le début du retour aux sources. Nous allons connaître la crise financière, la guerre civile et certainement le début d’une guerre mondiale avec toutes sortes de fléaux : les tempêtes, les séismes et les volcans. Dieu nous montre Sa colère à cause de notre manque de foi.

Lorsque la guerre aura éclaté, lorsque ces événements auront eu lieu, il nous faudra sauver la France en détruisant tout ce qui n’est pas conforme à nos traditions. Ainsi, nous anéantirons de fond en comble les hérésies pour les renvoyer en enfer. Nous écraserons le progrès technologique par la Parole puisque le Verbe est le Chemin, la Vie et la Vérité. Ce sera une épreuve très lourde et difficile, mais, si nous ne le faisons pas, la France mourra, emportée par les fourberies de nos ennemis.

Nous devrons faire un choix en 2020 puisque Jésus-Christ a dit : « celui qui ne rassemble pas avec moi disperse ».

Chers amis, restons fidèles au Christ en ces années de jugement. Conservons la foi, l’espérance et la charité. Que Dieu vous bénisse et vous guide en cette nouvelle année 2020.

Stéphane
Le 2 janvier 2020

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Le secret des francs-maçons

Chers amis,

Ne vous y trompez pas, nous ne parlerons pas d’Albert Pike, cet abominable initié qui brûle en enfer. Nous parlerons ici du véritable secret des haut gradés de la franc-maçonnerie. Fut un temps, je pensais qu’il n’y avait aucun secret au sein des loges puisque tout était déjà révélé par les médias. Or, c’est tout à fait inexact. Le plus grand secret de la franc-maçonnerie est celui que nous ne pouvons pas percevoir immédiatement : l’homme.

Commençons tout d’abord par introduire la religion catholique. Notre sublime religion a pour vocation de sauver l’âme humaine. Jésus-Christ est venu sur cette terre pour révéler à l’humanité l’existence de Dieu le Père. Sa vie entière fut dédiée à cette sainte cause : le don de soi pour ses amis, au point de laver les pieds de ses disciples. Quel exemple aujourd’hui oublié ! Jésus-Christ a révélé sa nature divine à travers ses miracles, ses prédications, ses commandements et sa Crucifixion. L’image du Père, l’image de Dieu était en lui. Ce Dieu qui s’est abaissé pour devenir notre ami :

« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 13:34-36)

Nous pouvons affirmer que Jésus-Christ nous demande de comprimer nos désirs, nos pulsions, notre orgueil, nos passions afin de Lui ressembler davantage. La maîtrise de nos mauvais instincts engendre en nous la Charité : nous sommes capables d’aimer Dieu de toute notre âme et d’aimer notre prochain comme nous-même. Par conséquent, nous devons renoncer à notre volonté propre pour faire le bien et ressembler au vrai Dieu. Le secret du catholicisme est double : nous encourager à faire le bien ici-bas pour que notre âme puisse aller au paradis après notre passage sur terre. Toutefois, il ne faut pas voir le paradis comme une récompense afin de ne pas nous tromper de cause : nous devons seulement aimer le plus possible et être source de paix sans en espérer davantage. Ainsi, ce qui nous sera donné dans l’au-delà nous sera plus agréable encore.

Maintenant, parlons des hauts gradés de la franc-maçonnerie et non pas des petits qui ignorent, bien souvent, tout ce qui se trame là-haut. Le petit franc-maçon est bien souvent un naïf qui est utile à la ruse des têtes pensantes. Peu importe la colère de ceux qui lisent ce texte. Bien leur en fera de réfléchir à cette triste condition.

Le but de la franc-maçonnerie est d’exacerber les mauvais penchants des individus. Pour cela, il est nécessaire de faire croire à l’initié qu’il est important, qu’il découvre des secrets cachés aux profanes, qu’il est unique. Vous l’aurez compris, la franc-maçonnerie encourage l’orgueil pour que l’instinct bestial de l’initié se réveille et le pousse à s’accaparer les richesses matérielles en écrasant les plus petits.

On comprend mieux le sens de quelques mots employés en loge :

Abdemelech signifie en hébreu : « serviteur du roi ».
Achaz → « possesseur ».
Adonaï → « le souverain maître »
Amalec → « peuple qui lèche ».
Aman → « partisan de la révolte ».
Ammorrhaei → « amers » ou « rebelles ».
Astaroth → « troupeau » ou « richesses ».
Baal → « maître ».
Babel → « confusion » ou « bouleversement ».
Caïn → « possession ».
Leviathan → « société du dragon ».
Malchus → « roi ».
Mammon → « argent » ou « richesse ».
Pharisiens → « divisés ».
Sion → « sécheresse » ou « bruit ».
Tubalcaïn → « possession du monde ».

Autres mots traduits: https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2019/03/traduction_mots_hebreux_chaldeens_grec.pdf

Le sens des mots est important. Nous devons savoir à quoi nous obéissons, à quoi et à qui nous vouons notre obéissance. La naïveté des uns fait le bonheur des grands initiés.

Ainsi, le monde contemporain est devenu une gigantesque loge. Les médias déversent leurs détritus composés de films et de jeux pornographiques, violents, horrifiques, tristes, immondes, sataniques, etc.

La médiocrité est encouragée et récompensée. La violence n’est jamais réprimée. Le piétinement des plus faibles est loué (cf les gilets jaunes). La prise de drogue est perçue comme un acte subtil et utile dans les films et séries. Le joueur de jeu vidéo est invité à utiliser des armes pour massacrer ses ennemis.

Nous vivons dans un monde où la bête qui sommeille en chacun de nous est excitée.

La profanation des églises catholiques et des cimetières est un signe évident d’une volonté démoniaque de défaire tout ce que Jésus-Christ a apporté ici-bas. Cette haine du Sacré manifeste les véritables intentions des initiés : reconstruire Babel, Sion, ces cités de la sécheresse, du bruit et de la confusion, en devenant eux-mêmes des Caïn, c’est-à-dire des possesseurs, des initiés.

Nous devons maintenant faire un choix : rejoindre le camp du mal en devenant nous-mêmes des bêtes immondes, des monstres assoiffés de gloire personnelle, des êtres voués à la cause de Satan ou rejoindre le camp des saints, c’est-à-dire l’Église catholique, une, apostolique et romaine. Il n’y a pas d’autre alternative. Toutefois, il n’est pas question de rentrer dans des querelles de clochers : l’Église orthodoxe est louable, tout comme les Églises qui reconnaissent Jésus-Christ comme Fils de Dieu. Nous devons unir ce que Satan (« adversaire » en hébreu) a divisé.

Si nous acceptons de devenir nous-mêmes des saints, nous devons refuser l’esprit du monde, rejeter la violence, la pornographie, les armes, la drogue. Nous devons nous rapprocher du Sacré, devenir des exemples par notre vie pieuse, contrôler chacune de nos paroles, rester doux là où la plupart sont devenus violents, aller à la Messe, louer la mémoire de nos ancêtres, nous consacrer à la Sainte Vierge, prier les anges, honorer le Saint-Sacrement, etc.

Certains diront que « nous avons le choix » en rejoignant les causes politiques (marxisme, anarchisme, stalinisme, trotskysme, nazisme, nationalisme, et autres …isme). Il n’en est rien. Ces causes sont matérialistes et non pas spirituelles. Il n’y a jamais eu de saints parmi les politiciens puisque ceux qui adhèrent à une cause politique ne sont intéressés que par leur propre gloire, leur propre victoire (cf Hitler, Lénine, Mussolini, Pol Pot, Staline, et autres orgueilleux homicides)

Or, un saint est quelqu’un qui se dévoue à la cause de Dieu en acceptant de s’abaisser, de se contenir pour être en mesure d’aimer ses frères comme lui-même. En un mot, comme en cent, devenir saint c’est accepter de ressembler à Jésus-Christ (« À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 13:35).

Ainsi nous sommes prévenus. Ceux qui refusent de ressembler à Jésus-Christ finiront dans la géhenne puisqu’ils se massacreront, se piétineront les uns les autres à cause de leur aveuglement, de leur vanité. Nous devons faire un choix maintenant car l’heure des révélations est proche. Dieu puisse nous ramener à la raison et à la charité.

Veillons et prions en cette période de Carême. Les temps sont proches.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2019/04/le_secret_des_francs_macons_v01.pdf

Les vertus d’humilité et d’obéissance dans la religion catholique

Notre Seigneur Jésus-Christ a restauré les commandements de Dieu en réformant profondément un esprit pharisaïque dégénéré. Il rappelait avec force et puissance, dans Ses Paroles, que les fils d’Abraham étaient ceux qui aimaient Dieu de tout leur cœur et leurs frères comme eux-mêmes. Au fil des siècles, les pharisiens ont malheureusement écarté cette vertu principale en la nommant « règle d’or » pour la rendre inaccessible à la majorité. Ainsi, l’héritage de Jésus-Christ n’existait plus que dans la religion catholique.

Notre religion, fidèle à l’esprit judaïque des Hébreux, dans la lignée de Jésus-Christ, a su préserver jusqu’au milieu du XXe siècle sa pureté. Nous retrouvons ses caractéristiques dans les conservations épistolaires de saint Alphonse de Liguori, immense saint italien du XVIIIe siècle (1696-1787).

« L’humilité disait Alphonse, doit être notre vertu dominante ; c’est elle qui distingue le catholique du protestant, et c’est pour l’avoir abdiquée que Lucifer est devenu l’esprit des ténèbres… Redoutez l’amour-propre comme un fléau ; il perd tous les jours tant de laïques, de prêtres et de religieux, que si je voyais un des nôtres désirer d’être estimé, je croirais rencontrer un damné, et je demande à Dieu de détruire la Congrégation plutôt que de laisser introduire dans son sein un pareil désordre. »

Voici maintenant quelques passages du livre « histoire de saint Alphonse de Liguori » :

« Pour mieux affermir les bases spirituelles de la Congrégation, le saint établit en principe, que pendant la première année d’épreuve, les novices ne s’appliqueraient à aucune étude littéraire, et se consacreraient exclusivement au grand travail de leur perfection. Dès lors tout réussit à souhait. Les sujets atteignirent en peu de mois le nombre de vingt, et sous la conduite du Père Villani, devinrent bientôt des modèles de régularité et de ferveur.

Cette portion de son troupeau fut toujours particulièrement chère à Alphonse ; il s’en occupait avec bonheur lorsqu’il était à Ciorani, et le vœu qu’il avait fait de ne jamais perdre un moment ne l’empêchait pas de paraître envers eux prodigue de son temps. C’est ainsi que, pour avoir l’occasion de causer plus intimement avec les novices, et de mieux connaître leurs caractères et leurs dispositions, il se chargeait souvent de diriger lui-même les promenades. Il s’asseyait alors avec eux à l’ombre d’un arbre, leur faisait une lecture ou leur expliquait un chapitre de l’Imitation, et tout joyeux d’être entouré de ses enfants, poussait la bonté jusqu’à évoquer les souvenirs de ses études musicales d’autrefois pour leur enseigner les airs des cantiques qui se chantaient dans les missions. Cette familiarité lui gagnait tous les cœurs et lui permettait d’y déposer la semence qui devait plus tard se transformer en moisson. Ce qu’il cherchait surtout à inspirer aux novices, c’était l’estime de leur vocation et la reconnaissance pour le Dieu, qui dès l’aurore de la vie, avant tout contact avec le monde, leur avait ouvert la porte de son temple ;

« grâce de choix, disait-il, la plus grande après celle de la création et de la rédemption, qui en faisant d’eux un jour les continuateurs de Jésus-Christ auprès des âmes devait devenir la source vive de leur salut. »

« Quelle consolation pour vous, mes enfants, s’écriait-il parfois, de voir à l’heure de votre mort, rangées autour de votre lit, des centaines d’âmes qui vous diront avec allégresse : Opera tua sumus ! C’est à toi que nous devons la vie ! »

Puis, après avoir exalté devant l’honneur et le prix de l’apostolat, il leur montrait les secours qu’ils trouveraient dans la vie religieuse, l’appui que leur donneraient la prière, la règle, les bons exemples, toutes choses qui dans le monde ne se rencontrent guère. Sans doute toute tentation ne leur serait pas épargnée ; mais ils ressembleraient à des navigateurs essuyant à l’abri d’une rade les tempêtes que d’autres affrontent en pleine mer, n’ayant que la fragilité de leur barque entre eux et l’abîme.

« Courage donc ! ne se lassait-il pas de répéter. Vocation et prédestination sont une même chose… ; mais vocation et persévérance sont deux grâces distinctes, et si Dieu a pu vous prendre au milieu des infidélités pour vous donner la première, il n’accordera la seconde qu’à vos prières et à vos efforts. Le démon, sachez-le bien, vous disputera cette couronne ; mais pour le vaincre trois dispositions vous suffiront : l’humilité, qui en vous révélant votre misère vous rendra tout-puissants ; l’obéissance, qui vous empêchera de perdre la route ; enfin l’ouverture du cœur, un des épouvantails de l’esprit de ténèbres, dont l’orgueil ne supporte pas de voir découvrir ses artifices par un être de boue tel que l’homme. »

Si, en 2019, l’Église est bafouée, méprisée, haïe, tout autant que Jésus-Christ, nous devons espérer en un renouveau de la France après quelques passages violents et tumultueux. Notre Victoire ne dépend que de nos prières en Dieu, car, comme disait Jésus-Christ, il faut beaucoup prier pour arracher au Ciel des miracles. « Commandez à cette montagne et celle-ci se déplacera ».

Nous devons retrouver la foi en Dieu et persévérer, coûte que coûte, dans les vertus d’humilité et d’obéissance qui ont toujours fait le plaisir de Dieu et la victoire de la sainte Église.

Notre jour viendra. Dieu vous garde.

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L’esclavage par l’hérésie

Chers amis,

Nous sommes arrivés à la fin d’une civilisation, soyez-en certain : la guerre est à nos portes. L’homme est un être purement spirituel, et, pourtant, le système essaye de transformer les individus en êtres interchangeables, rectangulaires, pratiquement semblables à ces poissons panés que l’on trouve dans le commerce.

Cela provient d’un mouvement qui a commencé à la Renaissance. Une caste de bourgeois a souhaité, au fil des siècles, se positionner en tant que maîtres absolus de l’humanité tout entière. Or, sans la technologie, ce rêve restait une douce chimère. Il fallait donc, pour cela, développer la Science grâce à un organisme tel que « la Royal Society » en son temps. Ensuite, il a fallu écarter de la vie publique la Sainte-Église, grâce à d’incroyables mensonges soigneusement élaborés au cours des siècles, pour qu’il n’y ait plus ni prêtres, ni martyrs chrétiens aptes à défendre la foi.

Bien sûr, les ennemis de Jésus-Christ se positionnent toujours en victimes en rabâchant sans cesse les mêmes arguments :

– La religion catholique est falsifiée
– Jésus-Christ n’a pas existé
– Jésus-Christ a existé, mais il n’était pas le Messie
– Jésus-Christ a existé, mais il n’est pas mort crucifié sur la Croix
– Jésus-Christ a existé, mais il n’est pas ressuscité
– La religion est une fable, une illusion, une vue de l’esprit humain
– L’Inquisition a fait beaucoup de morts (mais très peu et bien moins que la première guerre mondiale)
– La religion bride l’homme et l’empêche de vivre sa vie
– La Sainte-Messe ne sert à rien, une simple réunion amicale suffirait
– Le catéchisme est inutile
– Les prêtres sont tous des pédophiles en puissance
– etc.

Or, il s’agit, bien évidemment, d’arguments du pauvre. Toutes ces spéculations fallacieuses ne tiennent pas un seul instant face à notre histoire. C’est pour cela que le système cherche à tout prix à faire disparaître les livres anciens, afin, que les nouvelles générations boivent les paroles de ceux qui souhaitent asservir l’humanité. Ceux qui hurlent « ni Dieu, ni maître » ont, certes, réfuté Dieu, mais, ils ont accepté et même souhaité, notamment au XXe siècle, devenir les esclaves d’un système manichéen, et, donc, binaire par essence puisque ce système hurle : « vous êtes avec moi ou contre moi ».

L’athéisme est la cause première de ce système moribond qui se transforme peu à peu en une immense dictature technologique. Il s’agit, bien évidemment, de la Bête de l’Apocalypse. Ludwig Feuerbach, Karl Marx, Sigmund Freud, Friedrich Nietzsche, Jean-Paul Sartre, Roger Garaudy et Ernst Bloch sont les acteurs capitaux de l’athéisme. Pour le comprendre, je vous invite à lire l’excellent ouvrage du feu père Marcel Neusch : « aux sources de l’athéisme contemporain ».

Les ennemis de Dieu transforment, peu à peu, l’être humain en un animal qui réagit à l’instinct et non plus à la raison. Ils tentent de transformer l’homme en une brute épaisse à l’aide d’hérésies qui s’additionnent les unes aux autres pour finir par se superposer complètement. Ainsi, on arrive, peu à peu, à un stade de folie collective à l’aide de ces outils (liste non exhaustive) :

le véganisme, le féminisme, la procréation sans père, la promotion de la mort, la théorie du genre, la diminution de la qualité de l’enseignement, la paupérisation des peuples, la diffusion d’innombrables séries et films, la promotion de mauvais romans, l’instillation de la sorcellerie et de l’ésotérisme, le développement de l’intelligence artificielle, la modification du génome humain, la diffusion d’hérésies multiples, le financement de personnes payées pour critiquer sans cesse, la promotion de la violence gratuite, l’amour de l’argent, l’avarice à un stade avancé, la fin de la liberté d’expression, le martellement de proverbes faux qui encouragent à la haine, le décuplement de la colère en exploitant les instincts de l’homme, l’abrutissement collectif à l’aide des médias, la collaboration aveugle à un système liberticide, etc.

Il est temps de se déconditionner en lisant les anciens ouvrages antérieurs au XXe siècle, en méditant sur la Crucifixion de Jésus-Christ, en lisant la Bible, en se remémorant nos propres actes, en acceptant notre mortalité et en apprenant à nous pardonner pour être en mesure de pardonner nos frères. N’écoutons pas ceux qui disent que Jésus-Christ n’est pas ceci ou cela : Jésus-Christ a donné des Paroles de Vie et de Vérité. Il nous a transmis un héritage précieux du passé Hébraïque. C’est pour cela que nos ancêtres ont adhéré à la magnifique religion catholique, celle qui était autrefois enseignée dans nos nations chrétiennes. Bien sûr, il y aura toujours des miliciens dignes des années 1930 pour dire que la religion est source de tous les maux alors qu’ils sont eux-mêmes les collaborateurs les plus fervents d’une gouvernance mondialisée qui sera elle aussi soumise à une technologie issue de l’intelligence artificielle. Le diable utilise des arguments mensongers pour se promouvoir lui-même en piétinant l’histoire de notre civilisation.

L’homme devient ce qu’il lit, écoute, regarde. Or, le système diffuse à longueur de temps des choses abominables telles que la violence, la pornographie, le meurtre, la force brutale, la méchanceté gratuite, l’amour débridé de l’argent, l’attrait pour les choses de ce monde, la promotion tyrannique du matérialisme et de l’athéisme. L’homme, sans s’en rendre compte, se transforme peu à peu en monstre colérique et violent à l’image de ses maîtres. Car, il faut le dire, l’homme contemporain est esclave de ses tyrans qui réfutent la Charité de Dieu. Dieu a crée notre monde par amour et ses ennemis humains essayent de transformer la beauté du monde en un effroyable enfer terrestre.

La marche vers le progrès est un slogan que l’on pourrait résumer ainsi : « En Marche vers l’asservissement complet de l’espèce humaine ».

Il nous suffit, pourtant, de dire « non » à ce monde, en ne l’écoutant plus, en le niant par essence. Il nous suffit de lire de beaux ouvrages, de méditer sur la sainte Bible pour comprendre la beauté de la Charité et du message de Jésus-Christ. Nos ennemis ont une peur panique à l’idée que nous nous émancipions à l’aide de l’authentique amour fraternel. Or, plus la tyrannie, la haine, la colère, la vengeance et la guerre s’abattront sur nous, plus nous aurons soif de Charité, c’est-à-dire, soif de la Vérité qui est et sera toujours représentée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Le monde passera mais mes paroles ne passeront point ».

Nous sommes dans une période d’accouchement en vue de la Charité. Cela se fera à travers de grands cris : il y aura des guerres, des séismes, des volcans, les nations se retourneront les unes contre les autres et il n’y aura jamais eu de douleurs aussi dures depuis la création du monde. Oui, nous sommes dans une époque de tyrannie qui va s’accroître jusqu’à entraîner sa propre disparition puisque une haine infinie tend à engendrer un immense amour : là où le péché a abondé, la grâce surabonde.

Toutefois, chers amis, il va falloir beaucoup souffrir. La France va bientôt mourir et nous aurons à la reconstruire ensemble en détruisant complètement les hérésies des siècles passés. Nous devrons être les destructeurs du mal à l’aide de la Parole, et uniquement de la Parole, afin que les nouvelles générations connaissent enfin la Vérité des Évangiles pour que la gloire du Christ-Roi puisse rayonner, grâce à la France, à travers le monde.

Laissons donc faire l’ennemi jusqu’à ce que la soif de Charité se manifeste, à la limite de la déshydratation. Laissons faire Satan, laissons-le détruire notre nation, car, nous n’avons pas la possibilité de lutter contre cet immense mouvement international de haine. Mais, soyez-en sûr, notre heure viendra. Dieu vous garde !

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Résistance catholique ! Avis aux personnes de bonne volonté. Constitution d’un groupe autour de saint Augustin

Chers amis,

Comme vous le savez, l’ennemi progresse dangereusement et en face de la Bête, il n’y a aucune résistance. Les lobbies financiers et leurs sbires possèdent tout le pouvoir et osent le montrer. L’ennemi est venu pour diviser tandis que Jésus-Christ est venu pour rassembler ses brebis. En ce siècle perverti, renouons avec la vraie foi, l’espérance et la charité.

D’un point de vue matériel, nous ne possédons rien mais nous avons cependant tout ce qu’il faut pour lutter contre Satan et ses démons : nous possédons la foi en Dieu, l’espérance en la sainte Église, et la charité des saints.

Nous vous proposons de constituer un groupe de réflexion catholique autour de saint Augustin pour préparer la France en vue de son renouveau spirituel. Ne laissons pas sous le boisseau les fabuleux écrits de ce saint berbère qui est le fondateur de la civilisation occidentale.

Notre rôle est de proposer aux hommes de bonne volonté un rassemblement spirituel autour de ce grand homme en vue de remettre ses écrits en valeur. Ces travaux sauront trouver leur place en temps venu : ils appartiennent à l’humanité et la sainte Église saura quoi en faire.

Armons-nous des livres de saint Augustin, étudions-le sérieusement et passionnément. Méditons sur ses travaux, proposons des réflexions supplémentaires, soyons source de proposition. Rédigeons des textes autour de l’amour de Dieu, autour de Notre Seigneur Jésus-Christ. Faisons pousser l’arbre de la foi chrétienne pour que celui de l’orgueilleuse Gnose diminue d’autant, jusqu’à disparaître. Nos armes sont notre foi face à un adversaire fourbe et cruel qui souhaite s’accaparer le pouvoir en vue d’anéantir les pauvres et l’humanité en général. Ne laissons pas mourir la foi catholique.

Pour que la sève catholique coule de nouveau dans notre nation, pour la conversion des méchants, pour la fin du racisme puisque chaque homme est un chrétien en devenir, pour la fin de la négation de la loi naturelle, pour que l’homme soit pleinement homme et la femme pleinement femme, pour que les enfants retrouvent leur joie et leur sécurité, pour le partage des richesses, pour une justice sociale, pour une fraternité catholique, pour une bataille vivante qui ne fera pas de morts, pour que notre armée triomphe par l’écriture, pour un rassemblement universel sans toutefois nier ni opposer nos différences culturelles. Ne luttons pas contre nos propres intérêts : œuvrons avec Dieu pour Son triomphe et celui de notre humanité en Jésus-Christ.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur le lien qui vous convient le mieux.

E-mail : contact.blog@gmx.fr

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Important : nous ne répondrons pas aux messages offensants ou insultants. Écrivez-nous dans un but constructif, sinon abstenez-vous. Le mal est déjà suffisamment à l’œuvre : au lieu de collaborer à la cruauté collective, convertissez-vous au vrai bien en écoutant au plus profond de vous.

Dieu vous bénisse et vous protège. Que 2019 soit le début du renouveau de notre France bien-aimée. Pour qu’une armée de personnes de bonne volonté redonne l’espoir à tous ceux qui l’ont perdu.

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Réflexions sur la fête de Noël : le consumérisme cache la tradition catholique

Chers amis,

Réfléchissons à la fête de Noël : est-ce que le consumérisme est compatible avec la pauvreté assumée de la tradition catholique ? Non. Revenons dans le contexte de la tradition catholique pour argumenter cette réponse.

Voici un petit texte extrait du magnifique livre « les principaux faits de l’histoire sainte » de l’abbé L. Bataille, 1884.

César-Auguste, empereur romain, voulut dénombrer les sujets de son immense empire. Il ordonna à tous les habitants de la Judée de se rendre sur les registres publics de leur ville natale. Joseph et Marie, étant originaires de Bethléem, furent obligés de quitter Nazareth pour se rendre là-bas. Après plusieurs journées de marche, les époux arrivèrent à Bethléem. À cause du recensement qui avait lieu dans la ville, la foule était grande. Ils furent forcés de se retirer en dehors de la cité pour trouver un refuge. Ils finirent dans une caverne servant d’abri aux animaux. Selon la tradition, un bœuf et un âne réchauffaient de leur haleine Jésus, l’Enfant-Dieu.

Aux environs de Bethléem, des bergers passaient la nuit dans les champs. Tout à coup, un ange leur apparut, provoquant chez eux une grande frayeur : « ne craignez rien, leur dit l’ange : car je viens vous annoncer une nouvelle qui sera pour vous et pour tout le peuple le sujet d’une grande joie. Un Sauveur, qui est le Christ, est né aujourd’hui dans la ville de David. Vous trouverez l’enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. Au même instant, une troupe d’esprit célestes se joignit à l’ange et célébra les louanges du Seigneur, disant : Gloire à Dieu, au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! ».

Les bergers se rendirent à Bethléem. Ils montèrent la colline et trouvèrent la grotte. Ils virent dans une mangeoire d’animaux un petit enfant enveloppé de langes et couché sur la paille ; à côté une femme et un homme recueillis, silencieux. À ce spectacle, ils reconnurent la vérité des paroles de l’ange. Éclairés intérieurement par la grâce, ils comprirent que cet enfant était réellement le Dieu-Sauveur qui leur avait été annoncé, et, se prosternant, ils l’adorèrent et annoncèrent au-dehors la bonne nouvelle : et tous ceux qui les entendaient, étaient dans l’admiration au sujet des merveilles qu’ils racontaient.

Revenons maintenant à notre réflexion. Il est bien évident que le consumérisme n’a strictement aucun lien avec la naissance de Jésus. La marchandisation de la terre est la conséquence de l’orgueil humain. L’achat de marchandises enrichit certaines familles qui sont situées à la tête de la pyramide consumériste. À l’occasion des fêtes de Noël, regardons un catalogue de marchandises alimentaires en provenance de l’une de ces grandes surfaces : les produits y sont mis en valeur par une mise en page soignée. On y trouve des produits de luxe tels le saumon, le caviar, le foie gras, etc. Cela nous donne envie de nous remplir d’une nourriture tangible qui n’est pas celle espérée lors de la fête de Noël.

Les familles achètent toujours plus de cadeaux et d’aliments caloriques lors de ces fêtes en pensant faire plaisir à leurs proches. Cependant, ces achats inconsidérés enrichissent le grand capital et réduisent la qualité de ces réunions familiales. Est-ce qu’un enfant qui est gavé de nourriture et de jouets est plus heureux qu’un enfant pauvre qui serait riche de foi, d’espérance et de charité ?

Les catholiques d’antan étaient pour la plupart très pauvres. Considérons, par exemple, saint Jean Bosco qui dormait au-dessus des fours de boulangers durant son enfance. Quotidiennement, il parcourait à pied, souvent sans chaussures, des dizaines de kilomètres pour rejoindre l’école. Sa maman, Mamma Margarita, lui a enseigné la sainte tradition catholique durant son enfance. Elle n’avait pas d’argent, sa maison était rudimentaire, mais son cœur était riche d’une grande bonté et d’une réelle confiance en Dieu. Elle a donc offert à ses trois enfants une saine éducation qui a conduit le petit dernier, Jean Bosco, à devenir un grand saint de l’Église catholique.

De nos jours, les enfants ne connaissent pratiquement rien de la tradition catholique. On se contente de leur acheter des dizaines jouets au nom d’un supposé père Noël qui n’est que la conséquence de la laïcisation de saint Nicolas. Tout cela enrichit davantage le grand patronat. On mange, en famille, des repas gargantuesques. On se gave telles des oies en se toisant silencieusement ou en partageant des ragots et de futiles discours. Pendant ce temps, les vrais pauvres, eux, sont mis au ban de la société et personne ne pense un seul instant à eux. Nous sommes tous centrés sur notre propre plaisir au lieu de penser aux autres.

Noël ce n’est pas cela. Noël c’est, tout d’abord, la sainte Nativité qui nous donne l’espérance en un Dieu d’amour. Noël est une fête religieuse qui symbolise la perfection spirituelle de Jésus-Christ. Nous sommes invités à élever notre esprit vers une Charité sans limite au nom de Son Sacré-Cœur.

Le jour de Noël, plus particulièrement, nous devrions remercier Dieu de nous avoir révélé Son existence à travers Son Fils Jésus-Christ. Nous devrions alors réserver une ou plusieurs assiettes pour accueillir quelques pauvres en partageant avec eux un repas spirituel puisque l’on fête le retour des brebis dans leur vert pâturage : la parabole du Bon Berger prend alors tout son sens.

Nous l’aurons compris, faire la fête ne signifie pas s’abreuver comme des païens mais plutôt célébrer notre retour à la vraie foi grâce aux enseignements de Jésus-Christ et de Son Église.

Durant les grandes tribulations, nous allons apprendre à nous séparer du matérialisme pour revenir aux saintes traditions catholiques. La mort du matérialisme symbolise également la disparition de cette secte infernale qui se nourrit de nos péchés et réfléchit à notre place dans d’affreuses loges. La fraternité humaine est une imposture dès lors que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’y est pas présent : se glorifier soi-même est la preuve d’un orgueil démesuré et d’un incroyable aveuglement. La foi en l’homme, autrement appelée humanisme, est une hérésie, car, depuis Adam, le péché est la cause de toutes les erreurs qui se répandent sur la terre à cause de notre imperfection naturelle.

Le seul Salut ne peut se faire qu’au sein d’une Église catholique traditionnelle, celle qui est de nos jours éclipsée. Gardons espoir puisque le soleil viendra bientôt pour redonner la vue à un monde d’aveugles. Dieu vous bénisse en ce temps de l’Avent, chers amis.

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Message aux chrétiens de France avant les grandes tribulations

Chers amis,

Le Ciel s’obscurcit au-dessus de la France. Les grandes tribulations approchent. Cette divine punition doit nous faire lever les yeux vers le Ciel. Nos cœurs doivent se tourner vers Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous vous demandons, chers frères et sœurs en Christ, de ne pas participer aux manœuvres de l’ennemi. Vous savez parfaitement que l’obéissance est une divine vertu céleste : Jésus-Christ a patiemment conservé le silence pendant son procès. Notre Maître a patiemment supporté toutes les injustices, tous les cris de colères, tous les coups, toute la haine de l’homme révolté contre Dieu.

Nous vous demandons d’imiter Notre-Maître pour que votre salut éternel soit parfait. Lorsque la guerre civile tombera, tel un déluge, sur notre nation, souvenons-nous de ces paroles. Fuyons les armes, fuyons les cris, réfugions-nous dans la paix du Saint-Esprit, arrachons au Ciel nos prières grâce à notre grande foi. Répandons la charité autour de nous en relevant ceux qui souffrent. Pansons les plaies des blessés, préparons des repas pour ceux qui ont faim, veillons auprès des malades et des vieillards, prenons soin des enfants abandonnés, soyons forts dans la Charité catholique. Anecdote enrichissante, saviez-vous qu’autrefois les bonnes sœurs étaient appelées les « hirondelles du Seigneur » en terres musulmanes ? Elles étaient énormément appréciées des musulmans grâce à leur grand dévouement à la cause de Dieu et des hommes.

Vous savez que seule la Charité viendra à bout de notre orgueil et de nos passions héritées de la révolte d’Adam et d’Ève. Ceux qui ne font pas partie de nos rangs savent parfaitement que l’homme a une grande tendance à se révolter contre les tyrans. Ils font tout pour attiser la colère populaire afin que la France se transforme en un grand champ de batailles. La dépopulation leur est particulièrement agréable puisqu’elle leur permettrait de vivre tranquillement sur une terre où tout serait à reconstruire selon leurs infernales idéologies. La technologie leur permettrait d’assouvir leurs insatiables passions charnelles sans que quiconque ne vienne contrecarrer leurs volontés. Nous sommes leurs « surnuméraires ».

Nous vous promettons qu’un temps prochain viendra pendant lequel la France catholique renaîtra de ses cendres : ce sera le temps de la grande Pentecôte avant les dernières et ultimes tribulations du maître des enfers. Pendant ce temps de paix, la foi renaîtra et l’Église retrouvera de bons prêtres qui remonteront dans les chaires pour enseigner la Vérité aux fidèles brebis. La Messe sera de nouveau célébrée selon les anciens rites, dans l’éternelle langue latine. La gravité des prêtres élèvera le cœur de ceux qui participeront à ces saintes Messes. Jésus-Christ régnera de nouveau dans les cœurs.

Mais avant cela, chers frères et sœurs en Christ, il nous faudra beaucoup souffrir en silence et supporter le poids de nos péchés. Notre seul roseau, digne de Salut, qui plie mais ne se brise jamais, est le souvenir du Fis de Dieu, Jésus-Christ. C’est dans son imitation que nous pourrons nous reposer puisqu’il n’y a nulle autre voie : Il est le Chemin, la Vie et la Vérité.

Beaucoup vont chercher d’autres chemins que celui-ci, or les routes de la perdition sont très larges : tel Caïn, ils s’égareront dans la violence, la colère, la rancœur, l’infidélité, la traîtrise et l’homicide. Ne reconnaissons-nous pas là la marque du malin ? Satan espère attirer les âmes en enfer. Ne tombons pas dans son piège. Ses filets sont tendus de toutes parts. Les flagorneurs du transhumanisme vont bientôt venir se présenter en sauveurs de la France grâce à leurs sermons technologiques. Ne les écoutons pas. Détournons les yeux et restons ancrés dans le souvenir de Dieu : la mort plutôt que le péché selon nos dignes martyrs des premiers siècles.

Soyons fidèles à l’Église de toujours, c’est-à-dire celle qui est née des premiers martyrs chrétiens. La nouveauté dans la religion est comme le progrès : c’est la marque de la progression vers le péché qui tend à l’avènement de l’antéchrist. Soyons dignes du Bon Berger. Jésus-Christ est venu pour rassembler son troupeau tandis que l’ennemi est venu pour le disperser. Souvenons-nous qu’il fut un temps où les hommes étaient tous frères, ils partageaient équitablement la nourriture et les vêtements entre eux. Les villages étaient plongés dans la joie de la foi en Dieu. La Charité était la marque des plus sages. À cette honorable époque, un ancien qui portait une longue barbe signifiait son âge avancé dans la divine sagesse. La barbe n’est donc ni une obscure mode, ni un signe de rébellion mais le symbole de la vertu. Soyons convaincus que notre temps est celui du démon puisque tout y est renversé.

Dieu nous demande de lever les yeux et le cœur vers Lui : aimons-Le de toute notre âme, de tout notre cœur, de tout notre esprit afin de pouvoir ensuite aimer notre frère comme nous-même. Louange à vous Seigneur Jésus-Christ.

Chers frères et sœurs en Christ, soyons fidèles à Jésus-Christ. Agrippons-nous de toutes nos forces au divin roseau et nous pourrons franchir la tempête, comme les Hébreux ont pu traverser la mer rouge. Pendant les grandes tribulations, ceux qui se dévoueront pleinement aux côtés de Jésus-Christ seront relevés tandis que les orgueilleux seront rabaissés dans leur amour-propre. Gardons constamment en mémoire que lors du Jugement Dernier nous verrons notre vie entière se dérouler devant Dieu et l’humanité tout entière. Quel bonheur pour ceux que Jésus-Christ accueillera dans son royaume. Quelle horreur pour les réprouvés : le Maître leur tournera le dos et les enverra en enfer sous la coupe tyrannique de leur terrible chef rebelle et orgueilleux.

Nous devons nous accrocher, dès aujourd’hui, au divin roseau et ne plus jamais nous en détacher. La Charité sera la marque de ceux qui portent en eux l’esprit de Dieu. Soyons certains que nous ne seront jamais abandonnés, il s’agit d’une promesse céleste. Ainsi, lorsque la France tombera sous les coups de la colère et du sang, nous devrons nous retirer, comme les Hébreux l’ont déjà fait sous l’autorité de Moïse, car notre peuple ne peut pas se nourrir de la haine. Ainsi, le monde sera découpé en deux clans : ceux qui sont avec Dieu et les autres. Demandons la grâce du discernement, ne nous laissons pas charmer, ni vaincre par les innombrables tentations.

Nous nous retrouverons après la tempête pour reconstruire, dans la Charité et le dévouement, notre éternelle nation. Nous nous reconnaîtrons les uns les autres. Notre promesse est celle de la charité la plus complète envers nos frères et sœurs, le reste n’étant que des passions humaines : le monde disparaîtra mais les Paroles de Jésus-Christ restent les éternelles lois de Dieu. Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu. Heureux les simples d’esprit, car le royaume des Cieux sera à eux. Que les affligés sourient, car ils seront bientôt consolés. Que la paix soit avec vous, et avec votre esprit.

Nous nous reconnaîtrons dans les grandes tribulations. Nous marcherons ensemble sous le drapeau du Sacré-cœur et partagerons nos repas et nos laborieuses journées. Nous relèverons ensemble la France. Pour l’instant, nous devons veiller et prier.

Selon l’enseignement de Jésus-Christ, lorsque la guerre frappera notre pays, nous, chrétiens de France, secoueront le sable qui est sur nos sandales pour partir vers une nation de l’Est qui saura nous accueillir charitablement. Souvenons-nous que pour reconstruire une France catholique, nous devrons survivre aux épreuves.

Signé : un ami catholique de sang mêlé, boiteux, quarantenaire, au physique méditerranéen, pécheur et tourmenté pendant l’adolescence et la vingtaine, désormais serviteur du Christ dans le secret de son cœur.

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Techniques dialectiques pour reconnaître les sophistes contemporains

Dans le passé, les jeunes hommes étaient bien formés à la grammaire, la dialectique et la rhétorique. Cela leur permettait de raisonner clairement et d’être éloquents en vue du bien commun. De nos jours, cette transmission de valeurs s’est perdue. Désormais, l’enseignement consiste essentiellement à formater les élèves pour en faire des êtres serviles au système républicain. Ce procédé a de fâcheuses conséquences pour le christianisme puisque de moins en moins d’individus sont capables de comprendre sa pensée riche et salutaire.

Puisqu’il n’y a plus de rempart contre l’affabulation, les sophistes contemporains, c’est-à-dire ceux qui défigurent la vérité pour parvenir à leurs fins, pullulent. Bien souvent on ne prête pas attention à leurs techniques qui permettent d’influencer les autres. Ils sont doués pour jouer avec les sentiments et les émotions des autres au lieu de se consacrer à la vérité pour le bien de tous. Dans le cadre de ce petit article, nous nous focaliserons sur la dialectique pronominale.

1) Le « moi » est l’antonyme du « groupe »

Tout d’abord, la lutte principale de nos ennemis consiste à éliminer l’antique religion catholique du système. La 1re personne du singulier « je » est utilisée à outrance pour rappeler que l’individu s’est émancipé de l’idée de Dieu. Le quidam se croit souverain et totalement autonome alors que le système n’a pourtant jamais été aussi totalitaire. La plupart des gens ne se rendent pas compte qu’ils sont esclaves de quelque chose qui ne dit pas son nom. Pour se satisfaire eux-mêmes, ils se contentent de l’idée du « moi » puisque l’on répète partout à la manière de Descartes « je pense donc je suis ». Pourtant ce « moi » est isolé et faible au sein d’une société inique qui est mise en esclavage par la finance internationale. D’autant plus que le « moi » élimine d’emblée l’idée de congrégation (mot tiré du latin qui signifie rassemblement). Le « je » est l’ennemi mortel du « nous » puisqu’il est la conséquence de la solitude métaphysique.

Les Évangiles selon Jésus-Christ disent : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » (saint Jean, 15:12), « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur » (saint Matthieu 23:11).

2) Le tutoiement agressif face au vouvoiement

Le « tu » outrancier est venu remplacer le « vous » de politesse. Autrefois, on vouvoyait ses parents, ses professeurs et les adultes en général. Une personne qui rentrait dans un lieu inconnu faisait preuve de politesse et de respect. De nos jours, le « tu » est employé dans toutes les situations : il n’y a plus de frontière ni de hiérarchie entre deux individus.

Autrefois, plusieurs individus formaient un groupe, une idée formelle du « nous », ce qui les rendait inclusifs, c’est-à-dire capables d’intégrer amicalement un autre membre. De nos jours, la multitude est constituée d’inconnus, cause du « je ». Cette situation exclut d’emblée l’idée d’union puisque la notion de groupe a été détruite par le « moi ».

Il n’y a plus de cohésion puisque la religion, source des devoirs envers Dieu, et, les valeurs, détentrices de l’ordre, ne doivent plus être dévoilées en public.

3) Le jugement par le « vous »

Certains auteurs contemporains, notamment les faux prophètes, utilisent le « vous » comme un moyen d’accuser les autres de tous leurs maux. Voici un exemple très connu :

« Vous êtes responsables des malheurs de ce monde. Vous ne pensez qu’à vous amuser alors que vous devriez être humbles. Vous appelez sur vous le jugement divin puisque vous refusez de reconnaître vos faiblesses. »

Ici, ce genre d’individu prouve son orgueil en estimant qu’il n’est pas comme les autres puisqu’il ne serait en rien responsable des maux qui accablent la civilisation. Ce type de raisonnement est source de grands troubles et désaccords. Les plus faibles, en grande souffrance morale, risqueraient de suivre ce genre de gourou. Combien de sectes ont pu être créées à cause de l’abus de ce genre de procédé ?

Jésus-Christ est très clair : « Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères » (saint Matthieu 23:8), « Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ » (saint Matthieu 23:10)

4) Le bannissement du « nous »

Le « nous », provenant de Dieu, est synonyme de bien commun, de charité, d’amour envers les uns et les autres. Pourtant, ce « nous » si utile est banni de la civilisation. Au mieux, il est utilisé dans les slogans publicitaires pour vanter les mérites d’entreprises lucratives. Mais, ce « nous » rassembleur n’est jamais utilisé en public puisque les idées individuelles ont désormais plus de valeur que les principes communs.

Le roi disait « nous » non seulement parce qu’il était poli mais encore parce qu’il détenait l’autorité royale qui découlait de Dieu. Le « nous », symbole d’humilité, annonce l’amour de Dieu et le respect de ses commandements : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » (saint Jean, 15:12).

Le « nous » réveille les consciences et pousse les loups à sortir du bois puisque ceux-ci ne supportent pas l’idée du respect de l’autorité et du bien commun.

C’est à cause du « je » qu’une nouvelle civilisation transhumaniste, gouvernée par l’iniquité, pourrait tyranniser les hommes à travers la robotisation.

Face au « nous » les ennemis de Dieu se trouveraient démunis et obligés de s’avouer vaincus. Le « nous » qui accepte d’aimer humblement les commandements de Dieu est vainqueur de toute cruauté. Il faudra bien qu’un jour le « nous » soit de nouveau employé pour que notre civilisation revienne à la source de tout bien : Jésus-Christ, Fils de l’homme.

Conclusion

Jésus-Christ a dit : « Tout royaume divisé contre lui-même devient un désert ; toute ville ou maison divisée contre elle-même sera incapable de tenir. Si Satan expulse Satan, c’est donc qu’il est divisé contre lui-même ; comment son royaume tiendra-t-il ?

Et si c’est par Béelzéboul que moi, j’expulse les démons, vos disciples, par qui les expulsent-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges.

Mais, si c’est par l’Esprit de Dieu que moi, j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous.

Ou encore, comment quelqu’un peut-il entrer dans la maison de l’homme fort et piller ses biens, sans avoir d’abord ligoté cet homme fort ? Alors seulement il pillera sa maison.

Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse.

C’est pourquoi, je vous le dis : Tout péché, tout blasphème, sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné. » (saint Matthieu, 12:25-31)

Puissiez-vous être auprès de Dieu, chers amis.

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L’agonie de Notre Seigneur, décrite par saint Padre Pio

Au Jardin, le Maître s’éloigne de ses disciples et n’emmène que trois témoins de son Agonie : Pierre, Jacques et Jean. L’ayant vu transfiguré sur le Thabor, auront-ils la force de reconnaître l’Homme Dieu dans cet être broyé par l’angoisse de la mort ?

En entrant au Jardin il leur dit : « Restez ici ! Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation. » Soyez sur vos gardes, car l’ennemi ne dort pas. Armez-vous à l’avance des armes de la prière pour que vous ne soyez pas surpris et entraînés dans le péché. C’est l’heure des ténèbres.

Les ayant exhortés, Il s’éloigne d’un jet de pierre, et se prosterne face à la terre. Son âme est plongée dans une mer d’amertume et d’extrême affliction.

Il est tard. La nuit blafarde est pleine d’ombres sinistres. La lune semble injectée de sang. Le vent agite les arbres et pénètre jusqu’aux os. Toute la nature semble frémir dans une secrète épouvante !

Ô Nuit, comme il n’y en a jamais de pareille !

Voici la place où Jésus vient prier. Il dépouille sa sainte Humanité de la force à laquelle elle a droit par son union à la Divine Personne. Il plonge dans l’abîme de tristesse, d’angoisse, d’abjection. Son esprit semble submergé…

Il voit à l’avance toute sa Passion. Il voit Judas, son apôtre, le tant aimé, qui le vend pour juste quelques sous… Le voici sur le chemin de Gethsémani pour le trahir et le livrer ! Et pourtant tout à l’heure, ne l’a-t-il pas nourri de sa Chair, abreuvé de son Sang ? Prosterné devant lui, il a lavé ses pieds, les a pressées sur son cœur, les a baisés de ses lèvres. Que n’a-t-il fait pour l’arrêter au bord du sacrilège ou, du moins, pour l’amener à la repentance ! Mais non, le voici qui court vers sa perdition… Jésus pleure.

Il se voit traîné dans les rues de Jérusalem où, il y a quelques jours à peine, on l’acclamait comme Messie. Il se voit souffleté devant le Grand Prêtre. Il entend crier : « A mort ! » Lui, auteur de Vie, est traîné comme une loque d’un tribunal à l’autre.

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Mémoires du Curé de Versailles – La France et l’Europe en 1686

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre I – La Cour et le Roi
La France et l’Europe en 1686

Il est bon maintenant de décrire à peu près l’état où la situation où était la Cour dans le temps que je commençai de la connaître ; ce que j’espère faire sans flatterie et sans déguisement, rien n’étant plus contraire à l’esprit d’un chrétien et encore plus au caractère d’un évêque de taire, de cacher ou d’obscurcir la vérité, ou de l’envelopper d’une manière qui ne la rende plus connaissable ou respectable comme elle mérite de l’être. Je ne prétends pas aussi faire une histoire suivie ; je me contenterai de rapporter de certains faits dont il ne sera peut-être pas inutile de conserver la connaissance à la postérité.

La France jouissait depuis quelques années de la paix qui s’était faite entre elle, l’Espagne, l’Empire, les Hollandais et leurs alliés par le traité de Nimègue. Le prince d’Orange cherchait tous les moyens de la troubler par des ligues secrètes qu’il faisait avec les mêmes princes et États qui avaient eu peu auparavant de grandes guerres avec la France, où ils avaient beaucoup perdu et dans lesquelles ils avaient éprouvé ses forces, la valeur intrépide de ses soldats, et avaient appris à la craindre, et qui leur avaient fait prendre la résolution de ne plus se brouiller avec elle, à moins que des conjonctures très favorables ne leur donnassent des espérances certaines de succès plus heureux que ceux qu’ils avaient eu par le passé.

L’ambition du prince d’Orange fut le principal motif qui l’engagea de chercher des moyens de s’élever et d’acquérir de la réputation. Il avait, de bonne heure, et lorsqu’il était encore très jeune, donné des preuves de ce désir extraordinaire qu’il avait de régner ; il ne tint pas à lui d’assujettir la république de Hollande. Le grand pouvoir qu’elle lui avait donné, et dont quelquefois il abusa, fit entrevoir ce qu’il était capable de faire s’il avait la facilité et les moyens d’exécuter ses grands projets : le meurtre cruel qu’il fit faire en sa présence de MM. de Witt pour nulle autre raison que parce qu’ils étaient à son gré trop bons républicains et très attachés à leur patrie, à ses lois et à ses véritables intérêts, fit comprendre à toute l’Europe que ce prince ne ménagerait rien quand il trouverait quelque obstacle à ses vastes projets de gloire.

La charge de stathouder ou généralissime des armées des Provinces-Unies lui servit encore pour se faire connaître et pour faire paraître avec son courage, son habileté et sa prudence, combien il était avide de commander. Il fit valoir cet emploi d’une manière à lui faire reprocher sa perfidie dans une occasion où il ne devait penser qu’à ménager les troupes qui lui avaient été confiées.

Il n’avait jamais pu goûter la résolution que les États de Hollande avaient prise de faire, à quelque prix que ce fût, la paix, parce qu’il se persuadait que, dans le temps de la guerre, il aurait plus de crédit ; il était plus redouté, parce qu’il s’imaginait être plus nécessaire. Cependant il eut la douleur de voir que, sans lui et contre ses sentiments, la paix venait d’être conclue à Nimègue.

On lui envoya signer, étant à la tête de son armée, et on en avait envoyé une copie au maréchal de Luxembourg, qui commandait les troupes de France ; elle devait être publiée le lendemain dans les deux camps. Le dépit que le prince d’Orange en conçut lui fit prendre le plus injuste parti du monde : il se servit de ce délai d’un jour de la publication de la paix pour donner bataille à nos troupes, se persuadant qu’il battrait aisément les Français que l’assurance de la paix prochaine lui faisait croire être moins sur leurs gardes.

Il ne perdit pas pour en venir à bout un moment, il s’avança avec son armée en bon ordre et sur diverses colonnes. On en vint donner promptement avis au maréchal de Luxembourg, qui eut beaucoup de peine à le croire et qui ne pensait à rien moins qu’à se battre ou soutenir un combat. Car, comment, disait-il, peut-il se faire que le prince d’Orange vienne contre nous, lui que je sais avoir aussi bien que moi le traité de paix dans sa poche et qui doit être demain publié à la tête de nos armées !

Cependant, il reconnut bientôt que les avis qu’il recevait étaient véritables, car, à peine eut-il le temps de ranger son armée en bataille, le prince d’Orange la vint attaquer de toute part, mais, ayant enfin était partout repoussée vigoureusement, il fut contraint de faire sonner la retraite, après une perte considérable qui fut la punition de sa perfidie et de sa témérité.

Il n’est pas nécessaire que j’explique tout le détail de cette victoire que les Français remportèrent dans cette journée qui fut nommé la bataille de Saint-Denis, à cause du lieu où elle fut donnée. Ceux qui écrivent l’histoire du Roi en marqueront toutes les particularités ; ce que je dois seulement remarquer est que le lendemain on publia la paix dans les deux armées, les troupes de part et d’autre se retirèrent et furent en partie congédiées.

Le prince d’Orange tâcha ensuite de gagner les bonnes grâces du Roi, il lui écrivit de la manière du monde la plus respectueuse et la plus soumise ; il lui demandait son amitié, mais le Roi, qui se sentit extrêmement piqué de l’affaire de Saint-Denis, lui répondit qu’il la lui accorderait quand il s’en rendrait digne. Cette réponse offensa vivement l’orgueil de ce prince, qui dit, après l’avoir lue :
– J’ai fait ce que j’ai pu pour obtenir l’amitié du Roi et je n’y ai pu réussir, mais je ferai en sorte que malgré lui il ne pourra me refuser son estime !

Il s’employa en effet à chercher tous les moyens de venir à bout de ses vastes desseins et s’occupa tout entier à brouiller toutes les puissances de l’Europe contre la France.

Pendant qu’il y travaillait, la France, qui se voyait dans une prospérité très grande, qui s’était rendue redoutable à ses voisins, qui avait étendu fort loin les bornes de son empire, qui avait de tous côtés des places très fortes qui couvraient ses frontières, avait sujet de croire qu’elle jouirait longtemps de la paix qu’on avait fait à Nimègue, qui lui était fort glorieuse et qui paraissait lui assurer toutes les conquêtes qu’elle avait faites depuis plusieurs années. Mais Dieu disposait par sa providence tellement toutes choses qu’il faisait servir ce bonheur dont elle prétendait profiter aux desseins de son infinie sagesse et de sa plus terrible justice, préparant l’esprit des peuples jaloux de cette grande prospérité à se liguer contre elle pour la perdre sans ressource ou pour l’abaisser de manière qu’elle eût toutes les peines de s’en relever. Ce que nous avons vu depuis quelques années s’accomplir si exactement qu’il ne nous est pas permis d’en douter.
Je vais rapporter les sources de ces grands malheurs qui sont venus fondre de tous côtés sur la France, afin que ce que j’en dirai puisse servir d’instruction aux princes qui, dans la suite des temps, gouverneront cette monarchie.

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Qui n’est pas avec moi est contre moi

Voici une méditation, intitulée « qui n’est pas avec moi est contre moi », pour rappeler la véracité du catholicisme

« Qui n’est pas avec moi est contre moi,
Qui n’amasse pas avec moi disperse,
Qui s’accapare les trésors de la terre n’obtiendra pas ceux de l’Éternité,
Qui ne fait pas le bien fait le mal,
Qui ne m’aime pas me hait,

Qui cherche à éradiquer le mal brise les os d’autrui,
Puisque la loi du talion s’oppose à la Loi de l’Amour,
Ainsi, je vous dis de suivre les deux commandements suivants,
Tu aimeras Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme,
Et tu aimeras ton prochain comme toi-même,

Le matérialisme s’oppose à la foi,
Puisque l’amour des biens de la terre éloigne de ceux du Ciel,
Ainsi, celui qui aime l’argent méprise son frère,
Celui qui hait Dieu finit par aimer Satan,
L’aveugle est complice de celui qui vénère le mal,

Mes commandements sont de bonnes lois,
Celui qui les applique est comparable à un bon berger,
Tandis que celui qui veut vivre comme il l’entend est plein d’orgueil,
Il est rempli d’ossements et de ténèbres,
Puisque la mauvaise liberté s’oppose à mes commandements,

Est réellement libre celui qui m’aime,
Puisqu’il écoute mes lois,
Et fait mon admiration dans les Cieux,
Tandis que l’effronté se préfère à moi,
Pour se perdre dans le péché et la barbarie,

Combien d’aveugles de ce temps,
Suivent obstinément leur propre volonté,
Pour assouvir leurs passions malsaines,
Pour vivre selon des règles dictées par des hommes avides,
Ceux qui sont sans foi ni loi,

Qui n’est pas avec moi est contre moi,
Qui n’amasse pas avec moi disperse,
Qui suit ses passions ne fait pas ma volonté,
Qui cherche la richesse ne m’écoute pas,
Qui a soif de luxure est perdu,

Celui qui lève les yeux vers le Ciel,
Et souhaite m’aimer sincèrement,
Se réforme lui-même,
Il admet ses imperfections,
Il revêt une Armure en Or pour vaincre le péché,

Celui qui cherche à se vaincre lui-même m’est fidèle,
Il n’accuse plus les autres mais accepte ses fautes,
Il se pardonne et devient patient,
Il devient doux avec lui et avec ses frères,
Il finit par faire la volonté de Dieu,

Celui qui accepte de porter ma Croix est bon,
Il marche à mes côtés sur l’étroit Sentier de la Vie,
Il n’est plus de ce monde,
Il boit une Eau Vive que les autres ne connaissent pas,
Il ouvre les yeux à la beauté de la Création,

Celui qui est avec moi n’est plus de ce monde,
Les autres ne le comprennent pas,
Perdus dans leurs pensées, ils jugent futilement,
Ils voient les ténèbres sans chercher à regarder la Lumière,
Celui qui m’aime aura la vie éternelle,

Combien d’hommes m’aiment aujourd’hui ?
Donnez-moi le nombre de ceux qui croient en moi ?
Ceux qui m’honorent vraiment en secret sont peu nombreux,
Je pourrais les placer sous ma tente,
Puisque ceux-ci sont une poignée,

Combien sont ceux qui préfèrent le jeu ?
Combien sont ceux qui préfèrent l’argent ?
Combien sont ceux qui préfèrent la luxure ?
Combien sont ceux qui suivent aveuglément des lois iniques ?
Combien sont ceux qui ne me connaissent pas ?

En vérité je vous le dis,
Le mal ne vaincra pas,
Je reviendrais pour mes Fidèles,
Pendant un Petit Temps,
Pour leur faire goûter le Miel de la Paix,

Ma Miséricorde est sans borne pour les affamés,
Je donne ma Paix à ceux qui la cherchent,
Mais je laisse le glaive de la division à ceux qui s’acharnent,
Je tourne le dos à ceux qui me méprisent,
Car ceux-ci ont pour père le démon,

Vivez selon les dix commandements,
Aimez Dieu de tout votre cœur et de toute votre âme,
Aimez votre prochain comme vous-même,
Donnez de votre temps à ceux qui en ont besoin,
Soyez là pour votre frère et je serais là pour vous,

Protégez les enfants de ceux qui les scandalisent,
Veillez sur les anciens,
Soignez les malades,
Donnez de la nourriture à ceux qui ont faim,
Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé ! »

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Publication complète de « Mémoires du Curé de Versailles »

Chers amis,

Voici un travail à la fois considérable et chronophage. Vous trouverez au fil des semaines la publication complète de l’ouvrage remarquable « Mémoires du Curé de Versailles » tiré du témoignage unique de François Hébert, grâce à Georges Girard qui a publié les notes du Prélat en 1927. 

Ce travail est vraiment important car l’ouvrage, tombé dans le domaine public, n’a encore jamais été numérisé. Vous y découvrirez l’histoire authentique de la France au XVIIe siècle, loin des grossiers mensonges contemporains.

Stéphane, le 3 février 2018

 

À propos du voile

Ce texte est dédié à toutes les femmes de bonne volonté.

L’héritage catholique qui a bâti la France est aujourd’hui totalement méprisé, à tort et au détriment de notre belle nation. Nous essayerons toutefois de nous limiter à la problématique du voile. Le voile est ouvertement méprisé par tous ceux qui veulent que la civilisation entre dans l’ère du tout-numérique après avoir aboli toute forme de religion et de sagesse.

Bien évidemment, la religion catholique est celle qui est ouvertement mise à mort par les toréadors de la finance apatride internationale. Pourquoi ? Parce que l’héritage du Christ et de Ses commandements dérange le plan de Satan. Nous ne le répéterons jamais assez, ceux qui veulent s’élever au-dessus de l’humanité, grâce à leurs milliards et à la technologie eugéniste, ont besoin d’esclaves et non pas d’hommes vaillants, libres et réfléchis.

La phrase « aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimé » les empêche d’instaurer leur civilisation transhumaniste qui est basée sur l’esclavage et la tyrannie. Gorgés d’orgueil, ces sinistres individus se considèrent comme les maîtres du monde. Pourtant qu’est-ce qui les différencie de nous ? Rien puisqu’ils sont mortels. Ils espèrent seulement que la technologie leur permettra de s’élever au-dessus de l’humanité.

Pour en revenir au voile, il est évident que celui-ci est un frein au transhumanisme. Pourquoi ? Parce que le voile est réservé à la femme. Or, le but du système est d’instaurer une égalité tyrannique entre les hommes et les femmes afin d’en faire des êtres identiques, et ce dans le but de détruire la procréation naturelle. Ceci aurait pour effet de favoriser l’eugénisme et la marchandisation de l’être humain, c’est-à-dire la vente d’enfants conçus en laboratoires. Par conséquent, les religions monothéistes sont un frein à l’instauration de l’ère transhumaniste dans laquelle les individus ne seraient plus autorisés à parler de sexe féminin et masculin pour se soumettre à la tyrannie cybernétique. Les tyrans souhaitent imposer l’implant de puces électroniques dans le but de nous soumettre à un système totalitaire.

Le féminisme est une hérésie qui fait partie de l’idéologie transhumaniste. Selon celle-ci, la femme doit se désolidariser de l’homme dans le but d’être totalement libérée de tout joug. Ainsi, le féminisme favorise l’orgueil, la sensualité outrancière, la mise à mort des enfants conçus naturellement et l’idolâtrie odieuse de l’argent. Le féminisme est destructeur de l’ordre naturel, de la famille et de l’héritage catholique de notre passé.

Toute femme chrétienne qui porte le voile est une résistante au transhumanisme puisqu’elle refuse de perdre son identité et de se fondre dans la masse informe des soumis. Pour aller plus loin, dès qu’une femme porte le voile dans un signe d’amour de Dieu, de pureté et de reconnaissance de la maternité, elle se fait semblable à la sainte Vierge Marie. Certes, Jésus-Christ a été conçu dans une virginité parfaite, mais, la maternité reste sublime parce qu’elle annonce la survie de l’espèce humaine dans sa naturalité et sa reconnaissance envers Dieu, créateur de toute chose.

Toute modification de l’espèce humaine engendrerait des monstres et des abominations dignes des pires cauchemars. Dieu a créé dans Sa sagesse un monde parfait. Il est inconcevable que des suppôts de Satan se permettent de modifier notre patrimoine génétique. Nous devons résister de toutes nos forces au monde infernal qui vient.

Notre devoir est de prier, de lire et de réfléchir aux moyens de sauver l’humanité. Nous n’avons pas le droit de rester dans un mutisme qui nous rendrait comparables à des animaux en cages. L’être humain a la possibilité de maîtriser son esprit s’il s’en donne la peine. Évidemment, c’est difficile, mais, ce sera bientôt nécessaire pour notre survie.

Toute femme chrétienne et catholique devrait porter le voile léger en signe d’acceptation de Dieu et de refus de se soumettre à la doctrine du mal. Une femme pudique est une femme sage. Il est temps de mettre un terme aux comportements malsains afin de stopper l’arrivée du totalitarisme technologique.

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L’usure, ce péché mortel très contemporain

Si l’on considère la civilisation du XXIe siècle, sans aucun recul, les banquiers et les financiers ne sont que des professionnels qui manient de l’argent. Hélas, il s’agit d’une terrible rhétorique fallacieuse. En réalité, l’usure est à l’origine de tous nos maux.

Qu’est-ce que l’usure ? Il s’agit d’un procédé mathématique qui permet de s’enrichir grâce à l’avance d’une somme d’argent. Le prêteur se fait rembourser l’argent avancé et récupère, en guise de dédommagement, une somme supplémentaire. L’argent ainsi acquis permet de procéder à d’autres investissements. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui les intérêts bancaires.

Toutefois, l’usure fut formellement interdite grâce à l’héritage des commandements de Notre Seigneur Jésus-Christ, et ce, jusqu’au XIIe siècle. C’est à partir du XIIIe siècle que l’Église se mit à la tolérer. L’usure fut au service d’un pouvoir légitime avant de dériver, au fil des siècles, vers des intérêts privés puisque l’humanité s’est peu à peu émancipée des commandements du catholicisme pour s’attacher à des valeurs matérialistes. Les valeurs chrétiennes, si importantes pour préserver la justice sociale, ont de moins en moins été respectées, au point d’être bannies de nos jours, de la civilisation occidentale.

Pourquoi est-ce que l’usure fut longtemps interdite ? Le catholicisme considère l’usure comme un péché mortel parce que cette pratique malicieuse détruit la justice sociale. D’autant plus que celui qui s’enrichit à partir d’une somme prêtée risque d’investir les intérêts obtenus dans des affaires malsaines, puisque personne ne sait à quelle fin sont destinées les sommes d’argent obtenues.

Réfléchissons un instant. Depuis la révolution française, chacun peut vendre et acheter comme il l’entend. Celui qui est suffisamment rusé peut acheter des produits à un coût faible pour les revendre ensuite à un prix plus élevé. Tout individu suffisamment malin peut obtenir de l’argent à partir d’un achat initial. Il lui suffit de réinvestir cette somme dans un concept similaire que l’on appellera « entreprise » pour s’enrichir légalement. L’argent ainsi obtenu est similaire à l’usure puisque l’on obtient de l’argent à partir d’un primo-investissement.

Le problème est que le quidam peut revendre n’importe quoi à des acheteurs qui n’en savent pas davantage, sous couvert de marketing publicitaire. D’autant plus que le secret bancaire empêche à quiconque de comprendre ce qui se passe dans les entreprises. Ainsi, on ne se concentre jamais sur les motivations des personnes qui s’enrichissent. Pourtant, nous devrions nous poser quelques questions primordiales :

1) Est-ce que l’entreprise qui s’enrichit abrite des êtres moraux ou des personnes malicieuses ?
2) Est-ce que les dirigeants possèdent les vertus nécessaires qui les inciteront à partager les sommes d’argents acquises afin de participer à la justice sociale ?
3) Quelles sont leurs croyances et leurs motivations finales ?
4) Que comptent-ils faire de leur argent ?
5) Sont-ce des philanthropes qui vont investir dans des causes à des fins politiques ou cherchent-ils à s’investir dans des causes sincères et nobles ?
6) Est-ce que ces individus participent finalement à l’intérêt général ?

En réalité, dans ce cruel XXIe siècle dénué de moralité, nous avons perdu l’essentiel : seuls les commandements de Jésus-Christ nous permettent de voir clair dans les manœuvres de ceux qui sont à la tête des multinationales : l’argent gagné par l’usure ou par la vente n’est plus destiné à la justice sociale.

L’argent illégitimement acquit nourrit la turpitude humaine. Les sommes qui pourraient être destinées à apaiser les souffrances des plus pauvres ne sont utilisées qu’à des fins égoïstes. Voilà le problème majeur de notre époque.

La seule solution est d’interdire l’usure. Évidemment, cela ne peut pas se faire aujourd’hui. Il va falloir que la France souffre énormément avant que les choses ne changent. L’occident prendra conscience de la haute importance du catholicisme lorsque la civilisation aura plongé dans le gouffre de l’enfer matérialiste. Ce n’est qu’à partir de ce moment précis que les hommes renoueront avec les saintes valeurs spirituelles qui ont fondé la France.

Le confort contemporain nourrit l’aveuglement et la fainéantise : l’internet et les smartphones contribuent énormément à nourrir la grande illusion. Pendant que les hommes immoraux s’enrichissent, la population s’enfonce dans la souffrance et personne n’ose dénoncer cette effroyable réalité. En réalité, il va falloir faire table rase, purement et simplement, des valeurs matérialistes héritées de la Renaissance et des Lumières.

Quelle est la légitimité d’un individu qui a passé sa vie à s’enrichir ? Est-il supérieur au pauvre bougre qui n’a que ses bras pour nourrir sa famille ? Est-ce que l’usurier est un être physiquement supérieur, tel un demi-dieu ? Dans notre civilisation, celui qui s’est enrichit donne l’illusion à la société qu’il est supérieur sur le plan matériel tandis que la partie morale est totalement éclipsée, puisque les devoirs de chacun ont été évacués. Un usurier qui aurait, dans une civilisation catholique, osé annoncer au grand jour qu’il est supérieur aux autres aurait aussitôt, à juste titre, été jugé et certainement condamné à réparer ses actes et à rembourser les sommes d’argent dérobées au bon peuple.

Pour en arriver dans cette sordide époque, il fallait que ceux qui souhaitaient s’élever au-dessus des autres, depuis de nombreux siècles, détruisent les valeurs morales découlant du catholicisme pour y substituer la vacuité du matérialisme. Ainsi, dans une société dénuée de moralité, ces gens-là ont pu devenir des êtres de première importance. En détruisant les notions du bien et du mal, les usurpateurs ont pu s’emparer illégitimement du pouvoir. Telle est la triste réalité de notre civilisation.

Ceux qui ont participé au renversement de la civilisation devront payer, tôt ou tard, pour leurs méfaits afin que se réalise la prophétie du Nouveau Testament : « les premiers seront les derniers ». Il faudra bien que les élus politiques, les actionnaires et les millionnaires retournent à la réalité en participant aux tâches d’intérêt général : nettoyer les lieux publics, laver les malades et les personnes âgées, descendre dans les égouts, se plier aux demandes des gens en difficulté et, enfin, distribuer leur argent pour les causes générales. Ce serait déjà un bon début. Ce jour-là viendra. Gardons espoir en un monde meilleur et souvenons-nous de la félicité de l’après-vie pour les justes.

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Conclusions de l’oeuvre de l’abbé Fleury

Nous invitons le lecteur désireux d’en savoir plus sur le christianisme de lire l’ouvrage de l’abbé Fleury, « les mœurs des Israélites et des chrétiens ». Voici les conclusions de son magnifique livre.

« Suivant de si grandes autorités, j’ai cru qu’il était bon de représenter à tout le monde quelles ont été et quelles doivent être les mœurs des chrétiens. Je n’ai rien dit ici qui ne soit familier aux gens de lettres, et tiré des livres qu’ils ont entre les mains ; ils verront même que j’en ai beaucoup omis. Mais la plupart de ces faits ne sont pas assez connus du commun des fidèles, et les peuvent édifier. Ils verront qu’il ne faut pas réduire la religion chrétienne à de simples pratiques, comme plusieurs croient. Faire quelque petite prière, le soir ou le matin, assister le dimanche à une messe basse, ne distinguer le carême que par la différence des viandes, et s’en dispenser sur de légers prétextes ; ne s’approcher des sacrements que rarement, et avec si peu d’affection, que les fêtes les plus solennelles deviennent des jours fâcheux et pénibles ; vivre au reste autant occupés des affaires ou des plaisirs sensibles, que des païens pourraient l’être : ce ne sont pas là les chrétiens que j’ai tâchés de dépeindre.

Peut-être aussi que quelques-uns de ceux qui se sont séparés de nous, sous prétexte de réformation, verront ici que leur schisme est mal fondé, que la primitive Église n’était pas telle qu’ils se l’imaginent, et que nos maximes sont autres que l’on ne leur fait entendre. Ils verront que leurs réformateurs ont trop légèrement condamné des pratiques très anciennes ; comme la communion sous une espèce, la vénération des reliques et des images, la prière pour les morts, l’abstinence de certaines viandes, le vœu de continence, la vie monastique ; et que sous prétexte d’ôter des superstitions, ils ont introduit un christianisme grossier, où l’on ne voit personne qui embrasse les conseils de l’Évangile, et où les préceptes mêmes ne sont pas mieux observés que parmi ceux dont ils se sont séparés.

Enfin, j’espère que la vue de ces mœurs si saintes, pourra faire quelque impression sur ceux qui sont assez aveuglés pour confondre la vraie religion avec les fausses, que l’erreur ou la mauvaise politique a introduites. Si quelqu’un d’eux fait réflexion sur les grands changements que l’Évangile a produits dans les mœurs de toutes les nations, et sur la différence qu’il y a toujours eue entre les vrais chrétiens et les infidèles, il verra que le christianisme a des fondements plus solides qu’il ne pensait ; et qu’il faut croire qu’il s’est établi par de grands miracles, puisqu’il serait encore plus incroyable qu’un tel changement fût arrivé sans miracles. Ces miracles avaient fait une si forte impression, que l’on ne s’est avisé que bien tard de les révoquer en doute. Pour parler de ce que nous connaissons distinctement, il n’y a guère plus de trois cents ans, que quelques Italiens, gens d’esprit, mais très ignorants de la religion, étant choqués de plusieurs abus qu’ils avaient devant les yeux, ont introduit ce libertinage. Charmés de la beauté des anciens auteurs grecs et latins, et de ce qu’ils y apprenaient de la politique de ces peuples et de leur manière de vivre, ils ne pouvaient rien goûter hors de là, d’autant plus que les maximes de ces anciens s’accordaient mieux que les nôtres avec la corruption du cœur humain, et les mœurs du commun des hommes.

Les nouvelles hérésies ont augmenté ce mal. Les disputes sur les fondements de la religion, ont ébranlé ou détruit la foi en plusieurs, qui n’ont pas laissé de continuer, par divers motifs temporels, à professer extérieurement la religion catholique ; et chez les hérétiques, le nombre a été bien plus grand de ceux qui, n’étant plus arrêtés par aucune autorité, ont poussé jusqu’au bout les conséquences de leurs mauvais principes, et en sont venus à ne savoir que croire, et à regarder la religion comme une partie de la politique. Cette malheureuse doctrine s’est aisément étendue. Les jeunes gens ayant ouï leurs pères ou ceux qui leur paraissaient gens d’esprit, faire quelque méchante raillerie sur la religion, ou même leur dire sérieusement qu’elle était sans fondement, s’en sont tenus là, sans approfondir davantage, trouvant ces maximes plus conformes à leurs passions. On se flatte par la vanité de se distinguer du vulgaire ignorant, et de s’élever au-dessus de la simplicité de nos pères. La paresse trouve aussi son compte à demeurer dans le doute, ou à décider au hasard sans se donner la peine d’examiner. Mais que l’on dise ce que l’on voudra, les faits qué j’ai posés demeureront constants, et il sera toujours vrai, comme dit si souvent Origène contre Celse, que Jésus-Christ a réformé le monde, et l’a rempli de vertus inconnues jusqu’alors.

Voilà ce que j’avais à dire touchant les mœurs des Israélites et des chrétiens. Voilà l’extérieur de la vie des fidèles de l’ancien et du nouveau Testament. Dans le premier discours, on peut voir, ce me semble, meilleur usage des biens temporels, et la manière la plus raisonnable de passer la vie que nous menons sur la terre. Dans le second discours, j’ai voulu montrer quelle est la vie de ceux dont la conversation est dans le ciel et qui, étant encore dans la chair, ne vivent que selon l’esprit ; cette vie toute spirituelle et toute surnaturelle, qui est l’effet propre de la grâce de Jésus-Christ. Trop heureux si à l’occasion de cet écrit, quelqu’un prenait une idée véritable de la vie raisonnable et chrétienne, et s’appliquait sérieusement à la pratiquer ! »

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Un parallèle édifiant entre la chute de la civilisation romaine et la nôtre

L’abbé Fleury résume de manière brillante, dans son ouvrage « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre LVI), la chute de Rome. Or, nous retrouvons exactement les mêmes causes dans notre civilisation que celles qui ont contribuées à l’anéantissement de l’empire romain. Nous devrions y réfléchir sérieusement.

« Cependant le commun des païens se corrompait toujours de plus en plus. Tout ce que j’ai marqué des vices qui régnaient quand l’Évangile parut, durait encore ; et hors le peu d’esprits forts et de philosophes dont je viens de parler, il ne restait plus rien de bon chez les Grecs ni les Romains, qui pût servir de contre-poids. Aussi fut-ce alors que l’empire tomba en Occident, et il ne se soutint en Orient que jusqu’au temps où il fut violemment attaqué. Il n’y avait plus ni discipline dans les troupes, ni autorité dans les chefs, ni conseils suivis, ni science des affaires, ni vigueur dans la jeunesse, ni prudence dans les vieillards, ni amour de la patrie et du public. Chacun ne cherchait que son plaisir et son intérêt particulier, ce n’était qu’infidélités, que trahisons. Les Romains amollis par le luxe et l’oisiveté, ne se défendaient contre les Barbares, que par d’autres Barbares qu’ils soudoyaient ; ils étaient abîmés dans les délices, et se piquaient d’une mauvaise délicatesse, que rien de solide ne soutenait. Enfin la mesure de leurs crimes et de leurs abominations étant comblée, Dieu en fit la justice exemplaire qu’il avait prédite par saint Jean : Rome fut prise et saccagée plusieurs fois par les Barbares ; le sang de tant de martyrs dont elle s’est enivrée, fut vengé ; l’empire d’Occident demeura en proie aux peuples du Nord, qui y fondèrent de nouveaux royaumes. Voilà les vraies causes de la chute de l’empire romain, non pas l’établissement de la religion chrétienne, comme les païens disaient alors, et comme Machiavel et les autres politiques impies et ignorants ont osé dire dans les derniers temps.

Les chrétiens vivant au milieu d’une nation si perverse et profondément corrompue, je veux dire de ces derniers Romains, il était difficile que leur vertu n’en souffrît quelque déchet, principalement n’étant plus divisés d’avec les infidèles, comme du temps des persécutions, et n’ayant à se défendre que de leur amitié et de leurs caresses. Il ne faut donc pas s’étonner des vices que les Pères reprochent aux chrétiens dès le quatrième siècle. Saint Augustin ne feignait point d’en avertir les païens qui voulaient se convertir, afin qu’ils en fussent moins surpris, et par conséquent moins scandalisés. Vous verrez, dit-il, dans la foule de ceux qui remplissent les églises matérielles, des ivrognes, des avares, des trompeurs, des joueurs, des débauchés, des gens adonnés aux spectacles ; d’autres qui appliquent des remèdes sacrilèges, des enchanteurs, des astrologues, des devins de diverses sortes ; et tous ces gens ne laissent pas de passer pour chrétiens. Il avoue de bonne foi aux manichéens, qu’il y en avait qui étaient superstitieux, même dans la vraie religion ; ou tellement adonnés aux passions, qu’ils oubliaient ce qu’ils avaient promis à Dieu. Il en parle encore souvent dans les ouvrages qu’il a écrit contre les donatistes, où il leur prouve si bien que l’ivraie doit demeurer avec le bon grain dans l’église jusqu’au temps de la moisson, c’est-à dire du jugement. Il condamne ailleurs l’injustice de ceux qui louaient ou blâmaient en général tous les chrétiens, ou tous les moines, selon le bien ou le mal qu’ils voyaient dans quelques particuliers. On trouvera des preuves semblables du relâchement des chrétiens dans saint Chrysostôme, et dans les autres Pères de ces temps-là.

À quoi donc servaient, dira-t-on, les pénitences publiques et les excommunications ? À purger l’Église de quantité de vices, mais non pas de tous. Pour imposer la pénitence il fallait que le pécheur la demandât, ou du moins qu’il s’y soumît. Il fallait donc qu’il confessât son péché, soit en se venant dénoncer lui-même, soit en acquiesçant lorsque d’autres l’accusaient. L’excommunication n’était que pour ceux qui n’acceptaient pas la pénitence, quoiqu’ils fussent convaincus ou par leur propre confession, ou par des preuves juridiques, ou par la notoriété publique. Encore les évêques prudents et charitables, ne se hâtaient pas d’en venir à cette dernière extrémité. Ils n’excommuniaient point les pécheurs, lorsqu’ils les voyaient si puissants, ou en si grand nombre, qu’il y a moins d’espérance de les corriger que de crainte de les aigrir et de les porter au schisme.

Ils employaient envers la multitude les instructions et les avertissements, et n’usaient de sévérité qu’envers les particuliers. Mais auparavant ils avertissaient souvent le pécheur convaincu et impénitent, du péril effroyable où il était ; ils l’exhortaient à en sortir, n’épargnant point les menaces, pour vaincre sa dureté ; ils gémissaient pour lui devant Dieu, et mettaient en prières toute l’Église ; ils espéraient et attendaient longtemps, imitant la patience et la longanimité du Père des miséricordes. Enfin ce n’était qu’après avoir épuisé toutes les inventions de leur charité, qu’ils en venaient à ce triste remède, avec la douleur d’un père, qui, pour sauver la vie à son fils, se verrait obligé à lui couper un bras de ses propres mains. On peut voir sur ce sujet le discours de saint Chrysostôme, sur l’anathème.

Mais pour ceux dont les crimes demeuraient cachés, soit qu’ils ne fussent connus que de Dieu, soit qu’il fût impossible de les en convaincre, il n’y avait point de remède. On ne pouvait leur défendre l’entrée de l’église, ni même la participation des sacrements, s’ils étaient assez impies pour ne pas craindre des sacrilèges. Les persécutions étaient des épreuves sûres, pour discerner la paille d’avec le grain ; mais quand elles eurent cessé, l’hypocrisie pouvait durer jusqu’à la mort. Cependant, ces chrétiens faibles et corrompus faisaient grand tort à l’Église par leurs mauvais discours, et leur mauvais exemples, surtout dans leurs familles. Ils instruisaient mal leurs enfants, qu’ils ne laissaient pas de faire baptiser ; et le défaut d’instruction domestique était de grande conséquence dans ces premiers siècles, où nous ne voyons point que l’on fît publiquement de catéchismes pour les enfants baptisés. »

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La bonté de la sainte Église

D’affreux clichés accusant la sainte Église de tous les maux circulent dans les médias et les ouvrages ésotériques. Pourtant, il n’y a rien de plus faux. Lisons ce qu’en dit l’abbé de Fleury dans son ouvrage « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre XLVII).

« L’autorité des empereurs fit tomber la plupart des anciennes hérésies, en leur défendant de s’assembler et ordonnant la recherche de leurs livres. Sous les empereurs païens, les catholiques n’avaient pas plus de liberté que les hérétiques, car les païens ne les distinguaient pas, ils méprisaient et persécutaient également tout ce qui portait le nom de chrétiens. Mais depuis les lois de Constantin et ses successeurs, ils n’osaient s’assembler ni publiquement ni secrètement, étant partout observés par les évêques. Ainsi la plupart se réunirent à l’Église, ou de bonne foi, ou par dissimulation, nonobstant le soin que prenaient les évêques de les discerner ; et ceux qui demeurèrent opiniâtres, moururent sans laisser de successeurs de leur doctrine : car la plupart de ces sectes étaient peu nombreuses, à cause de l’absurdité de leurs dogmes et des mauvaises mœurs de ceux qui en faisaient profession. Il ne fut donc plus mention de valentiens, de gnostiques, de marcionites et des autres sectes plus obscures. Les manichéens furent ceux qui durèrent le plus longtemps, nonobstant la peine de mort ordonnée contre eux. Les ariens, du temps de Constantin, ne faisaient pas encore un corps à part ; et sous ses successeurs, ils ne trouvèrent que trop de protection. Car en général l’hérésie n’étant qu’une invention humaine, ne peut soutenir longtemps la persécution.

Quoique l’Église n’ait pas besoin de la puissance temporelle, elle n’en rejette pas le secours. Les évêques trouvaient bon que les princes chrétiens punissent les hérétiques d’exil ou d’amendes pécuniaires, du moins pour les intimider, mais on épargnait leur sang. La règle était générale, que l’Église ne poursuivait jamais la mort de personne. Elle eut horreur de la conduite de l’évêque Ithace, qui procura la mort de l’hérésiarque Priscillien ; et nous avons plusieurs lettres de saint Augustin, pour demander aux magistrats, la grâce des circoncellions, espèce de donatistes, convaincus de violences horribles exercées contre les catholiques, jusqu’à des meurtres. Il dit que l’on déshonorerait leurs souffrances en faisant mourir ceux qui leur ont donné la gloire du martyre ; et que si on ne veut imposer d’autres peines à ces coupables, on réduira l’Église à n’oser en demander justice. Toutefois, les évêques n’obtenaient pas toujours la grâce de leurs ennemis, non plus que des autres criminels ; et les princes faisaient quelquefois exécuter à mort les hérétiques pour maintenir la tranquillité de l’État. »

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La beauté d’une église élève l’âme humaine

La beauté du catholicisme élève l’âme tandis que la laideur des hérésies la rabaisse, c’est un mécanisme bien connu qui, hélas, est aujourd’hui oublié. Les statues laides et diffamatoires deviennent une habitude dans l’art contemporain, ce principe de laideur a toujours été utilisé contre la sainte Église. Nous sommes dans les temps de retour à la barbarie, c’est un fait indéniable, sauf pour les aveugles. Lisons l’extrait de l’ouvrage de l’abbé Fleury « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre XXXVIII)

« En effet, quoique la religion chrétienne soit toute intérieure et toute spirituelle, les chrétiens sont des hommes qui ressentent comme les autres les impressions des sens et de l’imagination. On peut dire même que la plupart n’agissent et ne vivent que par là. Car combien peu y en a-t-il qui s’appliquent aux opérations purement intellectuelles ; et ceux-là même combien en sont-ils détournés ? Il faut donc aider la piété par les choses sensibles. Si nous étions des anges, nous pourrions prier également en tous lieux, au milieu d’un marché, ou d’une rue passante, dans un corps-de-garde, dans un cabaret plein de tumulte et de débauche, dans le cloaque la plus infecte. Pourquoi fuyons-nous tous les lieux où nous nous trouvons dissipés et incommodés, sinon pour aider la faiblesse de nos sens et de notre imagination ? Ce n’est pas Dieu qui a besoin de temples et d’oratoires, c’est nous. Il est également présent en tous lieux, et toujours prêt à nous écouter, mais nous ne sommes pas toujours en état de lui parler. Il est donc inutile de consacrer des lieux particuliers à son service, si on ne les met en état de nous inspirer la piété.

Supposons, par exemple, ce que nous ne voyons que trop par la négligence des derniers temps ; supposons, dis-je, une église si mal située, qu’on y entende le bruit d’une grande rue ou d’une place publique, et si sale que l’on ne sache où se placer, ni où se mettre à genoux ; supposons encore qu’elle soit pleine d’un grand peuple, en sorte que ceux qui veulent prier soient continuellement poussés et foulés aux pieds par les passants, et continuellement interrompus par des enfants, et des mendiants de toutes sortes. Ajoutez que les yeux ne soient frappés que d’objets désagréables, de murailles enfumées, de tableaux poudreux, et placés à contre-jour, de statues mal faites ou mutilées, et d’autres mauvais ornements ; ajoutons enfin, pour assembler tout ce qui choque les sens, de mauvais encens et des voix discordantes qui chantent une méchante musique : il serait plus facile de prier avec attention en pleine campagne ou dans une maison déserte que dans une telle église. Au contraire, si l’on en trouve une bien bâtie, propre, tranquille, où le peuple soit arrangé, où un clergé bien réglé fasse l’office avec grande modestie, on sera porté à entendre cet office avec attention, et à prier du cœur en même-temps que de la langue.

Les saints évêques des premiers siècles avaient observé tout cela. Ces saints étaient des Grecs et des Romains, souvent grands philosophes, et toujours bien instruits de toute sorte de bienséance. Ils savaient que l’ordre, la grandeur et la netteté des objets extérieurs excitent naturellement des pensées nobles, pures et bien réglées, et que les affections suivent les pensées, mais qu’il est difficile que l’âme s’applique aux bonnes choses, tandis que le corps souffre, et que l’imagination est blessée. Ils croyaient la piété assez importante pour l’aider en toutes manières. Ils voulaient donc que l’office public, particulièrement le saint sacrifice, fût célébré avec toute la majesté possible, et que le peuple y assistât avec toute sorte de commodité, qu’il aimât les lieux d’oraison, et gardât un profond respect.Toutefois ils savaient bien en bannir le faste séculier, le luxe efféminé, et tout ce qui peut amollir les cœurs et frapper dangereusement les sens ; ils ne voulaient pas les flatter, mais s’en aider. Tout ceci s’entendra mieux en décrivant la liturgie toute entière. »

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Les martyrs des chrétiens

Les romains furent terriblement cruels envers les chrétiens comme l’explique l’abbé Fleury dans son indispensable ouvrage « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre XVIII, XIX, XX et XXI).

« Il n’est pas merveilleux que cette haine publique attirât aux chrétiens des persécutions ; mais peut-être quelqu’un s’étonnera que les Romains, qui, dans leurs lois et le reste de leur conduite nous paraissent si pleins de sagesse et d’équité, exerçassent sur d’autres Romains, et enfin sur des hommes, les cruautés que nous lisons dans les histoires des martyrs ; que les juges fissent tourmenter les accusés en leur présence, dans la place publique, devant tout le peuple ; et qu’ils employassent des supplices si divers, qu’ils semblent avoir été arbitraires. Peut-être ne sera-t-il pas inutile de voir ce qui était de leurs lois et de leurs mœurs, et ce que le faux zèle de religion et la politique y ajoutaient. Les Romains faisaient publiquement à l’audience tous leurs actes judiciaires, les procès criminels aussi-bien que les civils, l’instruction aussi-bien que le jugement ; et les audiences se tenaient dans la place publique. Le magistrat était sous une galerie couverte, assis sur un tribunal élevé, environné de ses officiers, avec des licteurs portant des haches et des faisceaux de verges, et des soldats toujours prêts à exécuter ses ordres. Car les magistrats romains avaient l’exercice des armes aussi-bien que de la justice. Les peines de chaque crime étaient réglées par les lois, mais différentes selon les personnes ; toujours plus rigoureuses contre les esclaves, que contre les libres, contre les étrangers, que contre les citoyens romains. De là vient que saint Paul fut décapité comme citoyen, et saint Pierre crucifié comme juif. La croix était le plus infâme de tous les supplices ; et ceux qui devaient y être attachés, étaient d’ordinaire battus de verges auparavant, brûlés aux côtés avec des fers rouges ou des flambeaux. La question se donnait aussi en public, et était fort cruelle ; et on y doit rapporter la plupart des tourments des martyrs ; car les lois romaines, comme les nôtres, ne permettaient de tourmenter les accusés qu’à la question, et on employait pour faire nier aux chrétiens leur prétendu crime, les citoyens dont on se servait pour faire avouer aux autres leurs crimes effectifs. La même manière de donner la question par l’extension des membres, le fouet, le fer, et le feu, durait encore sous les empereurs chrétiens. On le voit par l’exemple de saint Eutrope et de saint Tigrius, qui furent ainsi tourmentés sous d’autres prétextes, en haine de saint Chrysostôme.

Il était d’ordinaire de condamner les personnes viles à travailler aux mines, comme aujourd’hui aux galères, ou de les destiner à être exposées aux bêtes dans l’amphithéâtre pour divertir le peuple. Il pouvait y avoir encore divers genres de supplices, usités en diverses provinces ; et on ne peut nier que les magistrats n’en aient souvent inventé de nouveaux contre les chrétiens, principalement dans les dernières persécutions, où le dépit de les voir multiplier s’était tourné en fureur, et où le démon leur suggérait des moyens de tuer les âmes plutôt que les corps. Je ne crois pas qu’il se trouve d’exemple, que l’on ait condamné d’autres que des vierges chrétiennes à être prostituées. L’amour de la chasteté, qui éclatait dans les chrétiens, fit imaginer cette espèce de supplice ; comme aussi celui dont parle saint Jérôme, de ce martyr qui fut attaché mollement sur un lit, dans un lieu délicieux, pour être tenté par une femme impudique, à qui il cracha sa langue au visage. Enfin il y a eu un très-grand nombre de martyrs tués ou tourmentés sans aucune forme de justice, soit par la populace mutinée, soit par leurs ennemis particuliers.

La persécution commençait d’ordinaire par quelque édit, qui défendait les assemblées des chrétiens, et condamnait à certaines peines tous ceux qui ne voudraient pas sacrifier aux dieux. Les évêques s’en donnaient avis, et s’exhortaient les uns les autres à redoubler les prières et à encourager le peuple. Plusieurs alors s’enfuyaient, suivant le conseil de Jésus-Christ. Les pasteurs mêmes et les prêtres se partageaient. Les uns se retiraient, autres demeuraient avec le peuple, et ils se cachaient avec grand soin, parce que c’étaient eux que l’on cherchait le plus, comme ceux dont la perte pouvait causer la dispersion du troupeau. Quelques-uns changeaient de nom, pour n’être pas si aisément reconnus. D’autres se rachetaient de la persécution par de l’argent qu’ils donnaient, pour n’être point inquiétés ; et c’était toujours souffrir en leurs biens, et montrer combien ils estimaient plus leurs âmes. Que s’ils donnaient de l’argent pour avoir des billets, qui fissent croire qu’ils avaient obéi aux édits des empereurs, ils étaient nommés libellatiques, et mis au rang des apostats, comme s’étant avoués tacitement idolâtres.

Les règles de l’Église défendaient de s’exposer de soi-même au martyre, ni de rien faire qui pût irriter les païens, et attirer la persécution ; comme de briser leurs idoles, mettre le feu aux temples, de dire des injures à leurs dieux, ou attaquer publiquement leurs superstitions. Ce n’est pas qu’il n’y ait des exemples de saints martyrs qui ont fait des choses semblables ; et de plusieurs entre autres qui se sont dénoncés eux-mêmes. Mais on doit attribuer ces exemples singuliers à des mouvements extraordinaires de la grâce. La maxime générale était de ne point tenter Dieu, et d’attendre en patience que l’on fût découvert et interrogé juridiquement, pour rendre compte de sa foi. il y avait sur ce point deux hérésies opposées à éviter. Les gnostiques et les valentiniens décriaient le martyre comme inutile, puisque Jésus-Christ est mort pour nous sauver de la mort, ne distinguant pas de quelle mort il nous sauve. Ils disaient même que c’était faire injure à Dieu ; et que, puisqu’il refuse le sang des boucs et des taureaux, il n’y a pas d’apparence qu’il veuille le sang des hommes. Les marcionites, au contraire, s’exposaient au martyre en haine de la chair, et de celui qui l’avait créée, qu’ils disaient être le mauvais principe. On examinait sur ces règles ceux qui étaient morts pour la foi, afin de juger s’ils devaient être honorés comme martyrs. Ce qui semble être l’origine des canonisations.

Quand les chrétiens étaient pris, on les menait devant le magistrat, qui les interrogeait juridiquement assis sur son tribunal. S’ils niaient qu’ils fussent chrétiens, on les renvoyait d’ordinaire sur leur parole ; parce que l’on savait bien que ceux qui ‘étaient véritablement ne le niaient jamais, ou dès-lors cessaient de l’être. Quelquefois, pour s’en assurer, on leur faisait faire sur-le-champ quelque acte d’idolâtrie, ou dire quelque parole injurieuse contre Jésus-Christ. S’ils confessaient qu’ils fussent chrétiens, on s’efforçait de vaincre leur constance ; premièrement par la persuasion et par les promesses, puis par les menaces, et enfin par les tourments. On tâchait de les surprendre, et de leur faire commettre quelque impiété, même involontaire, afin de leur persuader qu’ils ne pouvaient plus s’en dédire. Comme le jugement se faisait dans la place publique, il y avait toujours quelque idole et quelque autel. On y offrait des victimes en leur présence, et on s’efforçait de leur en faire manger, jusqu’à leur ouvrir la bouche pour y porter quelque morceau de chair, ou du moins quelque goutte de vin offert aux faux dieux : et quoique les chrétiens fussent bien instruits, que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche, mais ce qui sort du cœur qui rend l’homme impur, ils ne laissaient pas de faire tous leurs efforts, pour ne pas donner le moindre scandale aux faibles. Il s’en est trouvé qui se sont laissé brûler la main, y tenant longtemps des charbons ardents avec de l’encens, de peur qu’ils ne semblassent offrir l’encens en secouant les charbons, comme saint Barlaam, dont saint Basile a fait l’éloge.

Les tourments ordinaires étaient, étendre sur un chevalet par des cordes attachées aux pieds et aux mains, et tirées des deux bouts avec des poulies, ou pendre par les mains avec des poids attachés aux pieds ; battre de verges ou de gros bâtons, ou de fouets garnis de pointes de fer nommés scorpions, ou de lanières de cuir cru, ou garnies de balles de plomb. On en a vu grand nombre mourir sous les coups. D’autres étant étendus, on leur brûlait les côtés, et on les déchirait avec des ongles ou des peignes de fer ; en sorte que souvent on découvrait les côtes et jusqu’aux entrailles ; et le feu entrant dans le corps étouffait les patients. Pour rendre ces plaies plus sensibles, on les frottait quelquefois de sel et de vinaigre, et on les rouvrait lorsqu’elles commençaient à se refermer.

Pendant ces tourments, on interrogeait toujours. Tout ce qui se disait, ou par le juge ou par les patients, était écrit mot pour mot par des greffiers, et il en demeurait des procès-verbaux bien plus exacts que tous ceux que font aujourd’hui les officiers de justice. Car, comme les anciens avaient l’art d’écrire par des notes abrégées, dont chacune signifiait un mot, ils écrivaient aussi vite que l’on parlait, et rédigeaient précisément les mêmes paroles qui avaient été dites, faisant parler directement les personnages, au lieu que, dans nos procès-verbaux, tous les discours sont en tierce personne, et rédigés suivant le style du greffier.

C’étaient ces procès-verbaux qu’ils appelaient actes. Les chrétiens étaient soigneux d’avoir des copies des procès faits à leurs frères, et les achetaient chèrement. Sur ces actes, et sur ce qu’ils observaient de leur côté, les passions des martyrs étaient écrites, et conservées par autorité publique et dans les églises. On dit que le pape saint Clément avait établi à Rome sept notaires, dont chacun avait cette charge en deux quartiers de la ville ; et saint Cyprien, durant la persécution, recommandait de marquer très soigneusement le jour où chacun aurait fini son martyre. Plusieurs de ces actes des martyrs périrent dans la persécution de Dioclétien. Et quoique Eusèbe de Césarée en eût encore ramassé un grand nombre, son recueil a été perdu. Dès le temps du pape saint Grégoire, il ne s’en trouvait plus à Rome ; on avait seulement des catalogues de leurs noms avec les dates de leur bienheureuse mort, c’est-à-dire des martyrologes. Mais il s’était conservé ailleurs quelques actes de martyrs, dont les religieux bénédictins ont donné depuis peu un recueil en latin, sous le nom d’actes choisis et sincères, et j’en ai inséré la plupart dans mon Histoire ecclésiastique.

Dans ces interrogatoires, on pressait souvent les chrétiens de dénoncer leurs complices, c’est à-dire les autres chrétiens, surtout les évêques et les prêtres qui les instruisaient, et les diacres qui les assistaient, et de livrer les saintes écritures. Ce fut particulièrement dans la persécution de Dioclétien, que les païens s’attachèrent à faire périr les livres des chrétiens, étant persuadés que c’était le moyen le plus sûr d’abolir leur religion. Ils les recherchèrent avec grand soin, et en brûlèrent autant qu’ils en purent saisir. Ils allaient même faire perquisition dans les églises et dans les maisons des lecteurs et des particuliers. Sur toutes ces sortes de questions, les chrétiens gardaient le secret aussi religieusement que sur les mystères. Ils ne nommaient jamais personne ; mais ils disaient que Dieu les avait instruits, que Dieu les avait assistés, qu’ils portaient les saintes écritures gravées dans leur cœur. On appelait Traditeurs ou traîtres ceux qui étaient assez lâches pour livrer les saintes écritures, ou pour découvrir leurs frères ou leurs pasteurs. Si les martyrs, pendant les tourments, proféraient quelques paroles, ce n’était guère que pour louer Dieu, et implorer sa miséricorde et son secours.

Après l’interrogatoire, ceux qui persistaient dans la confession du christianisme, étaient envoyés au supplice ; mais le plus souvent on les remettait en prison, pour les éprouver plus longtemps, et les tourmenter à plusieurs fois. Cependant les prisons mêmes étaient une autre espèce de tourments. Les confesseurs de Jésus-Christ étaient enfermés dans les cachots les plus noirs et les plus infects. On leur mettait les fers aux pieds et aux mains. On leur mettait au cou de grandes pièces de bois, ou des entraves aux jambes, pour les tenir élevées ou écartées, le patient étant posé sur le dos. Quelquefois on semait le cachot de petits morceaux de pots de terre ou de verre cassés, et on les y étendait tout nus ou tout déchirés de coups. Quelquefois on laissait corrompre leurs plaies, et on les faisait mourir de faim et de soif. Quelquefois on les nourrissait, et on les pansait avec soin, mais c’était afin de les tourmenter de nouveau. On défendait d’ordinaire de les laisser parler à personne, parce que l’on savait qu’en cet état ils convertissaient beaucoup d’infidèles, souvent jusqu’aux geôliers et aux soldats qui les gardaient. Quelquefois on donnait ordre de faire entrer ceux que l’on croyait capables d’ébranler leur constance : un père, une mère, une femme, des enfants, dont les larmes et les discours tendres étaient une autre espèce de tentation, et souvent plus dangereuse que les tourments. Si une martyre était enceinte, on attendait suivant les lois, qu’elle fût accouchée pour la faire mourir, comme il arriva à sainte Félicité.

Cependant l’église avait un soin particulier de ces saints prisonniers. Les diacres les visitaient souvent pour les servir, pour faire leurs messages, et leur donner les soulagements nécessaires. Les autres fidèles allaient aussi les consoler et les encourager à souffrir. Ils bénissaient leurs peines, et souhaitaient d’y avoir Ils baisaient leurs chaînes, ils pansaient leurs plaies, et leur apportaient toutes les commodités qui leur manquaient, des lits, des habits, des rafraîchissements. Jusque-là que Tertullien se plaignait que l’on faisait bonne chère dans ces prisons. Les fidèles n’épargnaient rien en ces occasions. Si on leur refusait l’entrée, ils tâchaient de gagner par argent les gardes et les geôliers. Ils ne se rebutaient point de leurs mauvais traitements, ils souffraient les injures et les coups, ils demeuraient patiemment aux portes des prisons, jusqu’à y veiller les nuits, attendant le moment favorable de satisfaire leur charité. Quand ils pouvaient entrer, ils regardaient comme des églises ces prisons consacrées par la présence des saints. Ils y faisaient les prières, et les prêtres y allaient célébrer le sacrifice, pour donner aux confesseurs la consolation de ne point sortir du monde sans la protection du corps et du sang de Jésus-Christ, comme parle saint Cyprien. Si c’était un évêque ou un prêtre qui fût en prison, les fidèles s’y assemblaient pour ne pas perdre l’occasion de recevoir l’eucharistie, et de l’emporter dans leurs maisons. En ces rencontres, on mettait tout en usage. On a vu des prélats, faute d’autel, consacrer sur les mains des diacres ; et l’illustre martyr saint Lucien d’Antioche consacra sa poitrine, étant attaché de sorte qu’il ne pouvait se remuer. On peut juger de quel poids étaient les exhortations dont ces messes étaient accompagnées. Toute l’Église respectait ces saints prisonniers, comme étant déjà presque couronnés dans le ciel. Lls avaient grand crédit auprès des prélats, pour obtenir la grâce de ceux qui, par faiblesse, étaient tombés dans l’idolâtrie : jusque-là que l’on fut obligé d’apporter de la modération aux recommandations de quelques-uns, qui avaient plus de zèle que de discrétion. »

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Les calomnies lancées contre les chrétiens

Comment ont débuté les calomnies contre les chrétiens, celles-là même qui ont mené à leur injuste persécution ? Découvrons-le dans l’ouvrage de l’abbé Fleury, « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitres XV et XVI).

« C’était dans ces mêmes assemblées que l’on donnait tous les autres sacrements, autant qu’il était possible, et c’est pour cela que les infidèles en étaient exclus avec tant de soin. Car on observait inviolablement ce précepte du Sauveur, de ne point donner aux chiens les choses saintes, et de ne point jeter les perles aux pourceaux. De là vient que l’on nommait les sacrements mystères, c’est-à-dire choses cachées, et que l’on y gardait un secret inviolable. On les cachait non-seulement aux infidèles, mais aux catéchumènes. Non-seulement on ne les célébrait pas devant eux, mais on n’osait même leur raconter ce qui s’y passait, ni prononcer en leur présence les paroles solennelles, ni même parler de la nature du sacrement. On en écrivait encore moins, et si, dans un discours public, ou dans un écrit qui pût tomber en des mains profanes, on était obligé de parler de l’Eucharistie, ou de quelque autre mystère, on le faisait en termes obscurs et énigmatiques. Ainsi dans le nouveau Testament, rompre le pain, signifie consacrer et distribuer l’Eucharistie : ce que les infidèles ne pouvaient entendre. Cette discipline a duré plusieurs siècles après la liberté de l’Église. Il faut seulement excepter les apologies, dans lesquelles les Pères ont expliqué les mystères, pour justifier les chrétiens des calomnies qu’on leur imposait.

Au reste il n’était pas étrange aux païens de voir des secrets dans la religion, ils en faisaient autant pour leurs cérémonies profanes. Ceux qui étaient initiés aux mystères d’Isis, d’Osiris, de Cérès, d’Eleusine ou de Cybèle, ou des dieux de Samothrace, ou d’autres semblables, se croyaient obligés à les cacher sous de grandes malédictions, et passaient pour impies et pour scélérats s’ils venaient à les révéler. Apulée en fournit un exemple fort précis ; et c’est ce qui fait souvent dire à Hérodote, parlant de diverses cérémonies de la religion des Égyptiens et des autres : J’en sais bien la raison mais je n’ose pas la dire.

Ce secret des mystères ne laissait pas d’être un grand sujet de calomnie contre les chrétiens. Car on se cache plus souvent pour le mal que pour le bien ; et il n’était que trop notoire que, dans les autres religions, la plupart des mystères que l’on cachait avec tant de soin, n’étaient que des infamies ; comme dans les cérémonies de Cérès et de Cibèle ; et dans ces sacrifices de Bacchus qui furent défendus par ordre du sénat l’an de Rome 568. La prévention où l’on était contre les chrétiens, faisait aisément présumer que ce qu’ils tenaient si secret, était quelque chose de semblable. Ces soupçons étaient appuyés par les abominations que les gnostiques, les Carpocratiens, et d’autres hérétiques commettaient dans leurs assemblées ; et que l’on a peine à croire, même sur le récit qu’en font les Pères : car les hérétiques portaient tous le nom de chrétiens. Les catholiques mêmes avaient des esclaves païens, à qui la crainte des tourments faisait dire contre leurs maîtres tout ce que voulaient leurs ennemis.

Ainsi se répandit cette fable, que les chrétiens dans leurs assemblées nocturnes tuaient un enfant pour le manger, après l’avoir fait rôtir et couvert de farine, et avoir trempé leur pain dans son sang ; ce qui venait manifestement du mystère de l’Eucharistie mal entendu. On disait encore, qu’après leur repas commun, où ils mangeaient et buvaient avec excès, on jetait un morceau à un chien attaché au chandelier ; que ce chien en sautant renversait la seule lampe qui les éclairait, et qu’ensuite à la faveur des ténèbres, tout ce qu’ils étaient d’hommes et de femmes se mêlaient indifféremment comme des bêtes, selon que le hasard les assemblait. Les Juifs furent les principaux auteurs de ces calomnies ; et quelque absurdes qu’elles fussent, le peuple les croyait, et on était réduit à s’en justifier sérieusement. L’exemple des bacchanales, où deux cents ans auparavant on avait découvert des crimes si horribles, persuadait en général, qu’il n’y avait point d’abomination qui ne pût s’introduire sous prétexte de religion.

On accusait encore les chrétiens d’être ennemis de tout le genre humain, et de la puissance romaine en particulier ; de se réjouir des calamités publiques, de s’affliger du bon succès des affaires, et de souhaiter la ruine de l’empire. Tout cela, sur le fondement de ce qu’ils disaient de la vanité de toute la grandeur temporelle, de la fin du monde et du jugement ; et peut-être sur le rapport indiscret ou malicieux de ce qui est prédit dans l’Apocalypse, touchant la punition de Rome idolâtre, et la vengeance que Dieu ferait un jour du sang des martyrs. Ce qui confirmait cette calomnie, est qu’ils ne prenaient point de part aux réjouissances publiques, qui consistaient en des sacrifices, en des festins et des spectacles, pleins d’idolâtrie et de dissolutions. Au contraire, ils affectaient de passer ces jours-là dans l’affliction et dans la pénitence, en vue des péchés innombrables qui s’y commettaient, et ils se réjouissaient plutôt aux jours que la superstition des païens leur faisait compter pour lugubres et malheureux. Ils fuyaient même les foires, à cause des jeux qui s’y faisaient. S’ils y allaient, c’était pour acheter en passant, quelque chose de nécessaire à la vie, ou quelque esclave, afin de le convertir.

Enfin, c’était assez pour les rendre odieux au peuple, que la profession qu’ils faisaient de détester toutes les religions établies. Ils avaient beau dire qu’ils adoraient en esprit le Dieu créateur du ciel et de la terre, à qui ils offraient continuellement le sacrifice de leurs prières. Le peuple idolâtre n’entendait point ce langage ; il leur demandait le nom de leur Dieu, et les appelait athées, parce qu’ils n’adoraient aucun des dieux que l’on voyait dans les temples, puisqu’ils n’avaient point d’autels allumés, ni de sacrifices sanglants, ni de statues connues du peuple. Les sacrificateurs des idoles, les augures, les aruspices, les devins, en un mot tous ceux dont les professions étaient fondées sur le paganisme, ne manquaient pas de fomenter et d’exciter cette haine du peuple, et d’employer à cet effet les prétendus prodiges et les malheurs qui arrivaient, comme les stérilités, les mortalités, les guerres. Les chrétiens, disaient-ils, attiraient la colère des dieux sur tous ceux qui les laissaient vivre.

Par ces préventions, on empoisonnait jusqu’à leurs vertus. La charité qu’ils avaient les uns pour les autres, était une conjuration odieuse. Les noms de frères et de sœurs qu’ils se donnaient, étaient interprétés en mauvaise part, parce qu’en effet les païens en abusaient pour la débauche. Leurs aumônes passaient pour des moyens de séduire les pauvres, et les attirer à leur cabale, ou pour un effet de l’avarice des prélats, afin d’amasser dans les églises de grands trésors, dont ils pussent disposer. Leurs miracles étaient, disait-on, des maléfices et des impostures de magie. En effet, tout était plein de charlatans, qui se vantaient de prédire l’avenir par diverses sortes de divinations, ou de guérir les maladies par des caractères et des enchantements, par des mots barbares ou des figures extravagantes. Ils faisaient même des choses surprenantes pour tromper les yeux, soit par art, soit par opération du démon. Apollonius de Tyane est un exemple illustre. Ainsi on ne s’étonnait pas trop d’entendre raconter des miracles, ou même d’en voir ; on confondait les vrais avec les faux, et l’on méprisait également tous ceux qui passaient pour en faire. Le pays des apôtres et des premiers chrétiens aidait encore à cette erreur ; car la plupart de ces imposteurs venaient d’Orient.

Les persécutions mêmes étaient un sujet de haine contre les chrétiens. On supposait qu’ils étaient criminels, puisqu’ils étaient partout traités en criminels, et on jugeait de la grandeur de leurs crimes par la rigueur des supplices. On les regardait comme des gens dévoués à la mort, destinés au feu et aux gibets ; on leur en faisait des noms injurieux. Voilà ce qui rendait les chrétiens si odieux au peuple et aux ignorants ; voilà le fondement de ce qu’en disent Suetone et Tacite, suivant l’opinion commune. Suetone dit que l’empereur Claude chassa de Rome les Juifs, qui brouillaient sans cesse à la suscitation de Christ ; comme si Jésus-Christ eût été encore sur la terre, et ce fût rendu chef de parti entre les Juifs. Il compte entre les bonnes actions de Néron, d’avoir fait souffrir des supplices aux chrétiens, gens, ajoute-t-il, d‘une superstition nouvelle et malfaisante.

Tacite parlant du feu que Néron fit mettre à Rome pour se divertir, dit qu’il en accusa des gens odieux par leurs crimes, que le peuple appelait chrétiens : puis il ajoute, ce nom venait de Christ, que Ponce-Pilate avait fait supplicier sous l’empire de Tibère. Et cette pernicieuse superstition, arrêtée pour lors, s’élevait de nouveau, non-seulement par la Judée, source de ce mal ; mais à Rome même, où tout ce qu’il y a de noir et d’infâme dans le monde se rassemble et se pratique. On prit d’abord ceux qui avouaient, puis sur leur rapport une grande multitude fut convaincue, non pas tant de l’incendie, que de la haine du genre humain. Il les traite encore ensuite de coupables, et qui méritaient les derniers exemples.

Les gens d’esprit, et ceux mêmes qui entraient en quelque examen, avaient aussi leurs sujets d’aversion contre les chrétiens ; car ces gens d’esprit étaient des Grecs ou des Romains, accoutumés à mépriser les autres peuples, qu’ils nommaient Barbares, et surtout les Juifs, décriés, depuis longtemps, tenus pour des gens d’une superstition ridicule et d’une sotte crédulité. Un Juif le pourrait croire, dit Horace parlant d’un prodige, mais non pas moi. Ainsi quand on leur disait qu’il y avait des Juifs qui adoraient, comme fils de Dieu, un homme qui avait été pendu, et que leur principale dispute contre les autres Juifs était de savoir, si cet homme était encore vivant après sa mort, et si c’était leur véritable roi ; on peut juger de quelle absurdité leur paraissaient tous ces discours. Ils voyaient que ceux de cette nouvelle secte étaient haïs et persécutés par tous les autres Juifs, jusqu’à exciter souvent de grandes séditions : et de là ils concluaient que c’étaient les pires de tous.

On leur disait de plus, que ces gens n’employaient, pour persuader, ni raisonnements, ni éloquence ; qu’ils exhortaient seulement à croire les faits qu’ils avançaient, et qu’ils prétendaient confirmer par leurs miracles ; que la plupart étaient des ignorants, et n’étudiaient que les livres des Juifs : qu’ils faisaient profession d’instruire les ignorants comme eux, les femmes et le petit peuple ; parce qu’ils les trouvaient bien mieux disposés à recevoir leur doctrine, que les gens plus éclairés. Ce procédé était fort nouveau, car il n’y avait chez les païens aucune sort d’instruction pour le peuple. Les philosophes étaient les seuls qui parlassent de morale, et leurs disputes n’avaient rien de commun avec l’exercice de la religion. Enfin, comme tous les hérétiques passaient sous le nom de chrétiens, on attribuait à toute l’Église les rêveries des Valentiniens, et de tous ces visionnaires que saint Irénée a combattus ; les païens confondaient toutes ces extravagances avec la doctrine catholique, et le christianisme leur paraissait un entêtement de gens ignorants et opiniâtres.

À quoi bon, disaient-ils, quitter les religions établies depuis si longtemps avec de si belles cérémonies par l’autorité de tant de rois et de législateurs, et par le consentement de tous les peuples grecs et barbares, pour embrasser des mœurs étrangères, et vous intéresser à soutenir les fables judaïques ? Encore si vous vous faisiez Juifs tout à fait ; mais quelle extravagance de voûloir servir leur Dieu malgré eux, par un culte nouveau que les Juifs rejettent, et vous appliquer des lois qui ne vous conviennent point ?

Il est vrai que la morale des chrétiens était pure, et que leur vie répondait à leur doctrine. Mais tout était plein de philosophes, qui faisaient aussi profession de pratiquer la vertu ; et de l’enseigner. Il y en eut même plusieurs dans ces premiers siècles de l’Église, qui, peut-être à l’imitation des chrétiens, coururent le monde, prétendant réformer le genre humain, et souffrirent quelques mauvais traitements ; comme Apollonius de Tyane, Musonius, Damis, Epictète. Les philosophes étaient en grand crédit depuis plusieurs siècles ; on croyait qu’ils avaient tout dit, et on ne pouvait s’imaginer que des barbares pussent en savoir plus que Pythagore, Platon, ou Zénon. On croyait plutôt que s’ils avaient quelque chose de bon, ils l’avaient emprunté de ces sages si fameux.

D’ailleurs, les philosophes étaient plus commodes que les chrétiens. La plupart ne rejetaient point le plaisir ; et quelques-uns en faisaient le souverain bien. Ils laissaient chacun suivre son opinion et vivre à sa mode, se contentant de mépriser ceux qui n’étaient pas philosophes, et de s’en moquer. Le nombre des pyrrhoniens était grand. Ceux-ci doutaient de tout, principalement sur l’article de la divinité, si mal éclairci par les philosophes. Ils se faisaient une règle de sagesse de suspendre leur jugement, et trouvaient très mauvais que des ignorants, des gens du commun, tels qu’étaient la plupart des chrétiens, osassent décider sur une matière si relevée. Pour eux, ils faisaient profession de respecter les religions établies. Quelques-uns y croyaient, et donnaient des explications mystérieuses aux fables les plus ridicules ; d’autres, gardant pour eux la connaissance du premier Être, auteur de la nature, laissaient les superstitions à ceux qu’ils estimaient incapables de la sagesse. Les épicuriens mêmes qui se déclaraient le plus ouvertement contre les opinions populaires touchant les dieux, ne laissaient pas d’assister aux sacrifices, et de prendre part aux cérémonies de la religion des lieux où ils se trouvaient. Ils convenaient tous, de ne point combattre les coutumes autorisées par les lois et par les temps.

La créance de la pluralité des dieux s’étendait jusqu’à croire que chaque nation, chaque ville, chaque famille avait les siens, qui en prenaient soin, et voulaient y être honorés d’un culte particulier. Ainsi ils estimaient bonnes toutes religions, pour ceux chez qui elles étaient reçues depuis longtemps. Les femmes et le peuple, léger et ignorant, avaient toujours grande inclination à en embrasser de nouvelles ; croyant que plus ils serviraient de dieux et de déesses, et que plus ils observeraient de diverses cérémonies, plus ils auraient de religion. Les hommes graves et les politiques réprimaient cette inquiétude autant qu’il leur était possible, et ne voulaient aucun changement sur cette matière. Surtout ils condamnaient toutes les religions étrangères, et les Romains en faisaient un point capital de leur politique. Ils persuadaient au peuple que c’était à ses dieux tutélaires que Rome était redevable de ce grand empire, et qu’il fallait bien que ces dieux fussent plus puissants que les autres, puisqu’ils leur avaient soumis toutes les nations du monde. Aussi, quand le christianisme fut entièrement établi, les païens ne manquèrent pas d’attribuer à ce changement la chute de l’empire, qui le suivit d’assez près : et saint Augustin fut obligé de composer son grand ouvrage de la Cité de Dieu, pour répondre à leurs calomnies.

Le mépris que les chrétiens faisaient de la mort, n’étonnait pas beaucoup les païens Ils étaient accoutumés à voir des gladiateurs volontaires, qui, pour un petit intérêt, ou même pour rien, s’exposaient à se faire égorger en plein amphithéâtre. On voyait tous les jours les plus honnêtes gens se tuer eux-mêmes pour le moindre déplaisir, et il y avait des philosophes qui le faisaient par ostentation, comme disent les jurisconsultes. Témoin Pérégrin, dont Lucien rapporte la fin tragique. Ainsi, voyant que les chrétiens fuyaient les plaisirs de cette vie, et n’attendaient de bonheur que dans la vie future, ils s’étonnaient qu’ils ne se tuassent point. On nous dira, dit saint Justin, Tuez-vous donc tous, et vous en allez tout à l’heure trouver Dieu, sans nous embarrasser davantage. Et Antonin, proconsul d’Asie, voyant les chrétiens accourir en foule autour de son tribunal, pour se présenter au martyre, s’écria : Ah misérables ! Si vous voulez mourir, vous avez des cordes et des précipices.

Tout le peuple était donc contre les chrétiens ; le peuple, les magistrats, les ignorants, les savants ; ils étaient haïs des uns comme des imposteurs, des scélérats et des impies ; et méprisés des autres comme des misanthropes, des visionnaires et des fous mélancoliques, qu’une opiniâtreté enragée faisait courir à la mort. La prévention était telle, qu’on les condamnait sur le seul nom de chrétien, sans examiner davantage. Ce nom suffisait pour détruire tout le bien que l’on en savait d’ailleurs : et l’on disait communément : Un tel est un honnête homme, c’est dommage qu’il est chrétien. »

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La modestie et le sérieux des chrétiens

Nos contemporains sont, hélas, peu nombreux à connaître l’histoire authentique des catholiques. Ce mot a tellement été galvaudé qu’il est devenu un terme sans saveur. Cet article, tiré de l’œuvre de l’abbé Fleury « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre XI) contribue à rétablir la vérité sur ce qu’est vraiment le catholicisme. Et quelle belle vérité !

« Tout le reste de la vie des chrétiens était du même air de modestie. Ils ne faisaient cas que de la grandeur et de la noblesse intérieure ; ils n’estimaient que les richesses spirituelles. Ils condamnaient tout ce que le luxe avait introduit dans cette richesse prodigieuse de l’empire romain, comme la dépense en grands bâtiments ou en meubles précieux, les tables d’ivoire, les lits d’argent garnis d’étoffes de pourpre et d’or, la vaisselle d’or et d’argent, ciselée et ornée de pierreries. Voici es meubles que les persécuteurs trouvèrent dans la chambre où sainte Domne, vierge fort riche de Nicomédie, vivait enfermée avec l’eunuque saint Inde : une croix, les Actes des apôtres, deux nattes sur le plancher, un encensoir de terre, une lampe, un petit coffre de bois où ils gardaient le saint Sacrement pour communier.

Les chrétiens rejetaient les habits de couleur trop éclatante ; mais saint Clément d’Alexandrie recommandait le blanc, comme symbole de pureté ; et c’était la couleur ordinaire chez les Grecs et les Romains. Les chrétiens rejetaient aussi les étoffes trop fines, surtout la soie, alors encore si rare qu’elle se vendait au poids de l’or, les bagues, les joyaux, la frisure des cheveux ; les parfums, l’usage trop fréquent des bains, la trop grande propreté ; en un mot, tout ce qui peut exciter l’amour sensuel et la volupté. Prudence compte pour la première remarque de la conversion de saint Cyprien, le changement de l’extérieur, et le mépris de la parure. Apollonius, ancien auteur ecclésiastique, fait ce reproche aux montanistes, en parlant de leurs prétendus prophètes : Dites-moi, un prophète se teint-il le poil ? Aime-t-il les ornements ? Joue-t-il aux dés ? Prête-t-il à usure ? Qu’ils disent si cela est permis ou non : je montrerai qu’ils le font. Un martyr pour convaincre d’imposture un faux chrétien, représentait aux juges que ce trompeur était frisé, et qu’il aimait les barbiers, qu’il regardait les femmes avec trop d’application, qu’il mangeait beaucoup, et sentait le vin. Tout l’extérieur des chrétiens était sévère et négligé, au moins simple et sérieux. Quelques-uns quittaient l’habit ordinaire pour prendre celui de philosophe, comme Tertullien et saint Héraclas disciple d’Origène.

Il y avait peu de divertissements à leur usage. Ils fuyaient tous les spectacles publics, soit du théâtre, soit de l’amphithéâtre, soit du cirque. Au théâtre se jouaient les tragédies et les comédies ; à l’amphithéâtre se faisaient les combats de gladiateurs ou de bêtes ; le cirque était pour les courses de chariots. Tous ces spectacles faisaient partie du culte des faux dieux, et des pompes du démon : c’était assez pour en bannir les chrétiens ; mais ils les regardaient encore comme une grande source de corruption pour les mœurs. On ne doit point aimer, dit Tertullien, les images de ce que l’on ne doit point faire. Le théâtre était une école d’impudicité ; l’amphithéâtre, de cruauté : les chrétiens en étaient si éloignés, qu’ils ne voulaient pas même voir les exécutions de justice. Tous ces jeux fomentaient toutes sortes de passions. Ceux même du cirque qui paraissaient les plus innocents, sont détestés par les Pères, à cause des factions qui y régnaient, et qui produisaient tous les jours des querelles et des animosités furieuses, souvent même des combats sanglants. Enfin ils blâmaient la grande dépense de ces spectacles, l’oisiveté qu’ils fomentent, la rencontre des hommes et des femmes qui s’y trouvent mêlés et disposés à se regarder avec trop de liberté et de curiosité.

Les chrétiens condamnaient aussi les dés et les autres jeux sédentaires, dont le moindre mal est d’entretenir la fainéantise. Ils blâmaient les grands éclats de rire, et tout ce qui les excite : les actions et les discours ridicules, les contes plaisants, les bouffonneries, les badineries ; et à plus forte raison ils rejetaient toutes sortes de gestes et de discours déshonnêtes. Ils ne voulaient pas même qu’il y eût rien dans la vie des chrétiens d’indécent, de bas, et d’indigne d’honnêtes gens ; point de ces discours fades, et de ce babil inutile, si ordinaire au petit peuple, et surtout aux femmes, mais condamné par saint Paul, lorsqu’il dit que nos discours doivent toujours être assaisonnés du sel de la grâce. C’était pour retrancher tous ces maux que l’on recommande si fort le silence.

Cette discipline paraîtra sans doute aujourd’hui bien sévère ; mais on s’en étonnera moins, si l’on considère que les railleurs sont souvent blâmés et maudits dans les saintes écritures, que la vie de Jésus-Christ et de ses disciples a été très sérieuse, et que saint Paul condamne nommément ce que les Grecs nommaient eutrapélie, et dont Aristote avait voulu faire une vertu. C’est ce que l’interprète latin a rendu par le mot de scurrilité, qui l’a fait méconnaître aux docteurs modernes. En effet toute la vie chrétienne consiste à expier les péchés passés par la pénitence, et à se prémunir contre les péchés futurs par la mortification des passions. Le pénitent, pour se punir d’avoir abusé des plaisirs, doit commencer par se priver de ceux même qui sont permis ; et pour éteindre la concupiscence, ou du moins l’affaiblir, il ne faut lui accorder que le moins qu’il est possible. Ainsi un véritable chrétien ne doit jamais chercher le plaisir sensible, mais seulement prendre en passant celui qui se trouve attaché aux fonctions nécessaires de la vie, comme de manger et de dormir. S’il prend quelque divertissement, ce doit être un divertissement véritable, c’est-à-dire un relâchement, un repos, pour satisfaire à la faiblesse de la nature, qui succomberait si le corps travaillait toujours, et si l’esprit était continuellement appliqué. Mais de chercher le plaisir sensible pour le plaisir, et d’en faire sa fin, rien n’est plus contraire à l’obligation de renoncer à nous-mêmes, qui est l’âme des vertus chrétiennes. Le travail du corps ou l’exercice modéré, relâche l’esprit : le simple repos, la nourriture et le sommeil sont suffisants pour remettre le corps ; les yeux ne sont jamais nécessaires. On le voit par l’exemple des pauvres et de tout le peuple, qui travaillent continuellement. Ce sont les riches et les gens de loisir qui cherchent les divertissements pour diminuer l’ennui de leur oisiveté.

Cette disposition sérieuse et mortifiée des vrais chrétiens, se voit par le génie des hérésies de ces premiers temps, qui ne venaient la plupart que d’un excès de sévérité et de haine du corps. Les marcionites, et ensuite les manichéens soutenaient que la chair était mauvaise, comme étant l’ouvrage du mauvais principe : d’où ils concluaient qu’il n’était pas permis d’en manger, ni de la multiplier par la génération, ni d’espérer qu’elle ressuscitât. Ce mépris du corps, cette abstinence et cette continence avaient quelque chose de fort spécieux. Les montanistes ajoutaient plusieurs jeûnes d’obligation à ceux de l’Église, condamnaient les secondes noces, et ne voulaient point de pénitence, ne croyant pas que l’Église eût le pouvoir de relever ceux qui tombaient dans les grands crimes après leur baptême. Qui voudrait aujourd’hui soutenir des erreurs semblables, ne trouverait guère de sectateurs.

Mais quelque sévère que nous paraisse la vie des premiers chrétiens, il ne faut pas nous imaginer qu’elle fût triste. Paul ne leur demandait pas l’impossible, quand il les exhortait à se réjouir. S’ils se privaient des plaisirs violents que recherchent la plupart des hommes, aussi étaient-ils exempts de chagrins et des autres passions qui les tourmentent, puisqu’ils vivaient sans ambition et sans avarice. N’étant point attachés aux biens de la vie présente, ils étaient peu touchés de ses calamités : ils avaient la paix de la bonne conscience, la joie des actions vertueuses, par lesquelles ils s’efforçaient de plaire à Dieu, et surtout l’espérance de l’autre vie, qu’ils regardaient comme proche. Car ils savaient que tout ce monde visible passe promptement, et les persécutions leur paraissaient préliminaires du jugement universel.

Ainsi le soin de la postérité ne les inquiétait pas. Ils souhaitaient à leurs enfants le même bonheur qu’à eux-mêmes de sortir promptement du monde. S’ils les laissaient orphelins, comme il arrivait souvent aux martyrs, ils savaient que l’Église serait leur mère, et qu’ils ne manqueraient de rien. Ils vivaient donc la plupart au jour la journée, du travail de leurs mains, ou de leur revenu, qu’ils partageaient avec les pauvres, sans inquiétude, sans affaires, éloignés non-seulement de tout gain sordide, ou tant soit peu suspect d’injustice, mais encore de tout désir d’amasser et de s’enrichir. Le désordre dont les prélats se plaignaient le plus dans l’intervalle des persécutions, était que les chrétiens acquéraient des immeubles, et cherchaient des établissements sur la terre. Des hommes si détachés de toutes les choses temporelles n’avaient pas un grand goût pour les plaisirs des sens ; et nous ne sommes pas bien chrétiens, si nous n’avons au moins un désir sincère de leur ressembler, Quel plaisir plus grand, dit Tertullien, que le mépris du monde, la vraie liberté, la pureté de conscience, se contenter de peu, ne point craindre la mort ? Vous foulez aux pieds les dieux des Gentils, vous chassez les démons, vous guérissez les maladies, vous demandez des révélations, vous vivez à Dieu. Voilà les plaisirs, voilà les spectacles des chrétiens. »

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La perfection des premiers chrétiens

Voici un bel extrait du magnifique livre de l’abbé Fleury, « les mœurs des Israélites et des chrétiens » (seconde partie, chapitre III) qui parle de la perfection des premiers chrétiens. Les articles suivants seront dédiés au même ouvrage car celui-ci est indispensable pour rétablir la vérité de la beauté du catholicisme. Les sectes anti-catholiques, multiples et variées, ont beaucoup écrit et continue d’écrire des mensonges qui sautent aux yeux dès lors que l’on connaît la sainteté du christianisme. L’ouvrage de l’abbé Fleury devrait être connu de tous afin de faire taire ceux qui passent leur temps à calomnier le catholicisme.

« Mais revenons à ceux qui furent instruits et gouvernés immédiatement par les apôtres, et particulièrement à cette église de Jérusalem que Jésus-Christ avait commencé d’édifier de ses propres mains sur le fondement de la synagogue, et qui a été non-seulement le modèle, mais la tige et la source de toutes les autres. Voyons comment l’Écriture nous dépeint ces premiers fidèles.

Ils persévéraient dans la doctrine des apôtres, dans la communion de la fraction du pain et dans les prières ; Et ensuite : Ceux qui croyaient, étaient tous unis ensemble ; et tout ce qu’ils avaient, était commun. Ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et ils les distribuaient à tous, selon le besoin de chacun. Ils continuaient d’aller tous les jours, avec union d’esprit, dans le temple ; et rompant le pain par les maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur, louant Dieu, et étant aimés de tout le peuple. Et ailleurs : Toute la multitude de ceux qui croyaient, n’était qu’un cœur et qu’une âme, et aucun d’eux ne s’appropriait rien de tout ce qu’il possédait ; mais ils mettaient tout en commun. Il n’y avait point de pauvres parmi eux, parce que tous ceux qui avaient des terres ou des maisons les vendaient et en apportaient le prix. Ils le mettaient aux pieds des apôtres, et on le distribuait à chacun selon son besoin. Et encore ailleurs : il se faisait beaucoup de miracles et de prodiges parmi le peuple, par les mains des apôtres, et ils étaient tous d’un même esprit dans la galerie de Salomon. Aucun des autres n’osait se joindre à eux ; mais le peuple leur donnait de grandes louanges : et le nombre de ceux qui croyaient au Seigneur, tant des hommes que des femmes, s’augmentait de plus en plus.

Le sommaire de cette description est l’instruction, la prière, la communion, l’union des cœurs, la communication des biens temporels, la joie en eux-mêmes et au dehors, le respect, l’estime, l’amour du peuple. Cette église était composée de gens de tout sexe, de tout âge, et de toutes conditions, et fut très nombreuse en peu de temps. Il se convertit trois mille personnes à la première prédication de saint Pierre, et cinq mille à la seconde. Il est dit plus d’une fois que le nombre des fidèles croissait de jour en jour ; et saint Jacques parlant à saint Paul vers l’an 38, fait entendre selon le grec, qu’ils étaient plusieurs fois dix mille. La plupart étaient mariés, car la continence parfaite avait été rare jusqu’alors ; et ils logeaient séparément, puisqu’il est dit que l’on allait par les maisons rompre le pain, c’est-à-dire consacrer et distribuer la sainte eucharistie. Toutefois ils vivaient en commun, réduisant tous leurs biens en argent, que les apôtres, et ensuite les sept diacres distribuaient à chacun selon son besoin, avec tant de fidélité et de prudence, qu’il n’y avait point de pauvres.

Voilà donc un exemple sensible et réel de cette égalité de biens, et de cette vie commune, que les législateurs et les philosophes de l’antiquité avaient regardées comme le moyen le plus propre à rendre les hommes heureux ; mais sans y pouvoir atteindre. C’était pour y parvenir, que Minos, dès les premiers temps de la Grèce, avait établi en Crète des tables communes, et que Lycurgue avait pris tant de précautions pour bannir de Lacédémone le luxe et la richesse. Les disciples de Pythagore mettaient leurs biens en commun, et contractaient une société inséparable, nommée en grec, Coinobion, d’où sont venus les cénobites. Enfin Platon avait poussé cette idée de communauté jusqu’à l’excès, voulant ôter même la distinction des familles. Ils voyaient bien que, pour faire une société parfaite, il fallait ôter le tien et le mien, et tous les intérêts particuliers ; mais ils n’avaient que des peines pour contraindre les hommes, ou des raisonnements pour les persuader. Il n’y avait que la grâce de Jésus-Christ qui pût changer les cœurs, et guérir la corruption de la nature. »

Les Juifs, comme mieux instruits par la loi de Dieu, avaient chez eux des exemples plus parfaits de la vie commune. C’étaient les esséniens et les thérapeutes. Il n’y avait des esséniens qu’en Palestine, et au nombre de quatre mille ou environ. Ils demeuraient à la campagne, s’occupant au labourage et aux métiers innocents, vivant en commun et pauvrement. La plupart renonçaient au mariage. Ils s’appliquaient à la prière et à l’étude de la loi, principalement les jours de sabbat. Mais ils croyaient au destin et à la divination, et étaient les plus superstitieux de tous les Juifs. Les thérapeutes étaient répandus en divers lieux, mais la plupart vivaient en Égypte vers Alexandrie. Ils étaient plus solitaires et plus contemplatifs que les esséniens, ne s’occupant que de la prière, de la lecture et de la méditation de la loi. Ordinairement ils ne mangeaient que du pain ; et le soir, ils s’assemblaient le jour du sabbat et à la Pentecôte, pour prier et manger ensemble. On peut voir dans Philon, et dans Josèphe un plus grand détail de la vie des uns et des autres. Que si l’on pouvait vivre ainsi sous l’état de la loi qui n’amenait rien à la perfection, il ne faut pas s’étonner que l’on ait pratiqué les mêmes vertus, et encore plus purement sous l’état de la grâce ; et c’est ce que nous voyons dans cette église de Jérusalem, ensuite par toutes les églises, dans les monastères et les autres communautés religieuses.

La source de cette communication de biens entre les chrétiens de Jérusalem, était la charité, qui les rendait tous frères, et les unissait comme en une seule famille, où tous les enfants sont nourris des mêmes biens par les soins du père, qui, les aimant tous également, ne les laisse manquer de rien. Ils avaient toujours devant les yeux le commandement de nous aimer les uns les autres, que Jésus-Christ avait répété tant de fois, particulièrement la veille de sa passion, jusqu’à dire que l’on reconnaîtrait ses disciples à cette marque. Mais ce qui les obligeait à vendre leurs héritages, et à réduire tout en argent comptant, était le commandement du Sauveur, de renoncer à tout ce que l’on possède. Ils voulaient le pratiquer, non-seulement dans la disposition du cœur, à quoi se réduit l’obligation de ce précepte, mais encore dans l’exécution réelle, suivant ce conseil : Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, et viens me suivre. Car on est bien plus assuré de n’être point attaché à ce que l’on a quitté effectivement, qu’à ce que l’on garde encore. De plus, ils savaient que le Sauveur avait prédit la ruine de Jérusalem, et qu’il en avait marqué le temps, avant que cette génération fût passée ; ainsi ils ne voulaient rien avoir qui les attachât à cette malheureuse ville, ni à cette terre qui devait être désolée.

La vie commune entre tous les fidèles, était donc une pratique singulière de cette première église de Jérusalem, convenable aux personnes et au temps. Car il semble difficile, parlant humainement, qu’une église si nombreuse eût pu subsister longtemps sans fonds et sans revenus assurés ; et nous voyons par les Actes et par les Épîtres de saint Paul, qu’elle avait besoin du secours des autres églises, et que de toutes les provinces on envoyait des sommes considérables pour les saints de Jérusalem. Et toutefois, saint Chrysostôme, si longtemps après, ne feint point de proposer encore cette manière de vie, comme un exemple imitable, et comme un moyen de convertir tous les infidèles. Il est à croire que ces saints de Jérusalem travaillaient de leurs mains, à l’exemple de Jésus-Christ et des apôtres ; car nous ne saurions leur attribuer rien de trop parfait ; et c’était encore un moyen considérable de suppléer au défaut des revenus.

Il est dit qu’ils persévéraient dans la doctrine des apôtres, et ils sont souvent nommés disciples ; c’est-à-dire qu’ils s’appliquaient à étudier la doctrine du salut ; soit en écoutant les apôtres, qui leur parlaient souvent en public et en particulier, et leur enseignaient tout ce qu’ils avaient appris du Seigneur ; soit en lisant les saintes Écritures, et en conférant les uns avec les autres. Il est dit, qu’ils persévéraient dans la prière, et qu’ils allaient tous les jours au temple s’assembler dans la galerie de Salomon, et y prier d’un même esprit. L’exemple de saint Pierre et de saint Jean, qui allèrent au temple à l’heure de la prière de none, fait croire qu’ils observaient dès lors les mêmes heures que l’Église a toujours gardées depuis. Ils vivaient à l’extérieur comme les autres Juifs, pratiquant toutes les cérémonies de la loi, et offrant même les sacrifices ; ce qu’ils continuèrent tant que le temple subsista ; et c’est ce que les Pères ont appelé, enterrer la synagogue avec honneur.

Après la prière, l’Écriture marque la fraction du pain, qui signifie l’eucharistie, comme en plusieurs autres passages du nouveau Testament. On célébrait ce mystère, non pas dans le temple, où l’on n’avait pas assez de liberté, parce que les chrétiens y étaient mêlés avec les Juifs, mais dans les maisons particulières, entre les seuls fidèles ; et il était suivi, comme les sacrifices pacifiques, d’un repas dont l’usage continua longtemps entre les chrétiens, sous le nom d’Agape qui signifie charité. Il est dit que ces repas étaient accompagnés d’allégresse et de simplicité de cœur. En effet, tous ces fidèles étaient des enfants par l’humilité, la pureté et le désintéressement. En renonçant au bien et aux espérances du siècle, ils avaient retranché la matière des passions et des chagrins de la vie ; et ils n’étaient occupés que de l’espérance du ciel, et du règne de Jésus-Christ, qu’ils regardaient comme proche. Que si nous ne pouvons lire sans admiration le peu que l’Écriture nous dit de cette première église, il ne faut pas nous étonner qu’elle fût si aimée et si révérée de ceux qui en étaient les spectateurs. Elle subsista à Jérusalem pendant près de quarante ans sous la conduite des apôtres, et particulièrement de saint Jacques son évêque ; jusqu’à ce que les fidèles, voyant approcher la punition de cette malheureuse ville, suivant la prédiction du Sauveur, se séparèrent des Juifs infidèles, et se retirèrent à la petite ville de Pella, où ils se conservèrent pendant le siège. »

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La question Juive

En ces temps si troublés, il est bon de rappeler les vérités de la sainte Église catholique, héritière de la vraie foi (détenue initialement par les fils d’Abraham) réformée depuis l’avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La question Juive est celle qui devrait nous interroger depuis la Crucifixion du Fils de l’Homme, Jésus-Christ étant la véritable et unique Pierre Angulaire de l’humanité.

Les réflexions contemporaines sur ce sujet se limitent principalement à deux camps : les pro-israéliens et les antisémites. Ces deux camps ont principalement des vues matérialistes et politiques, les véritables questions spirituelles étant, la plupart du temps, évacuées. Résumons l’antisémitisme en général. Nous n’évoquerons pas les tenants de l’autre partie puisqu’ils ont d’emblée acquis la cause d’Israël sans toutefois se soucier des questions spirituelles véritablement primordiales.
1) Le produit de l’antisémitisme le plus répréhensible fut bien évidemment Adolf Hitler avec sa doctrine nazie. Ce trouble personnage véhicule, par-delà la mort, une idéologie hautement subversive qui divise encore profondément les individus.
2) L’Islam est également vecteur d’un antisémitisme pour des raisons politiques : écarter du devant de la scène les descendants des tenants de la Loi pour que le Messie musulman, l’imam al-Mahdî, puisse se manifester et rétablir l’ordre.
3) Les mouvements d’extrême-gauche sont profondément antisémites pour des raisons comparables. Il s’agit d’une forme d’opposition au sionisme et à l’État d’Israël. Nous n’irons pas plus loin dans ces considérations.

Alors, suite à cette légère introduction, faut-il s’amouracher des juifs ou les maudire ? La question est simple : ni l’un, ni l’autre. La sainte Église catholique est formelle, nous devons prier pour leur conversion : nous argumenterons en ce sens lors de la conclusion de cet essai.

Étudions maintenant ce qui nous intéresse vraiment :
1) L’histoire des Juifs au cours des siècles
2) Leur responsabilité dans la Crucifixion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
3) Les terribles conséquences engendrées à notre époque par le déicide.
4) Nous conclurons en utilisant les travaux du père Isidoro Da Alatri.
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Israël, nation sainte. Israël, nation déchue

Pour comprendre le monde actuel, il est nécessaire de remonter très loin dans le temps. C’est en s’appuyant sur les travaux de nos aïeux catholiques (voir par exemple l’excellent ouvrage de l’abbé Fleury : « les mœurs des Israélites et des chrétiens ») que nous pouvons redécouvrir les vérités aujourd’hui oubliées. Israël, jusqu’aux temps de Jésus, fut une nation sainte. En effet, les Hébreux étaient les gardiens de la vraie foi. Les prophètes et la loi de Moïse guidaient les fidèles sur la voie droite. C’est lors de la naissance de Jésus-Christ que Israël fut à l’apogée de sa sainteté avant d’y mettre un terme en crucifiant l’unique Fils de Dieu. À partir de cette funeste date, le catholicisme se dispersa aux quatre coins du monde pour naître dans la douleur, notamment pendant les persécutions qui ont eu lieu du temps des derniers empereurs païens.

La sainte Église, fondée par Notre Seigneur et gardienne de la vraie foi, sut préserver le monde du chaos pendant deux millénaires. Même si, de nos jours, elle se trouve plongée dans une grande crise, l’Église ne saurait être détruite puisque les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle. Celle-ci est seulement éclipsée par les ennemis du Christ qui sont à l’apogée de leur puissance. La décadence a perverti nos mœurs sur une très longue période, rythme qui s’est toutefois accéléré à partir de la fin du XXe siècle.

Nous remarquons qu’au fil de l’histoire de l’Europe catholique, ceux qui ont perdu la vraie foi ont inventé toutes sortes de stratagèmes humains pour essayer d’anéantir les commandements de Notre Seigneur. C’est par les doctrines ésotériques (alchimie, hermétisme, kabbale, etc.), spirituelles (gnose, new age, orientalisme, philosophie, théosophie, etc.), politiques (capitalisme, jacobinisme, libéralisme, marxisme, etc.), économiques (keynésianisme, marxisme, etc.), sociales (anthropologie postmoderne héritée des Lumières), financières (finance de marché, finance d’entreprise, etc.) que les ennemis du Christ ont pu engendrer et maintenir le progrès indéfini dans une espèce de cycle perpétuel : la foi catholique, authentique héritière des commandements de Jésus-Christ, s’est retrouvée submergée au milieu de ces grands ensembles théoriques. Elle n’a pas disparu : elle s’est plutôt dissoute comme le ferait le sel (« vous êtes le sel de la terre ») dans un liquide composé d’eau, de vinaigre, d’huile, etc.

Lorsque ces théories trop humaines auront entraîné le monde dans le chaos, cet ensemble liquide disparaîtra dans les fissures qu’il aura lui-même provoquées. Le sel, quant à lui, c’est-à-dire la vraie foi catholique, se retrouvera déposé dans le fond et l’humanité saura reconnaître, pour un temps donné, la Vérité et l’appliquera. Il s’agit là du royaume du Sacré-Cœur : « je régnerai malgré mes ennemis » comme l’a annoncé Notre-Seigneur à Marguerite-Marie.

Les lois saintes de Jésus-Christ sont, plus que jamais, repoussées en ce XXIe siècle : les lois naturelles qui sont le socle du surnaturalisme (lois divines enseignées par Jésus-Christ) sont en passe d’être supplantées par les découvertes dans le domaine de la science du génome et de l’intelligence artificielle. Les notions fondamentales de différenciation sexuée pourraient être détruites par la folie de cette science sans conscience et ennemie de Dieu : les enfants pourraient naître sans parents, l’homme pourrait devenir femme, la femme pourrait devenir homme.

Tout deviendrait sens dessus-dessous : le chaos profitant aux ennemis de Dieu, ceux-ci chercheraient à se constituer dans une despotique gouvernance mondiale, symbole du règne de Caïn (« je mettrai inimité entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon »). Cependant, il est évident, selon les promesses du vrai Dieu, que ce règne despotique est une utopie maléfique qui ne verra jamais le jour puisqu’il est dit que Satan blessera seulement le talon de la femme (symbole de la Vierge Marie) tandis qu’elle lui écrasera la tête (victoire de la vraie foi : Abel qui renverse le règne de Caïn).

L’œil aguerri qui connaît les mœurs des Israélites du temps de Jésus s’aperçoit que la science transhumaniste est opposée à celles-ci : la morale découlant des lois de Dieu interdit formellement l’immoralité, l’impureté, la perversité, le mensonge, la fainéantise, la convoitise, etc. Or, c’est au fil des siècles, à un rythme très lent, que la décadence a arraché l’ensemble des lois qui maintenaient l’humanité dans une authentique paix catholique. La puissance de cette force destructrice s’est accrue au moment de l’apparition de l’usure : les premiers instincts de convoitise humaine préparaient l’accumulation monétaire placée entre les mains d’une poignée d’individus.

Bien des siècles plus tard (après que les ennemis du Christ eurent accumulé secrètement leur fortune au fil du temps à partir du XIIe siècle), à l’apogée du matérialisme, l’essor des multinationales et de la finance a fini par octroyer une richesse inouïe à quelques individus, qui se sont vus hériter de la fortune de leurs aïeux malicieux, pour devenir les nouveaux empereurs païens de la civilisation du progrès indéfini. Ces mêmes individus ont pu prendre le contrôle des médias à travers leurs multinationales en s’appuyant sur les mécanismes théoriques de l’économie et de la finance tels que les fusions et les acquisitions. L’argent étant le socle de cette civilisation, il est tout à fait logique que le pouvoir revienne à ceux qui souhaitent l’obtenir à n’importe quel prix. Un enrichissement aussi malveillant qu’entêté ne peut se faire que par des lois scélérates dans une civilisation de type caïnique, puisque l’usure est interdite dans le catholicisme authentique (héritier des commandements surnaturels de Jésus-Christ).

Tant que l’humanité n’aura pas compris que c’est la pureté de cœur et la volonté de s’affranchir du péché qui peut la transcender, elle continuera de s’enfoncer dans les affres du malheur, de la guerre et des destructions violentes. Jésus-Christ est le Sauveur du monde : Il a porté tous les péchés de l’humanité sur lui ; Il nous a enseigné la Vérité qui peut nous affranchir de nos chaînes. Or, l’esprit du monde souhaite appliquer ses propres règles, ses propres lois, au détriment de l’intelligence la plus élémentaire (théorie du sel noyé dans un ensemble liquide qui a été évoquée plus haut). Ces principes ont été inventés afin que les richesses matérielles reviennent inévitablement à ceux qui possèdent déjà l’argent et le pouvoir : ce phénomène est comparable au jeu de bonneteau puisque les gagnants amassent toujours davantage tandis que les perdants voient leurs biens s’amoindrir d’autant (principe très-contemporain de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des déficits).

Israël fut le berceau de la vraie foi : Jésus-Christ en est la plus noble expression. La beauté de la catholicité prouve que Notre Seigneur est le point de départ de toute chose pure et noble. Sans Jésus-Christ, le monde n’aurait jamais connu cette paix honnête que la plupart de nos contemporains ont oubliée, par méconnaissance de l’histoire et de la vraie religion.

Si l’on avance rapidement dans le temps, en partant de Jésus-Christ pour arriver en 2017, on voit apparaître deux mondes antonymes :

1) L’un, datant approximativement du Ier siècle, est basé sur les lois naturelles, surnaturelles et sur la précieuse conservation de la vraie foi en Dieu. Dans ce monde-là, la spiritualité est un trésor puisque la pureté du cœur est la chose la plus recherchée. L’homme sincèrement noble peut être élevé au rang des princes. Le gentilhomme médite sur la vie et sur la mort, sur les grandes questions qui guident l’humanité pour la faire avancer sur le bon chemin. Ceux qui cherchent la vertu sont moins nombreux que les autres, c’est pourquoi il est dit que les sentiers de la perdition sont larges. Toutefois, dans une époque très-chrétienne, les chercheurs des trésors célestes (synonyme de la vraie foi en Dieu) peuvent être nombreux : on les appelle les bienheureux. La foi catholique a engendré un grand nombre de saints au fil des siècles : c’est la preuve que la sève coule en abondance dans une époque authentiquement catholique.

2) L’autre, datant du XXIe siècle, est basé sur la théorie du progrès indéfini. Ce dogme souhaite mettre un terme aux lois naturelles (socle des lois surnaturelles et donc gardiennes de la vraie foi dans une certaine mesure). Les rêveurs les plus fous sont ceux qui cherchent à atteindre l’immortalité par la modification du génome humain. Les milliardaires souhaiteraient s’affranchir de la mort afin de crier aux petites gens qu’ils sont les maîtres du monde. Ne serait-ce pas là une atroce injustice, le comble de l’horreur humaine ? Dans ce siècle si matérialiste, l’individu « rouleau compresseur », c’est-à-dire l’homme qui souhaite réussir en écrasant la tête de ceux qui se trouvent en dessous de lui, est celui qui obtient la gloire médiatique : l’homme immoral peut se hisser sur le haut du podium en levant triomphalement les bras. Pourtant cette gloriole n’est que passagère. Cette époque est donc celle des chimères et des cauchemars éveillés.

Si l’homme se souvenait subitement de sa mort, de sa courte vie sur terre, ne chercherait-il pas à s’améliorer ? Si l’homme se souvenait encore de Dieu, ne mettrait-il pas un terme aux recherches liées à l’intelligence artificielle, à la modification du génome humain ? Ne détruirait-il pas ces horreurs dans un grand feu de joie ? Ne chercherait-il pas à mettre fin aux injustices, ne se transformerait-il pas, finalement, en l’un de ces chevaliers qui allaient autrefois sauver la veuve, le vieillard, le pauvre, le malade et l’orphelin ? Où sont passés les héros de jadis ? La réponse est crue : l’égoïsme a temporairement triomphé de la fraternité catholique.

Finalement, le rejet de Dieu n’a-t-il pas entraîné les horreurs qui sont en train de naître sous nos yeux ? Combien faudra-t-il encore de morts (lors d’attaques terroriste, de guerres civiles, de partitions de pays européens à cause d’une indépendance régionaliste, de guerre nucléaire, etc.) et de châtiments (séismes, volcans, ouragans, pollutions toxiques, destruction irréversible de la nature, modification des courants océaniques, etc.) pour que l’homme redevienne sage, à l’image de ses lointains aïeux Hébreux ? (pour ceux qui douteraient encore de leur sagesse, il faut lire « les mœurs des Israélites et des chrétiens »)

Concluons rapidement : Israël est au centre de l’histoire. Israël, autrefois nation sainte et gardienne de la foi, a donné naissance à Notre Seigneur Jésus-Christ, Sauveur de l’humanité. Désormais, Israël, nation déchue, vectrice du progrès indéfini et du transhumanisme, donnera potentiellement naissance à l’antéchrist. Mais, à la fin, lors du Jugement Dernier, Jésus-Christ fera paître Ses brebis au Paradis tandis qu’Il enverra les fils de la perdition brûler éternellement dans le feu de l’enfer. Qu’il en soit ainsi puisqu’il s’agit de la véritable finalité de l’humanité.

Stéphane
Rédigé le 7 octobre 2017 pour le blog « la France Chrétienne »

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La suppression de la Compagnie de Jésus

XLIe lettre adressée à Carlo Bertinazzi
La suppression de la Compagnie de Jésus

Rome, 25 juillet 1773.

Tu arrives un peu tard pour me parler en faveur des jésuites. J’ai examiné lentement, j’ai pesé avec maturité les droits d’un ordre existant depuis plusieurs siècles, approuvé par une longue suite de pontifes, utile à l’instruction, fécond en martyrs, et les dangers d’une société formant un État dans tous les États. Malgré son vœu formel d’obéissance au Saint-Siège, elle répond aux propositions de modifier ses statuts : Qu’ils soient ce qu’ils sont, ou n’existent pas (Sint ut sunt, aut non sint).

Dis à tes protégés, M. le négociateur, que je n’ai pris conseil ici que des personnes désintéressées dans cette cause. Tantôt, je me suis fait ouvrir les archives de la propagande pour y relire les Mémoires du cardinal de Tournon, de MM. Maigrot et de La Beaume, et tantôt les apologies de la Société par les missionnaires-jésuites. Père des fidèles, et surtout des religieux, je n’ai pu détruire un ordre célèbre sans avoir des raisons qui me justifient aux yeux de la postérité. Dis que j’ai continué les desseins de Benoît XIV ; que, sur l’avis spécial des cardinaux Marafoschi, Zelada, Negroni, Carafa, Corsini, et d’après la situation où se trouve la chrétienté, je n’ai pas voulu ramener ces temps malheureux où les papes, sans asile, avaient pour ennemis les rois et les empereurs. Jésus-Christ n’a fondé que deux sociétés pour perpétuer sa doctrine, les évêques et les prêtres. Les beaux siècles de notre Église ont-ils eu des religieux et des moines ?

Enfin, je l’ai signé hier, 21 juillet, ce bref que les historiens désigneront sans doute par les premiers mots de sa teneur : Ad perpetuam rei memoriam. Plusieurs personnes étaient présentes lorsque j’ai saisi la plume ; elles m’ont entendu dire, en la posant sur un prie-dieu : « La voilà cette suppression ! Elle est accomplie : je ne m’en repens pas ; elle m’a paru indispensable au bien de l’Église ; si elle n’était pas faite, je la ferais encore… mais c’est ma condamnation que je signe : cette suppression causera ma perte. »

Ces paroles, j’ai senti que j’avais eu tort de les prononcer ; mais il n’était plus temps ; elles s’étaient comme précipitées sur mes lèvres. Je le sais : on avancera qu’en recevant la tiare, je m’étais engagé à anéantir cet Ordre : ceci est une calomnie, et je le proteste sur mon salut ; mais je ne me suis point dissimulé qu’on avait placé cette espérance en moi, et que les Princes, qui ont tant contribué à me revêtir de cette dignité périlleuse, l’ont fait expressément pour arriver à la destruction de leurs éternels et irréconciliables ennemis.

Déjà on me menace : une religieuse de Valentano, Bernardina Beruzzi, annonce que le jubilé ne sera point ouvert par mes ordres. Ce matin, ces quatre lettres, dont j’ai sans peine deviné le sens hostile, étaient tracées sur les portes du palais : P. S. S. V. (Presto sara sede vacante. Le siège sera bientôt vacant.)

N’importe, j’ai fait mon devoir ; et, maintenant que la paix des empires est assurée au loin, je voue mes soins tout entiers à la prospérité des Romains. Déjà j’ai ôté à des maltotiers avides l’approvisionnement des blés ; j’ai pourvu à l’entretien de quelques chemins, et je fais établir des postes sur la route de Civita-Vecchia. Il était singulier que le port où les galères du Pape sont ordinairement stationnées fût privé d’un tel avantage. Ancône a reçu aussi quelques réparations. On emploie avec succès cette fameuse machine essayée par Clément XI, pour détourner les eaux du Tibre. Déjà on a trouvé dans le sein de ce fleuve de grandes richesses pour les arts. Je crois que le musée où elles sont déposées prendra mon nom (Musée clémentin). Des occasions favorables m’ont fait enrichir aussi de livres et d’estampes la bibliothèque du Vatican ; et enfin j’ai reçu du cardinal Passionéi la promesse que les précieuses collections qu’il possède seront léguées un jour à ce même dépôt des connaissances humaines. Je ne souffre plus qu’on mutile des enfants pour le plaisir des oreilles profanes ; j’ai éloigné des temples ces victimes : insulter l’homme pour honorer Dieu, était digne des temps barbares. J’aime beaucoup la musique, mais l’humanité davantage.

Les jours les plus heureux de ma vie sont ceux que je passe maintenant, au mois de mai ou d’octobre, à quatre lieues de Rome, dans la retraite de Castel-Gandolfe. Ce palais solitaire, ouvrage de Bernin, est au bord du lac Albano. Là des vues magnifiques se déroulent sous mes yeux ; la ville des Césars apparaît encore dans le lointain ; et tout ce que les poètes ont dit de sublime ou d’ingénieux sur elle se présente à mon imagination. Tantôt la fleur que je cultive, ou l’insecte brillant qui traverse un sentier occupent toutes mes facultés ; et tantôt, le regard sur un vaste horizon, je me plais à croire que ma puissance peut opérer quelque bien dans ces immenses campagnes. Le manque d’ombrages les désole ; il faudrait élever un rempart de verdure entre ces champs et les funestes exhalaisons des marais de Cisterna. Les pauvres gens qui vont couper les moissons reviennent presque tous malades. Cet air, dilaté par l’excessive chaleur, se condense tout-à-coup au coucher du soleil ; et, retombant sur des corps épuisés de fatigues, y dépose le germe des fièvres intermittentes.

Je sais bien que, dès l’antiquité, ce climat était menaçant ; Horace expose déjà ses craintes pour aller visiter Mécène dans sa villa. De leur temps, un temple à la fièvre était ouvert sur le mont Palatin ; mais je ne puis renoncer à l’espérance d’améliorer un jour, par le travail de nos ingénieurs, cette patrie de la misère laborieuse.

Oh ! C’est alors que mon nom obscur obtiendrait quelque importance dans l’avenir ! J’aimerais mieux protéger des cabanes qu’élever des pyramides, et même des temples fastueux. On parlera peut-être un jour de moi dans ces pauvres villages comme on s’entretient d’Horace et du roi Négron. C’est un singulier caprice des traditions, c’est une étrange dérision de la renommée, que ce poète soit devenu ici le grand architecte de toutes les ruines dont on ne sait pas le nom ; et Néron (le roi Négron), le bienfaiteur à qui l’on doit toutes les citernes et les piscines où le pâtre va puiser la vie de ses troupeaux et la sienne. Cet exemple-là est un peu décourageant pour le zèle des philanthropes futurs, mais celui qui, en obligeant, n’a pas compté sur l’ingratitude, n’a fait que la moitié de son devoir. Adieu : tu entendras parler un jour de mes vastes projets.

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Un difficile conclave

XXXIVe lettre adressée à Carlo Bertinazzi
Un difficile conclave (qui élira Clément XIV)

Rome, 16 avril 1769.

Le 2 février dernier, à neuf heures du soir, et au moment où il allait se mettre au lit, le Saint-Père éprouva une convulsion violente, jeta un grand cri et expira.

Cette mort singulière occupe au loin les esprits : à Rome, on est surtout livré aux regrets d’une telle perte. Clément avait un zèle à toute épreuve, des mœurs d’or, une piété évangélique. Il commit sans doute des erreurs ; quelque imprévoyance de sa part causa une longue disette dans ses Etats ; sa résistance au sujet de Parme, sa bulle Apostolicam ont attiré sur l’Église plus d’une tempête ; mais il était averti lui-même du danger des conseils dont on l’avait environné ; et la veille même de sa mort était indiquée comme le jour d’ouverture de ce consistoire, où nous devions exposer nos avis.

Au lieu d’un consistoire, c’est un conclave qui est assemblé. Il y a déjà quarante jours que je suis sous le secret des murailles, et je ne prévois guère quand je serai libre d’en sortir. Quand cette lettre pourrait te parvenir avant la promotion du futur pontife, je n’essaierais pas de te dire qui l’on choisira. C’est toujours celui à qui on ne pense pas ; et cela est si vrai, que les Romains, accoutumés aux ambitions déçues et aux prophéties détruites, ont adopté ce proverbe : « Tel qui entre pape au conclave, en sort cardinal. »

Mon choix particulier est déjà fait. Le sacré collège offre dans ses membres plusieurs sujets dignes de ces périlleux honneurs ; mais le plus ferme et le plus sage à la fois est, à mes yeux, le cardinal Corsini. Ce n’est pas lui qu’on désigne ; c’est un prince romain de l’illustre famille des Chigi.

Jamais prince, quel qu’il soit, n’aura été élu dans un temps plus désastreux. L’Espagne, mécontente, ne dissimule point ses ressentiments contre notre cour ; Louis XV est en possession du comtat d’Avignon ; Naples retient une autre partie de notre territoire ; Venise prétend réformer ses moines sans recourir à l’autorité du Saint-Siège ; la Pologne veut diminuer les privilèges de la nonciature ; le Portugal menace de se donner un patriarche, et de ne plus communiquer avec nous que par la voie des prières ; les Romains murmurent eux-mêmes de voir se séparer d’eux les étrangers ; et enfin l’esprit de vertige qui travaille ce siècle ébranle à la fois les pontifes, les monarques et le christianisme !

Les jésuites, intéressés plus que tout autre corps religieux, dans un embarras dont ils sont la principale cause, intriguent ouvertement pour que l’Église ait un chef à leur dévotion. Je ne fais pas de vœux pour leur succès ; mais sans passion comme je le suis ici, sans engagement avec personne, sans préoccupation d’aucune espèce, sans ambition, même celle de voir triompher ce que je crois le meilleur parti, je suis placé on ne peut mieux pour observer. J’ai du loisir ; souvent j’en ai beaucoup trop ; je me délasse de cette oisiveté en contemplant la scène mobile qui s’embrouille, se dénoue, se renoue vingt fois par jour. Si quelque écrivain philosophe était, comme moi, spectateur, que d’utiles observations ne pourrait-il pas faire sur le cœur des hommes ? J’en demande pardon à mes confrères ; mais leur gravité même n’exclut pas toujours les traits facétieux. Un poète comique tirerait parti de plus d’une chose dans un conclave : votre Molière y eût recueilli des traits excellents.

Sais-tu ce que c’est qu’un conclave ? Une réunion de vieillards, moins occupés du ciel que de la terre, et dont quelques-uns se font plus maladifs, plus goutteux et plus cacochymes qu’ils ne le sont encore, dans l’espérance d’inspirer un vif intérêt à leurs partisans. Grand nombre d’Éminences ne renonçant jamais à la possibilité d’une élection, le rival le plus près de la tombe excite toujours le moins de répugnance. Un rhumatisme est ici un titre à la confiance ; l’hydropisie a ses partisans : car l’ambition et la mort comptent sur les mêmes chances. Le cercueil sert comme de marchepied au trône ; et il y a tel pieux candidat qui négocierait avec son concurrent, si la durée du nouveau règne pouvait avoir son terme obligatoire comme celui d’un effet de commerce. Eh ! Ne sais-tu pas toi-même que le pâtre d’Ancône brûla gaiement ses béquilles dès qu’il eut ceint la tiare ; et que Léon X, élu à trente-huit ans, avait eu grand soin de ne guérir d’un mal mortel que le lendemain de son couronnement ? Nier que la cabale et la ruse aient une entrée au sacré collège, ce serait démentir l’évidence, ce serait contredire l’histoire de tous les temps.

Nous sommes donc enfermés : chacun a sa cellule ; toute communication est interdite avec le dehors. Un tel usage date déjà de loin ; il remonte à 1270, époque de l’élection de Clément IV. Les cardinaux étaient alors rassemblés à Pérouse et depuis six mois. Les bourgeois de la ville, apprenant que leurs hôtes allaient se séparer, faute de pouvoir conclure, s’opposèrent de force au départ ; murèrent, selon toute la rigueur du mot, les issues de l’église où délibéraient les porporati, et les forcèrent ainsi à une promotion. Ce fut celle de Guido Fulcadi, ce Clément IV, de modeste mémoire.

Quand les conclaves s’assemblent en été, la chaleur, le manque d’air, le voisinage immédiat de tant de personnes sont, dit-on, insupportables : dans ce mois-ci, l’aria cattiva est moins redoutable ; et cependant je me sens déjà une sorte de malaise. Il est causé sans doute par la privation d’exercice et le manque de mes livres, condition si essentielle de ma vie. Les premiers jours c’était un tumulte, dans les corridors, à ne s’entendre pas jusqu’au milieu de la nuit. L’un se débattait contre le Maréchal de l’église, ou contre le cardinal Camerlingue, afin d’introduire, pour le service de sa personne, plus de gens que les règlements ne le comportent ; un autre faisait poser des tapis, une cheminée postiche et ses armoiries pour orner un réduit en planches de dix palmes carrées. C’était à qui, outre ces deux conclavistes et les serviteurs communs du collège, aurait un maître-d’hôtel et sa livrée. Celui-ci voulait son épinette, et celui-là son perroquet ; le cardinal T. abandonnait tous les privilèges qu’il pouvait réclamer, pourvu que son cuisinier s’enfermât avec lui.

Nous avons déjà trois factions : les POLITIQUES, LES DÉVOTS et LES INDÉCIS. On me fait l’honneur de me ranger dans la première de ces classes. Les plaisanteries sont ici de mode dans les murs, comme hors des murs. Le cardinal doyen m’a demandé, en présence de cinq ou six de nos confrères, si je voulais être élu.

« Le temps, ai-je dit, n’est pas favorable aux Religieux, et Sixte-Quint a usé les ressources de l’humilité en s’en faisant un jeu. D’ailleurs, vous êtes en trop petit nombre pour me choisir, et vous êtes trop pour avoir mon secret. »

Ainsi le temps s’écoule en discours puérils, ou en intrigues. Le cardinal Quirini avait bien raison de comparer un conclave à une ruche d’abeilles : ceux-là piquent, ceux-ci bourdonnent ; on emploie tour à tour, pour composer le miel, le baume et l’absinthe.

Ces jeunes abbés de toutes nations, tenus à Rome en expectative, ont brigué à l’envi les places de conclavistes : les plus gentilshommes d’entre eux n’ont pas dédaigné un emploi qui tient beaucoup aux fonctions de serviteurs. J’ai cédé, pour ma part, aux instances d’un petit-collet français, M. l’abbé Néraud, le plus jovial gascon qui porte la tonsure : lui, et le frère François, mon compagnon inséparable, voilà toute ma cour et toute ma maison. Cette maison est sur un pied de sobriété qui a un peu étonné le compatriote de M. de Bernis. Dès le second jour de réclusion, il s’est glissé dans les offices du cardinal T., lassé qu’il était de partager mon repas ordinaire : un peu de fenouil et deux grives maigres. Et comme je lui faisais remarquer que peut-être on attribuerait son assiduité chez le cardinal à quelques menées qui sont interdites entre nous, il m’a rassuré par l’aveu que Son Éminence ne le consultait que sur des consommés et sur une sauce à la française qu’il avait résolu de perfectionner. Je crois, en effet, que mon Français ne se laisse point corrompre ; car il a joué à son patron de gourmandise un tour dont on rit encore dans plus d’une cellule. Ce pauvre cardinal T. n’aspire pas à la triple couronne ; mais il voudrait bien être secrétaire-d’État, parce qu’il est persuadé qu’un homme comme lui concilierait beaucoup d’affaires autour d’une table. Or, comme il y a deux partis qui dominent ici, l’un en faveur des jésuites, l’autre en faveur des princes de la maison de Bourbon, le cardinal avait composé deux mémoires en sens opposés, et désirait qu’ils parvinssent aux deux concurrents qui ont le plus de chances. Que fait-il ? Ne pouvant leur remettre, ni leur envoyer ostensiblement ces papiers, il a imaginé de les enfermer dans une enveloppe innocente. J’ai entendu parler d’une galantine et d’un pâté : il aurait chargé l’abbé Néraud du double message ; mais, soit distraction, probité ou malice, l’abbé se serait trompé ; et les raisons du cardinal, pour supprimer une société dont Ricci est général, seraient arrivées entre les mains du plus fidèle appui de la congrégation.

Tout n’est pas plaisant dans cette assemblée : il s’y trame d’odieux complots. La corruption ouvre les portes les mieux fermées : les ambassadeurs luttent de prétentions, de promesses ou de menaces autour du collège. Il y en a qui auraient recours aux plus obscurs appuis. Les trônes où siègent des Bourbons se distinguent par leur colère envers les enfants de Loyola. Avant-hier, mon confrère de Bernis me félicitait sur ce qu’étant professeur de philosophie, j’avais autrefois combattu les doctrines de la Société ; et il ajouta que sa cour en était informée par je ne sais quel religieux du comtat Vénaissin : ce religieux se serait procuré quelques-unes de mes lettres, et en aurait communiqué le contenu. Je ne comprends guère toute cette police ecclésiastique, mais ce qu’il y a de singulier, c’est que M. de Bernis poursuit avec persévérance un système qui contrarie ses affections : cardinal, il aime les jésuites ; envoyé de France, il sollicite leur destruction.

On nous prédit que le conclave durera trois mois : je commence à le craindre, voyant tant d’intérêts se croiser, tant de rivalités inconciliables. Comment réunir deux tiers des voix en faveur d’une seule personne ? Chaque jour, un calice déposé sur l’autel où chacun va porter son scrutin, se vide sans donner de solution. Le jour suivant recommence par une messe du Saint-Esprit, et se termine par des repas où la frugalité des apôtres n’est pas toujours observée. Mon oracle à moi, sur la durée de ce conclave, est un vieux domestique qui en a déjà vu cinq ; quelques cardinaux voulant, par plaisanterie, lui faire, croire ce matin que l’élection était faite :
« Je gagerais que cela n’est point, dit-il, car, dans le trouble que vous cause toujours la création d’un pape, vous ne manquez jamais de m’appeler Éminence, moi qui ne suis qu’un pauvre serviteur à deux pistoles par jour. »

Un de nos plus anciens chapeaux, personnage bègue, et jusqu’ici peu accusé d’ambition, proposait tout-à-l’heure qu’on remît l’élection à sa voix : quelques-uns semblaient disposés à consentir, pour abréger les lenteurs, quand Monsignor Boroméo s’est avisé de demander au médiateur s’il connaissait l’Histoire de Jean XXII : les joues du pauvre cardinal se sont couvertes de pourpre ; et tout le monde s’est rappelé, en riant, que Jean XXII (le cardinal d’Ossat) reconnut la confiance du conclave de 1314, en se donnant à lui-même la couronne. Ce dut être une scène bizarre que ce moment où toutes les oreilles, attentives aux paroles de d’Ossat, entendirent prononcer gravement la formule par laquelle il se faisait Pape : Ego sum Papa !

Cette lettre, dont je trace chaque jour quelques lignes, mon cher ami, ne finirait pas si je voulais te confier tout ce qui étonne mes yeux, et tout ce qui me serre le cœur. Tantôt la faction française nous propose des choix ridicules pour amuser le tapis, selon l’expression qu’ils emploient. Les zelanti (nouvelle faction) jurent qu’ils resteront six mois enfermés plutôt que de se départir de leur prédilection pour le cardinal Stroppani. Tel joue l’indifférence, et tel se fait malade. Celui-ci a cinq voix acquises, l’autre sept.

« Combien en voulez-vous ? À quel prix céderiez-vous vos voix ? » se dit-on ingénument. Le soir, des espions écoutent aux portes ; et, bien que quelques-uns aient déjà reçu des avertissements et même des coups de canne, cette pratique se renouvelle. On dit même que certains ambitieux ne redoutent pas les périls de cette exploration, pourvu qu’ils soient informés de ce qui peut seconder leurs vues.

Hier, on a enfoncé une cellule, parce qu’un de nos confrères refusait de venir voter. L’ennui menace quelquefois de les vider toutes, ces cellules ; et quelquefois on pense à faire entrer ici le Maréchal pour y rétablir l’ordre et la paix. Une ouverture, pratiquée durant la nuit dernière dans la muraille qui nous sépare du grand cloître, a été découverte. Cet événement donne un vaste champ aux suppositions de toute espèce ; la plus vraisemblable est que la cupidité de quelques voleurs a été excitée par l’immense argenterie que les cardinaux ont fait entrer ici pour leur service. Tant qu’on a pu échanger des conjectures sur ce sujet, et venir voir murer cette ouverture, la vie, le mouvement, l’intérêt de l’existence ont été rendus à un grand nombre de personnages.

On tend des pièges à ceux d’entre nous qu’on ne juge pas assez dévoués aux intérêts jésuitiques. Il faut détruire toutes leurs chances à la promotion. Jusqu’à moi, on cherche à me compromettre ! On m’est venu raconter que plusieurs jésuites français réfugiés dans le duché d’Urbin, mon pays, étaient en butte à la misère. J’ai écrit là-dessus à plusieurs personnes charitables, et je sais qu’on a intercepté mes lettres pour montrer aux agents de Louis XV que je n’étais pas ce que l’on croit.

Hélas ! Mon pauvre Charles, qu’on est affligé de voir tant de puérilités, de ruses, de perfidies mondaines, de passions, d’équivoques et de mauvaise foi ! Je plains les électeurs un peu profanes de ce pontife, dont l’enfantement est si laborieux : je ne puis nullement prévoir qui sera l’objet de leur choix, j’aurais presque dit leur victime.

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L’effroyable danger de l’athéisme

XXVe lettre adressée à Carlo Bertinazzi

L’effroyable danger de l’athéisme ainsi qu’une critique de Voltaire

Rome, 18 septembre 1753

L’incrédulité que tu me montres partout m’alarme sans m’étonner, mon cher condisciple. Ces choses avaient été prédites dans les livres saints, l’esprit de l’homme est capable de mille écarts dès que son cœur a quitté les voies d’innocence et de simplicité. Du désir qu’on a qu’il n’y ait point de Dieu pour punir le crime, on conclut qu’il n’existe point en effet. Du déisme à l’athéisme la pente est dangereuse et facile.

Cependant, et malgré les déplorables conséquences de la nouvelle philosophie, je suis d’avis qu’il ne faut point irriter ceux qui la professent. La foi est un don de Dieu. On ramènera plutôt les incrédules par la douceur que par la sévérité : on prend avec eux un ton d’orgueil qui les blesse, et d’autant mieux qu’on leur répond souvent avec beaucoup moins d’esprit qu’ils n’en mettent dans leurs discours et dans leurs écrits. Le plus petit ecclésiastique croit de son devoir d’attaquer, sans penser que, si son zèle est louable, son savoir, qui n’y répond pas, fait plus de mal que de bien. Pour combattre des hommes habiles, il faudrait de l’habileté.

Ce n’est ni en déclamant, ni en invectivant, que l’on convertit : il faut des exemples et des raisons ; il faut de la modération, et surtout convenir que la religion a des mystères incompréhensibles. Tant qu’on ne tiendra pas les anneaux de cette chaîne, qui lie la terre au ciel, on ne confondra point l’incrédulité. Pourquoi refuser d’avouer que notre doctrine catholique a ses obscurités ? La foi, selon la définition même de saint Paul, est la certitude des choses qui n’apparaissent pas. Le zèle impétueux qui veut faire descendre le feu du ciel, excite la haine : une bonne cause se soutient d’elle-même, et celle de la religion doit se faire respecter par ses œuvres. Tout ce qui respire l’animosité, d’ailleurs, est contraire au christianisme.

Je ne sais, mais si j’avais le loisir, et surtout la capacité de combattre cette philosophie de mon siècle (qui ne console de rien), j’ai la présomption de croire qu’aucun sophiste ne se plaindrait de moi. Je ferais voir que nos adversaires n’ont pas bien saisi le sens des livres saints, ou qu’ils manquent de bonnes raisons pour en nier l’authenticité. Je pense bien que je ne les convertirais pas, car il n’y a que Dieu qui éclaire et change les cœurs ; mais du moins ils ne se déchaîneraient pas contre les défenseurs de cette religion d’égalité.

Puisque Dieu souffre les incrédules, mon ami, nous devons les supporter : ils entrent dans ses desseins ; c’est par eux que la religion paraît plus forte et que les justes sont exercés dans la foi. Il n’est pas étonnant que tant d’âges superstitieux aient amené un siècle d’incrédulité ; les orages passent et ne servent qu’à faire briller d’un plus vif éclat l’azur et la sérénité du firmament.

Je vois que je t’ai blessé dans ton admiration pour M. de Voltaire (sentiment un peu contradictoire avec quelques autres que je te connais), et pourtant je ne puis m’empêcher d’insister sur les torts que je reproche à ce beau génie. Toi-même, en le vantant, tu en fais une amère critique ! Ses productions offrent plus de paradoxes que de saints raisonnements, plus d’objections que de solutions, plus de railleries que de preuves ; plus de chaleur que de lumière, plus de superficie que de profondeur. Les hommes légers le trouvent merveilleux ; et, comme ils forment le plus grand nombre, les livres qu’il publie ont de la réputation : le style entraîne, et l’on s’extasie sans penser que le coloris n’est pas le premier mérite des tableaux.

Nous vivons dans un temps bizarre : jamais on n’eut moins de religion ; jamais on n’en a tant et si stérilement parlé. Ce n’est point que je veuille récriminer contre mon siècle : si ce n’était pas en haine du dogme qu’il hait les religieux, je ne lui en ferais pas de reproche. Il peut avoir raison quand il se plaint de notre trop grand nombre, et de nos engagements, quelquefois précoces, dans une profession qui dure toute la vie ; mais c’est une injustice que d’exiger que tous les solitaires entrent en solidarité aux yeux du monde, et que la faute d’un seul soit regardée comme la faute de tous. Il est à regretter que tant de lumières accordées à cette génération ne servent qu’à former une ligue contre le ciel. On s’imagine être plus grand à mesure qu’on cherche à s’éloigner de Dieu ; comme s’il y avait de la faiblesse à s’humilier devant la majesté d’un être dont on tient le mouvement, la respiration, la pensée ! Saint Augustin, qui erra longtemps, ne crut valoir quelque chose que lorsqu’il revint à l’humilité. L’esprit de l’homme n’a que des perceptions vagues, s’il n’a une autorité qui le fixe. Et comment ne se dégoûte-t-on pas d’être mécréant après avoir éprouvé le vide et l’ennui qui suit les esprits forts ? Qui est-ce qui n’aurait pas cru que tous ces écrivains qui se sont frayé des routes nouvelles en détrônant la Divinité, seraient eux-mêmes divinisés après leur mort ? Eh bien ! On se souvient de la plupart pour railler leurs systèmes, ou pour déplorer les misères de leur vie. Qui aujourd’hui voudrait être Spinosa ?

Les vérités de l’Évangile s’élèvent lorsqu’on les croit éteintes : elles jettent une flamme vive et rapide que ne peuvent obscurcir ni ses présomptueux ennemis, ni ses indignes ministres. Encore une fois, il y a d’impénétrables mystères autour de nous ; mais quitterons-nous la contrée où règnent quelques nuages pour passer dans un lieu de ténèbres et d’horreur ? Où allez-vous, sortis de la voie où cette religion offre quelques points d’appui ? Est-ce à la tyrannie des hommes, à la condition des animaux et au néant ? C’était bien la peine de faire tant de recherches et d’efforts d’esprit pour arriver à cette solution ? Élevez-la plutôt, votre destinée passagère ; et, si vous deviez vous tromper, que ce soit avec quelque charme, avec quelque poésie et quelques espérances.

Tu as peut-être senti quelquefois, Charles, que cette religion qui nous lie était rigoureuse pour des hommes : c’est une preuve qu’ils ne l’ont pas faite. Ils l’auraient adoucie davantage : on n’y verrait pas l’abnégation de soi-même, et on y aurait permis les mauvais désirs. Regarde les religions passées dont les anciens peuples ont été inventeurs.

Mais ne va pas croire que tout ceci m’empêche de rendre justice à l’auteur de Mahomet : c’est parce que je prise beaucoup ses talents que je voudrais le voir mieux penser. Hélas ! Ne haïssons personne à raison de ses sentiments : et quand les maximes sont blâmables, ouvrons encore à ceux qui les professent un cœur plein de charité. Au reste, plus il y aura de livres contre les croyances religieuses, et plus on se convaincra qu’elles sont nécessaires : l’homme qui adora jadis une multitude de dieux, est-il plus raisonnable aujourd’hui qu’il affecte de n’en reconnaître aucun ? La vertu et le vice, l’immortalité et le néant, tout lui paraît égal, pourvu que quelques frêles brochures lui servent de rempart contre le ciel. Pitié ! pitié profonde pour cette double erreur ! Heureux les temps où les confesseurs de la foi n’étaient pas témoins inutiles de l’impiété, où le sang d’un martyr pouvait ouvrir les yeux de l’aveugle, et peut-être les portes du ciel au bourreau pour qui la victime priait en mourant ! — Adieu.

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Une belle critique de la comédie selon la sainte Église

XIVe lettre adressée à Carlo Bertinazzi
L’importance de la maîtrise de ses pensées

Rome, octobre 1731

Quelles que soient tes instances, n’attends plus que je te parle du sujet de mes larmes : c’est assez, c’est trop de t’en avoir entretenu une fois. Je n’ai dit ces choses-là qu’à toi seul au monde : la confidence amène la confidence ; mais je ne m’explique plus par quel sentiment involontaire nous sommes forcés à découvrir ce que nous voudrions cacher à Dieu même. Se taire et souffrir, voilà notre vie.

Ma nouvelle charge m’attire de nombreuses occupations : je suis chaque jour plus étonné de voir dans ma cellule des Grandeurs et des Éminences. Mais aussi pourquoi confier à un si jeune et si indigne religieux les fonctions qu’on me fait remplir ? Douze cardinaux, plusieurs prélats et quelques théologiens, aussi obscurs que moi, composent la consulte du Saint-Office. Nous sommes juges des matières d’inquisition et d’hérésie, mais telle est la douceur, ou la politique de la cour de Rome, qu’ici on ferme souvent les yeux sur des délits qui seraient punis du dernier supplice en Espagne et en Portugal. C’est donc de Conciles, d’Index, de Rites, de Gouvernement de l’Église, de Décrets, d’Examen d’évêques, en un mot, de toutes les jurisprudences ecclésiastiques que me voilà occupé tout le jour. Je remplis tous ces devoirs avec zèle, mais je vois s’approcher le soir avec délice, parce qu’il me rend à la solitude.

Toutefois, dans cette solitude chérie, je ne suis pas toujours sans un trouble d’esprit qui m’est propre, ou sans importunités nouvelles de la part des étrangers. On nous écrit de toutes parts : l’un s’adresse à moi, qui ai tant besoin de conseils et d’appui, pour réclamer une direction pieuse ; l’autre prétend me faire décider dans les discussions de sa communauté. C’est la supérieure d’un couvent, qui veut changer dans sa maison la couleur des habits, comme si la vraie dévotion consistait dans un air négligé et dans un vêtement brun ? La plupart des dévotes s’imaginent, on ne sait pourquoi, que les couleurs obscures plaisent davantage aux esprits célestes que les couleurs vives. Et, cependant, on nous peint toujours les Anges en blanc ou en bleu. Si, dans le monde, une femme médit, paraît acariâtre, ou en colère contre le genre humain, c’est le plus souvent celle qui a un habit brun. La singularité ne s’allie jamais avec la piété : la propreté même n’est-elle pas ordonnée par l’Évangile, et ne veut-elle pas que nous lavions notre visage, lorsque nous jeûnons, afin de n’être pas remarqués ?

Un prieur de l’ordre de Saint-Bruno sollicite pour que nous l’autorisions à abolir la coutume italienne, qui permet la sieste à ses cénobites. Quand on est à Rome, il faut vivre à la manière des Romains : ce n’est point un scandale et un malheur si un pauvre religieux, dans un pays où la chaleur accable, goûte une demi-heure de repos, afin de reprendre ensuite ses exercices avec plus d’activité. Pensez, disais-je au prieur lui-même, pensez bien, vous qui mettez au nombre des péchés capitaux un mot prononcé quand il faudrait se taire, que ce moment est celui où le silence est le mieux gardé. Voyez Jésus-Christ ; lorsque près de mourir, il trouve ses apôtres endormis dans le Jardin des Oliviers : « Hélas! leur dit-il avec la plus grande bonté, n’avez-vous donc pu veiller une heure avec moi ! »

Enfin il arrive ce moment où je suis libre et livré à moi-même. La nuit est une bonne amie sur laquelle je compte, lorsque l’on m’a distrait : elle répare le dommage qu’on m’a causé, en me faisant part de ses heures et de son silence. Le matin me surprend quelquefois la plume à la main lorsque je crois n’être encore qu’à la moitié de ma veillée. Veux-tu savoir ce qui m’occupe lorsque je suis maître de mes souvenirs, et quand je puis, hélas, choisir mes pensées ? Je les considère, ces pensées que je viens de faire éclore ; c’est une famille qui m’appartient et qui peuple ma solitude. On n’est véritablement seul, d’ailleurs, que lorsqu’on s’isole de soi dans cette espèce de désert qu’ils appellent leur société.

XIXe lettre adressée à Carlo Bertinazzi

Une belle critique de la comédie selon la sainte Église

Rome, 22 janvier 1742

Lorsque dans ta jeunesse tu fus effrayé avec raison de tes premiers pas dans la carrière du théâtre, je me serais gardé de te laisser entrevoir combien ces craintes étaient exagérées. Alors il fallait te les laisser, ces craintes ; elles pouvaient te retenir loin des écueils que tu as bravés. Mais ta vocation l’emporte, ton sort est décidé, je ne te dois plus que la vérité sans menaces.

La seule église gallicane proscrit les comédiens. Le pays que tu habites est le seul où la communion et la sépulture soient disputées aux personnes de cette profession. Cette inconséquence n’est pas la moindre dans le caractère d’une nation qui adore les spectacles.

Je sais que cette nation si indulgente ne partage guère, sur ce point, les préjugés de son clergé ; mais n’est-il pas singulier, comme l’observe judicieusement un de leurs écrivains, le père Lebrun de l’Oratoire, que cette foule de chrétiens qui se réunissent tous les jours pour entendre et applaudir des excommuniés, ne demandent point, ou qu’on ferme les théâtres, ou qu’on procède moins rigoureusement contre ceux qui les font fleurir ?

Les Pères de l’Église, un grand nombre de conciles, beaucoup d’autorités séculières respectables ont condamné, il est vrai, les spectacles. Saint Cyprien les jugeait incompatibles avec la loi chrétienne ; saint Augustin ordonne aux pénitents de s’abstenir des jeux de l’amphithéâtre. « C’est là, dit Salvien, que vous serez surpris d’une mort spirituelle. » « Là, dit saint Jérôme, s’accomplit l’oracle du prophète : le péché entrera par les fenêtres de votre âme, c’est-à-dire les yeux et les oreilles. »

Le concile d’Arles, tenu en 314, celui de Trulle, en 692, de Paris, en 829, de Ravenne, en 1286, de Tours enfin, en 1583, sévissent contre des hommes appelés histrions et bateleurs. Mais quelle ressemblance y a-t-il entre des malheureux faisant métier de profaner les choses saintes, d’irriter les passions honteuses, de débiter d’ineptes discours, et les habiles interprètes de ces hommes de génie qui ont consacré leur plume aux arts de la scène ?

Quand le goût des représentations grossières était si général qu’on les introduisait dans les couvents, jusque dans les églises et dans les cimetières ; lorsque des religieux, pour vendre les vins de la dîme, louaient des bouffons, leur faisaient jouer des facéties sous le porche des monastères, et se mêlaient eux-mêmes parmi eux pour réjouir la multitude, un concile de Béziers eut sans doute raison d’interdire ce scandaleux commerce. Mais, en France, dès le quatorzième siècle, personne n’ignore que les spectacles ont commencé à prendre une forme décente. Ce fut un prélat qui fit cette réforme. N’est-ce pas le cardinal Lemoine qui acheta l’hôtel de Bourgogne pour les comédiens ? Le Parlement ne confirma-t-il pas leur privilège royal, à la seule condition de ne plus jouer l’Annonciation, la Conception, et la Naissance du Sauveur ? Ce fut un cardinal encore, et le cardinal de Richelieu, qui fit enregistrer en 1641 une déclaration du Roi très-chrétien, qui disait : « Ne seront point notés d’infamie les comédiens, lorsqu’ils n’useront d’aucunes paroles blessant l’honnêteté publique. » Richelieu ne composa-t-il pas lui-même, et ne fit-il pas composer des fables héroïques pour ennoblir un genre de littérature qui est une des gloires de la France ?

En tout temps, les comédiens ont fait à Paris de riches aumônes aux pauvres et aux églises. Ils ont eu longtemps une chapelle où le service divin se célébrait avec pompe. On lit dans plusieurs Mémoires, tous dignes de foi, et entre autres dans ceux de l’Oratorien que je t’ai cité, qu’ayant soutenu un démêlé assez vif, en 1542, avec maître René Benoît, curé de Saint-Eustache, ils en sortirent victorieux. Ce curé prétendait qu’ils ne commençassent point leurs représentations avant la fin des vêpres, attendu que quelques fidèles abandonnaient l’office. Les comédiens, qui faisaient déjà beaucoup de sacrifices pour les religieux et les pauvres, prétendirent qu’on les ruinerait, en hiver, s’ils étaient obligés de donner leur spectacle aux lumières ; et le Parlement intervint auprès du curé de Saint-Eustache pour le prier de dire ses vêpres un peu plus tôt.

C’est la musique, c’est la danse, qui font le danger de ces réunions où les sexes sont confusément rapprochés, M. Despréaux paraît fondé en raison dans sa satire contre l’Opéra ; mais, en général, l’art de Plaute et de Molière est plus exempt d’accusations. J’ai bien vu, en parcourant leurs écrits, que la vertu y est malheureusement quelquefois moquée ; le spectateur y est excité à prendre parti pour la ruse ; l’honneur des applaudissements n’est pas toujours ménagé au plus honnête ; les sots sont quelquefois victimes des méchants adroits ; et, sous le nom de sottise, on punit souvent la candeur de la probité. C’est par cette fausse direction, donnée au talent des poètes, que je m’explique les remords de quelques-uns à l’âge de la sagesse. Racine voulut faire une pénitence publique ; Quinault, Dryden, et Lamothe se sont repentis ; Corneille enfin, consacrant sa lyre à traduire l’Imitation de Jésus-Christ, épanchait, en mourant, ses regrets et ses larmes dans le sein de l’évêque de Meaux.

Mais il faut reconnaître que le théâtre a flétri bien des vices. Molière fut une des plus honnêtes créatures de son temps. Son chef-d’œuvre, la comédie de Tartufe, a rendu beaucoup de services à la religion catholique. Quelques zélateurs n’en conviennent pas : cette pièce eut des ennemis à sa naissance ; mais elle eut aussi quelques défenseurs… et j’avoue que je suis de l’avis de Louis XIV.

Pour le caractère d’Arlequin, celui-là est spécialement naïf et bon. Il est venu d’Italie ; et ce n’est pas notre faute, si la cour d’Henri III, s’ennuyant au Louvre des compositions de Jodelle et de Garnier, appela de Bergame, pour la divertir, le joyeux personnage qui porte un sabre pacifique, et le véritable habit qui siérait aux courtisans. Pourquoi nous l’emprunter, pour le maudire ? Pourquoi le couvrir d’or durant sa vie, et lui refuser un peu de terre après sa mort ? Rome n’est point si rigide : elle concilie avec plus de philosophie religieuse ses divertissements et sa charité. Plus d’un théâtre porte en Italie un nom consacré dans la légende. Saint Charles protège à Naples une scène magnifique, et l’image de saint Augustin n’est pas écartée, à Gênes, d’un temple des arts que son invocation sanctifie. Le gouverneur de Rome, qui est ordinairement un évêque, a sa loge à Argentina. Tu te souviens d’y avoir vu Benoît XIV invité par l’ambassadeur de France à entendre une cantate de Métastase, en l’honneur de la naissance du dauphin.

Les menaces d’excommunication ne sont pas choses qu’on se refuse à Rome, puisqu’il est écrit sur les portes de la chapelle papale à Saint-Pierre, que quiconque montera, sans être chantre, dans la tribune destinée aux chantres, sera excommunié ; mais Rome n’a jamais approuvé ce rituel de Paris qui, depuis 1654, sert de texte aux persécutions exercées contre les acteurs morts et les acteurs vivants.

Nous sommes plus avares de damnations : nous pensons que les anges, protecteurs des hommes, n’ont pas horreur d’un masque noir ; que sous la pourpre royale, où la robe de l’histrion, ils ne repoussent que les mauvais cœurs ; et que peut-être serait-on plus heureux, dès ce monde, s’il n’y avait de comédiens que sur le théâtre, et si l’on ne portait de figures fausses que pour amuser les oisifs.

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L’impossible amour entre une jeune femme et un prêtre

Nous vous proposons de découvrir les extraits de la correspondance entre le futur pape Clément XIV et son ami Carlin, célèbre acteur de théâtre en son temps. Et quelle correspondance ! On y découvre un esprit très contemporain sur l’amour impossible entre une jeune femme et un prêtre, l’importance de la purification de ses pensées, une belle critique de la comédie selon la sainte Église, une dénonciation de l’effroyable danger de l’athéisme, une critique réaliste de Voltaire, le difficile conclave pour succéder à Clément XIII et la suppression de la Compagnie de Jésus. Comme il n’est pas possible de publier l’intégralité de la correspondance, nous publions, pendant cinq jours, sept lettres de Laurent Ganganelli (qui deviendra le pape Clément XIV de 1769 à 1774). Vous pouvez télécharger l’ouvrage dans son intégralité « Clément XIV et Carlo Bertinazzi, correspondance inédite. »

XIe lettre adressée à Carlo Bertinazzi
L’impossible amour entre une jeune femme et un prêtre

Rome, 16 novembre 1729.

Eh bien ! Je suis au port et je soupire. Il me semble que les trésors que j’ai obtenus ne contentent plus l’inquiétude de mon esprit. Mon ambition satisfaite, je m’étonne d’avoir si peu désiré. Oh ! Que l’esprit de l’homme est instable, et que Dieu le punit souvent avec rigueur en accomplissant les vœux qu’il avait formés ! On raconte que le sage Ulysse poursuivit longtemps à travers les écueils des mers son pauvre royaume d’Ithaque. Dans ses rêves, dans ses désirs, il se le représentait toujours couvert de fleurs et de moissons ; il y descendit enfin, et poussa un soupir de tristesse à la vue des roches noires et des stériles rivages qui l’environnaient de toutes parts.

Je me demande quelquefois ce que nous faisons sur la terre. Serait-il possible que Dieu nous eût placés ici pour remplir une si immobile destinée ? Même les plus laborieux parmi les hommes ne vivent en tous lieux que pour s’occuper de vivre ; ils n’ont qu’une seule idée : la vie. Elle nous a été donnée un jour, et on l’achète le reste du temps qu’on en jouit. J’avais espéré qu’il était de la condition de l’homme d’exercer son entendement et toutes les facultés qu’il a reçues. Est-ce que ce petit manège d’affaires, d’intérêts ou d’ambitions ne s’arrêtera pas tout court un matin, et à peu près comme un de ces paysages mécaniques dont on aurait cessé de monter les ressorts ?

Dieu sait bien que ce ne sont point les pompes et les richesses du monde que j’envie : il sait que j’ignore moi-même ce qui peut manquer à une existence qui lui est consacrée ; mais je surprends quelquefois et avec terreur ma pensée hors des attributions de mon état. J’erre dans les souvenirs du temps qui n’est plus, et je crois le sacrifice que j’ai fait peu méritoire, puisque je n’ai pas même connu le prix des biens que j’ai sacrifiés. Quand je suis à charge à moi-même, je me dis : Telle est la dépendance où nous sommes d’un corps qui n’est pas toujours en un parfait équilibre. Dieu veut nous faire sentir que cette vie n’est pas notre félicité, et que nous serons toujours mal jusqu’à ce que nous la quittions.

Je n’ignore point que le travail peut aider à supporter le poids de l’existence ; j’ai éprouvé autrefois que lorsque mes journées s’écoulaient sans avoir eu de communication qu’avec moi-même et mes livres, ma condition était au-dessus de toutes les joies, de toutes les fortunes des enfants du siècle ; mais il n’en est plus ainsi. Si je prends un livre, mon esprit ne perçoit rien. Je demeure dans un état qui tient de la vie végétative, jusqu’à ce que les signes tracés s’enflamment ou s’agitent pour former à mes yeux des combinaisons bizarres et un sens inattendu ; je suis distrait ou préoccupé jusqu’en présence de nos supérieurs : ils sont peut-être scandalisés de ce recueillement sans objet, et je n’ose avouer qu’il y a bien longtemps que je n’ai dormi !

Charles, où est l’innocence de nos premières années ? Paolo Dazzi veut se faire moine ; il m’a consulté : je lui ai répondu pour l’en dissuader. On doit bien réfléchir quand on se surcharge d’obligations. C’est une voie extraordinaire que celle qui nous tire de la vie commune ; et malheur à qui n’aurait pas une vocation bien éprouvée pour la solitude ! Nous ne naissons pas moines, et nous naissons citoyens. Le monde a besoin de sujets qui concourent à son harmonie. Renoncer au commerce de ses semblables, c’est descendre dans un tombeau, et saint Antoine, qui vécut si longtemps dans les déserts, n’avait pas fait vœu d’y rester toujours. Il vint au milieu d’Alexandrie combattre l’arianisme, tant il était persuadé qu’on peut servir la religion autrement que par des prières.

Hier on m’a fait demander au parloir : c’était sir Edouard C***, le père de miss Jenny. Il m’a remercié de n’avoir point, disait-il, abusé de l’autorité qu’il suppose à un prêtre catholique dans le pays que nous habitons. Il voulait me faire une vertu d’avoir respecté dans un cœur pur des croyances pour ainsi dire natives et le culte de l’enfance. Tant que ses éloges étaient un reproche indirect à notre clergé qu’il juge intolérant, et que cet étranger semblait, en vantant ma conduite, faire la satire de l’Église romaine, j’ai été gêné, importuné de sa visite ; mais je n’ai pu retenir d’affectueuses paroles quand il m’a confié qu’il tremblait pour la santé, pour les jours même de sa fille. « Ces climats, disait-il, où sa mère a pris naissance ne la sauveront pas. Depuis deux mois elle dépérit encore ; et si cette saison, ordinairement favorable à son mal, la respecte, je crains le retour et la périlleuse action du printemps. Je sais, par quelques mots que m’en a dits la personne qui avait eu recours si imprudemment à votre zèle, que Jenny regrette de ne plus vous voir. Pourquoi ne viendriez-vous pas quelquefois encore à la villa Pamphilj ? Ce serait mieux qu’un religieux, ce serait un ami que nous accueillerions. »

J’ai voulu, je ne sais par quel sentiment, opposer à l’émotion d’attendrissement et de plaisir que me causait sa confiance, les occupations de ma place et la règle de mon cloître. Il m’a répondu avec raison que l’usage permettait quelque sortie aux frères Mineurs, et que, s’il ne s’agissait que de demander à nos supérieurs cette permission pour moi, il la ferait solliciter par un ambassadeur. Je me suis hâté, comme tu peux le croire, de le faire renoncer à cette démarche, beaucoup trop solennelle pour un obscur religieux comme je le suis, et j’ai vu qu’il prenait mon refus comme un engagement de vaincre moi-même des obstacles qui, en effet, ne me seront peut-être pas opposés. Quand il m’a serré la main, comme pour m’en remercier, je me suis trouvé obligé à faire ce qu’il désire.

J’irai donc, Charles : j’irai de nouveau, non pas édifier cette vierge qui se meurt, mais la consoler, s’il se peut, de se séparer de son vieux père, et apprendre moi-même, à l’aspect de ses souffrances tranquilles, comment on renonce à la vie, à la jeunesse, à tous les biens de cette terre. Oh ! Si la grâce descendait dans cette âme si bien faite pour la comprendre, si cette jeune créature entrait enfin dans les voies du salut, quel autre asile que le sein de Dieu mériterait de la recevoir puisqu’elle ne rencontrera jamais sur la terre un être qui soit digne de lui être associé ! Je ne sais plus quel poête chrétien suppose que deux âmes créées l’une pour l’autre, et séparées ici-bas par des malheurs ou des préjugés, se réunissent au ciel pour ne plus former qu’un seul ange : c’est là une belle idée, n’est-ce pas ?

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Les voleurs

Un jeune paysan, habitant d’un gros bourg, avait contracté la mauvaise habitude de voler. Dans son enfance, il se bornait à prendre en cachette chez son père, du pain, du fromage, quelques pommes, quelques noix, etc. Quand il fut un peu plus grand, il se glissait dans les jardins des autres habitants, et enlevait tout ce qu’il pouvait de légumes et de fruits. Bientôt il ne se contenta plus de comestibles, et il en vint jusqu’à dérober à ses parents tout l’argent qui tombait sous la main. Il essaya ensuite d’escroquer à ses camarades et à ses voisins de petites sommes, et il réussit. Cependant il cachait si bien son jeu, que personne ne le soupçonnait.

Il entendait souvent parler chez lui des peines qu’on infligeait aux voleurs quand ils étaient pris. Celui-ci a été pendu, disait-on ; celui-là rompu. Il avait l’imagination remplie de roues et de gibets. Cela l’inquiétait, et l’empêchait de satisfaire librement sa malheureuse inclination. Cependant, comme il avait pris goût au métier, qui lui procurait beaucoup d’agrément, et qu’il avait su jusqu’alors éviter tous les soupçons, il résolut de continuer ; et pour s’affermir dans cette résolution, il se dit à lui-même que toutes ces histoires de voleurs pendus, rompus, n’étaient peut-être que des contes inventés pour effrayer ceux qui seraient tentés de dérober quelque chose ; que pour lui il n’avait jamais vu ni roues ni gibets, et qu’aucun de ceux qu’on disait avoir subi ces supplices n’était revenu en dire des nouvelles. Il commença par douter de la réalité de ces exécutions ; et comme il était de son intérêt qu’elles n’eussent rien de réel, parce qu’alors il pourrait se livrer sans inquiétude à la passion qui l’entraînait, il finit par se persuader qu’il n’y avait en effet ni prisons, ni roues, ni gibets pour les voleurs ; qu’ils n’avaient à craindre que le déshonneur s’ils étaient découverts, et la vengeance des intéressés qui les prendraient sur le fait ; et qu’ainsi, avec de l’adresse et des précautions, on pouvait se contenter impunément. Soutenu par cette persuasion, et comptant sur ses talents et son expérience, il forma de plus grandes entreprises. Il s’associa quelques jeunes gens du bourg, en qui il avait pressenti des inclinations conformes aux siennes, et des dispositions pour le métier. Comme il était imbu des idées vulgaires au sujet de la punition des voleurs, et que la crainte des supplices les arrêtait, il leur assura que c’était un préjugé de leur éducation ; qu’il avait été bercé, ainsi qu’eux, de ces contes puérils, mais qu’il en avait reconnu la fausseté. La cupidité, qui enflammait le cœur de ces misérables, leur fit trouver plausibles les raisonnements de leur docteur : ils les adoptèrent ; et persuadés que le cachot, l’échafaud, la potence, le bourreau, étaient autant d’êtres imaginaires, ils s’animèrent à bien seconder leur digne chef. Celui-ci, après les avoir endoctrinés et exercés pendant un certain temps, les dispersa dans le bourg et dans les environs, où ils déployèrent à l’envi leurs talents. Bientôt on se plaignit de tous côtés de vols fréquents et considérables, dont on ne connaissait point les auteurs. Nos gens avaient pratiqué dans la forêt voisine un souterrain, où ils déposaient secrètement tous les effets volés. Or, une nuit que deux d’entre eux portaient au dépôt le butin qu’ils avaient fait récemment ils furent rencontrés par un habitant du bourg, qui revenait chez lui fort tard, parce qu’il s’était amusé en chemin. Cet homme les reconnut et parut surpris de les trouver ainsi chargés, et à telle heure. Ces scélérats se voyant découverts, craignirent d’être dénoncés et livrés à la fureur des habitants, qui les extermineraient pour se venger de tous leurs vols. Pour prévenir donc ce malheur, ils se jetèrent sur le témoin de leur brigandage, et l’assassinèrent cruellement.

Ce meurtre fit une vive sensation dans le bourg. On se crut environné de voleurs et d’assassins ; on appela la gendarmerie ; on fit partout des perquisitions si exactes, qu’on trouva des indices du crime, sur lesquels les deux meurtriers furent arrêtés. Alors on conjectura que ces misérables pouvaient bien être les auteurs des vols multipliés dont on se plaignait depuis quelque temps ; et comme on connaissait leurs liaisons avec tels et tels (c’était précisément le chef et le reste de la bande), on soupçonna ces tels et tels d’être leurs complices, et l’on jugea à propos de s’assurer de leurs personnes. Les effets qu’on trouva chez eux confirmèrent ces soupçons et conduisirent à d’autres découvertes qui ne laissèrent plus de doute sur la scélératesse et la complicité de ces jeunes gens.

Les voilà donc entre les mains des gendarmes, qui les conduisent, pieds et mains liés, à la ville où leur procès devait leur être fait. On les déposa, en arrivant, dans la prison, où ils furent d’abord mis au cachot. Qu’on se représente leur surprise en se voyant ainsi traités ! Elle augmente tous les jours, à mesure que la procédure avance. Les illusions qu’ils s’étaient formées commencèrent à se dissiper. Ils reconnurent alors la vérité de tout ce qu’ils avaient entendu dire de la punition des malfaiteurs ; et ils ne regardèrent plus les histoires qu’on en racontait, comme des fables inventées pour effrayer les esprits faibles. Enfin, leur conviction fut complète, lorsque après avoir entendu leur arrêt, ils se virent livrés aux bourreaux, qui les conduisirent, la corde au cou, au lieu de l’exécution, où les uns furent rompus, et les autres pendus.

Il est à remarquer que tous, avant de subir leur supplice, avouèrent qu’au milieu de leurs brigandages ils éprouvaient de temps en temps une crainte secrète de la roue et du gibet, et que malgré l’assurance avec laquelle ils protestaient qu’ils n’y croyaient point, il leur revenait quelquefois des doutes inquiétants à ce sujet, mais qu’ils les regardaient comme des restes de leurs anciens préjugés ; qu’ils s’étourdissaient, qu’ils se roidissaient contre eux-mêmes et se faisaient violence pour s’affermir dans leur nouvelle manière de penser.

Ne sera-ce pas insulter grossièrement nos philosophes modernes, que de les reconnaître dans les héros de cette parabole ? Cependant on ne peut s’empêcher d’être frappé de la ressemblance.

Ce jeune paysan qui, pour satisfaire sans inquiétude son malheureux penchant pour le larcin, doute d’abord qu’il y ait, comme on le dit, des gibets et des roues pour punir les voleurs ; et se persuader ensuite qu’il n’en est rien, n’est-ce pas là l’image fidèle d’un philosophe qui, pour se livrer sans remords à ses passions, commence par douter de l’Enfer et des supplices éternels dont la Religion menace les pécheurs, et passe ensuite du doute à la persuasion ? Les raisons dont le paysan s’autorise ne sont-elles pas précisément celles que le philosophe fait valoir ? N’entendons-nous pas tous les jours nos prétendus sages nous dire que l’Enfer est une fable inventée par la politique pour tenir le peuple en bride ; qu’ils n’ont point vu ces gouffres ni ces feux, et que personne n’est revenu en dire des nouvelles ?

Le paysan de la parabole s’associe des misérables aussi mal disposés que lui ; et pour les aguerrir, il commence par leur persuader que la crainte qu’ils ont du gibet et de la roue est un préjugé de leur éducation, dont ils doivent se désabuser. Ainsi, un philosophe lâche de faire des prosélytes ; et pour les rendre dociles à ses leçons, il leur assure que la Religion et toutes ses terreurs sont des préjugés de l’enfance qui doivent se dissiper à la lumière de la philosophie.

Mais comme tous ces voleurs reconnurent enfin, mais trop tard, la réalité des supplices destinés à punir le meurtre et le larcin, lorsqu’ils s’y virent condamnés et qu’ils en éprouvèrent la rigueur, ainsi nos infortunés philosophes reconnaîtront, hélas ! Mais trop tard, qu’il y a un Enfer et des tourments éternels pour les orgueilleux, les voluptueux, les impies, les scélérats de toute espèce, lorsqu’ils se verront engloutis dans ces gouffres embrasés, et livrés pour toute l’éternité à ces flammes dévorantes. Puisse cette parabole leur dessiller les yeux, et leur faire éviter un sort si funeste !

Au reste, ils n’ont qu’à écouter leur conscience ; car, quoi qu’ils en disent, ils ne sont pas plus tranquilles que ne l’étaient nos jeunes paysans. Comme eux ils éprouvent des inquiétudes, des terreurs, qu’ils tâchent de bannir de leur esprit. Ils assurent qu’ils sont convaincus, persuadés, ce qui signifie seulement qu’ils voudraient l’être, qu’ils font tous leurs efforts pour l’être, qu’ils s’imaginent l’être. Mais la preuve qu’ils ne le sont pas en effet, c’est que lorsqu’ils se voient au bord du tombeau, et que Dieu leur fait la grâce de se reconnaître, ils conviennent tous qu’ils n’ont jamais pu s’affranchir entièrement de leurs doutes, ni se rassurer parfaitement contre la crainte de l’avenir, et que l’air de conviction qu’ils affectaient, était démenti par le trouble involontaire de leur cœur.

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La montre (le hasard et l’univers)

Un homme s’avisa un jour de démonter sa montre et d’en séparer toutes les parties ; ensuite il voulut la rétablir dans son premier état, et voici comment il s’y prit. Il commença par bien mêler ensemble les roues, les pignons, les chaînes, les aiguilles, les goupilles, les pivots, les platines, les ressorts de toute espèce ; puis ayant placé la boîte sur une table, il se mit à jeter dedans au hasard toutes ces différentes pièces, selon qu’elles lui tombaient sous la main. Quand il eut fini ses jets, il examina si tout était bien arrangé, et si la montre marchait. Il vit qu’il n’en était rien. Il ne fut point surpris de n’avoir pas réussi du premier coup. Il recommença son opération ; et au lieu de jeter les pièces une à une, il en jeta plusieurs à la fois, tantôt deux, tantôt trois, tantôt davantage ; quelquefois il les lançait toutes pêle-mêle et en bloc. Ces différents essais ne furent pas plus heureux que le premier ; il trouva toujours la même confusion dans la boîte, et nulle apparence de combinaison ni de mouvement. Il ne se rebuta point ; il continua pendant la journée entière cette occupation bizarre, en variant ses jets de mille manières ; mais il ne put jamais venir à bout de placer une seule pièce dans la situation convenable, ou si par hasard elle s’y trouvait une fois, le jet suivant la dérangeait et la portait d’un autre côté.

Lecteurs, vous dites en vous-mêmes : Cet homme était donc fou. Votre conclusion est juste ; oui, c’était un homme dont l’esprit était dérangé. Comme sa folie était paisible, et qu’il ne faisait de mal à personne, sa famille n’avait pas voulu le faire enfermer, et il vivait librement dans sa maison.

Mais si vous jugez que cet homme avait perdu la raison, parce qu’il voulait raccommoder sa montre et en remettre toutes les pièces chacune à leur place en les jetant pêle-mêle dans la boîte, que devez-vous donc penser de ces prétendus philosophes qui soutiennent que le monde entier, le Ciel, la terre, le soleil, les étoiles, les planètes, les éléments, les moissons, les arbres, les fruits, les fleurs, les métaux, nos âmes même, ont été formés par le concours fortuit des parties de la matière ; que ces parties, remuées, agitées sans ordre et à l’aventure, à force de se heurter, de s’accrocher de mille et mille manières, se sont enfin combinées dans le bel ordre où nous les voyons, et que ces mouvements réguliers des astres, cette succession constante des saisons, cette fertilité de la terre, cette fécondité des animaux, ne sont que l’effet d’un heureux hasard, et le fruit d’un moment précieux où toutes les parties de la matière se sont trouvées arrangées précisément comme il le fallait pour produire toutes ces merveilles ? Que devez-vous penser, dis-je, de ces prétendus sages ? Ne vous paraissent-ils pas mille fois plus insensés que l’homme à la montre ? Oui, leur folie surpasse autant la sienne, que la production de l’univers surpasse la reconstruction d’une montre.

Mais est-il, en effet, me demanderez-vous peut-être, des hommes assez extravagants pour avoir de pareilles idées ? Hélas ! Il n’en est que trop. Je ne vous en citerai qu’un, qui s’exprime ainsi en propres termes :
« Pensez que si la possibilité d’engendrer fortuitement l’univers est très-petite, la quantité des jets est infinie ; c’est-à-dire que la difficulté de l’événement est plus que compensée par la multitude des jets. « (Pensées Philosophiques, n°21)

Vous voyez qu’il croit fermement que dans des jets infinis de matière doit se trouver la combinaison de laquelle résulte l’univers. J’aimerais autant dire que si l’homme à la montre, au lieu de n’employer qu’une journée à jeter au hasard des pièces dans la boîte, eût pu continuer à l’infini cet exercice, il aurait eu quelque jour la satisfaction de voir tout-à-coup sa montre parfaitement rétablie dans son premier état, et indiquant exactement les heures. Quel délire !

Mais ces penseurs si profonds ne font pas attention à un point essentiel : c’est que quand il serait possible que dans une infinité de combinaisons se trouvât celle que nous présentent les différentes parties de l’univers ; quand on supposerait qu’un jet de matière ayant donné cette combinaison, un autre jet ne la détruirait pas, tout cela serait insuffisant pour la production de l’univers tel qu’il est. Car il n’y a pas seulement dans l’univers différentes espèces d’êtres rangés dans un certain ordre ; il y a aussi des lois constantes qui maintiennent cet ordre, lois qui règlent les révolutions des astres, lois qui règlent la végétation des plantes, la production des êtres animés, etc. Or, n’est-il pas de la dernière évidence que jamais une loi quelconque ne peut être le résultat des combinaisons de la matière ?

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Le jeune suisse

Le suisse d’un Prince avait un neveu qui vint un jour à Paris pour voir cet oncle, dont il espérait tirer quelque secours. Il était tard lorsqu’il arriva. Le suisse le fit souper avec lui, et s’apercevant que ce jeune homme, qui ne connaissait que les montagnes de son pays, brûlait d’envie de voir les beautés du palais, il le prit par la main et le conduisit dans tous les appartements. Comme le Prince et la Princesse étaient alors à Versailles, il put tout montrer à son neveu ; mais il affecta, pour s’amuser, de le promener partout sans lumière, en sorte que le pauvre jeune homme ne voyait absolument rien. Cependant le suisse lui faisait une description détaillée de toutes les belles choses qui l’environnaient. Cette galerie, lui disait-il, offre aux amateurs une riche collection de tableaux des plus grands maîtres. Elle a tant de croisées, qui donnent sur un jardin immense, décoré de statues et de jets d’eau… Cet appartement est orné des sculptures les plus délicates. Sa tenture est une tapisserie des Gobelins, de la plus grande beauté ; les meubles y sont assortis, et de la forme la plus élégante… Cette cheminée est d’un marbre rare et précieux. Elle est garnie de vases d’albâtre d’une blancheur éclatante. Ici est une pendule qui représente au naturel tous les mouvements des astres, toutes les révolutions du ciel… Là sont des glaces magnifiques, dont la bordure est d’un goût exquis… Ce cabinet est consacré à l’histoire naturelle ; on y voit ce qu’il y a de plus curieux dans la nature, en coquillages, en oiseaux, en insectes, en plantes, en pierres précieuses, en métaux, en minéraux, etc.

Le suisse dépeignait ainsi à son neveu tous les appartements qu’il lui faisait parcourir. Celui-ci lui disait de temps en temps : « Tout cela est magnifique, mon cher oncle ; je n’en vois rien, mais je le crois sur votre parole. »

Quand l’oncle eut achevé le tour du palais, il congédia son neveu, en lui demandant s’il était content.
« Je suis enchanté, répondit-il, de la description que vous m’avez faite des richesses et des beautés que renferme ce palais ; je conçois que la vue en doit être ravissante, et j’attends avec impatience que le jour paraisse pour pouvoir satisfaire ma curiosité, en contemplant à mon aise cette multitude d’objets plus admirables les uns que les autres.
– Hé bien, reprit le suisse, demain matin nous recommencerons notre promenade. »

On peut croire que le jeune homme ne se fit pas attendre : dès que le soleil fut levé il se rendit chez son oncle, et le pressa de s’acquitter de sa promesse. Celui-ci se mit aussitôt en devoir de le contenter. Qui pourrait peindre la surprise, le ravissement, l’enchantement qu’éprouva ce jeune homme quand il vit de ses yeux l’assemblage de toutes ces merveilles de la nature et de l’art ? Quelle impression fit sur lui ce brillant spectacle ! Il aurait voulu être tout yeux, pour jouir à la fois de tous les objets qui s’offraient à lui. Enfin, après un long silence d’admiration :

« Je vous avoue, dit-il, mon cher oncle, que quelque haute idée que j’eusse conçue de toutes les belles choses que vous me décriviez hier au soir, ce que je vois est infiniment au-dessus de ce que je m’imaginais ; et il y a une différence immense entre le plaisir que je goûtais à entendre vos récits, et celui que je goûte à contempler les objets mêmes. »

Nous sommes ici-bas précisément dans la situation où se trouvait notre jeune homme, lorsque son oncle lui détaillait les beautés du palais du Prince sans les lui montrer. La Religion nous fait pareillement les plus magnifiques descriptions des beautés du Ciel, et du bonheur dont nous y jouirons ; nous la croyons sur sa parole : mais quelques brillantes idées que nous puissions nous former de ces beautés et de ce bonheur, combien la réalité ne les surpasse-t-elle pas ! Et de quel étonnement, de quel ravissement, de quels transports d’admiration ne serons-nous pas saisis, lorsque nous entrerons dans ce délicieux séjour, dans ce magnifique palais du Roi des rois ! Quelle immense différence entre l’impression que fait sur nous la plus ferme croyance de ces biens ineffables, et celle que fera leur présence et leur possession !

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Le respect humain

Un jeune colonel, se trouvant sans occupation pendant la paix, eut envie de voyager. Il en demanda la permission au roi son maître ; et, l’ayant obtenue, il partit. Dans le cours de ses voyages, étant arrivé chez une nation peu amie de la sienne, il se trouva un jour dans une situation critique. Il faisait visite à un seigneur chez qui une brillante et nombreuse compagnie était assemblée. La conversation étant tombée sur la politique, on passa en revue tous les souverains de l’Europe ; et quand on en fut venu à celui dont notre officier était né sujet, on se livra à des déclamations indécentes, dictées par une ancienne antipathie, que des événements assez récents avaient encore fortifiée. Le gouvernement, les desseins, les vues, toute la politique du monarque, son caractère même, ses qualités personnelles, ses mœurs, ses goûts, tout le détail de sa vie privée, furent tour à tour l’objet de la satire la plus amère et de la raillerie la plus piquante.

Quel personnage faisait pendant ce temps-là notre colonel ? Il se disait à lui-même :
« Si j’entreprends de défendre mon maître, si je me fâche, si je témoigne de la vivacité, on se moquera de mon zèle, on m’accablera de plaisanteries et de sarcasmes ; je deviendrai le jouet de l’assemblée ; peut-être même serai-je obligé de mettre l’épée à la main et d’exposer ma vie. »

Pour éviter ces inconvénients, il prit le parti de dissimuler. Il n’opposa rien aux traits satiriques et calomnieux qu’on lançait contre son prince : il conserva un air tranquille et serein ; il souriait même de temps en temps, et ajoutait son petit mot, pour ne pas paraître trop aveuglément dévoué à son maître, et se prêter un peu au génie et aux mœurs de ceux avec qui il se trouvait. Sa visite faite, il sortit, bien content de s’être si heureusement tiré de ce mauvais pas.

Cette aventure parvint à la connaissance du roi, qui en fut indigné ; et lorsque cet officier revint à la cour, et osa paraître devant lui, ce prince le traita avec le mépris le plus accablant, et le chassa ignominieusement de sa présence.

Tel est le traitement qu’éprouveront de la part de Jésus-Christ une multitude de chrétiens. Cet Homme-Dieu est notre roi, et nous sommes ses sujets. Nous devons donc nous opposer de tout notre pouvoir à tout ce qui peut l’offenser ; nous déclarer pour lui en toute occasion ; essuyer les désagréments les plus sensibles, plutôt que de paraître souscrire ou seulement acquiescer à quelque chose dont sa gloire puisse être blessée. Combien sont donc coupables tant de chrétiens qui, en mille circonstances, craignent de le paraître, ou affectent même de ne le pas paraître !

Vous vous trouvez dans une société où des incrédules dogmatisent impudemment. Ils attaquent la sainte religion que vous professez ; ils la traitent de fanatisme ; ils la tournent en dérision ; ils n’épargnent pas même, dans leur délire sacrilège, son divin Auteur. Quel personnage faites-vous pendant ce temps-là ? Dans la crainte de passer pour un bon croyant, c’est-à-dire un petit génie, un esprit faible, ou bien un fanatique et un intolérant, si vous osiez contredire ces hommes redoutables et défendre votre religion ; vous vous taisez, vous souriez, vous vous mêlez à la conversation, pour ne pas paraître l’improuver et en être scandalisé… Votre arrêt est déjà prononcé dans l’Évangile. Celui, dit Jésus-Christ, qui aura rougi de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon Père.

Vous assistez avec quelques-uns de vos amis, de vos camarades, au saint sacrifice de la messe. Vous devriez vous tenir dans une posture humiliée aux pieds des autels, et vous y occuper uniquement de la prière, avec un extérieur modeste et recueilli. Vous le savez, vous le sentez. Mais si vous vous comportiez ainsi, on vous regarderait comme un dévot, un bigot, un superstitieux, et vous exciteriez la risée de vos amis, qui se tiennent debout, regardant, lorgnant à droite et à gauche, causant, riant, badinant entre eux comme s’ils étaient dans une place publique. La crainte d’un si terrible malheur vous empêche de suivre la lumière de votre conscience : vous imitez même ces impies, et vous partagez le scandale qu’ils donnent. Quelle honteuse lâcheté ! Et à quoi devez-vous vous attendre de la part du maître dont vous trahissez si indignement la cause ? Le voici : celui qui aura rougi de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon Père.

Dans une compagnie où vous vous trouvez, des libertins se permettent des discours obscènes, des équivoques grossières, de cruelles médisances, de noires calomnies. Vous pouvez, par l’autorité que vous donnent votre état, votre place, votre âge, réprimer la licence de ces hommes effrontés, et par conséquent vous le devez. Mais que penserait-on, que dirait-on de vous ? On vous traiterait de scrupuleux, de radoteur, d’homme grossier, impoli, malhonnête, brutal. Vous frémissez à la seule idée de vous voir peint de pareilles couleurs ; et, pour ne pas le mériter, vous vous bornez à garder le silence, sans témoigner même que ces discours vous déplaisent. Prévarication criminelle.

Mais supposons que vous n’avez pas assez d’autorité pour mettre un frein à la langue de ces libertins. Vous pouvez du moins affecter un air sérieux et triste, rester dans un morne silence, et paraître ne prendre aucune part à leurs discours. Mais je passerai, dites-vous, pour un imbécile, si je ne dis mot. Vous ferez voir que vous êtes chrétien, et que vous avez horreur de tout ce qui offense Dieu en blessant la pudeur ou la charité. Tant pis pour ceux qui interpréteront dans un autre sens votre silence ; mais cette crainte ne doit pas vous empêcher de faire votre devoir. Elle vous en empêche cependant ; et pour paraître un homme aimable, qui sait badiner et s’égayer comme les autres, vous riez des propos de vos compagnons, vous les autorisez même par les vôtres. C’est-à-dire que vous rougissez de Jésus-Christ devant les hommes. Ne soyez donc pas surpris qu’au jour du jugement Jésus-Christ rougisse aussi de vous devant son Père.

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La succession manquée

Géronte homme riche et fort âgé, sentant que le terme de sa vie approchait, voulut faire son testament. Il avait vu sa famille s’éteindre successivement et n’avait plus de parents à qui il pût laisser ses grands biens. Il se rappela qu’un de ses anciens amis avait laissé une famille nombreuse ; il choisit un de ses fils pour le faire son héritier. Il lui écrivit de venir à Paris. C’était un jeune homme qui allait se marier et qui avait peu de fortune ; cette succession ne pouvait pas mieux tomber ni venir plus à propos. Cléon (c’était le nom du jeune homme) se rend avec empressement auprès de son bienfaiteur. Celui-ci le reçoit avec de grandes marques d’affection et de bienveillance, il lui confirme ce qu’il lui avait écrit, que son dessein est de l’instituer son légataire universel. Notre jeune homme, après l’avoir entretenu quelque temps, et lui avoir témoigné beaucoup de reconnaissance, le quitta pour aller se promener un peu dans Paris qu’il ne connaissait point. Il revint le soir assez tard et ne vit point Géronte qui était couché et endormi. Le lendemain matin il lui fit une visite assez longue puis il sortit et ne revint que pour dîner. À peine sorti de table, il se remit en course. Il vit beaucoup de curiosités en tout genre. Il alla au spectacle. Il y trouva des personnes de connaissance, qui le conduisirent au café. On le fit jouer, et il ne joua pas heureusement. Il rentra fort tard à la maison. Les jours suivants se passèrent à peu près de la même manière. Mais bientôt ses liaisons s’étant multipliées, le goût des spectacles et la passion du jeu augmentant toujours, ses visites à son bienfaiteur devinrent plus rares de jour en jour ; ensuite il ne fit plus que de courtes apparitions auprès de lui, et il retournait promptement joindre ses compagnons de plaisir, qui l’engagèrent bientôt dans des parties de débauches de toute espèce. Cependant Géronte n’était pas content d’une pareille conduite. Il s’attendait à plus d’égards de la part de quelqu’un dont il faisait la fortune. Il laissait échapper devant ses domestiques certains mots qui marquaient assez sa manière de penser. Ils en avertirent Cléon, et lui dirent que s’il n’était pas plus assidu auprès de leur maître, et s’il ne cultivait pas mieux sa bonne volonté, il pourrait s’en repentir. Cléon promit d’y faire attention. Il se gêna quelques jours pour venir au moins dîner à la maison. Mais bientôt ses différents engagements s’enchaînant l’un à l’autre, il n’eut plus le temps de voir le bon vieillard ; souvent même il passait la nuit hors de chez lui. Géronte irrité d’un pareil procédé et faisant réflexion d’ailleurs que sa succession serait en de mauvaises mains s’il la laissait à un jeune homme qui montrait si peu de sagesse, fit venir un notaire, et, par son testament, il fit les pauvres ses héritiers et légua tous ses biens à l’hôpital général de Paris. Cette opération qu’il avait faite avec humeur, et le chagrin qu’il avait conçu de l’indifférence et de l’ingratitude de Cléon lui causèrent une révolution subite, qui l’enleva en peu de jours.

Cléon était alors tellement emporté par le tourbillon des plaisirs qu’il ne paraissait plus chez Géronte depuis quelque temps. Il y revint enfin un soir et ce fut pour le voir dans la bière et apprendre qu’il n’avait rien à prétendre à sa succession.

Il n’est pas possible de représenter l’impression que fit sur ce jeune homme une nouvelle si inattendue. Il resta d’abord immobile de surprise ; puis revenu à lui-même, et embrassant d’un coup d’œil toute l’étendue de son malheur, il entra dans le désespoir le plus effrayant. Furieux contre lui-même d’avoir manqué par sa faute une si belle fortune, il s’arrache les cheveux, il se mord les bras, il pousse des cris horribles : il fallut le garder à vue toute la nuit, dans la crainte qu’il n’attentât à sa vie.

Mais ce n’est pas tout. Le lendemain, la nouvelle s’étant répandue que Cléon n’héritait pas de Géronte, il se vit assailli par les créanciers de toute espèce qu’il avait faits depuis son séjour à Paris. Après avoir dépensé tout ce qu’il possédait, il n’avait point craint de contracter des dettes que la succession de Géronte devait le mettre en état d’acquitter sans peine. Cette espérance s’étant évanouie, il se trouva dans l’impossibilité de satisfaire ses créanciers, qui le firent conduire en prison.

C’est alors que son désespoir fut au comble. Avoir pu vivre dans l’opulence, dans les honneurs, dans les plaisirs, et se voir réduit à la plus affreuse misère, enfermé dans une prison, sans savoir si jamais il lui sera permis d’en sortit ! Cette réflexion cruelle, toujours présente à son esprit, était pour un tourment insupportable. Accablé du poids de son existence, qui lui était devenue odieuse, il essaya plusieurs fois de se donner la mort. Il n’y réussit pas ; mais le sombre chagrin qui le minait suppléa au fer et au poison, et termina en peu de jours sa triste vie.

Si ce malheureux jeune homme éprouva de si terribles accès de rage et de fureur contre lui-même, pour avoir manqué, par sa faute, une fortune temporelle, et s’être réduit, par sa mauvaise conduite, à une indigence et une captivité passagère, quels sont donc, dans l’enfer, le désespoir et les remords d’un réprouvé, qui a perdu, par sa faute, un bonheur ineffable, infini, éternel, et qui s’est lui-même précipité dans un abîme de maux terribles et interminables ! Pécheurs, considérez attentivement le tableau que cette parabole vous présente. Au lieu de vous assurer par une vie chrétienne la brillante fortune que Dieu lui-même daigne vous offrir, au lieu de cultiver son amitié par votre assiduité à la prière, par votre fidélité à observer sa loi, vous le négligez, vous l’oubliez, vous vous livrez à toutes les vanités, à toutes les folies du monde ; vous ne pensez qu’à satisfaire vos passions, qu’à flatter vos sens, qu’à jouir de tous les plaisirs que vous pouvez vous procurer. Qu’arrivera-t-il, lorsque après votre mort vous vous présenterez pour recueillir cet héritage céleste qui devait vous enrichir pour toujours ? Vous apprendrez, avec le plus affreux désespoir que vous n’avez rien à y prétendre ; et vous vous trouverez chargés de dettes immenses, contractées par vos crimes, pour lesquelles les démons, ministres de la justice divine, vous entraîneront dans les prisons ténébreuses, dans les cachots embrasés de l’enfer, où vous serez sans cesse déchirés par les remords les plus cruels.

Le jeune homme de notre parabole trouva du moins dans la mort la fin de ses maux ; mais vos tourments ne finiront jamais. Il n’y aurait que l’anéantissement qui pût vous en délivrer ; et vous subsisterez éternellement.

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Le calender

Les calenders sont une espèce de religieux mahométans fort communs dans la Perse et dans les Indes, qu’ils parcourent en demandant l’aumône. Un de ces mendiants, étant en voyage, passa par la capitale du royaume de Perse. Il était tard lorsqu’il arriva. Pour se reposer et la passer la nuit, il entra hardiment dans le palais du roi ; et, s’étant établi dans un coin de la salle des gardes, il tira de son sac ses petites provisions, et se disposait à faire son repas, pour s’endormir ensuite, lorsque quelques officiers du prince, l’ayant aperçu, lui demandèrent ce qu’il faisait là et comment il y avait pénétré.
« Ne suis-je pas dans un caravanserai (un caravanserai, en Perse, est à peu près ce que l’on appelle en France une hôtellerie, une auberge) ? Répondit-il. »

Les officiers, choqués d’une pareille méprise, ne lui répondirent que par des insultes et des menaces. Quelques uns même, s’étant détachés, allèrent apporter au roi le propos impertinent de ce misérable. Le prince ordonna qu’on lui amenât. Dès qu’il le vit paraître :
« Tu es bien insolent, lui dit-il avec indignation, de prendre mon palais pour un caravanserai. »

Le calender, sans s’étonner, lui répondit : « Prince, permettez-moi de vous faire humblement une question. Qui habitait dans ce palais avant vous ?
– Le roi mon père.
– Et avant lui ?
– Le roi mon aïeul.
– Et avant cet aïeul ?
– Le roi mon trisaïeul.
– Je ne me suis donc pas trompé. Une maison par où tant de personnes n’ont fait que passer successivement est une véritable caravanserai. »

Appliquons-nous à nous-mêmes cette réponse, et réformons nos idées. Quel est celui de nous qui ne se croirait insulté, si l’on disait que sa maison n’est qu’une hôtellerie ? Cependant rien n’est plus vrai. Combien de personnes ont passé avant nous par les maisons que nous occupons ! Nous y séjournons aujourd’hui, demain nous n’y serons plus, et d’autres nous remplaceront. Le nom d’hôtellerie leur convient donc parfaitement, et nous ne devons nous regarder nous-mêmes que comme des hôtes qui y font un séjour plus ou moins long.

Cette maison, dites-vous, est un héritage que m’a laissé mon père. C’est-à-dire que votre père a passé par cette maison. Vous ne ferez non plus qu’y passer. Ainsi vous n’y êtes, comme lui, qu’un hôte, qu’un passager. C’est la réflexion de saint Augustin : « Hanc domum pater meus mihi dimisit. Hoc est, pater tuus transivit per cum. Sic tu transiturus es : ergo hospes es. »

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Le religieux et le jardinier

Voici un texte majeur du père Bonaventure Giraudeau, à lire, méditer et partager dans ce siècle dénué d’âme et de charité.

Un jardinier était depuis peu au service d’une communauté de religieux. C’était un homme fort entendu dans tout ce qui concernait son art ; mais du reste, c’était un libertin sans religion et sans mœurs. Le prieur ne tarda pas à s’apercevoir qu’on l’avait trompé en lui donnant un pareil sujet. Il aurait pu le renvoyer : il fit mieux ; il entreprit de le convertir, et Dieu bénit ses efforts. Après s’être arrêté plusieurs fois à le voir travailler, et avoir causé familièrement avec lui de différentes choses, pour gagner sa confiance et connaître la trempe de son esprit, voyant qu’il ne manquait pas d’intelligence, il entra un jour en matière, et voici la conversation intéressante qu’ils eurent ensemble.

Le prieur
Il y a longtemps que je suis et que j’observe avec intérêt toutes vos opérations dans notre jardin : savez-vous pourquoi ?

Le jardinier
C’est apparemment que cela vous amuse.

Le prieur
J’y trouve mieux que de l’amusement ; j’y trouve de l’instruction.

Le jardinier
Est-ce que vous avez envie d’apprendre le jardinage ?

Le prieur
Ce n’est pas cela ; mais il me semble que la culture d’un jardin nous offre une image parfaite de la culture de notre âme.

Le jardinier
Comment cela ?

Le prieur
Je veux dire que tous les soins que prend un bon jardinier, pour mettre et entretenir son jardin en bon état, nous représentent ceux que doit prendre un bon chrétien pour la sanctification de son âme.

Le jardinier
J’entends bien maintenant ce que vous voulez dire ; mais je ne vois pas la ressemblance dont vous parlez.

Le prieur
Vous la verrez bientôt plus clairement. Je suppose qu’on vous donne un terrain en friche pour y former un jardin. Avant que d’y rien semer ou planter, vous commencerez sans doute par en arracher les ronces, les épines et toutes les mauvaises herbes dont il est couvert.

Le jardinier
Assurément. C’est la première chose qu’on fait : sans cela, on sèmerait et on planterait inutilement.

Le prieur
Eh bien ! Mon enfant, c’est ainsi que lorsqu’un homme entreprend de devenir vertueux après avoir croupi dans le vice, il faut qu’il commence par arracher de son âme toutes les mauvaises habitudes qui s’y sont enracinées, et qui empêcheraient les semences de vertu d’y germer et d’y fructifier.

Le jardinier
Je commence à vous comprendre : mais je sais bien ce qu’il faut faire pour défricher un terrain, et je ne sais pas comment il faut s’y prendre pour défricher une âme.

Le prieur
Quand tous défrichez un emplacement donné, vous coupez, vous arrachez, vous retournez la terre, vous brisez les mottes, vous les amollissez en les arrosant. De même il faut couper, arracher ; c’est-à-dire se mortifier, se faire violence. Il faut retourner pour ainsi dire son cœur, le briser par le repentir, l’amollir par les larmes de la componction.

Le jardinier
Voilà un langage qui est tout nouveau pour moi.

Le prieur
Lorsque votre terre est bien préparée, vous y semez, vous y plantez des fleurs, des légumes, des arbres fruitiers. De même, lorsqu’un pécheur a purgé son âme des habitudes vicieuses qui l’infectaient, et qu’il l’a ainsi préparée à recevoir les semences des vertus chrétiennes, Dieu, de qui vient tout don excellent, comme dit saint Jacques, les y répand avec abondance.

Le jardinier
Expliquez-moi, je vous prie, quelles sont ces semences de vertu dont vous parlez.

Le prieur
N’avez-vous pas lu dans l’Évangile que la parole de Dieu est une semence ? C’est cette divine parole, lorsqu’on l’entend ou qu’on la lit avec respect et avec attention, qui est dans nos âmes la semence de toutes les vertus : de l’humilité, de la chasteté, de la tempérance, de la foi, de l’espérance, de la charité, de la soumission à la Providence, etc. Combien de pécheurs ont été convertis ou en entendant un sermon, ou en lisant un livre de piété, et sont devenus ensuite de grands saints !

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Les deux chemins

Un voyageur se trouva un jour dans un grand embarras. Deux chemins se présentèrent à lui, sans que rien lui indiquât lequel il devait prendre. L’un de ces chemins paraissait facile et gracieux : c’était un tapis de verdure bordé d’arbres qui formaient un agréable ombrage ; des prairies émaillées de fleurs, des champs couverts de moissons, des coteaux couronnés de vignes offraient une perspective charmante. L’autre chemin, au contraire, n’avait rien que de rebutant : sombre, tortueux, embarrassé de ronces et d’épines, rempli de fange, et rompu en beaucoup d’endroits, sa vue seule détournait de s’y engager.

Notre voyageur, après avoir délibéré quelque temps, se décida pour celui qui lui promettait une route plus agréable. Il était près d’y entrer, lorsqu’un vieillard respectable dont l’air majestueux inspirait la confiance, s’avança vers lui avec précipitation, en lui criant :
« Gardez-vous bien de prendre ce chemin ; vous vous égareriez infailliblement dans ses détours, et vous tomberiez entre les mains des brigands dont il est infesté. L’autre chemin vous épouvante ; il est vrai qu’il est rude et difficile mais il vous conduira sûrement et sans aucun risque au terme que vous vous proposez. »

Que fera notre voyageur ? Doit-il en croire ce vieillard sur sa parole, et contre toutes les apparences ? N’a-t-il pas lieu de craindre qu’il ne veuille le tromper, ou qu’il ne se soit trompé lui-même ? Dans cette situation embarrassante, voici comme il raisonna :
« Le rapport de ce vieillard est vrai ou faux ; s’il est faux, et que je prenne le mauvais chemin qu’il m’indique, peut-être, après m’être fatigué dans une route désagréable et incommode, serai-je obligé de revenir sur mes pas. Je ne risque rien de plus. Mais si son rapport est vrai, en prenant l’autre chemin, je cours évidemment à ma perte. Le parti le plus sûr est donc de suivre l’avis de cet homme vénérable. »

Ce raisonnement le décida. Il s’engagea dans le chemin dont les abords étaient si effrayants, et il eut lieu de s’en féliciter. Deux chemins se présentent pareillement à l’homme pendant le pèlerinage qu’il fait sur la terre : celui de la vertu et celui du vice. Le premier paraît hérissé d’épines, le second paraît jonché de fleurs. Un jeune homme, animé par ses passions naissantes, est naturellement porté à préférer celui qui lui promet le plus d’agrément ; mais au moment où il est près de s’y engager, la Religion fait entendre sa voix, et lui dit :
« Ce chemin qui vous enchante aboutit à un précipice affreux où vous périrez infailliblement : l’autre, au contraire, dont la vue vous effraie, conduit à un séjour délicieux où vous jouirez d’un bonheur parfait. »

Que doit faire ce jeune homme ? Imiter le voyageur de notre parabole, et raisonner ainsi :
« Ou la Religion me trompe, ou elle ne me trompe pas. Si elle me trompe : en suivant le chemin de la vertu, je me gênerai, je me contraindrai, je me priverai pendant la courte durée de cette vie, de bien des plaisirs que j’aurais pu goûter : voilà tout ce que je risque. Mais si la Religion ne me trompe pas : en suivant le chemin du vice, je vais moi-même me précipiter dans un abîme qui m’engloutira sans retour. Quand donc je pourrais douter légitimement si ce que la Religion me déclare est vrai ou faux, le parti le plus sûr pour moi serait toujours de marcher dans le sentier de la vertu. »

Voilà ce que tout homme prudent devrait conclure, même dans le cas d’un doute bien fondé. À plus forte raison devons-nous tirer la même conclusion, nous qui savons avec toute la certitude possible, que tout ce que la Religion nous enseigne est la vérité même.

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La sotte réponse

Une ville était remplie de voleurs, et l’on n’entendait parler tous les jours que de maisons pillées et de personnes assassinées. Chacun tremblait pour soi, et croyait ne pouvoir prendre assez de précautions pour se mettre en sûreté. Il se trouva néanmoins un habitant qui, sans être alarmé de ces effrayantes nouvelles, osa laisser la porte de sa maison ouverte pendant la nuit. Un de ses voisins qui s’en aperçut, s’empressa de l’avertir de ce qu’il croyait un pur oubli ; mais celui-ci le détrompa, et lui dit qu’il savait très-bien que sa porte n’était pas fermée.
« Mais à quoi pensez-vous donc ? reprit le voisin officieux ; ne savez-vous pas que la ville est infestée de brigands, qui toutes les nuits volent et assassinent ?
– Je le sais.
– Comment donc osez-vous vous livrer, pour ainsi dire, à la merci de ces scélérats ?
– J’espère qu’ils ne viendront pas chez moi.
– Vous l’espérez ! Et sur quoi fondez-vous cette espérance ?
– Est-il vraisemblable que dans une ville où il y a dix mille maisons, ils s’adressent à la mienne de préférence ?
– Chacun des habitants qui ont été égorgés et volés, avaient droit de faire le même raisonnement ; cependant les brigands se sont adressés précisément à leurs maisons préférablement à toutes les autres. Tels et tels qui demeuraient dans votre voisinage, ont péri par les mains de ces misérables : ne peut-il pas vous en arriver autant ?
– Assurément ; mais je compte néanmoins qu’ils ne viendront pas chez moi. »

Une pareille réponse impatiente, et met presque en fureur contre celui qui a la sottise de la faire. Cependant tous ceux qui vivent tranquillement dans l’état de péché mortel, ne peuvent pas en faire d’autre pour justifier leur conduite. J’interroge un de ces pécheurs, et je lui dis :
« Vous savez que quiconque meurt coupable d’un péché mortel est réprouvé.
– Je le sais
– Si la mort vous surprenait dans l’état où vous êtes, vous seriez donc perdu pour toujours.
– J’en conviens.
– Comment donc osez-vous rester un seul jour dans cet état ?
– J’espère que la mort ne m’y surprendra pas, et que j’aurai le temps d’en sortir.
– Mais sur quoi pouvez-vous fonder cette espérance ?
– Je suis jeune.
– Tous les jours il meurt des personnes de votre âge.
– Sans doute ; mais je me porte bien.
– Mille gens meurent qui se portaient bien, peu d’heures auparavant.
– Cela est vrai : mais il y aurait bien du malheur si la mort allait me choisir exprès parmi tous mes concitoyens pour me prendre ainsi au dépourvu.
– Ce malheur arrive tous les jours à des personnes qui avaient autant de droit que vous de ne pas s’y attendre. Plusieurs de vos amis, de vos parents, de vos voisins l’ont éprouvé.
– Vous avez raison ; mais je compte cependant que la mort ne me surprendra pas dans l’état où je suis, et que j’aurai le temps d’en sortir. »

N’est-ce pas précisément la réponse de l’homme de notre parabole ? N’est-ce pas la même absurdité de part et d’autre ?

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L’aérostat

Deux hommes se promenaient dans la campagne en s’entretenant des nouvelles du jour. Tandis qu’ils causaient, un aérostat passa au-dessus de leurs têtes. L’un d’eux jeta un cri de joie en apercevant la voiture aérienne. Il y avait long-temps qu’il entendait parler de ces machines ingénieuses, et il avait le plus grand désir d’en voir une. Il était enchanté d’un spectacle si nouveau pour lui, et il invitait son ami à partager son admiration. Mais celui-ci, qui avait la vue courte, promenait inutilement ses regards en l’air de tous côtés ; il n’apercevait rien.
« Vous vous trompez, dit-il à son ami, il n’y a point d’aérostat sur notre horizon.
– Je ne me trompe point, répondit celui-ci, je vois clairement et le ballon et le vaisseau suspendu au-dessous ; je distingue même les deux personnes qui gouvernent la machine.
– Je n’en crois pas un mot.
– Vous m’étonnez, mon ami ; par quelle raison refusez-vous de me croire ?
– Par la grande raison que je ne vois ni ce ballon, ni ce vaisseau dont vous parlez.
– Cette raison n’est pas valable ; permettez-moi de vous le dire.
– Très-valable, assurément ; car enfin j’ai des yeux. Pourquoi la nature me les a-t-elle donnés ? Pour voir tout ce qui est visible. Un aérostat est, sans doute, un objet très-visible : je le verrais donc s’il y en avait un en l’air, comme vous le prétendez : cependant j’ai beau regarder de tous côtés, je n’en aperçois point : donc il n’y en a point en effet.
– Votre raisonnement n’est pas juste, mon cher : la nature vous a donné des yeux pour voir tous les objets visibles, dites-vous : oui, pourvu que ces objets soient à la portée de votre vue. Mais comme votre vue est très-courte, il y a beaucoup d’objets hors de sa portée, qui, conséquemment, ne sont pas visibles pour vous, quoiqu’ils le soient pour ceux qui ont la vue plus longue. Ainsi nous ne voyons pas cet aérostat, parce que, par son élévation, il est au-dessus de la portée de vos yeux ; mais vous devez en croire tous ceux qui, ayant des yeux plus perçants, vous assurent qu’ils le voient. »

Pendant que les deux amis disputaient ainsi, quelques personnes qui passaient auprès d’eux, ayant appris le sujet de leur différent, témoignèrent aussi qu’elles voyaient très-distinctement la machine aérostatique. Mais toutes ces affirmations ne furent pas capables de convaincre notre homme : il s’en tint toujours à son raisonnement.
« Vous vous trompez tous, dit-il, ou vous voulez me tromper. S’il y avait un aérostat en l’air, je le verrais, puisque j’ai des yeux. Je ne vois point ; donc il n’y en a point. »

Lecteurs, vous avez pitié d’un pareil raisonnement. C’est cependant celui des prétendus philosophes au sujet des mystères de notre sainte Religion. Oui, c’est ainsi que raisonnent ces esprits forts, ces génies supérieurs, ces sages par expérience ; car, demandez-leur pourquoi ils refusent de croire, ils vous répondront, comme notre homme à la vue courte :
« Parce que nous ne les comprenons pas. La raison, l’intelligence dont nous sommes doués, ajouteront-ils, nous a été donnée pour nous éclairer et nous guider. C’est à cette lumière que nous devons tout examiner. Par conséquent tout ce que cette lumière ne nous découvre pas, nous avons droit de le rejeter comme une illusion et une chimère. Or, la lumière de notre raison ne nous découvre point les mystères du Christianisme : donc ces prétendus mystères sont autant de chimères et d’illusions. »

Que répondre à des raisonnements de cette force ? Ce que l’homme sage de la parabole répond à son ami :
« Votre raison ne vous découvre pas les mystères du Christianisme, parce qu’ils sont au-dessus de la portée de votre raison ; mais ils n’en sont pas moins réels, et vous devez en croire Dieu, qui est lui-même le sujet de ces mystères, et qui vous les révèle. Il en est de notre raison, qui est notre vue spirituelle, comme de notre vue corporelle. La vue corporelle est plus ou moins étendue dans les différents individus ; la vue spirituelle, ou la raison, l’est pareillement. Un homme fait, comprend ce qu’un enfant ne comprend pas. Un géomètre voit clairement des vérités qui paraissent des paradoxes ou même des absurdités au plus savant homme qui n’est pas versé dans les mathématiques. Un génie transcendant a des lumières supérieures à celles des esprits d’une moindre trempe. Mais dans tous les hommes, sans exception, cette raison est nécessairement finie, et renfermée dans certaines bornes. Si donc il se trouve des objets qui soient placés au-delà de ces bornes, il est évident qu’elle ne peut pas y atteindre ; de même que nos yeux ne peuvent pas apercevoir les objets qui se trouvent hors de leur sphère de vision. Or il est, en effet, des objets qui sont placés bien au-delà des bornes de la raison humaine ; et ce sont les mystères de la Religion, ces mystères qu’on peut appeler les secrets de la Divinité, et qui participent essentiellement à son infinité. Mais quoique ces mystères surpassent infiniment notre faible intelligence, nous n’en devons pas moins les croire fermement sur la parole de celui qui nous les atteste, qui est Dieu lui-même ; de même que l’homme qui ne voit pas l’aérostat à cause de la faiblesse de sa vue, doit néanmoins croire sa présence, sur le témoignage de ceux qui ont de meilleurs yeux que lui, et qui le voient. »

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La Vérité du Christianisme accessible à tous

Article mis en ligne spécialement le jour de la saint Michel Archange

Abrégé de la doctrine chrétienne par M. l’abbé de La Hogue (1830)

Docteur et professeur de Sorbonne

Il existe un Dieu qui a créé le ciel et la terre par sa toute-puissance, qui gouverne le monde par sa sagesse, et qui, par sa justice, rendra à chacun selon ses œuvres.

Ce Dieu, éternel et tout-puissant, est infini dans ses perfections, indépendant, immuable, présent partout ; il connaît tout, jusqu’aux plus secrètes pensées de nos cœurs.

Dieu, en créant l’homme, l’a formé de deux substances : l’une matérielle, par laquelle il ressemble aux animaux ; l’autre, spirituelle, qui, par ses facultés l’élève beaucoup au-dessus d’eux, et le rend l’image de son créateur.

L’homme, par cette substance spirituelle, est capable de connaître Dieu, de l’aimer, de l’adorer, de le servir, et, par ce moyen, d’obtenir une récompense qui puisse satisfaire le désir et le sentiment que l’âme a de son immortalité, et, par conséquent, d’une autre vie.

Ces premières vérités, que la raison nous enseigne, ont été confirmées par la révélation, c’est-à-dire par le témoignage exprès que Dieu leur a rendu, d’abord en parlant lui-même aux patriarches avant la loi écrite ; ensuite par Moïse et les prophètes de l’ancienne loi ; enfin par Jésus-Christ son fils.

La révélation contient beaucoup d’autres vérités auxquelles la raison la plus saine et la plus éclairée ne pourrait jamais atteindre, et que nous appelons des mystères. Elle nous apprend aussi les moyens que Dieu, dans sa miséricorde, a choisis, et qu’il a offerts à l’homme coupable, afin qu’il pût rentrer en grâce, éviter les peines éternelles, et acquérir un bonheur sans fin, qui est la vue et la possession de Dieu même.

Ce Dieu, créateur du ciel et de la terre, et auteur de la révélation, existe en trois personnes distinctes, savoir : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ces trois personnes sont égales en toutes choses : l’une n’est ni plus ancienne ni plus puissante que l’autre : elles sont de toute éternité. La seconde personne, qui est le Fils, s’est fait homme, en prenant un corps et une âme semblables aux nôtres dans le sein de la bienheureuse vierge Marie, où il a été conçu par l’opération du Saint-Esprit.

Ce Dieu fait homme, huit jours après sa naissance, fut nommé Jésus, c’est-à-dire Sauveur, parce qu’il venait délivrer les hommes de l’esclavage du péché et des peines de l’enfer.

Jésus-Christ, Dieu et homme tout ensemble, a paru sur la terre semblable aux enfants des hommes par la nature humaine qu’il avait prise. Après avoir passé plus de trente ans dans l’obscurité d’une vie privée, qui n’a pas été moins méritoire pour nous que le temps où il a opéré des prodiges, il a commencé à remplir son ministère public de sauveur des hommes, en prêchant sa doctrine et la confirmant par des miracles, en donnant l’exemple de toutes les vertus, en instituant des sacrements pour nous sanctifier, en mourant sur une croix pour la rédemption de tous les hommes, et en établissant son Église, pour durer jusqu’à la consommation des siècles.

Le troisième jour, après avoir été mis dans le tombeau, Jésus-Christ en est sorti glorieux, par sa vertu toute puissante ; et, quarante jours après sa résurrection, il s’est élevé par cette même vertu dans le ciel, en présence de ses apôtres et d’un grand nombre de disciples.

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Le chien et le serpent

Un Indien était sorti de sa cabane pour chasser. Un énorme serpent s’y glissa pendant son absence, et alla droit à un berceau où dormait un enfant nouveau-né. Il l’aurait infailliblement dévoré, si un gros chien qui rôdait dans la cour n’eût entendu du bruit. C’était le berceau de l’enfant que le serpent avait fait tomber. Le fidèle surveillant accourt : il aperçoit le monstre, il s’élance sur lui, et après un combat opiniâtre, il l’étrangle. Il avait encore la gueule tout dégoûtante de sang, lorsqu’il entendit son maître qui revenait de la chasse. Il court au devant de lui avec empressement, et, par des démonstrations de joie plus vives qu’à l’ordinaire, il semble lui dire qu’il vient de lui rendre un important service. Cet homme, inquiet de lui voir la gueule ainsi ensanglantée, trouve, en rentrant dans sa cabane, le berceau de son fils renversé. Rapprochant rapidement ces deux objets dans son esprit, il en conclut sur-le-champ que son chien a dévoré cet enfant ; et, dans la fureur subite qui le transporte, il décharge sur lui son fusil, et le tue. Après cette expédition il s’avance vers le berceau de son fils ; et quelle surprise pour lui, lorsque l’ayant retourné, il aperçoit dessous son cher fils qui dort tranquillement ! Il reconnaît alors son injustice. Mais il se la reprocha bien plus vivement encore, lorsqu’à quelques pas du berceau il découvrit le cadavre sanglant du serpent que son chien avait étranglé. À ce spectacle, il comprit que son malheureux chien, bien loin d’avoir ôté la vie à son fils, la lui avait conservée ; et il ne peut s’empêcher de donner quelques larmes à sa mort.

1) Cet exemple nous apprend à ne pas nous presser de juger sur les apparences ; tous les jours on y est trompé. Il faut prendre le temps d’examiner les choses ; et la plupart du temps l’examen fait connaître qu’on aurait porté un jugement faux. Combien de jugements de cette espèce, fruits d’une indiscrète précipitation, ont eu les suites les plus tragiques !

2) Cet exemple nous apprend également à réprimer les premiers mouvements de la colère. Il n’est point de violence dont elle ne rende capable. Quels repentirs amers, mais trop tardifs, ne se prépare-t-on pas en s’abandonnant aux transports de cette aveugle passion !

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Les oranges

Ariste avait un fils unique qu’il aimait tendrement et que les plus heureuses qualités rendaient digne de toute son affection. Cependant ce jeune homme lui causait depuis quelques jours une vive inquiétude, par la liaison qu’il avait imprudemment formée avec des jeunes gens dont la sagesse était plus que suspecte. Ce bon père l’avertit plusieurs fois du péril auquel il s’exposait : il lui représenta combien il était facile à son âge, et avec son peu d’expérience, de se laisser séduire ; et il l’exhorta fortement à rompre un commerce qui pouvait avoir des suites funestes. Eugène (c’était le nom du jeune homme) s’efforça de dissiper les craintes de son père ; il lui assura que les leçons de vertu qu’il avait reçues de lui étaient trop bien gravées dans son cœur, pour que les discours ou même les exemples de ses nouveaux amis pussent les lui faire oublier :
« J’ose même espérer, ajouta-t-il, que, bien loin d’être perverti par eux, je les convertirai moi-même : je l’essaierai du moins. »

Ariste voyait avec peine la téméraire confiance de son fils. Cependant, ne voulant pas user de l’autorité paternelle pour lui interdire cette dangereuse société, il imagina un moyen ingénieux de lui faire sentir combien son espérance était mal fondée.

Il remplit une boîte de très belles oranges, parmi lesquelles il en mit, à dessein, une qui était un peu gâtée ; ensuite ayant fait venir Eugène :
« Mon fils, lui dit-il, je vais vous faire un présent dont j’espère que vous me saurez gré. Je connais votre goût pour les oranges, en voilà de fort belles que je vous donne, pour en faire un tel usage que vous voudrez. »

Le jeune homme, bien reconnaissant d’un si agréable cadeau, s’empresse d’ouvrir la boîte. Il admire la beauté des oranges, il les contemple avec une vive satisfaction. Mais en les examinant de près, il en aperçoit une qui n’est pas aussi saine que les autres.
« Mon père, dit-il aussitôt, voilà une orange qui commence à se gâter ; il ne faut pas la laisser avec les autres.
– Pourquoi, mon fils ? répondit Ariste. Elle n’a qu’une petite tache qui disparaîtra bientôt.
– Ah ! Mon père, reprit Eugène, cette tache ne fera qu’augmenter : c’est un commencement de corruption, qui se communiquerait à toutes les autres oranges, si je n’y mettais ordre.
– Il ne faut rien déranger, dit Ariste ; mais soyez sans inquiétude, je vous réponds de vos oranges. Ne voyez-vous pas qu’une seule étant malade, toutes les autres, qui sont saines, la guériront infailliblement ?
– Ah ! Mon père, répliqua Eugène tout triste, je n’espère point cette guérison, et je tiens toutes mes oranges perdues, si vous ne me permettez de séquestrer celle-là.
– Eh bien ! Mon fils, reprit le père, je veux vous convaincre que ma conjecture est plus juste que la vôtre. Laissez vos oranges renfermées dans leurs boites et confiez-les-moi pendant huit jours : au bout de ce temps nous les visiterons ensemble, et vous verrez avec joie qu’elles seront toutes dans le meilleur état du monde. »

Eugène se soumit avec respect à la volonté de son père ; mais il se retira très-persuadé qu’il ne devait plus compter sur ses oranges.

Les huit jours lui parurent bien longs ; et à peine étaient-ils expirés, qu’il vola au cabinet de son père, pour assister à l’ouverture de la boîte qui renfermait son trésor. Ariste l’ouvre aussitôt. Mais quel triste spectacle ! Ces oranges, qui flattaient si agréablement la vue et l’odorat, ne sont plus qu’un amas de pourriture.
« Je vous l’avais bien dit, mon père, s’écrie Eugène en laissant échapper quelques larmes de dépit. Si vous aviez voulu m’en croire, mes pauvres oranges ne seraient pas dans l’état où je les vois.
– J’avoue, mon fils, répondit Ariste, que j’ai été trompé dans mon attente. Vous aviez raison de me représenter que la mauvaise orange infecterait toutes les bonnes, et que toutes les bonnes n’amélioreraient pas la mauvaise. Mais raisonnons un peu d’après cette expérience. Si une seule orange tachée a gâté toutes les autres qui étaient parfaitement saines, comment pouvez-vous espérer que plusieurs jeunes gens débauchés ne corrompront pas un jeune homme vertueux ? Et si plusieurs oranges saines n’ont pu corriger le vice naissant d’une seule, comment vous flattez-vous qu’un seul jeune homme sage réformera une société de libertins ? »

Eugène sentit la justesse de ce raisonnement. Il comprit que c’était à cette conclusion que son père avait voulu l’amener. Il le remercia d’une si utile leçon, qui le dédommageait avantageusement de la perte de ses oranges ; et il lui promit d’en profiter, en rompant sans retour avec ses nouveaux amis.

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Le capucin et l’officier

Dans une compagnie où se trouvait un Père capucin, survint un officier, homme brave, sachant bien son métier, mais qui passait pour avoir peu de religion. Le capucin se leva aussitôt pour se retirer. L’officier l’arrêta :
« Pourquoi fuyez-vous, mon Père ? lui dit-il ; est-ce que je vous fais peur ? Restez, je vous prie, et ne craignez rien. Je sais que mes pareils s’amusent quelquefois aux dépens des vôtres ; mais je n’approuve point ce procédé. Je trouve qu’il y a de la lâcheté à insulter des gens qui ne peuvent pas nous répondre sur le même ton, comme il y en aurait à tirer l’épée contre un homme sans armes. Ainsi, mon Père, n’appréhendez de ma part aucun mauvais propos. Bien loin de vouloir vous chagriner, je vous plains très sincèrement, car je ne connais point d’état plus dur que le vôtre. »

Là-dessus il se mit à faire le détail de tout ce qu’il trouvait d’incommode et de pénible dans le régime des capucins ; la nudité des pieds, la grossièreté et la rudesse de l’habillement, la mauvaise nourriture, qu’il faut encore mendier de porte en porte, etc.
Quand il eut tout dit :
« Monsieur, répondit le Père, je suis très flatté de l’intérêt que vous voulez bien prendre à ma situation, et je vous en remercie très affectueusement. Mais permettez-moi de vous dire que je ne suis pas si à plaindre que vous le pensez : j’ose même ajouter que vous êtes vous-même beaucoup plus à plaindre que moi. Cette proposition vous surprend ; peut-être même vous paraît-elle absurde ; il est cependant très facile de la prouver. Et d’abord ne trouvez-vous pas votre état bien rude, lorsque au premier signal de la guerre il faut vous arracher du sein de la famille chérie, sans savoir si vous la reverrez jamais ? Ensuite, pendant le cours de la guerre, vous paraît-il bien doux et bien agréable de camper quelquefois au milieu des neiges sous une simple toile, de faire des marches et des contre-marches continuelles, souvent par des chemins affreux ; d’essuyer tantôt un froid excessif, tantôt une chaleur accablante ; de passer les nuits entières à la belle étoile, quelque temps qu’il fasse ? Mais ce ne sont là que des bagatelles. Lorsque pendant un siège vous êtes commandé pour la tranchée ou pour l’assaut ; lorsque dans un jour de bataille vous êtes chargé d’attaquer l’ennemi ou de garder un poste exposé à tout le feu de son artillerie, sans qu’il vous soit permis de faire aucun mouvement ; en un mot, lorsque les balles, les boulets, les bombes, les grenades sifflent à vos oreilles, éclatent à vos côtés, renversent tout ce qui vous entoure, et vous menacent à chaque instant du même sort, sans parler des baïonnettes, des sabres, des épées que vous voyez briller devant vous, et qu’il faut affronter ; n’êtes-vous pas plus à plaindre que le plus misérable capucin ? Ce capucin, quelque rude que soit son régime, du moins ne risque point sa vie ; il ne risque pas même d’être blessé ou estropié. Et combien d’officiers reviennent dans leurs foyers, couverts de blessures, quelquefois même privés d’une partie de leurs membres !
– Et comptez-vous pour rien, reprit vivement l’officier, la gloire que l’on acquiert en s’exposant à tant de dangers pour son prince et pour sa patrie ? C’est le désir et l’espérance de cette gloire qui nous soutiennent, et qui nous font braver mille morts.
– Je m’attendais à cette réponse, répliqua le capucin, mais je la tourne contre vous ; car, en menant une vie bien plus dure que la nôtre, vous ne vous proposez pour récompense de vos travaux, de vos dangers, de vos blessures, qu’une gloire temporelle ; au lieu que, si le capucin se fait violence et se mortifie, c’est pour s’en assurer une éternelle. Donc, sous ce second rapport, vous êtes encore plus à plaindre que lui. »

Toute la compagnie convint que le raisonnement du Père était juste ; et l’officier n’y répondant pas d’une satisfaisante, on changea de discours. Combien de gens sur la terre à qui il en coûte plus. Je ne dis pas pour faire une fortune brillante, mais pour gagner du pain, qu’il ne leur en coûterait pour gagner le ciel ! Combien seraient de grands saints, s’ils faisaient pour plaire à Dieu et pour leur salut ce qu’ils font pour plaire au monde et pour leur bien-être temporel !

Que cet homme se condamne, pour expier ses péchés, au régime austère, à l’abstinence vigoureuse, aux privations de toute espèce, dont il a porté le joug pendant dix ans pour rétablir sa santé, et je le mettrai au rang des plus saints anachorètes.

Que cette jeune femme donne tous les jours à la prière, à la méditation des vérités saintes, à la lecture des livres de piété, autant de temps qu’elle en a donné jusqu’ici au soin de sa parure ; qu’elle s’impose des mortifications qui équivalent seulement à l’ennui, à la gêne, à la contrainte, au martyre d’une toilette complète ; et je la regarderai comme une personne d’une haute vertu.

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L’avare

Il y avait dans une certaine ville un fameux avare qui donnait tous les jours au public les scènes les plus révoltantes. Il avait été marié, et sa femme, qui détestait l’avarice, avait eu soin de bien monter la garde-robe de son cher époux. Elle mourut sans lui avoir donné d’enfants. Dès quelle eut les yeux fermés, ce misérable se livra sans contrainte à sa passion. Il voulut d’abord se défaire de tous ses habits et de tous ses meubles : mais, comme on ne lui en offrit pas assez au gré de sa cupidité, il prit le parti de serrer tout bien soigneusement, en attendant l’occasion d’une vente plus avantageuse ; et il se promit bien de ne s’en point servir, de peur d’en diminuer la valeur. En effet, on le voyait parcourir la ville avec une souquenille sale et déchirée, des bas troués, des souliers percés, un vieux feutre jadis noir, une perruque qu’un cheval lui arracha un jour de dessus la tête, la prenant pour du foin ; tandis qu’il avait chez lui et souliers, et chapeaux, et perruques, et habits à choisir. La rigueur de la saison ne changeait rien à son costume : aussi essuyait-il souvent des rhumes affreux. Mais ne croyez pas qu’il y apportât quelque remède : il aimait mieux tousser jour et nuit à se déchirer la poitrine, que d’acheter la moindre chose pour se soulager. On le voyait quelquefois tout gelé : il se réchauffait au soleil, ou bien en montant et descendant l’escalier du galetas où il s’était confiné ; et il épargnait ainsi son bois. Pour épargner pareillement son linge, il n’en portait jamais quoique ses armoires en fussent pleines. Il était maigre, sec, hâve à faire peur, parce qu’il se laissait mourir de faim. Il couchait toutes les nuits sur la paille, pour ménager un très bon lit et de très beaux draps qu’il avait. Il ne s’asseyait jamais sur ses chaises de peur de les user. La vie misérable qu’il menait lui avait causé des plaies et des ulcères dont il était fort incommodé ; mais il n’avait garde d’y remédier ; il lui en aurait coûté de l’argent.

Voilà sans doute, mes enfants, une conduite bien absurde et bien ridicule. Cependant tel qui la condamne va être convaincu de l’imiter. Vous dites que cet homme est bien fou de préférer ses habits et ses meubles à son corps. Et vous, l’êtes-vous moins de préférer votre corps à votre âme ? Où plutôt ne l’êtes-vous pas infiniment davantage , puisque l’âme est infiniment plus par rapport au corps, que le corps par rapport à tout ce qui sert à le vêtir et à l’entretenir ?

Vous vous récriez contre ma supposition, et vous prétendez aimer beaucoup plus votre âme que votre corps.

1) Lorsque votre corps est attaqué de quelque maladie, ou qu’il a reçu quelque blessure, ou qu’il éprouve seulement quelque incommodité, vous avez recours aussitôt au médecin, au chirurgien ; vous faites des remèdes ; vous vous assujettissez à un régime ; vous vous privez des choses qui vous flattent le plus ; vous vous soumettez à celles dont vous avez le plus horreur. En usez-vous ainsi à l’égard de votre âme ? Recourez-vous au médecin, au chirurgien spirituel, dès que votre âme est blessée par le péché, dès qu’une passion déréglée l’a fait tomber dans une maladie grave ? Hélas ! Ne laissez-vous pas vieillir et s’envenimer ses plaies sans y mettre aucun appareil ? Ne languit-elle pas pendant des années entières dans les maladies les plus dangereuses, sans que vous songiez à y apporter remède ! Ne négligez-vous pas toutes les précautions qui seraient nécessaires pour la conserver en santé, ou pour la garantir de rechutes après la guérison ? Donc vous aimez plus votre corps que votre âme.

2) Vous avez bien soin de nourrir votre corps ; vous ne voulez pas qu’il souffre de la faim ni de la soif ; souvent même vous vous affranchissez des lois de l’abstinence et du jeûne, de peur qu’il ne perde quelque chose de son embonpoint ; et vous ne vous inquiétez point de l’état où votre âme est réduite par le défaut de nourriture spirituelle. Privée de la parole de Dieu et du pain eucharistique, qui la soutiendraient et lui donneraient des forces, elle tombe en défaillance, et vous n’en avez aucune pitié. Donc vous aimez plus votre corps que votre âme.

3) Vous êtes très attentifs à fournir à votre corps des vêtements commodes et élégants : vous, en particulier, jeunes personnes du sexe, quelle étude ne faites-vous pas de tout ce qui peut contribuer à parer ce corps dont vous êtes idolâtre ! Quelles dépenses, quels soins pour relever ses grâces et cacher ses défauts, pour le décorer de tout l’attirail de la vanité, de tous les colifichets (futilités) à la mode ! Combien la tête seule ne coûte-t-elle pas d’embarras, de peines, de tourments, pour varier sans cesse et la matière et la forme des ornements dont on la surcharge ! Êtes-vous aussi soigneuses de parer votre âme, de conserver sans tache cette robe d’innocence dont elle a été revêtue sur les fonts sacrés, et d’y ajouter les ornements de l’humilité, de la modestie, de la charité, de la piété, en un mot de toutes les vertus chrétiennes ? Non sans doute. Donc vous aimez plus votre corps que votre âme.

4) Si pour goûter un plaisir criminel il devrait vous en coûter la vie corporelle, ou seulement l’amputation d’un de vos membres, vous ne voudriez pas faire un tel sacrifice ; et vous sacrifiez la vie votre âme ! Donc vous aimez plus votre corps que votre âme.

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Aristhène, ou le faible vengé

Un philosophe, nommé Aristhène, passant tranquillement, dans la grande rue de Thèbes en Béotie, se sentit frappé d’un coup de pierre. Il se retourna aussitôt, et alla droit à celui qui lui avait lancé la pierre : mais voyant que c’était un jeune artisan vigoureux et résolu, il tira de sa poche une petite pièce d’argent, et la lui donna, en disant :
« Excusez, mon ami, si je ne vous donne que cela pour le service que vous venez de me rendre ; si j’étais plus riche, je vous récompenserais mieux ; mais, ajouta-t-il, voilà un monsieur qui marche devant nous : si vous lui rendiez le même service, il n’y a pas de doute qu’il ne vous payât comme il faut, et pour lui et pour moi. »

Ce monsieur, au reste, c’était le roi lui-même, c’était le fameux Epaminondas, le plus grand guerrier, le plus habile capitaine de toute la Grèce. Il se rendait de son pied au palais, accompagné seulement de deux officiers généraux, et précédé de six hallebardiers. Notre jeune Béotien, attiré par l’appât du gain, se laissa persuader. Il ramasse une pierre, court vers Je monsieur, et, quand il fut à portée, il lui lança la pierre dans le dos, et resta là, attendant sa récompense. Il la reçut. Deux hallebardiers se détachèrent, et, après quelques coups de hallebarde qu’ils lui déchargèrent sur les épaules, ils le conduisirent aux prisons royales. Notre philosophe ne manqua pas de se trouver sur le passage. Quand le jeune homme le vit :
« Ah ! perfide, lui cria-t-il, vous m’avez trompé ; voyez la belle récompense qu’on me donne.
– Tu l’as telle que tu l’as méritée, répliqua le philosophe. C’est toi, insolent, qui t’es trompé, en croyant que tu pouvais insulter impunément les passants, et jeter la pierre à d’honnêtes gens qui ne te disaient rien, et qui ne t’avaient jamais fait aucun mal. Ne te l’avais-je pas dit que ce monsieur te payerait pour lui et pour moi ? »

Le jeune homme, avouant sa faute, voulait prier le philosophe d’intercéder pour lui auprès du roi ; mais on ne lui en donna pas le temps : on le traîna aux prisons, où il subit le dernier supplice. Il y a ici trois choses à observer :

1) La ruse du philosophe. Le Chrétien faible et opprimé n’a pas besoin de l’employer : la chose est réglée. Tout le mal qu’on lui fait est fait à son Roi. Tout ce qu’il lui reste à faire, c’est de prendre patience, de se réjouir de la récompense qui lui est promise, et de prier pour celui qui la maltraite, afin que, par un sincère repentir une juste réparation, il détourne de dessus sa tête les sévères châtiments que le Roi de l’éternité lui prépare.

2) La bêtise du Béotien. Vous vous regardez sans doute comme bien plus sage que lui, et vous vous flattez que vous n’auriez jamais donné dans le panneau où il donna : je le crois. Je crois bien que vous ne voudriez pas faire à un grand, à un homme en place et capable de se venger, ce que vous faites tous les jours aux petits et à ceux dont vous ne craignez rien, mais vous êtes plus fou que ce stupide Béotien, puisque vous savez bien que tout le mal, toute l’injustice, toute la peine, tout le chagrin que vous faites au moindre de ces petits, vous le faites au Roi du Ciel, puisqu’il a déclaré qu’il se le tenait comme fait à lui-même.

3) La rigueur du supplice. Si la punition vous paraît exorbitante, songez qu’une offense légère, si elle est faite à un roi, devient énorme, et mérite le plus sévère châtiment. Craignez donc d’offenser le moindre de vos frères, puisque ce serait offenser le Roi même du Ciel, qui a, pour vous punir, des cachots de feu, et d’un feu éternel. Au contraire, empressez-vous de donner à vos frères tous les secours dont vous serez capable, de leur faire tous les plaisirs que vous pourrez ; parce que tout le bien que vous leur ferez, le Roi du Ciel a déclaré qu’il se le tiendrait comme fait à lui-même : et c’est sur ce pied-là qu’il le récompensera d’une félicité et d’une gloire éternelle.

Oh ! Que cette vérité doit nous inspirer de douceur, de patience, d’égard, de condescendance et de charité envers notre prochain !

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Le microscope

Le cardinal de Sfrondrate, auteur célèbre de l’ordre de saint Benoît, rapporte un fait comique arrivé à la mort d’un Jésuite allemand. Ce Jésuite, nommé le père Tanner, homme également pieux et savant, allait de Prague à Inspruck, pour prendre l’air natal, et tâcher de rétablir sa santé. Le voyage acheva de le déranger, et il mourut en route, dans un bourg ou village qu’on ne nomme point. La justice du lieu se rendit aussitôt dans la maison ou il était mort. En faisant l’inventaire de son bagage, on y trouva une petite boîte, que sa structure extraordinaire fit d’abord regarder comme mystérieuse et suspecte ; car elle étoit noire et composée de bois et de verre. Mais on fut bien plus surpris, lorsque le premier qui regarda dans la boîte par le verre d’en haut, s’écria tout effaré et en reculant de quatre pas : « Abrenuntio tibi , Satana » (Je renonce à toi, Satan). Autant en dirent tous ceux qui regardèrent après lui. Effectivement ils virent dans cette boîte un animal vivant, noir, énorme, épouvantable, avec des cornes menaçantes et d’une longueur prodigieuse. On était saisi d’effroi, et on ne savait que penser d’un monstre si horrible, lorsqu’un jeune homme, qui ne faisait que d’achever son cours de philosophie, fit observer à l’assemblée que la bête qui était dans la boîte était beaucoup plus grosse que la boîte elle-même ; que dans le cas présent, le contenu était plus grand que le contenant, ce qui était contraire à tout principe de physique, et ne pouvait, ajouta-t-il, se faire naturellement : d’où il concluait que l’animal de la boîte n’était pas un animal matériel, et que ce devait être un esprit sous la forme d’un animal. Tout le monde applaudit à cette remarque, et il n’y en eut aucun qui ne fut persuadé que c’était le diable en personne qui était dans la boîte. Pour celui qui avait cette boîte et la portait avec lui, on en concluait, avec la même évidence, qu’il ne pouvait l’avoir qu’à mauvaise fin, et ne pouvait être qu’un sorcier et un magicien. Le bruit de cet événement diabolique ne tarda pas à se répandre. Tout le bourg accourut à la maison. Chacun voulut regarder dans la boîte, et tous se disaient les uns aux autres avec frayeur et étonnement : « Aujourd’hui nous avons vu le diable. »

Tandis qu’on montrait la boîte au peuple, pour satisfaire sa curiosité, le juge, de son côté, instrumentait. Il condamna le mort à être privé de la sépulture ecclésiastique, et laissa un ordre au curé de faire un exorcisme de l’église, pour faire sortir le démon de la boîte et le chasser hors de tout le pays. La sentence du juge ne s’étendait pas plus loin ; mais les politiques du village poussaient leurs réflexions bien au-delà. La magie du père Tanner devait, selon eux, être regardée commune à tous ses confrères, et une sentence de proscription générale, aurait dû les renfermer tous, suivant cet oracle de Virgile : « Crimine ab uno disce omnes » (Par le crime d’un seul connaissez-les tous).

Dans le temps que tout le monde était occupé de cette merveille, ou plutôt de ce scandale, que chacun en raisonnait à sa façon, et que les esprits étaient dans une agitation et une fermentation inexprimables, voilà qu’un philosophe prussien passa par ce village. On ne manque pas de le régaler de la nouvelle du jour : mais quand il entendit parler d’un Jésuite sorcier et d’un diable enfermé dans une boîte, il se moqua et de la nouvelle et des nouvellistes. Cependant les notables de l’endroit étant venus le saluer, ils le prièrent instamment de venir voir lui-même de ses yeux les faits étonnants qu’il ne pouvait croire sur leur rapport. Il ne put se dispenser de céder à leurs instances : mais quand on lui montra la boîte magique, il jeta un grand éclat de rire. « Est-il possible, s’écria-t-il, que dans ce pays-ci on ne connaisse pas encore la nouvelle invention du microscope ? C’est un microscope, vous dis-je, c’est un microscope. »

Mais on ne savait ce qu’il voulait dire ; le terme était aussi inconnu que la chose ; il commençait même à devenir suspect à plusieurs, et on l’eut pris lui-même pour un sorcier s’il ne se fût pressé de détruire le charme et de dissiper le prestige. Il prit donc la boîte, et en ôta le couvercle, dans lequel la lentille était enchâssée, et, ayant renversé la boîte, on en vit sortir un petit cerf-volant qui se promena sur la table. Le philosophe expliqua ensuite ce mystère d’optique, qu’il mit à la portée des spectateurs. Alors une nouvelle admiration succéda à la première, et l’animal sur la table parut aussi risible qu’il avait paru épouvantable dans la boîte. Alors les soupçons se dissipèrent : le juge déchira sa sentence, la mémoire du père fut rétablie, et chacun en riant s’en retourna dans sa maison. Il se trouva pourtant là une sorte d’honnêtes gens qui publièrent partout l’aventure du père Tanner, ne parlant que de la boîte et de la sentence du juge, sans faire mention ni du philosophe ni du microscope.

Cette histoire, toute ridicule qu’elle est, nous fournit une instruction bien sérieuse, qui devrait nous corriger sur trois défauts.

1) Sur notre précipitation à juger mal d’autrui. Nous ne voyons les défauts des autres que dans un microscope qui grossit étonnamment les objets. Ce microscope est notre cœur, et la lentille notre propre malignité. Qu’est-ce que tous ces crimes, ces horreurs, ces monstres que nous voyons dans le prochain ? C’est un chef-volant dans le microscope. Ôtez la lentille ; et il ne restera tout au plus que quelque ridicule, digne de compassion et d’indulgence.

2) Sur notre facilité à croire le mal qu’on dit d’autrui. Soyez bien persuadé que ceux qui disent du mal d’autrui, n’en parlent que d’après le microscope. S’ils parlent de ce qu’ils ont vu, ils ont vu dans le microscope. S’ils parlent d’après les autres, c’est microscope sur microscope. Plus un fait est répété par plusieurs bouches, plus il est dénaturé et augmenté, plus les microscopes sont multipliés. Ôtez toutes ces lentilles, que trouverez- vous ? Un cerf-volant dans le microscope.

3) Sur notre démangeaison à rapporter le mal que nous savons d’autrui. Ne soyez pas d’assez mauvaise foi pour parler de l’animal monstrueux dans la boîte, sans parler du microscope, ou, si vous ne vouez pas parler du second, ne parlez donc pas du premier, qui n’en vaut pas la peine, et laissez-le pour ce qu’il est, un cerf-volant dans le microscope. Hélas ! Qu’il y a encore de pays, de villes et de maisons où l’on ne connaît pas l’invention et l’illusion du microscope !

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Marianne ou l’orpheline parvenue

Un gentilhomme, nommé Rodolphe, étant resté veuf et sans enfants, et se voyant sur le retour de l’âge, se retira dans une de ses terres, pour s’y adonner aux bonnes œuvres, et n’y penser qu’à son salut. Il avait coutume, à une certaine heure du jour, de se rendre à la porte du château, avec des domestiques qui portaient de la soupe, de la viande, du pain et de l’argent, et lui-même distribuait l’aumône aux pauvres qui se présentaient. Parmi ceux-là était une jeune fille de onze ans, nommée Marianne, qui, toutes les fois qu’elle avait reçu son aumône, baisait la main qui la lui avait donnée. Comme elle était la seule qui témoignât ainsi sa reconnaissance, cela la fit remarquer, et Rodolphe avait soin d’augmenter son aumône. L’ayant même considérée plus attentivement, il lui trouva de la beauté, malgré les haillons dont elle était couverte. Il faut, se dit-il à lui-même, que cette petite ait des sentiments, puisqu’elle me témoigne ainsi sa reconnaissance ; et je veux lui faire du bien. Il convient néanmoins, ajouta-t-il, que je la mette à quelque épreuve. Le lendemain, Marianne s’étant présentée à l’ordinaire, Rodolphe donnait à tous ceux qui étaient auprès d’elle, et ne lui donnait rien. Quand il n’y eut plus qu’elle, Rodolphe dit :
« Il n’y a plus rien ; tout est donné. »

La petite ne laissa pas de s’avancer et de baiser la main. Cela est bien, dit Rodophe en lui-même ; mais nous verrons demain. Le lendemain il la passa encore ; et quand il n’y eut plus qu’elle, il prit un air fâché, et lui dit d’un ton brusque :
« Il n’y en a pas d’avantage. »

La petite ne laissa pas de s’avancer encore et de lui baiser la main. Rodolphe était enchanté. Assurément, dit-il, il m’en coûte de mettre cet enfant à une troisième épreuve, mais aussi, si elle la soutient, il n’est point de bien que je ne lui fasse. Le lendemain, même cérémonie : on passa Marianne, on donna aux autres, et quand il n’y eut plus qu’elle :
« Mon enfant, lui dit Rodolphe, il n’y a plus rien. »

La petite s’avança à son ordinaire, et lui baisa la main. Alors Rodolphe lui dit :
« Ma fille, suivez les domestiques, allez à la cuisine, et on vous y donnera à dîner.
– Seigneur, reprit la petite, ce n’est pas tant pour moi que je demande, que pour une bonne femme chez qui je suis, et qui m’a élevée : j’aimerais bien mieux ne point dîner, et que vos domestiques me donnassent de quoi lui porter.
– Eh bien, ma chère enfant, reprit Rodolphe, allez toujours dîner : quand vous aurez dîné, je vous parlerai, et je vous ferai donner de quoi porter à votre bonne femme. »

Lorsque la petite eut dîné, Rodolphe descendit lui-même à la cuisine, et, s’y étant assis, il fit entrer Marianne, qui se tenait à la porte.
« Marianne, lui dit-il, qu’avez-vous pensé de moi ces deux derniers jours que je ne vous ai rien donné ?
– Seigneur, dit-elle, je n’ai rien pensé.
– Non, dit Rodolphe, je veux absolument que vous me disiez qu’elles ont été vos pensées.
– Seigneur, lui dit-elle, puisque vous me l’ordonnez, je vous le dirai. J’ai pensé que si cela arrivait par hasard, c’était la volonté de Dieu, et qu’il fallait prendre patience ; que si, au contraire ; c’était monseigneur Rodolphe qui le fît exprès, c’était bon pour moi ; qu’il avait ses desseins, et qu’ils me seraient avantageux.
– Mais, reprit Rodolphe, quand le second jour je parus fâché, et que je vous parlai brusquement, que pensâtes-vous ?
– Seigneur, dit-elle, cela me confirma dans l’idée que monseigneur le faisait exprès : j’en fus bien-aise, et j’en espérais bien.
– Est-il possible, s’écria Rodolphe en regardant ses domestiques, qui étaient attentifs à cet entretien, est-il possible que de telles pensées tombent dans l’esprit d’un enfant de cet âge ? Mais, ajouta-t-il, en parlant à la petite, si j’avais continué ainsi pendant longtemps ?
– Seigneur, dit-elle, j’aurais toujours espéré.
– Allez, ma chère fille, dit Rodolphe, portez à dîner à votre bonne femme, et dites-lui que quand elle aura dîné, je veux lui parler, qu’elle vienne ici, et vous, venez avec elle. »

Il n’est pas nécessaire d’entrer dans le détail de tout ce qui arriva après. La vérité de l’histoire aurait ici un air de roman : il suffit de savoir que Rodolphe apprit par cette femme que Marianne était fille d’un gentilhomme de ses amis, qui était mort de chagrin pour la perte d’un procès que lui avaient fait les héritiers de sa femme, et qui l’avaient ruiné. Rodolphe retira la bonne femme chez lui, fit élever Marianne selon sa condition, l’aima comme sa fille, et quelques années après, il la maria à son neveu, et la fit son héritière.

Que cette histoire est tendre ! Fixons-y un moment nos regards, et tirons-en quelque instruction. Dans la bonté de Rodolphe, voyons une légère image des bontés de Dieu et de ses desseins à notre égard ; et, dans la conduite de Marianne, voyons celle que nous devons tenir à l’égard de Dieu.

Dieu nous donne à tous abondamment, remercions-le. S’il donne à quelques-uns plus qu’à vous, remerciez-le, et baisez sa main ; s’il se montre sévère à votre égard, remerciez-le, et baisez sa main. Soyez persuadé que, dans toutes les afflictions qu’il vous envoie, il a ses desseins, et qu’ils sont tous à votre avantage : baisez sa main. Saint Paul nous a donné un excellent abrégé de la vie spirituelle, en nous recommandant de remercier Dieu de tout par notre Seigneur Jésus-Christ. Ce qui tarit pour nous la source des biens et des grâces, c’est notre ingratitude. Ne savez- vous pas, dit saint Pierre, que le fruit de votre patience, c’est l’héritage céleste ? Si donc vous voulez parvenir, soyez reconnaissant. C’est par la reconnaissance que vous parviendrez à avoir Dieu pour père, et Jésus-Christ pour époux, et le Ciel pour héritage.

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Les dévots de Marie

Ce ne sont point des miracles que je vais vous raconter : peux-être n’oseriez-vous en espérer en votre faveur. Je vous rapporterai seulement des effets sensibles de la protection de la sainte Vierge, tels que, sans témérité, chacun peut en attendre ; et, pour animer encore plus votre espérance, je ne vous citerai que trois sortes de personnes, dont la dévotion n’est pas ordinairement au-dessus de toute imitation ; savoir : un matelot, un soldat, un écolier, auxquels j’ajouterai, mais non pas comme exemple, un libertin de profession et une vieille huguenote.

Le Matelot

Un convoi de dix à douze barques napolitaines portait à Venise, par la mer Adriatique, plusieurs sortes de denrées. On arriva un soir dans une petite anse, où l’on résolut de passer la nuit. On était vis-à-vis de Notre-Dame de Lorette, et le lendemain c’était une fête de la Vierge. L’équipage fut touché de la circonstance, du peu et du temps, et souhaita d’aller le lendemain matin entendre la Messe à Notre-Dame de Lorette dont on n’était éloigné que de deux à trois lieues. Le patron qui conduisait le convoi s’opposa à ce pieux dessein, disant que les vaisseaux turcs rôdaient dans le golfe, et qu’ils ne manqueraient pas de venir enlever leurs barques, tandis qu’eux s’amuseraient à satisfaire leur dévotion. Alors un matelot, nommé Antonio, prit la parole et dit :

« Mon capitaine, il n’y a point de danger que, tandis que nous serons occupés au service de la sainte Vierge, il puisse nous arriver rien de fâcheux. Mais, ajouta-t-il, faites mieux : allez-vous-en tous demain matin à Lorette, et me laissez seul à la garde des barques : je me fais fort de les défendre contre les Turcs, s’ils osent les attaquer. Sachez, ajouta-t-il d’un ton animé, que sous la protection de la sainte Vierge, je ne craindrais pas toutes les foires réunies de l’empire ottoman. Cette saillie fit rire tout le monde, et le capitaine consentit à la proposition d’Antonio. Le lendemain, avant qu’il fût jour, tout l’équipage partit pour Lorette ; il ne resta qu’Antonio pour garder les barques. Tandis qu’il se promenait, fumant sa pipe, il aperçut au point du jour quelques voiles, qui étaient fort éloignées. Le jour croissant, et les voiles s’approchant, il reconnut que c’étaient des voiles turques. Quelque temps après, il les vit distinctement ; et compta vingt bateaux de force, et il ne douta pas, à la manœuvre, que cette petite flotte ne vint à lui pour l’envelopper et l’enlever.

Antonio, se dit-il à lui-même, c’est ici qu’il faut montrer de la tête et du courage ; mais, après tout, que puis-je faire seul contre tant de monde ? Sainte Vierge, c’est à vous à m’inspirer et à me soutenir. Ne permettez pas que ma confiance en vous se trouve vaine, et que ce jour, qui vous est consacré, imprimé une tache à votre saint Nom. En achevant ces mots, il prend son parti, et, comme un autre Coclès (héros romain), il va se placer à la tête du pont, c’est-à-dire, dans la dernière barque, la plus exposée du côté des Turcs. Là il se couche et se tapit auprès du bordage, tenant une hache à la main, et il disait en lui-même : « Je suis toujours bien sûr que le premier Turc qui entrera dans cette barque, je lui fais sauter la tête ; il en sera après ce qu’il pourra. En disant ces mots, il sent que la barque est ébranlée. C’était un Turc, qui s’étant approché, avait mis la main sur le bord, et attirait la barque à lui. Antonio se lève sur ses genoux, et d’un grand coup de hache, coupe le poignet à ce Turc, dont la main tomba dans la barque. Antonio se tapit de nouveau, et attend qu’il en vienne un second. Mais le Turc mutilé poussa un cri effroyable, et jeta l’épouvante dans toute la flotte. C’est, disait-il un piège qu’on nous tend ici : ces barques sont pleines de gens armés qui se cachent pour nous surprendre. Fuyons, fuyons avant qu’ils viennent nous attaquer. Antonio, qui savait un peu de turc, entendant ces paroles, ne put s’empêcher de rire. Il leva la tête, et vit que les Turcs étaient déjà bien loin. Il remercia sa puissante Libératrice, et attendait avec impatience le retour de ses compagnons. Ceux-ci approchaient, mais ils étaient de leur côté dans la plus grande désolation. En revenant de Lorette, ils découvrirent d’une hauteur la flotte turque qui se retirait, et ils ne doutèrent point qu’elle n’emmenât Antonio avec toutes les barques. Le capitaine se désespérait, et les matelots consternés se rendaient avec lui au rivage, uniquement pour voir le lieu où ils avaient laissé leurs barques, qu’ils n’espéraient plus revoir. Mais quelle fut leur surprise, lorsqu’en arrivant ils virent toutes leurs barques, et Antonio qui chantait et dansait, portant sa hache haute, à laquelle pendait une main ensanglantée. Ils ne savaient ce que cela voulait dire ; mais Antonio leur expliqua tout, et tous ensemble se mirent à chanter les Litanies de la sainte Vierge, pour la remercier d’une si éclatante victoire.

Mettons, comme ce généreux matelot, notre confiance en la sainte Vierge, afin qu’elle mette en fuite les ennemis de notre salut ; mais aussi, comme lui, combattons vaillamment, et dès le commencement de l’attaque, mettant on œuvre la prudence et la force, portons-leur des coups qui les étonnent, leur fassent lâcher prise, et leur ôtent pour toujours l’envie de nous attaquer.

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Pierre l’imbécile

Un paysan, nommé Pierre, qui n’avait vu que son village fut averti que son frère était mort sans enfants dans la capitale de la province, et qu’il laissait un bien considérable ; qu’il eût à se présenter au plutôt pour recueillir cette riche succession. À cette nouvelle, maître Pierre prend son bâton un beau matin et se met en chemin. Il n’eut pas fait deux lieues, qu’il rencontra une rivière : c’était la première qu’il eut vue de sa vie ; il n’avait vu chez lui que des torrents, qui ne mettaient pas plus de temps à se dissiper qu’à se former. Quand il vit cette rivière large et profonde :

« Oh, oh, dit-il, voilà bien de l’eau ! Il faut qu’il ait bien plu dans ce pays-ci, tandis que chez nous on se plaint de la sécheresse. Je l’avais bien ouï-dire, que le temps n’était pas le même partout : voilà comme on apprend en voyageant. Que faire cependant, continua-t-il, il faut bien attendre que cette eau passe. Ce qui lui persuadait que l’eau serait bientôt écoulée, c’est que la rivière faisant un coude du côté que l’eau venait, il ne voyait de ce côté-là que très-peu d’eau ; d’ailleurs il observait que l’eau coulait rapidement. Sur ces observations notre imbécile prit le parti de s’asseoir, et d’attendre que l’eau fût écoulée. »

Le batelier qui était de l’autre côté de la rivière, voyant cet homme assis, avança son bateau, et, étant près de terre :
« Ne voulez-vous pas passer la rivière, lui dit-il ?
– Oui, répondit le paysan.
– Eh bien, reprit l’autre, montez donc dans le bateau.
– Oh ! répliqua notre homme, je ne suis pas si pressé que je veuille exposer ma vie dans votre bateau : j’ai bien le moyen d’attendre.
– Tant qu’il vous plaira, dit le batelier qui crut que cet homme se moquait de lui. »

Cependant il se présenta d’autres passagers qui s’embarquèrent. Pierre admirait leur témérité, et continuait d’attendre que l’eau fût écoulée pour passer à son aise : mais la rivière coulait toujours.

Il attendit ainsi jusqu’au soir : mais, voyant que la nuit approchait, il remit la partie au lendemain, et retourna chez lui, ne doutant point que le lendemain la rivière ne fût à sec. Il revint le lendemain, et la rivière coulait encore, Il revint trois jours après, et la rivière coulait encore.

« Assurément, dit-il, quelque sorcier se met de la partie, et je vois bien que cette succession n’est pas pour moi. »

Dans son dépit, il céda tous ses droits à Jacques, son cousin, qui fut plus loin que lui, qui passa la rivière en bateau, recueillit la succession, et revint fort riche dans son village où il fut un gros monsieur, tandis que le maître Pierre resta dans sa cabane et dans sa misère, et ne retira de sa succession que le surnom d’imbécile : car depuis que l’on sut son aventure, on ne l’appela plus que Pierre l’imbécile.

Qui s’imaginerait que la plupart des hommes, au regard de l’héritage céleste qu’ils ont à recueillir, tombent dans la même folie que le paysan dont nous venons de parler ? Car examinez les pécheurs ; et tous ceux qui mènent une vie peu chrétienne et peu fervente, et vous verrez que tous attendent que la rivière s’écoule. On attend d’abord que la jeunesse passe, que le feu des passions s’amortisse, ensuite on attend qu’on soit établi, qu’on soit en un état fixe et tranquille : ensuite on attend que cet embarras soit fini, que cette affaire soit terminée, et ainsi on attend toujours un temps propre pour se donner à Dieu, et on ne le trouve jamais. On attend qu’il ne se présente aucun obstacle à son salut ; on attend que ceux qui se présentent soient passés : c’est attendre que la rivière s’écoule. Les obstacles au salut se succèdent sans cesse, et forment une rivière d’un cours perpétuel, et dont la source est intarissable. C’est par-dessus ces obstacles qu’il faut passer : c’est malgré ces obstacles qu’il faut aller ; c’est par le moyen de ces obstacles qu’il faut avancer.

Voyez combien traversent la rivière et continuent leur route ; imitez-les : dès aujourd’hui, commencez. Si vous différez, si vous attendez une occasion plus favorable, vous attendez que la rivière s’écoule. Insensé ! Un autre vous supplantera, et vous aurez le désespoir de le voir en possession d’un héritage qui était pour vous.

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Le voyageur malheureux

Un jeune homme, traversant une forêt, n’y eut pas marché quelque temps qu’il fut assailli par un monstre épouvantable, qui, sur un corps de lion, portait sept grosses têtes de serpent. L’animal, au sortir de sa caverne, vint droit à lui, avec des yeux étincelants, élevant ses sept têtes, dardant ses sept langues, et faisant retentir l’air de ses horribles sifflements. Le jeune homme, qui était fort et courageux, ne se déconcerta point à cette vue. Il n’avait d’autres armes qu’une hache qu’il portait pendue à sa ceinture, selon l’usage du pays. Il la saisit, court à la bête, et du premier coup qu’il lui porta, il lui abat quatre têtes ; d’un second coup il lui en abat deux, et du troisième il eût sans peine abattu la dernière et remporté une signalée victoire, sans le déplorable accident qu’il lui arriva. Cet accident fut qu’au second coup qu’il donna, la hache lui échappa de la main, sans qu’il pût avoir le temps de la ramasser. Car la bête irritée de six plaies qu’elle avait reçues, se jeta sur lui avec furie, le mordit, le piqua, le déchira et l’emporta avec elle. Le misérable faisait d’inutiles efforts ; il poussait des hurlements affreux, il criait au secours, demandait que du moins on lui rendît sa hache ; mais personne ne l’entendait. La bête l’entraîna tout vivant dans sa caverne, où il servit de pâture à elle et à ses petits.

Comprenez-vous bien le sens de cette parabole ?

1) Ce monstre, c’est le démon et les sept péchés capitaux qu’il faut combattre courageusement avec les armes de la foi.

2) Il ne suffît pas d’abattre six têtes à ce monstre : si vous lui en laissez une, vous êtes perdu. Que vous sert-il d’être exempt de plusieurs passions, si vous en gardez une ? Le plus souvent ce n’est qu’un vice qui damne les hommes. Examinez si, en combattant le lien infernal, vous ne lui avez point laissé une tête qui suffit pour vous dévorer. Votre victoire est vaine, si elle n’est entière.

3) Il faut persévérer jusqu’à la fin, combattre jusqu’à la mort. N’allez pas vous lasser dans ce combat ; ne laissez pas échapper la cognée de vos mains ; n’abandonnez pas la prière, l’examen, les Sacrements, les pratiques de mortification et de pénitence : le démon profiterait de votre négligence pour vous faire mille plaies ; et si vous venez à mourir dans cet état, il vous entraînerait avec lui dans les enfers, où vous seriez éternellement sa proie et le jouet de tous les démons. En vain alors vous gémiriez, vous imploreriez du secours, vous demanderiez le temps que vous auriez perdu, les grâces dont vous auriez abusé, les moyens que vous auriez négligés, personne ne vous entendrait, et rien ne vous serait rendu. C’est maintenant, tandis que vous les avez, qu’il faut en profiter.

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La belle Julie

Un gentilhomme ruiné n’avait qu’une fille nommée Julie, et surnommée la Belle, à cause de sa rare beauté. C’était l’assemblage de toutes les perfections, tant pour le corps que pour l’esprit et le caractère. Ses charmes lui attiraient un grand nombre de courtisans ; mais sa pauvreté écartait tous ses prétendants. Il ne se présenta, pour la demander en mariage, que le fils d’un riche paysan. Ce paysan s’appelait Brechet ; mais son fils était plus communément nommé le Noir, ou le Vilain, ou le Méchant. Tous ces noms lui convenaient, et exprimaient parfaitement les qualités de son corps et de son âme. Il était courtaud et trapu ; il avait les jambes grêles et recourbées en dedans, la poitrine élevée, les épaules grosses, la tête allongée en pointe, le teint noir et le visage défiguré de plus d’une façon. Il avait à la joue gauche une longue cicatrice d’une blessure qu’il avait reçue dans une querelle. La petite vérole lui avait labouré et gercé tout le visage, lui avait fait perdre l’œil gauche, avait bordé l’œil droit d’un rouge très-vif, et lui avait laissé sur ce même côté du front une large croûte horrible à voir. Le caractère du galant répondait à une si belle figure. Le jeune Brechet était grossier, brutal, colère, querelleur, avare, insolent, orgueilleux, débauché, jureur, ivrogne et jaloux. En un mot, il avait toutes les qualités dont une seule peut rendre un homme odieux et sa femme malheureuse. Tel était celui qui prétendait épouser la belle Julie. Quand le père de Julie lui en fit la première proposition, elle tomba évanouie, et on eut bien de la peine à la faire revenir de sa pamoison (évanouissement). Alors le père lui dit :
« Ma chère fille, tu ne l’épouseras qu’autant que tu le voudras ; je ne prétends point forcer ton inclination et te marier malgré toi ; mais enfin, il faut bien songer à te procurer du pain. Nous ne vivons que sur une modique pension qu’il s’éteindra à ma mort : que deviendras-tu après.
– Mon père, dit Julie, j’aime mieux mourir de faim et de misère, que de me voir livrée à un pareil monstre : peut-être le Ciel aura-t-il pitié de moi. En disant ces mots, elle versa un torrent de l’armes.

Son père l’embrassa et se retira pour cacher les siennes, et lui dit en sortant :
« Ne crains rien, ma fille, il ne sera plus question de ce mariage. »

Cependant le méchant se tenait assuré d’épouser Julie ; il s’en vantait partout et partout on en discourait. Ces discours passèrent du peuple à la noblesse, de la noblesse aux grands du royaume, et parvinrent jusqu’à la cour. Le fils du roi, qui était un prince accompli, et qu’on parlait de marier à une princesse sa parente, entendant tous ce qu’on disait de Julie, fut curieux de la voir. Il vint la voir en effet ; et, dès le premier entretien qu’il eut avec elle, il fut épris de ses charmes. Les courtisans s’en aperçurent ; et, comme il ne manque point de bonnes langues dans ce pays-là, quelqu’un dit au prince :
« Ce serait bien dommage que Julie étant si belle, eût les défauts qu’on lui reproche.
– Quels défauts ? dit le prince
– On dit, continua le courtisan, qu’elle est fort volage et fort dissipée, qu’elle est sans cesse à courir de maison en maison, et qu’elle ne se tient jamais chez elle.
– Comme l’amour excuse tout, le prince répondit : cela n’est pas surprenant, Julie n’a rien qui la fixe chez elle, elle n’y voit que misère et pauvreté, elle sort pour se distraire et dissiper son ennui, dans une situation différente, elle tiendra une conduite différente. »

Cependant le prince réfléchit sur ce qu’on lui avait dit, et étant retourné vers Julie, il remarqua que, quand il arriva, elle n’était point à la maison. Tandis qu’on l’allait chercher, il s’entretint avec le père, et lui déclare le dessein où il était d’épouser Julie, si elle soutenait l’épreuve où il voulait la mettre. Julie étant arrivée, le prince lui dit :
« Julie, je viens de vous demander à votre père en mariage ; mais je lui ai dit que je voulais auparavant mettre votre amour à une épreuve.
– Seigneur, reprit Julie, la plus forte épreuve sera pour moi la plus agréable. Le fer et le feu n’ont point de dangers que je n’affronterai pour vous témoigner les sentiments de ma reconnaissance et de ma tendresse.
– Il ne s’agit ni de fer ni de feu, dit le prince. Je suis venu vous voir deux fois, et chaque fois je vous ai trouvée absente de la maison : il a fallu vous envoyer chercher. Voici l’épreuve où je mets votre amour ; c’est qu’à la troisième fois que je viendrai, je vous trouve à la maison. Si je vous y trouve, ce jour-là même, je vous épouse, et je vous emmène avez moi a la cour ; c’est ainsi que j’en suis convenu avec le roi mon père : mais, si je ne vous trouve pas ce jour-là même, je vous renonce, je ne pense plus à vous, et j’en épouse une autre.
– Et moi, dit le père, ce jour-là même je la marie avec Brechet.
– À ce prix, dit Julie, mon bonheur est assuré ; fallut-il pour cela passer toute ma vie à la maison ; je consentirais volontiers à n’en sortir jamais. »

Sur cela le prince se retira, et Julie resta bien contente. Vous jugez bien que le lendemain elle ne sortit point, elle ne sortit point non plus le second jour, ni le troisième, ni le quatrième ; le cinquième elle sortit un moment et rentra aussitôt ; le sixième elle sortit une demi-heure et revint d’abord ; le septième elle sortit une heure, et retourna en hâte ; le huitième, son père la voyant sortir, lui dit :
« Ma fille, tu sors trop : tu oublies ce que t’a dit le prince et ce que tu lui as dit, et tu ne penses pas qu’il s’agit de tout pour toi.
– Oh ! Mon père, répondit Julie, le prince ne viendra point aujourd’hui : mais d’ailleurs, quand il viendrait, de notre maison on voit au loin sur le grand chemin, et j’ai bien recommandé aux femmes qui sont là-haut, de venir m’avertir aussitôt que les équipages du prince commenceraient a paraître : ainsi il n’y a rien à craindre.
– Ma fille, reprit le père, le plus sûr serait de rester à la maison : c’est mal s’assurer que de compter sur les autres ; et, dans une affaire de cette conséquence, je ne voudrais rien hasarder. »

Julie le laissa dire et continua son chemin. Elle avait à peine passé la porte que ; du haut de la maison, les femmes aperçurent les équipages du prince ; mais, comme il n’y avait qu’un moment qu’elles avaient vu Julie, elles crurent qu’elle n’était pas sortie, et ne se donnèrent aucun mouvement. Cependant les équipages approchèrent : alors elles appelèrent Julie, et Julie ne répondit point. On la cherche dans sa chambre, on la cherche dans le jardin : point de Julie. On s’alarme, on se trouble : Julie est sortie. On court à la maison voisine : Julie n’y est point. On court à une autre ; et tandis que l’on court, le prince arrive trouve Julie absente, remonte en carrosse et s’en va. Julie arrive assez à temps pour voir de loin les équipages du prince qui s’en retournaient.

Ô cris ! Ô désespoir ! Julie se meurtrit le visage et s’arrache les cheveux : les femmes pleurent, le père se désespère !
« Malheureuse, je te l’avais bien dit : fallait-il rien risquer dans une affaire comme celle-là ? Tu me fais mourir ; mais dès ce soir tu épouseras celui que je t’ai promis.
– Oui, je l’épouserai, dit Julie ; je l’ai bien mérité. Il ne saurait me faire tant souffrir, que je n’en mérite davantage. Faites-le venir tout-à-l’heure, et que je l’épouse. Il est digne de moi, et moi digne de lui. »

Sur-le-champ on fit venir Brechet, un notaire et le curé. Le mariage fut fait, et Brechet, emmena chez lui la belle Julie. Ô sort digne de larmes et de compassion ! Le père en mourut de chagrin quatre jours après : pour Julie, elle eut tout le temps de pleurer sa folie avec des larmes de sang. Tout le monde la plaignait, et on ne pouvait s’empêcher de la condamner. Elle se condamnait elle-même. Au plus fort de ses peines, elle s’écriait :
« Je l’ai bien mérité ; et c’était ce qui faisait son plus grand tourment. »

Dès le lendemain de ses noces, elle parut le visage ensanglanté de coups que lui avait donnés son brutal de mari, parce que, disait-il, elle ne paraissait pas réjouie et contente de l’avoir épousé. Julie dépérissait tous les jours et n’était plus reconnaissable. Tous les jours elle maudissait son sort, et souhaitait la mort ; mais la mort se refusait à ses désirs. Ce qu’il y a de plus triste encore, c’est qu’elle devint bientôt toute semblable à son mari, aussi laide, aussi affreuse que lui, aussi méchante, aussi haïe, aussi détestée que lui : c’étaient deux démons, et leur maison était un enfer.

Âme chrétienne, rachetée du Sang de Jésus-Christ et lavée dans les eaux du Baptême, c’est vous que représente ici la belle Julie. Vous n’ignorez pas que le démon, ce monstre horrible et détestable, a des prétentions sur vous, et qu’il se flatte d’unir un jour votre sort au sien, et qu’il prétend que vous n’ayez tous deux qu’une même destinée. Cette pensée vous fait horreur ; mais ce n’est pas le tout : il faut prendre de justes mesures, pour empêcher que cela n’arrive. Vous savez aussi que le Fils de Dieu, le Roi du Ciel et de la terre, vous demande pour son épouse ; que son dessein est de vous conduire un jour avec lui dans le Ciel, de vous y couronner, et d’y goûter avec lui les délices d’un amour éternel. Vous le désirez avec ardeur, et déjà vous y voudriez être. Mais ce n’est pas le tout, il faut vous montrer digne d’un tel époux, et lui témoigner votre amour, en gardant ses lois, et en soutenant l’épreuve à laquelle il veut vous mettre. Cette épreuve n’est pas bien difficile ; mais elle est essentielle : et il faut que, lorsqu’il viendra pour vous épouser, vous emmener avec lui et vous couronner, c’est-à-dire, à votre mort, il vous trouve à la maison, c’est-à-dire, dans la grâce, en état de grâce. Ah ! Mettez-vous-y donc promptement. Ah ! N’en sortez donc jamais. Recherchez tout ce qui peut vous y maintenir et vous y affermir. Fuyez tout ce qui pourrait vous en retirer, ébranler votre résolution et vous engager à en sortir, ne fut-ce que pour un instant. Ce n’est pas le tout de commencer, de continuer pendant quelque temps, il faut persévérer jusqu’à la fin, jusqu’à ce qu’il vienne.

Gardez-vous surtout de compter sur ce que vous pourrez faire à la mort. La mort n’avertit point, elle vient souvent tout-à-coup, et sans qu’on la voie venir. Si d’autres fois elle annonce sa venue par les infirmités et la maladie, celui pour qui elle vient ne s’en aperçoit point : et ceux qui sont chargés de l’avertir, y sont quelquefois trompés eux-mêmes, ou plus souvent encore ils sont négligents et timides, et trop souvent enfin leur avertissement vient trop tard. Le nombre de ceux qui meurent tous les jours sans confession doit vous faire trembler.

Pour vous, âmes généreuses, épouses fidèles de Jésus-Christ, qui depuis longtemps demeurez dans sa maison et dans sa grâce, et vous tenez unies à lui par un continuel recueillement, n’oubliez pas le sort heureux qui vous est destiné ; occupez-vous de vos espérances ; soupirez après le moment qui doit les remplir, et travaillez sans relâche à vous rendre digne de ce grand jour.

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L’algébriste

Un philosophe, accoutumé aux calculs de l’algèbre, ayant entendu un sermon sur l’éternité, n’en fut pas content, non plus que des supputations et des exemples que le prédicateur proposa. Il revint chez lui, et étant entré dans son cabinet, il se mit lui-même à penser sur cette matière, et jeta ses pensées sur le papier, et comme il suit.

1) Le fini, ou ce qui a une fin, comparé à l’infini, ou à ce qui n’a point de fin, est zéro, est rien. Cent millions d’années comparées à l’éternité, sont zéro, sont rien.

2) Il y a plus de proportion entre le plus petit fini, et le plus grand fini, qu’il n’y a entre le plus grand fini et l’infini. Il y a plus de proportion entre une heure et cent millions d’années, qu’il n’y a entre cent millions d’années et l’éternité, parce que le plus petit fini fait partie du plus grand, au lieu que le plus grand fini ne fait pas partie de l’infini. Une heure fait partie de cent millions d’années, parce que cent millions d’années ne sont autre chose qu’une heure répétée un certain nombre de fois : au lieu que cent millions d’années ne font pas partie de l’éternité, et que l’éternité n’est pas cent millions d’années répétées un certain nombre de fois.

3) Par rapport à l’infini, le fini le plus petit ou le plus grand sont la même chose : par rapport à l’éternité, une heure ou cent millions d’années sont la même chose ; la durée de la vie d’un homme, ou la durée du monde entier sont la même chose, parce que l’un et l’autre est zéro, est rien, et que le rien n’admet ni le plus ni le moins. Tout ceci demeurant évident et accordé.

Je suppose maintenant que Dieu ne vous accordât qu’un quart-d’heure de vie pour mériter l’éternité bienheureuse, et qu’il vous révélât en même temps qu’une heure après votre mort le monde entier finirait. Je vous le demande : dans cette supposition, quel cas feriez-vous du monde et de ses jugements ? Quel cas feriez-vous des peines et des douceurs que tous pourriez éprouver pendant votre vie ? Avec quel soin ne vous croiriez-vous pas obligé d’employer pour Dieu, et pour vous préparer à bien mourir, tous les instants de votre vie ? Ô insensé que vous êtes, Eh ! Ne voyez-vous pas que par rapport à Dieu, par rapport à l’éternité, la supposition que je viens de faire est la réalité même ? Que la durée de votre vie par rapport à l’éternité, est moins qu’un quart-d’heure, et que la durée entière de l’univers est moins qu’une heure. Je fais encore une autre supposition.

Si vous aviez cent ans à vivre, et que vous ne dussiez avoir pour votre entretien, pendant tout ce temps-là, que ce que vous pourriez dans une heure emporter chez vous d’un trésor plein d’or et d’argent monnayé, dont on vous laisserait l’entrée et la disposition libre pendant cette heure, je vous le demande, à quoi emploieriez-vous cette heure, à dormir ? À vous promener ? À vous entretenir ? À vous divertir ? Non, sans doute : mais à amasser des richesses, et même à vous charger d’or préférablement à l’argent. Ô insensés que nous sommes ! Nous devons durer une éternité ; nous n’aurons pendant cette éternité que la récompense des mérites que nous aurons amassés pendant le temps et le court espace de notre vie, et nous n’employons pas tout ce temps à amasser des mérites ! Mais, me direz-vous, il faut bien pendant la vie dormir, boire, manger, prendre quelques moments de récréation. Je vous l’accorde. Mais qui vous empêche, comme dit saint Paul, de faire tout cela pour l’amour de Dieu, et de mériter tout en le faisant ?

Il faut avouer que les passions sont si vives, et les occasions si séduisantes qu’il est étonnant qu’il y ait un seul Juste sur la terre : cependant il y en a, c’est l’effet de la miséricorde de Dieu, et de la grâce du Rédempteur. D’un autre côté, la mort, le jugement, l’éternité, sont des vérités si terribles, qu’il est étonnant qu’il y ait un seul pécheur sur la terre : il y en a pourtant ; c’est l’effet de l’oubli de ces grandes vérités. Méditons donc, veillons et prions, afin d’être du nombre des Justes dans le temps et dans l’éternité.

Tel fut le sermon que notre philosophe se fit à lui-même, et dont il fut si content, qu’il le lisait tous les jours et plusieurs fois par jour. Il fit plus, il en profita et mena une vie sainte, conforme aux grandes vérités qu’il avait toujours devant les yeux.

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Le roi de Cosmie

La ville de Cosmie était la capitale d’un grand royaume du même nom. L’île d’Eonie n’en était pas fort éloignée. Mais il y avait entre les Eoniens et les Cosmicus une telle antipathie, que, quoique les Eoniens fussent originairement une colonie de Cosmiens, ces deux peuples n’avaient entre eux aucun commerce ni aucune communication. S’il arrivait même que quelque Cosmien, poussé par la tempête, abordât à cette île, on le saisissait aussitôt ; et on le reléguait dans la Pétrée ou la Serpentine, pays ainsi nommé, parce qu’il n’y avait là que des rochers, des forêts des bêtes fauves et une multitude effroyable de serpents de toute espèce. Les habitants de cet infortuné pays ne se nourrissaient que de fruits sauvages et amers, n’avaient pour logement que des cavernes, et se faisaient entre eux une guerre plus cruelle que celle que leur faisaient les bêtes fauves et les serpents. Autant ce pays était horrible et ses habitants malheureux, autant le reste de l’île était un séjour charmant, où les habitants vivaient dans l’abondance, les richesses, la paix, l’union, et toute sorte de délices, et cette partie de l’île, séparée de l’autre par une chaîne de montagnes impénétrables, s’appelait le Fortunat, non-seulement parce que le pays était fortuné, mais encore parce qu’on n’y admettait aucun étranger qui n’abordât à l’île avec une grande fortune et d’immenses richesses.

Il y avait dans la ville de Cosmie une coutume, ou une loi assez bizarre : c’est que tous les ans le sénat élisait un nouveau roi et détrônait l’ancien. On choisissait le nouveau roi parmi les étrangers, afin qu’il ignorât la loi du sénat que le peuple ignorait lui-même. Le roi, pendant le court espace de son règne, disposait à son gré, et des peuples, et des richesses du royaume. Mais au bout de l’an, lorsqu’il s’y attendait le moins, on le dépouillait de tout ; on lui bandait les yeux, on l’embarquait et on le faisait entrer en canot dans l’unique port par où l’on pouvait aborder dans l’Eonie. Il était aussitôt saisi ; et étant reconnu à l’habit pour un Cosmien, et se trouvant d’ailleurs pauvre et dénué de toutes choses, on le reléguait dans la Serpentine, pour y passer misérablement le reste de ses jours.

Il arriva une année qu’on choisit pour roi un étranger, nommé Eumène. C’était un homme tort sage et fort réglé dans ses mœurs, d’ailleurs homme d’esprit, et doué surtout d’une prudence consommée. Dès qu’il fut sur le trône, il commença à réfléchir sur la manière dont il y était monté. Il était surtout étonné de n’entendre point parler de son prédécesseur, de ne voir personne de sa famille, et de ne savoir ni comment il était mort, ni même s’il était mort, et ce qu’il était devenu. Il faisait souvent des questions sur tout cela ; mais, au lieu de lui répondre, on ne l’entretenait que de sa grandeur et de sa puissance. Ces flatteries ne le satisfaisaient pas, et ne faisaient que le confirmer dans l’idée où il était, qu’il y avait là-dessous quelque mystère. Ne pouvant venir à bout d’éclaircir ses soupçons, il s’appliqua du moins à bien gouverner son royaume, à y faire régner la justice, fleurir les arts et le commerce, à soulager les peuples, à les rendre bons et heureux : il sut même payer de sa personne dans une guerre qu’il eut à soutenir. Il se mit à la tête de ses troupes, remporta une glorieuse victoire, et fit une paix avantageuse aux vainqueurs et aux vaincus. Son nom devint célèbre, cher à ses peuples, et glorieux chez l’étranger. Mais tout cet éclat ne l’éblouissait pas : il eut préféré un mot d’éclaircissement sur ce qui l’inquiétait, à toutes les louanges qu’on lui prodiguait. Quand un roi cherche sincèrement la vérité, il n’est pas possible qu’il ne la trouve. Un sénateur charmé des vertus d’Eumène, s’aperçut de son embarras ; et, ayant eu avec lui un entretien particulier, il lui découvrit, sous le secret, la loi mystérieuse de l’état. Eumène l’embrassa, le remercia, et lui recommanda de son côté de ne dire à personne qu’il lui eut fait cette confidence.

Le roi, charmé de cette découverte, songea à en profiler pour éviter la Serpentine. L’occasion ne tarda pas à s’en présenter. Un coup de vent fit échouer sur les côtes de Cosmie une barque d’Eoniens. La nouvelle en étant venue à la cour, on ne manqua pas de dire au roi que ces Eoniens étaient des ennemis de l’état, et qu’il fallait les traiter comme tels. Mais le roi répondit que des malheureux ne pouvaient être regardés comme ennemis de l’état, et qu’ils ne méritaient que de la pitié et des secours. Il ordonna qu’on les fit venir à la cour, où il les traita honorablement. Par bonheur pour lui, plusieurs de ces Eoniens étaient des principaux du royaume d’Eonie. Il eut avec eux des conférences particulières, où leur ayant déclaré que son dessein était d’aller s’établir parmi eux, il convint avec eux des mesures qu’il y avait à prendre pour faire passer secrètement eu Eonie les trésors dont il pouvait disposer. Tout étant réglé, il congédia les Eoniens, leur fit de magnifiques présents, et envoya au roi d’Eonie une couronne d’or, enrichie de diamants, et une autre presque pareille à la reine mère. Après leur départ, le roi, sans oublier le soin de son royaume, songea à amasser le plus de trésors qu’il pourrait, et toutes les semaines il en envoyait une barque chargée en Eonie.

Cependant, la fin de son règne arriva, et le sénat vint la lui annoncer. Il n’en fut point étonné, parce qu’il s’y attendait, et qu’il avait pris ses mesures. Il se laissa dépouiller sans murmurer ; il se laissa bander les yeux, embarquer et conduire. Les seigneurs Eoniens, qu’il avait si bien traités, l’attendaient au port. Ils le conduisirent à la cour, où on lui remit tous ses trésors, et où il jouit toujours depuis de la faveur du roi, de l’amitié des grands et de la considération du peuple.

Si vous aviez été à la place d’Eumène, et que vous eussiez su ce qu’il savait, n’en auriez-vous pas fait autant que lui ? Eh ! Que ne le faites-vous donc ! Ne voyez-vous pas que la Cosmie n’est autre chose que ce monde ! Que l’Eonie est l’éternité ; la Serpentine, l’enfer, et le Fortunat, le paradis ? En un sens, vous êtes roi en ce monde, du moins vous y êtes maître de votre cœur et de vos actions. Réfléchissez donc sur la manière dont vous avez été mis dans ce monde, sur la fin pour laquelle vous y avez été mis, sur le sort de ceux qui vous ont précédé, et qui ne paraissent plus. Qu’est-ce que tout ce mystère ? Vous ne l’ignorez pas. Cherchez à l’approfondir encore davantage, et aimez à vous en faire instruire. Craignez une éternité malheureuse ; désirez une éternité bienheureuse. Faites-vous des amis dans le Ciel : envoyez-y tous vos trésors, et tout ce que vous pourrez de vertus et de bonnes œuvres : travaillez à mériter les bonnes grâces du Roi et de la Reine sa mère et quand la mort viendra vous dépouille de tout, vous la recevrez avec reconnaissance, parce qu’elle vous mettra en possession d’un royaume qui ne finira jamais.

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Les précautions

On demanda un jour à un philosophe quel était l’art le plus grand et le plus estimable de tous. C’est répondit-il, l’art de régner, de gouverner les peuples, les provinces, les villes et les familles ; l’art de conserver la santé du corps et de régler les passions de l’âme : on pourrait ajouter l’art de faire son salut, l’art d’éviter le péché et l’enfer, l’art d’acquérir les vertus et de conquérir le Ciel.

On est encore assez attentif à prendre ses précautions dans les affaires du monde ; il n y a que dans l’affaire du salut qu’on ne prend aucune précaution.

Quand un voyageur rencontre en son chemin un endroit dangereux : il marche avec circonspection, et il observe tous ses pas. Si vous étiez obligé de traverser un champ de gazon et de fleurs que vous sauriez être plein de fosses cachées et d’abîmes couverts, où il est aisé de tomber, et d’où il est impossible de se retirer, quand on y est une fois tombé, je vous le demande, marcheriez-vous dans ce champ sans crainte, sans attention, sans regarder où vous mettriez les pieds ? Mais si, en y marchant avec d’autres, vous en aviez déjà vu plusieurs tomber à vos côtés, et disparaître pour toujours, ne seriez-vous pas saisi d’effroi, et ne redoubleriez-vous pas votre attention ? Mais si quelqu’un de ceux qui marchent avec vous, quoique instruit comme vous, aimait mieux mépriser le danger, que de prendre la peine de l’éviter, si vous le voyiez marcher hardiment de tous côtés, danser, sauter, rire, folâtrer, ne jureriez-vous pas qu’il a l’esprit dérangé ? Voudriez-vous prendre sa conduite pour le modèle de la vôtre ? Hélas ! votre voisin a disparu de dessus la terre, et est entré dans son éternité ; votre frère est caché sous, sa tombe, il a subi son jugement et ne reparaîtra plus, et vous ne tremblez pas, et vous, ne vous précautionnez pas ? Voyez les Justes comme ils tremblent et s’observent. Mais, dites-vous, combien d’autres marchent sans rien craindre ? C’est donc ceux-là que vous prenez pour modèles.

Quand on sait qu’une route est infestée de voleurs et d’assassins, on n’y passe pas ; ou si la nécessité nous force d’y passer, on ne va point sans être bien armé et bien accompagné, et, à chaque pas, au moindre bruit, on se tient sur ses gardes : vous, au contraire, vous vous jetez dans les occasions les plus dangereuses, sans nécessité, sans crainte, sans armes et sans défense : quelle merveille que vous y périssiez !

Quand il court une maladie épidémique, on se munit de remèdes et d’antidotes. Quand on entend dire que la peste est dans un pays voisin, on garde les frontières pour ne rien laisser entrer de contagieux, et vous, au milieu d’un air corrompu, vous ne prenez aucune précaution, vous n’employez aucune pénitence, ni jeûne, ni mortification, ni prière, ni oraison ; quoique environné d’un air contagieux, vous ne mettez aucun garde à la porte de vos sens ; vous y laissez entrer toutes sortes d’objets ; vous recevez dans votre maison, livres, chansons, portraits, et tout ce qui renferme le poison le plus subtil ; comment après cela ne pas périr !

Quand on craint ou la disette, ou la famine, on se précautionne, on fait ses provisions et, si cela ne suffit pas, on quitte son pays, pour chercher ailleurs sa subsistance et ne pas mourir de faim. Faites donc d’abondantes provisions dans la prière et dans les Sacrements ; et s’il est nécessaire, séparez-vous de ce monde, pour vous procurer la nourriture du pain céleste, dont le monde ne fait plus, ou n’ose plus faire usage.

Quand le feu est dans un quartier de la ville, tous les voisins tremblent, et prennent leurs précautions. Le feu de l’enfer dévore actuellement plusieurs de vos semblables, il s’avance vers vous ; il est sur le point de vous atteindre, et vous ne tremblez pas ! Et vous ne prenez aucune mesure !

Quand une bête féroce et inconnue ravage le pays et dévore les hommes, chacun tremble pour soi et se tient sur ses gardes. Le démon, comme un lion furieux, rode de toutes parts, cherchant qui dévorer ; tous les jours il en surprend quelqu’un et l’entraîne dans l’enfer. Peut-être que vous êtes déjà en son pouvoir, et vous vous laissez entraîner sans cris et sans résistance !

Quand on traverse un torrent sur une planche, ou un bourbier sur des. Pierres, on est attentif à regarder où l’on met le pied : marchez donc avec crainte dans la voie étroite des Commandements de Dieu ; et, pour ce qui regarde la foi, appuyez-vous sur la pierre solide et inébranlable de l’Église.

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Le poète désabusé

Un Poète alla un jour à la Chartreuse, voir un Chartreux son parent. Après avoir parlé de plusieurs choses, il lui dit :

« Je viens de finir un Poème, qui, je crois, me fera quelque honneur dans le monde. J’y ai apporté tous mes soins, et je vais prendre encore deux ans pour achever de le polir, et le mettre en état de paraître au jour. Il vaut mieux, continua-t-il, différer un peu pour s’assurer du suffrage du public.
– Je crois, dit le Chartreux, que vous différeriez encore deux autres années, si on vous assurait que votre Poème, aussitôt qu’il paraîtrait, serait lu et admiré de tout Paris, de toute la cour et de toute la France.
– Assurément, dit le Poète, et je croirais ces quatre années bien employées.
– Mais, continua le Chartreux, si on vous assurait qu’en différant quatre autres années, votre Poème serait recherché de toute l’Europe, traduit en toutes les langues, et admiré partout, ne consentiriez-vous pas à attendre à le donner jusqu’à ce temps-là ?
– Très-volontiers, répondit le Poète ; une si grande gloire mériterait bien d’être achetée au prix de huit années de travail.
– Mais, continua encore le père, si, en différant huit autres années, vous étiez sûr que l’estime qu’aurait l’Europe pour votre ouvrage se maintiendrait, s’augmenterait même dans la postérité et irait croissant jusqu’à la fin du monde, consentiriez-vous encore à attendre ces huit ans ?
– Sans difficulté, répliqua le poète.
– Cependant, dit le père, cela fait seize ans : et, à l’âge où vous êtes, espérez-vous de vivre assez au-delà de seize ans, pour jouir de cette gloire ?
– Non, répartit le poète, mais qu’importe ? La gloire qui ne dure que la vie de l’homme n’est rien : c’est celle qu’on laisse après soi qui mérite d’être ambitionnée.
– Vous consentiriez donc, dit le Chartreux, à travailler toute votre vie pour une grande gloire qui ne vous viendrait qu’après votre mort ?
– Sans doute, répliqua le Poète, et c’est le sentiment de toute âme bien née, et de tout homme qui pense.
– Et, si cela est, mon cher cousin, répliqua le père, qui vous empêche d’acquérir cette grande gloire et une plus grande gloire encore qui vous viendra après la mort, une gloire que vous ne laisserez pas après vous, mais qui vous suivra, et dont vous jouirez éternellement après votre mort ? Vous n’avez pour cela qu’à employer le reste de vos jours, non à corriger votre Poème, mais à corriger vos mœurs et à servir Dieu avec ferveur. Et ce que personne ne peut vous promettre pour votre Poème, quelque corrigé qu’il soit, la foi et la religion vous le promettent pour la correction de vos mœurs et votre fidélité à servir Dieu.
– Oh ! s’écria le Poète, je m’imaginais bien que c’était là que vous me meniez, mais ce n’est pas là de quoi il s’agit. Vous autres, Chartreux, vous n’avez que des idées sombres et funestes. Nous sommes dans cette vie, et nous ne devons parler que de la gloire de cette vie, car pour la gloire de l’autre vie, nous ne la voyons point. »

« Mais, reprit le Chartreux, verrez-vous la gloire de cette vie, lorsque vous n’y serez plus ? Et, puisque vous devez quitter cette vie et entrer dans l’autre y n’est-il pas plus sage d’acquérir une gloire qui vous suivra, et dont vous jouirez, qu’une gloire qui vous survivra et dont vous ne jouirez point ? Mais qu’est-ce que cette gloire que peut vous procurer votre Poème ? Qu’est-ce que toute la gloire du monde, en comparaison de celle que peut vous procurer une sainte vie ? La première est très-incertaine, et personne n’oserait vous la garantir : au lieu que la seconde vous est assurée par la parole de Dieu, par la religion, par la foi. La première sera toujours très-petite et très-bornée. Quand bien même votre nom deviendrait célèbre dans toute la France, dans toute l’Europe, dans toute la postérité, combien d’individus, parmi tous ces peuples qui ne le connaîtront pas ! Au lieu que la seconde sera universelle : en sorte qu’au dernier jour, non-seulement tous ceux qui habitent maintenant la France, l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique ; non-seulement ceux qui vivront après eux jusqu’à la fin du monde, mais encore tous ceux qui y ont vécu depuis le commencement du monde, tous, sans en excepter un seul, vous connaîtront vous estimeront, vous loueront, vous admireront, vous respecteront : enfin la gloire de votre Poème sera toujours de courte durée et périssable, et ne peut aller tout au plus, que jusqu’à la fin du monde. Après quoi il ne s’agira plus de poésie, ni de tout ce qui nous occupe ici-bas, et toute gloire mondaine disparaîtra : il ne restera plus que la vraie gloire, que la solide gloire qui vient de Dieu, dont le jugement, fondé sur la vérité et l’équité, entraînera le suffrage de toutes les intelligences créées, et cette gloire sera éternelle. Le désir et l’espérance de cette gloire, sont-ce donc des idées si sombres et si funestes ? Y en a-t-il de plus consolantes, de plus brillantes, de plus ravissantes ? Qu’en dites-vous ?
– Je dis, mon cousin, que voilà un très beau sermon, mais un peu long. »

« Eh bien ; dit le Chartreux, laissons tout cela, et revenons à votre Poème : vous comptez donc le donner au public dans deux ans ?
– Oui, si Dieu me conserve.
– Quand une fois vous y aurez mis la dernière main, et qu’il paraîtra, comptez-vous qu’il ne se trouvera ni critiques, ni censures ?
– Oh ! S’il s’en trouvera ! Et combien ? Un bon ouvrage n’est jamais sans critique, souvent même il y a de la cabale et des jaloux ; mais je ne les crains point, et si l’on m’attaque, je me défendrai.
– Mais, dit le Chartreux, si en prenant quatre ans pour le retoucher vous étiez sûr de le mettre au-dessus de toute critique, en sorte que ceux qui vous portent le plus d’envie n’osassent souffler, et fussent contraints eux-mêmes de vous louer, n’attendriez-vous pas ces quatre ans à le donner au public ?
– Où est-ce, dit le Poète, que vous prétendez encore me mener, avec vos supputations ?
– À la vraie gloire, reprit le père ; à cette gloire que personne ne vous disputera, que l’univers entier vous accordera, et qui, au dernier jour et pendant l’éternité, forcera tous vos ennemis à vous louer, à confesser que vous avez bien fait, et à se désespérer de n’avoir pas fait comme vous.
– J’avoue bien, dit le Poète, que ce serait le meilleur ; que la gloire que nous recherchons dans ce monde, et après laquelle nous nous épuisons, n’est au fond qu’une chimère, qu’un fantôme qui nous séduit. Mais que voulez-vous ? On est homme ; on vit avec les hommes ; on est fou avec les fous.
– Et qui vous empêche, répliqua le père, d’être sage avec les sages ? Combien y en a-t-il pour qui la gloire de ce monde n’est rien, et qui ne sont occupés que du soin de mériter la gloire éternelle ? Vous vivez avec les hommes ; mais en moins de rien, vous et tous les hommes qui vivent avec vous, serez dans l’autre monde avec tous ceux qui nous ont précédés, et avec tous ceux qui nous suivront ; et enfin, au dernier jour, nous paraîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ. Que n’imitez-vous ceux qui pleins de ces pensées, ne travaillent que pour acquérir la vraie gloire de l’autre monde, qui sera solide, universelle, éternelle. »

« Mon cousin, dit le Poète, si je n’avais que vingt ans je me ferais Chartreux.
– Il ne s’agit pas, dit le père, de vous faire Chartreux : Il s’agit de vous faire bon Chrétien, fervent Chrétien. Et que faut-il faire pour cela, dit le Poète ? II faut, dit le père, mettre ordre à votre conscience, faire une bonne confession, vous adonner à la prière, aux bonnes œuvres, à la fréquentation des Sacrements, oublier le monde, et ne songer qu’à vous disposer à paraître avec honneur et avec gloire au jugement dernier.
– Et mon Poème, qu’en ferons-nous ?
– Il faut le jeter au feu et n’y plus penser.
– Je vous assure, dit le Poète, que si je l’avais ici, je le ferais brûler tout-à-l’heure devant vous : mais je m’en vais à la maison, et ce sera, en arrivant, la première chose que je ferai.
– Je ne m’y fie pas, reprit le Chartreux : envoyez-le-moi plutôt, et revenez me voir demain, nous le ferons brûler ensemble.
– Dans le moment, dit le Poète, vous allez le recevoir : il me semble qu’on m’a ôté une montagne de dessus les épaules, depuis que j’ai pris la résolution de me donner tout à Dieu, et de ne plus penser qu’à mon salut. Adieu, jusqu’à demain. »

Le Poète tint parole : dès le soir même il envoya le Poème, revint le lendemain le faire brûler et se confirmer dans ses bonnes résolutions, et ne s’occupa plus depuis que des exercices de piété. Sa pénitence fut austère, mais elle ne fut pas longue : il mourut six mois après, plein d’espérance et de consolation, et remerciant Dieu de l’avoir désabusé assez à temps pour lui demander pardon de son erreur. Il fut enterré aux Chartreux, comme il l’avait souhaité.

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Le marquis incrédule

Tandis que le père Jérôme, expliquait au roi et à toute la cour, les vérités de la religion chrétienne, et en particulier celles du Jugement dernier, un seigneur de la cour ; dont le titre revenait à celui du marquis, qui était parent du roi, bel esprit, et fort débauché, ne cessait, dans les conversations, de combattre ce que disait le père, et de proposer, surtout contre le Jugement dernier, des objections subtiles et des questions embarrassantes, auxquelles ces nouveaux catéchumènes ne pouvaient répondre.

Le roi voulut que le marquis proposât ces difficultés au père Jérôme lui-même, en présence de toute la cour, et que le père y répondît. Dans cette auguste assemblée, le marquis ayant parlé longtemps, avec beaucoup de feu et de facilité, mais sans aucun ordre, le père reprit son discours, et le réduisit aux trois points principaux qu’il attaquait ; savoir, la résurrection des corps, la manifestation des consciences, et la confusion des pécheurs, et y répondit ainsi, en adressant la parole au marquis.

1) Sur la résurrection des corps. Tout ce que vous avez dit, seigneur, contre la résurrection des corps n’est d’aucune difficulté pour celui qui a une juste idée de la puissance de Dieu, et qui la croit infinie comme vous la croyez vous-même. Celui qui a donné la vie à tout ce qui respire, peut la rendre aussi quand il lui plaira, et pour lui l’un n’est pas plus difficile que l’autre. Quelque dispersées que soient les cendres des morts, elles ne sont pas hors de la main de Dieu : il saura bien les retrouver, les démêler, les réunir.

Ce que vous objectez sur l’identité des corps, pour prouver qu’il est impossible que chacun de nous ressuscite avec son même corps ; n’aura pas plus de difficulté pour celui qui joindra le sentiment de sa propre faiblesse et de son ignorance à l’idée de la toute-puissance de Dieu. Car c’est une chose digne de compassion ; que nous qui ne comprenons rien dans les choses du siècle présent que nous voyons, nous veuillons comprendre tout dans le siècle futur que nous ne voyons pas, et que nous ne connaissons que par la foi.

Vous dites, seigneur, que la même matière aura appartenu successivement à plusieurs corps morts, et vous demandez à qui, au temps de la résurrection, elle appartiendra ? Et savez-vous, seigneur, si la même matière n’a pas appartenu successivement à plusieurs corps vivants ? Et cela empêche-t-il que chaque homme vivant n’ait son propre corps, et ne subsiste que dans son même corps ? Vous dites vous-même que vous eûtes, il y a quatre ans, une maladie qui vous réduisit à rien, et que vous ne pesiez pas la moitié de ce que vous pesiez auparavant. Vous avez repris votre embonpoint, et vous pesez maintenant plus que vous ne pesiez avant votre maladie. Avez-vous pour cela changé de corps ? N’avez-vous plus le même corps ? En avez-vous un autre ?

Un enfant dont le corps n’avait qu’un pied de haut, et qui est mort dans cet état, d’abord après son baptême, devrait, dites-vous, ressusciter n’ayant qu’un pied de haut, pour ressusciter dans son propre corps. Mais vous, seigneur, qui avez maintenant plus de six pieds de haut, n’avez-vous pas été un enfant d’un pied et d’un demi-pied, et de moins encore ? Est-ce que pour cela vous avez changé de corps, et n’avez-vous pas votre propre corps, le même corps que vous aviez en venant au monde ? Eh ! Seigneur, ce sont-là des mystères du siècle présent, que nous ne concevons point : pourquoi voulons-nous concevoir les mystères du siècle à venir ? Croyons sur la parole et reposons-nous sur la sagesse et la puissance de l’Auteur de l’un et de l’autre siècle.

Vous demandez ensuite quel espace pourra contenir cette multitude immense de corps ressuscités ? Seigneur, celui qui a divisé les enfants d’Adam, et les a dispersés sur la face de la terre, pour y vivre et en tirer leur subsistance, saura bien les placer, quand il viendra les juger. Vous n’avez point été chargé du premier soin, et vous ne vous en êtes point inquiété : vous n’êtes point chargé du second, ne vous en inquiétez pas non plus.

Vous demandez enfin si les physionomies seront les mêmes dans l’autre monde que dans celui-ci. Seigneur, toutes ces questions sont inutiles. Celui qui a su mettre dans ce monde l’ordre et la variété que nous y admirons, saura bien faire dans l’autre tout ce qui conviendra à sa gloire, au bonheur de ses amis et au supplice de ses ennemis. Les trésors de sa sagesse ne sont pas épuisés. Reposons-nous de tout sur lui, et ne nous occupons que du soin de vivre et de mourir dans son amour.

2) Sur la manifestation des consciences. Je passe, seigneur au second article que vous avez attaqué, et qui est la manifestation des consciences ; et je conviens avec vous que, pour que cette manifestation soit entière, il faut que chaque homme connaisse clairement et en détail ce qui regarde tous les autres hommes et chacun d’eux. 1l faut qu’il connaisse leurs situations, leurs rapports, leurs talents naturels, leurs grâces surnaturelles, et ensuite leurs actions, leurs pensées, leurs désirs, leurs intentions, leurs paroles, leurs écrits, et les suites que tout cela aura eues. Il faudra encore qu’il connaisse les voies de Dieu sur les hommes en général, et les attentions de la Providence sur chacun en particulier. Cela, et bien d’autres choses, sont un détail immense ; je l’avoue : mais enfin, seigneur, cela ne fait pas un objet infini, et ne demande pas, pour être connu, une lumière infinie : or Dieu peut communiquer à toute intelligence créée le degré de lumière qu’il lui plaira, dès que ce degré n’est pas infini. Vous revenez souvent à dire que cela est incompréhensible. J’en conviens, seigneur, mais en cela encore, comme dans le reste, nous pouvons nous aider de ce qui se passe ici-bas. Si quelqu’un eut été élevé dans un cachot, et n’eut jamais vu qu’à l’aide d’une petite bougie les objets contenus dans sa prison, il ne se persuaderait pas qu’il y a dans le monde une lumière qui éclaire en même temps plus de cent mille lieues de pays : et, quand on lui assurerait que cela est ainsi, en sorte que tous ceux qui habitent ce terrain immense voient distinctement et sans peine tous les objets ; tout ce qu’il pourrait faire serait de le croire sans, le comprendre. Cela est pourtant, et nous le voyons. Or, la différence qu’il y a entre la lumière d’une bougie et celle du Soleil, est moins grande que la différence qui se trouve entre la lumière que Dieu communique aux hommes maintenant, et celle qu’il leur communiquera au dernier jour. Vous ne devez donc pas avoir de difficulté à croire que, dans ce dernier jour, tout sera manifesté et paraîtra. Et vous ne devez pas vous flatter que, dans ce grand jour, aucune de vos actions ou de vos pensées puisse échapper à la connaissance d’un seul homme. Ce n’est pas la vérité de ce dogme qui est incroyable : ce sont les suites de cette vérité qui sont terribles : mais, après tout, nous pouvons encore les tourner en notre faveur.

Je réponds maintenant a la question que vous m’avez faite : si au dernier jour, si dans le ciel, si dans l’enfer on se reconnaîtra. Quand au dernier jour, il est bien clair qu’on se reconnaîtra. Car il est impossible que la manifestation soit aussi claire et aussi entière que nous l’avons dit, sans qu’on se reconnaisse, sans qu’on connaisse très-distinctement, non-seulement ceux avec qui on aura vécu, mais encore tous ceux qui nous auront précédés et qui nous auront suivis. Or, cette lumière que Dieu aura communiquée aux hommes pour ce jour-là, cette lumière si nécessaire à la justification de la Providence, à la gloire des Saints et à la confusion des pécheurs, pourquoi leur serait-elle ôtée ? Elle ne le sera point, elle subsistera éternellement. Ainsi on se connaîtra dans l’enfer pour son malheur, on se connaîtra dans le ciel pour son bonheur, et l’un et l’autre pour la gloire de Dieu dans tous les siècles.

3) Sur la confusion des pécheurs. Il ne me reste, seigneur, qu’un mot à dire sur ce que vous prétendez que le nombre des pécheurs se trouvant au dernier jour beaucoup plus grand que celui des Justes, les premiers ne devront ressentir aucune honte de leurs crimes. Vous ajoutez que dans ce monde les libertins se glorifient souvent de leurs débauches, et même en présence des Justes. Sans examiner ici la honte que dès ce moment les pécheurs peuvent ressentir de leurs péchés, sur quoi il y aurait bien des choses à dire, je réponds en trois mots, que ce qui rend quelquefois dans ce monde les pécheurs hardis et insolents, c’est leur aveuglément, l’absence du Juge, et l’éloignement du châtiment ; mais quand ils verront la gravité du péché, le Juge présent, et l’enfer prêt à les engloutir ; alors, seigneur, la confusion sera grande. Et comme la crainte de tous les autres ne diminuera point le sentiment de crainte que chacun aura pour soi, de même la confusion générale où seront tous les pécheurs n’empêchera point la confusion particulière que chacun ressentira.

Avant de finir, je réponds encore à une question que vous faites à ce sujet. Vous demandez si les péchés des Saints paraîtront. Oui pour leur gloire, et non pour leur confusion. Oui, seigneur, ils paraîtront effacés par le Sang de Jésus-Christ et lavés dans les larmes de la pénitence. Des péchés ainsi réparés ne seront point une tache, mais un ornement qui rehaussera l’éclat des Saints, qui fera la gloire de Jésus-Christ, et augmentera la confusion des pécheurs, parce qu’ayant eu les mêmes moyens pour effacer leurs péchés, ils n’auront pas voulu s’en servir, Et comme la connaissance que nous avons de l’adultère de David, du renoncement de saint Pierre, des débauches de saint Augustin, ne diminue en rien l’estime et le respect que nous avons pour ces grands Saints, de même la vue des péchés des Élus ne nuira ni à leur gloire, ni à leur félicité.

Après que le père Jérôme eut cessé de parler, le roi et toute la cour vinrent le remercier de la consolante instruction qu’il leur avait donnée. Pour le marquis, il se retira le dépit dans le cœur ; et, soit préjugé, soit vanité, il persista dans son incrédulité, et fut le seul de toute la cour qui ne reçut pas le baptême. Terrible Jugement de Dieu, funeste effet de la corruption du cœur, et d’une curiosité téméraire, qui veut sonder des mystères qu’il ne faut que croire et adorer.

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Du fil de la vie

Notre éternité dépend de notre mort ; notre mort dépend de notre vie, et notre vie ne tient qu’à un fil. Mais ce fil est bien faible, aisé à rompre, à couper, à brûler. Ce fil manque dans le temps qu’on s’y attend le moins, quelquefois dans le temps qu’on le croit le plus fort, et quelquefois par les moyens même que l’on prend pour les fortifier, comme vous l’allez voir dans la fin tragique de don Carlos, roi de Navarre. Vous savez peut-être cette histoire : mais quoiqu’on la sache, on la lit toujours avec frayeur et étonnement.

Ce roi fut l’homme le plus livré qu’il y ait peut-être jamais eu au vice honteux de la chair, se trouvant épuisé de débauches, et hors d’état de les continuer, il consulta ses médecins, qui lui ordonnèrent de se faire envelopper le corps d’un linceul imbibé d’eau-de-vie, et de rester ainsi vingt-quatre heures dans ce linceul bien serré et bien cousu. Le roi chargea de cette opération la plus jeune et la plus chérie de ses maîtresse, et en même temps la plus étourdie, car ayant achevé de coudre le linceul sur le corps du roi, elle voulut prendre ses ciseaux pour couper son fil, mais ne les trouvant pas sous sa main, elle eut l’imprudence d’approcher la bougie qui l’éclairait, et de brûler le fil à la lumière de cette bougie. Ce fil, qui se trouva imbibé d’eau-de-vie, prit feu, et le feu se communiqua au linceul, qui dans l’instant fut tout enflammé. Quels cris dans tout le palais ! Quel mouvement ! Quelle agitation ! Que ne fit-on point pour éteindre le feu et sauver le roi ! Mais tout fut inutile : le roi fut brûlé vif, avant qu’on eût pu lui donner aucun secours. Quelle mort ! Quelle vie ! Quelle éternité !

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Le pénitent du pape

Un homme de grande condition, mais grand pécheur, résolut enfin de se convertir. Il vint pour cela à Rome, et voulut avoir la consolation de se confesser au pape même. Le pape l’entendit, et fut édifié de l’exactitude de sa confession, de la vivacité de ses regrets, et de la générosité de ses résolutions. Mais quand il fut question de lui imposer la pénitence, le pénitent n’en pouvait accepter aucune, aucune ne se trouvait de son goût.

Jeûner ! Il n’en avait pas la force, lire, prier ! Il n’en avait pas le temps ; employer les instruments de pénitence ! Il ne les avait pas et n’en connaissait pas l’usage : faire une retraite, entreprendre un pèlerinage ! Il avait des affaires ; veiller, coucher sur la dure ! Sa santé ne le lui permettait pas : et puis, autre raison générale qu’il ne disait pas, un homme de sa condition ! Que faire donc à un homme de sa condition ? Le pape lui donna un anneau d’or, où étaient écrits ces deux mots : Memento mori (Souvenez-vous que vous devez mourir). Il lui imposa pour pénitence de porter cet anneau au doigt, et d’y lire les deux mots qui y étaient inscrits, au moins une fois chaque jour.

Le gentilhomme se retira fort content, se félicitant d’une si légère pénitence. Mais celle-ci amena toutes les autres. La pensée de la mort entra si fortement et si heureusement dans son esprit, qu’elle lui découvrit l’essentiel de sa condition d’homme mortel, et qu’il se dit à lui-même : Eh ! Puisque je dois mourir, qu’ai-je autre chose à faire dans se monde que de me préparer à bien mourir ? À quoi bon tant ménager une santé que la mort doit détruire ? Pourquoi épargner un corps et une chair qui doivent pourrir dans la terre ? Depuis ces réflexions faites il n’y eut genre de pénitences qui ne lui partit léger. Il les embrassa toutes, et y persévéra jusqu’à sa mort, qui fut précieuse devant Dieu, édifiante devant les hommes, et pleine de consolation pour lui. Ah ! Si nous réfléchissions bien sur ce mot : Je dois mourir ! Si nous tirions bien les justes conséquences qui suivent de ce mot : Puisque je dois mourir ! Si nous faisions une sérieuse attention à l’avertissement que nous donne ce mot : Ne dois-je donc pas mourir.

Au reste, que ces terribles mots ne vous effraient pas. Prenez seulement vos mesures, et la chose même ne vous effraiera pas.

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L’oracle de Delphes

Quand les anciens philosophes voulaient accréditer quelque maxime importante, ils la mettaient sur le compte d’un oracle, quoique le démon, qui présidait à ces oracles, fût bien éloigné de débiter de pareilles maximes.

On dit donc que Zénon, voulant mener une vie vertueuse, alla consulter l’oracle de Delphes, pour savoir de quel moyen il devait se servir pour vivre constamment dans la pratique de la vertu, et que l’oracle lui répondit : Consulte les morts.

En effet ; pour un Chrétien surtout, il n’y a point de moyen plus efficace et plus aisé de réformer sa vie et de persévérer dans le bien, que la pensée de la mort, et de l’éternité qui la suit. Si nous voulions, sur la conduite que nous devons tenir, consulter nos ancêtres, nos parents et nos amis défunts, ceux que nous avons vu mourir ; et que nous avons même conduits au tombeau, que ne nous diront-ils point ? Que notre vie serait sainte, que notre mort serait douce, si nous voulions écouter et suivre les leçons que nous donneraient les morts.

Plus la pensée de la mort est utile pour bien régler sa vie, et plus l’homme naturellement ennemi de la règle, se plaît à vivre dans l’oubli de la mort. Mais, comme en oubliant la mort, on sait que la mort ne nous oublie pas, les plus sages, tant les peuples que les particuliers, tant les Païens que les Chrétiens, ont toujours été soigneux de se rappeler par diverses industries, une pensée si salutaire.

Anciennement, dans la Chine, la veille du couronnement de l’empereur, tous les sculpteurs de la ville de Pékin lui présentaient chacun un morceau de marbre, afin qu’il choisît celui duquel il voulait qu’on fit son tombeau, parce qu’on devait commencer à y travailler dès le jour même de son couronnement. Le sculpteur qui avait présenté le marbre que l’empereur choisissait, était aussi celui qui était chargé de faire l’ouvrage, et c’était la ville qui le payait d’avance. Cette présentation des marbres se faisait en cérémonie et avec grande pompe, et était pour le peuple, et surtout pour l’empereur, une importante leçon. Prenez-la pour vous-même, et songez qu’autour de vous toute la nature travaille sans cesse à vous creuser un tombeau.

Dans la cérémonie du couronnement des rois Abissins, on leur présentait un vase plein de terre et une tête de mort, pour les avertir de ce qu’ils devaient être un jour, sans que la couronne pût les préserver du sort commun à tous les hommes. Encore aujourd’hui, à l’installation du Pontife romain, un clerc porte un peu d’étoupe au bout d’une canne de roseau, et approchant l’étoupe de la lumière d’un cierge, il la fait brûler sous les yeux du Pontife, en lui disant : Saint Père, ainsi passe la gloire du monde.

Philippe, roi de Macédoine, père d’Alexandre-le-grand, avait donné l’ordre à un de ses pages de lui dire trois fois tous les matins : Sire, souvenez-vous que vous êtes homme. Ce seul mot dit tout.

L’empereur Maximilien Ier avait fait faire sa bière quatre ans avant de mourir. Il l’avait toujours dans sa chambre, et, quand il voyageait, il la faisait toujours porter avec lui. Il trouvait en elle un bon conseil, et ayant suivi ses avis pendant sa vie, il vit sans peine le moment arriver auquel bientôt il devait y être renfermé.

Les chartreux se saluent, en disant : Souvenez-vous de la mort, parce qu’il n’y a rien de plus efficace que ce souvenir, pour nous faire persévérer dans les voies pénibles de la vertu, en nous mettant sous les yeux que notre pénitence finira bientôt, qu’elle sera suivie d’une félicité éternelle, et qu’elle nous délivrera d’un malheur éternel.

Saint Bernard avait coutume de se dire souvent pendant le jour : Si tu devais mourir aujourd’hui, ferais-tu cela ? Et quand il commençait quelque bonne action, ou quelque œuvre d’obligation, il se demandait : Si tu devais mourir après cette action, comment la ferais-tu ? Et ainsi, par le souvenir de la mort, il se maintenait dans une continuelle ferveur.

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Empédocle sur le mont Etna

Le mont Etna, appelé aujourd’hui le mont Gibel, est une montagne de Sicile, qui vomit continuellement des tourbillons de feux et de flammes. C’est une vraie image de l’enfer, et c’en est une en même temps du feu impur qui conduit à l’enfer. Je compare donc cette montagne ardente à tant d’assemblées mondaines, tant de bals scandaleux, tant de théâtres licencieux, qui, comme autant d’Etna, sont toujours environnés de flammes, et portent l’incendie dans tous les cœurs. Combien, outre cela, d’Etna particuliers, d’Etna ambulants, d’Etna cachés, dont les ardeurs ne sont pas moins dangereuses ! On ne saurait trop craindre tous ces feux, ni trop s’en éloigner. C’est vouloir y périr que de s’en approcher. Qui craint le péché, doit fuir l’occasion.

Empédocle, célèbre philosophe de l’antiquité, plus fameux par sa mort que par sa vie et ses écrits ; fut curieux de voir de près les feux du mont Etna. Il voulut par lui-même savoir ce que c’était que ces feux, comment ils sortaient, et quelles traces ils laissaient après eux. Il voulait voir le haut de la montagne, connaître la nature du terrain, examiner la construction du lieu, et s’assurer si tout ce qu’on en disait était bien véritable. Enfin, if voulait pouvoir en parler savamment, non sur le rapport des autres, mais sur ses propres observations.

Plus d’une fois ses disciples tâchèrent de le détourner d’une entreprise si dangereuse et si téméraire. On lui représenta que tous ceux qui l’avaient tentée y avaient péri ; qu’on devait se contenter de savoir de cette montagne ce qu’on pouvait en découvrir de loin sans risque ; que du reste il fallait en raisonner par conjecture et non par expérience. On lui représenta que le sommet devait être calciné, et qu’en croyant mettre le pied sur un terrain solide, il y avait danger de le mettre sur un abîme de cendre, et d’y être englouti.

On lui représenta enfin que le feu ne sortant pas toujours du même endroit de la montagne, l’éruption pouvait se faire tout-à-coup sous les pieds même de l’observateur, le brûler tout vif, et le réduire en cendre, avant qu’il fût descendu au fond du gouffre.

Empédocle répondait à tout cela qu’on s’alarmait trop aisément, que la peur exagérait le danger, qui n’était pas, à beaucoup près, aussi grand qu’on le disait ; qu’un philosophe ne devait pas se laisser intimider comme le vulgaire ; que si ceux qui avaient monté avant lui y avaient péri, c’était qu’ils n’y étaient pas allés en philosophes, et avec les précautions nécessaires : que pour lui, il avait pris de bonnes mesures, et ne courait aucun risque ; qu’il verrait, qu’il examinerait tout, qu’il reviendrait sain et sauf, et leur en apporterait des nouvelles.

Le philosophe ne disait point quelles étaient ces bonnes mesures qu’il avait prises, elles eussent paru trop ridicules. Elles se réduisaient à deux, et consistaient la première, à porter son bâton avec lui, pour sonder le terrain avant de mettre le pied ; la seconde, à monter pieds nus, pour sentir le terrain qui serait chaud, ou qui commencerait à le devenir, afin de pouvoir s’en retirer avant que l’éruption se fît.

Un beau matin donc Empédocle, sans rien dire à personne, prend son bâton et s’en va à la montagne, laisse ses sandales au bas, et grimpe nu-pieds jusqu’au sommet. Dans ce même temps, deux de ses disciples étant allés par hasard prendre le frais sur une montagne voisine, furent bien surpris de voir un homme se promener sur le mont Etna. Ils jugèrent bien que c’était leur maître, et ils frémirent du danger où il était. Mais que faire ? On ne pouvait plus l’en retirer ; ils se contentèrent donc de le suivre des yeux, et de considérer ce qu’il deviendrait.

Dès qu’Empédocle fut arrivé au haut de la montagne, il fut enchanté de la nouveauté du spectacle. Il vit là mille objets curieux et admirables aux yeux d’un amateur, mais qui, aux yeux de tout autre, n’eussent paru que hideux et méprisables. Il vit de vieilles roches calcinées, il vit des monticules de cendre, il vit des mares de soufre fondu et infect ; il vit des trous et des crevasses, il vit enfin par où actuellement la flamme s’élançait à une hauteur prodigieuse.

Empédocle se promenait autour de ce terrible volcan avec une intrépidité plus que philosophique. Son bâton lui fit éviter plus d’un abyme, et plus d’une fois la chaleur de ses pieds l’avertit de changer de place. Il eut même quelquefois la consolation de voir qu’il en avait changé à propos, le feu s’élançant avec fracas du lieu qu’il venait de quitter. Il s’applaudissait de son industrie, et se disposait à descendre. Il pensait combien il lui serait glorieux d’avoir pu, sans crainte et sans accident, parcourir cette fameuse montagne, que nul mortel avant lui n’avait pu franchir sans y perdre la vie ; et de pouvoir dire, en racontant les merveilles qu’elle contient j’y ai été, je l’ai vue. Tandis qu’il s’occupe de ces pensées, et qu’il jette encore un coup-d’œil sur les objets qui l’ont le plus frappé, et dont il se propose de faire sa description, il ne fut pas assez attentif à l’avertissement de ses pieds ou peut-être ses pieds ne l’avertirent pas, du moins assez à temps ; car il sortit de dessous lui un tourbillon de flammes, qui jeta au loin son bâton à demi brûlé. Pour lui, fut-il brûlé, fut-il englouti ? Peut-être fut-il l’un et l’autre. Tout ce qu’on en sait, c’est qu’il resta là, et ne parut plus.

Ses disciples, témoins de ce funeste accident, coururent aussitôt à l’endroit où ils avaient vu tomber le bâton, et ils reconnurent très-bien que c’était celui de leur maître. Ils firent ensuite le tour de la montagne, pour voir s’ils ne trouveraient point quelques-uns de ses membres épars ; mais ils ne trouvèrent que ses sandales, qu’ils placèrent avec le bâton dans le temple de la prudence, pour avertir ceux qui les verraient, que la vraie prudence consiste à éviter le danger, et que les précautions ne sont plus de saison, lorsque le danger est inévitable.

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La poutre dans l’eau

Deux paysans étaient venus de la campagne à la ville pour y vendre deux charretées de bois qu’ils avoient amenées. Leur vente faite, ils allèrent faire un tour sur le bord de la rivière. Là, ils virent une poutre dans l’eau, et un jeune homme qui d’une main poussait la poutre vers un endroit du rivage. De quel bois est donc cette poutre, disaient entre eux les deux paysans, pour être si légère qu’un enfant la conduise où il veut ? Le maître charpentier qui attendait que son garçon lui amenât cette poutre au bord de l’eau, entendant ce discours des deux paysans, s’approcha d’eux, et leur dit : Mes amis, si vous voulez savoir de quel bois est cette poutre, et comprendre combien elle est légère, faisons ensemble un marché. Quand mon garçon l’aura conduite au bord de l’eau, si tous deux ensemble vous la tirez hors de l’eau, et me la mettez ici à sec, je vous donnerai douze francs ; mais, si vous ne pouvez pas tous deux en venir à bout, vous y mettrez vos bœufs pour me la tirer, et vous me donnerez six francs, que nous irons manger ensemble à notre dîner. La proposition parut avantageuse. Si la poutre, dit l’un des paysans, est si mince et si légère, que ce garçon puisse seul la conduire ici, il y aura bien du malheur, si nous deux nous ne pouvons la tirer. La condition acceptée on mit l’argent de part et d’autre entre les mains de la cabaretière, qui était là à laver du linge, et qui admirait la simplicité de ces bons campagnards. La poutre étant arrivée à l’endroit marqué, les deux paysans, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, se mettent en devoir de la tirer de l’eau ; mais tous leurs efforts furent inutiles ; et, après avoir travaillé long-temps, ils s’avouèrent vaincus. Il fallut appliquer les bœufs et payer le dîner.

Notre Seigneur, dans l’Évangile, appelle les péchés légers qu’on voit dans les autres, des pailles, des fétus ; et les péchés griefs qu’on a en soi et qu’on n’y voit pas, il les appelle des poutres. Une poutre qui nage sur l’eau ne paraît pas ce qu’elle est, ni par sa grosseur, ni par sa pesanteur. Quant à sa grosseur, la moitié de son volume est cachée sous l’eau ; et, quant à sa pesanteur, un enfant peut la remuer et la conduire ou il veut. Mais quand il s’agit de la tirer de l’eau, et lorsqu’elle en est tirée, c’est alors que l’on voit combien elle est grosse et que l’on sent combien elle est pesante.

Le siècle présent est une vaste mer, où nous nageons, et où nagent aussi avec nous les péchés dont nous sommes chargés. Ces péchés ne paraissent pas la moitié de ce qu’ils sont. Nous en cachons une partie à la vue des hommes, sous un extérieur trompeur, et nous nous en cachons beaucoup à nous-mêmes, en nous les dissimulant, en les excusant, en les oubliant. D’ailleurs ; ce que nous en apercevons nous paraît fort léger, parce que ces péchés nagent, pour ainsi dire, dans l’eau des fausses maximes du monde et dans le torrent des exemples pervers qui les autorisent. Mais, quand il faudra les tirer de cette eau pour les présenter au tribunal de Dieu, alors ils paraîtront ce qu’ils sont, d’une grosseur et d’une pesanteur énorme. Quand ces actions honteuses, ces fraudes secrètes, ces calomnies artificieuses, ces intentions perverses seront tirées de dessous l’eau ; qu’elles seront confrontées, non plus avec les usages du monde, mais avec la Loi de l’Évangile, non plus avec la corruption des hommes, mais avec la sainteté de Dieu : alors, oui alors, on en verra l’énormité, on en sentira le poids immense. Effaçons-les donc par la pénitence avant de sortir de ce monde, pour n’en être pas accablés quand nous paraîtrons devant Dieu.

Le péché paraît léger quand on le commet ; mais il paraît pesant et énorme, quand il faut seulement le porter à confesse. Que sera-ce donc, s’il faut le porter jusqu’au tribunal de Dieu ?

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Le preneur de vipères

Un homme de la campagne était très-adroit à prendre des vipères, qu’il envoyait ensuite à un apothicaire de la ville voisine, pour en faire de la thériaque. Une après-dînée, sa chasse fut si heureuse, qu’il en prit jusqu’à cent cinquante. Le soir, étant de retour à sa maison, il se trouva si las et si harassé, qu’il ne voulut point souper. Il monta dans sa chambre, et alla se coucher tout de suite. Il porta, selon sa coutume, ses vipères toutes en vie dans sa chambre, et les mit dans un baril qu’il eut soin de fermer, mais qu’il ne ferma pas bien. La nuit, tandis qu’il dormait, les vipères forcèrent leur prison, et cherchant la chaleur, elles allèrent toutes vers son lit, s’insinuèrent entre les draps, se glissèrent sur sa peau, et l’enveloppèrent de toutes parts sans lui faire aucun mal, sans qu’il s’éveillât et sentît rien. Comme c’était sa coutume de dormir les bras nus hors du lit : le lendemain, s’étant éveillé lorsqu’il faisait grand jour, il fut étrangement surpris de voir ses bras entourés de vipères. Ah ! dit-il, je suis mort : les vipères se sont échappées. Il eut la prudence de ne se point remuer, et il sentit qu’il en avait d’entortillées autour du cou, autour des jambes et des cuisses, et de tout le corps. Quel état ! Il ne perdit pourtant point la tête. Il se recommanda à Dieu ; et sans se donner le moindre mouvement, il appela sa servante.

Quand elle eut ouvert la porte de sa chambre :

« N’entrez pas, lui dit-il, mais descendez là-bas, prenez le grand chaudron, remplissez-le de lait à la moitié ; faites chauffer ce lait, en sorte qu’il ne soit que tiède. Vous m’apporterez ce chaudron, et vous le mettrez au milieu de ma chambre, le plus doucement et en faisant le moins de bruit que vous pourrez. Ne fermez pas la porte : allez ; faites vite ; ne perdez pas un instant. »

Quand le chaudron fut dans la chambre, les vipères sentant l’odeur du lait, commencèrent à quitter prise. Il vit celles de ses bras se désentortiller et se retirer. Il entendit passer celles de son cou. Il sentit que ses jambes et ses cuisses se dégageaient, et que tout son corps était libre. Quelle joie ! Il se posséda néanmoins : il ne se pressa pas, et donna le temps à toutes les vipères de sortir. Elles sortirent toutes, allèrent se jeter dans le chaudron, de sorte qu’il n’en resta pas une dans le lit. Notre homme alors se leva, et voyant les vipères presque noyées dans la liqueur, assoupies et comme enivrées, il les tira avec ses pinces l’une après l’autre et leur coupa la tête. Aussitôt, s’étant mis à genoux, il remercia Dieu de bon cœur de l’avoir délivré d’un si grand danger. Après cela, il descendit, où il raconta ce qui venait de lui arriver. Il fit frémir tout le monde, et il frémissait lui-même en le racontant. Il envoya ses vipères à l’apothicaire, lui faisant dire de n’en plus attendre de sa part. En effet, il renonça au métier, et il prit une si grande aversion pour les vipères, que non-seulement il ne pouvait pas en souffrir la vue, mais même le nom ni la pensée.

Une histoire si terrible et si effrayante mérite bien que nous y revenions et que nous en examinions toutes les parties.

1) L’état de cet homme dans son lit. Quand je le considère, ayant le corps tout garni et entouré de vipères vivantes, je frissonne, et cette seule idée me fait trembler. Quelle situation ! Peut-il y en avoir de plus affreuse ? Oui, celle d’une âme en péché mortel est mille fois plus terrible. Quand je considère un pécheur, ou dormant tranquillement dans son lit, ou agissant librement pendant le cours de la journée, et que je pense que mille péchés mortels et mille démons pires que des vipères possèdent son âme et s’en sont rendus maîtres, que tout son corps et tous les sens de son corps en sont, non environnés, mais remplis et pénétrés, je suis saisi d’horreur et d’épouvante. Le malheureux ne sent point l’horreur de son état ; il est comme endormi. Mais l’homme dont nous parlons, ne le sentait point non plus, et dormait aussi. L’état de l’un et de l’autre en est-il pour cela moins épouvantable ?

2) Le danger de cet homme pendant son sommeil. Si cet homme, pendant son sommeil, se fut donné quelque mouvement, comme il arrive d’ordinaire ; si, en se tournant, il eut pressé quelqu’un de ces animaux ; si, par un souffle, par un soupir, par une parole, il eut effarouché ces monstres, il était perdu, et de mille vies, il n’en aurait pas sauvé une. Et si ce pécheur venait à mourir subitement dans l’état où il est, si quelqu’un de ces accidents, dont on entend parler tous les jours, lui arrivait, où en serait-il, où en sont tous ceux à qui ces accidents sont arrivés ? S’ils étaient en péché mortel, ils sont perdus pour jamais.

C’est sans doute une mort bien cruelle, que de mourir dévoré par cent cinquante vipères ; mais qu’est-ce que cela, après tout, en comparaison de l’enfer, où l’on est pour toujours la proie des démons, de ses péchés, de ses remords, de son désespoir, et des flammes éternelles !

3) L’effroi de cet homme à son réveil. Pécheurs, vous ne dormirez pas toujours ; vous vous réveillerez à la mort et au jugement de Dieu. Et quel sera votre effroi de vous voir ennemi de Dieu, rebelle à Dieu, semblable au démon ; un homme de péché, qui n’est bon que pour l’enfer, où il va être précipité pour y faire sa demeure éternelle ! Ah ! N’attendez pas à vous réveiller que ce moment soit venu ; ce serait trop tard pour vous. Réveillez-vous maintenant que vous pouvez encore ôter de votre sein les vipères que vous y recelez, que vous y entretenez, et prêtes à vous dévorer.

Vous avez vu le danger de cet homme, et vous ne pouvez nier que le vôtre ne soit encore plus grand. Considérez maintenant comment il s’en tira, afin de vous en tirer comme lui.

1) Sa prudence. Il ne perdit point courage, et imagina le seul expédient qui pouvait lui réussir, et qui lui réussit en effet. De même, en considérant l’état effroyable de votre âme, ne perdez pas courage, ne vous livrez pas au désespoir ; ne dites pas comme Caïn : « Mon iniquité est trop grande pour que j’en puisse espérer le pardon. » Fussiez-vous encore mille fois plus pécheur ; la miséricorde de Dieu étant infinie, sera toujours infiniment au-dessus de vos péchés. Vous n’avez pas besoin de chercher et d’imaginer le moyen de vous délivrer de vos péchés, ce moyeu est tout trouvé, et la miséricorde de Dieu vous le présente tout préparé. C’est le Sang de Jésus-Christ dans lequel il faut noyer tous vos péchés, par une bonne confession. Que ce mot ne vous trouble pas : tenez-vous tranquille : ne regardez pas cette opération. comme impossible ou trop difficile. Dieu ne demande pas de vous l’impossible, et il vous aidera à faire ce qui dépend de vous. Confessez d’abord les péchés dont vous vous souvenez. Prenez ensuite du loisir pour rechercher les autres, et donner le temps à toutes ces vipères de sortir. Ne craignez rien ; elles sortiront toutes.

2) Sa joie quand il se vit délivré. Elle fut grande sans doute ; mais elle n’est rien en comparaison de celle que goûte un pécheur converti et rentre en grâce avec Dieu. Mais qui peut comprendre quelle sera la joie de ce pécheur, lorsque délivré pour toujours de tous ses ennemis, il sera invité à entrer dans la joie même du Seigneur ? Ah ! Qu’il se félicitera alors de s’être défait de ses péchés, d’y avoir renoncé, de les avoir confessés, détestés et expiés !

3) Sa résolution. Il coupe la tête à toutes les vipères, sans en épargner aucune. Il renonce pour toujours à un métier qui a pensé le perdre. Enfin, il conçoit une aversion éternelle de ce qui l’a mis dans un si grand danger. Vous concevez tout ce que cela veut dire : mettez-le en pratique. Fuyez le péché comme vous fuiriez à la vue d’une couleuvre ou d’une vipère.

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L’astronome chez les lapons

Nous continuons avec plusieurs articles dédiés aux magnifiques histoires du père Bonaventure Giraudeau. Découvrons aujourd’hui « l’astronome chez les lapons », cinquième parabole de son ouvrage.

L’astronome chez les lapons

Un astronome, par ordre du roi son maître, se transporta vers les pays du Nord, pour observer le passage de Venus sur le disque du soleil. Étant arrivé en Laponie, il trouva que les petits hommes habitants de ce pays, n’avaient pas encore quitté leurs appartements d’hiver. Ces appartements étaient des grottes profondes, creusées sous terre, et qui n’avaient d’autre ouverture que la porte par laquelle on y entrait. On entretenait dans ces cavernes un feu terrible et continuel. On y entraînait les arbres entiers, tout verts et avec tout leur feuillage. On les y brûlait ; et la fumée était si épaisse, qu’en se chauffant, on ne s’y voyait pas. Un soir que le temps était serein, et avant que les Lapons fussent descendus dans leurs trous, l’astronome, qui avait déjà fait ses observations, leur expliquait le cours des astres, leur nommait les étoiles et leur montrait les planètes. Les Lapons riaient de tout leur cœur, en l’entendant parler et en considérant les instruments dont il se servait. Les uns prenaient un quart de nonante, et n’y comprenaient rien. Les autres regardaient par un télescope, et n’y voyaient rien. Les noms de Descartes, de Newton, de Copernic, les faisaient étouffer de rire. Enfin, le plus considérable de la troupe, le prenant sur un ton plus sérieux, dit à l’astronome : en vérité, il faut que vous, votre roi et votre nation aient perdu la tête pour vous amuser à de pareilles chimères. L’astronome, qui se sentit piqué, lui répondit : Il n’est pas étonnant que vous, qui vivez dans les ténèbres ; qui n’habitez que des tanières, qui ne voyez que ce qui est dans vos cavernes, et ne connaissez pas les productions de la terre, vous ignoriez les phénomènes du ciel, et que vous vous moquiez de ceux qui les observent et qui vous en parlent. Entendant ces mots, tous les Lapons poussèrent un cri effroyable, firent de grandes huées, et peut-être se seraient-ils portés à quelque autre extrémité, si le prudent astronome ne se fût promptement retiré. Il se rendit peu après dans sa patrie, où il donna une relation exacte de ses observations, et un mémoire détaillé de ses aventures. Maintenant, dans le sein de sa famille, il jouit des bienfaits de son roi, et de l’estime de ses compatriotes.

J’observe trois choses dans ces Lapons :

1) Leurs ténèbres. Par rapport aux choses du salut, nous sommes tous dans ce monde-ci, comme dans une maison pleine de fumée. La corruption de nos sens et la vivacité de nos passions élèvent au-dedans de nous et autour de nous des tourbillons d’une vapeur épaisse, qui offusquent les plus pures lumières de notre esprit, et étouffent les plus nobles sentiments de notre cœur. Nous ne voyons ni ce qui est au-dedans de nous, ni ce qui est au-dehors de nous. Nous ne connaissons ni ce qui est dans ce monde, ni ce qui est hors de ce monde, ni ce qui est dans le temps, ni ce qui est au-delà, ni la grandeur de ce qui est éternel, ni la petitesse de ce qui est temporel. Nous donnons aux choses terrestres et périssables l’estime et l’attention que méritent les choses célestes et éternelles, et nous avons pour celles-ci le mépris que méritent celles-là. Cette erreur fait que les hommes appellent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien. Ils prennent les ténèbres pour la lumière, la voie pour le terme, le lieu de leur exil pour celui de leur patrie.

Avant que la mort vienne nous tirer d’une erreur si préjudiciable, prenons le flambeau de la foi, qui, comme dit saint Pierre, nous éclairera dans ce lieu de ténèbres. Écoutons ceux qui, guidés par cette lumière céleste, nous enseignent les vérités importantes du salut, en nous avertissant que les biens et les maux éternels sont seuls dignes de nos réflexions, et que les biens et les maux passagers de la terre ne méritent pas que nous nous en occupions, si ce n’est autant qu’ils ont rapport aux biens et aux maux de l’éternité.

2) Leurs railleries. Quand je vois des impies attaquer la religion, des hérétiques combattre l’église, des libertins censurer la dévotion, il me semble que je suis dans les pays du Nord, et que j’entends les Lapons juger de l’astronomie.

3) Leur colère. Le monde, de tout temps, s’est moqué des vrais Chrétiens, et de ceux qui voulaient s’instruire. Souvent il les a persécutés ; quelquefois il les a mis à mort. Mais eux, ils sont triomphants dans la céleste patrie, où ils jouissent des bienfaits éternels du Roi des siècles, dans la compagnie des Bienheureux immortels. Dieu nous fasse la grâce d’être un jour avec eux !

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L’esclave mal-avisé

Voici une histoire chrétienne du père Bonaventure Giraudeau qui est tout à fait édifiante en ce siècle de décadence organisée. Tout le monde devrait lire cette magnifique parabole qui nous rappelle toute la morale catholique qui est, originellement, une orthodoxie dans la lignée du Sauveur de l’humanité, c’est-à-dire Notre Seigneur Jésus-Christ.

À propos de l’œuvre du père Bonaventure Giraudeau

Auteur en latin d’une Introduction à la langue grecque [1739], d’ouvrages scolaires et d’un Abrégé de grammaire hébraïque [1758], le Père Bonaventure Giraudeau (1697-1774), de la Compagnie de Jésus, publie à Paris, en 1766, sans nom d’auteur : Histoires et paraboles. C’est un petit livre d’historiettes servant à l’édification moralisatrice de la jeunesse. Petit livre, mais grande fortune. Constamment réédité de 1766 à 1903, cet ouvrage connaît sur cent trente ans plus de cent tirages ou rééditions.

L’esclave mal-avisé

Un homme fort riche, nommé Ariste, prit de l’affection pour un de ses esclaves, nommé Afrenès. Il l’avait tiré des travaux de la campagne, pour le faire servir à sa maison, dans le dessein de l’affranchir bientôt. En effet, un jour il l’appela, et lui dit : Afrenès, j’ai une commission à te donner, et à t’envoyer à quelques lieues d’ici. Si tu fais bien ma commission, je t’affranchirai à ton retour ; et en te donnant la liberté, je te ferai encore une gratification dont tu auras lieu d’être content. Voici, continua-t-il, la commission dont il s’agit. Tu connais le seigneur Eusèbe, et tu sais où il demeure ; porte-lui ces trente talents d’argent qui lui sont dus, prends de lui un reçu et me l’apporte ; voilà tout ce que j’exige de toi. Tu sais bien que quand tu auras passé le monument d’Hébé, tu trouveras deux chemins dont l’un va à droite et l’autre à gauche ; prends à droite, celui-là te mènera chez Eusèbe. Si tu prenais à gauche, tu aboutirais chez Caquise. Je te défends de mettre les pieds chez lui. C’est un méchant homme, qui prétend que tout lui est dû, et qui se saisirait de ton argent. Prends bien garde à ce point, car si ce malheur t’arrivait, tout mon amour pour toi se changerait en haine, et au lieu de la liberté et des avantages que je te promets, je te ferais mettre les fers aux pieds, et te renverrais aux plus durs travaux de la campagne, d’où tu ne sortirais jamais.

Mon maître, répondit Afrenès, je n’ai pas besoin d’être soutenu, ni par l’espérance, ni par la crainte, pour exécuter vos volontés : mon devoir, et le désir de vous plaire, seront toujours les seuls motifs qui me feront agir. En disant cela, il prit l’argent et partit.

Quand il fut en chemin, il commença à s’écrier : ô heureuse liberté, pour qui j’ai tant soupiré ! Tu parais enfin, et le jour de demain me verra libre. Oh ! Pour moi l’heureux jour ! Ensuite il commença à raisonner en lui-même, et à dire : Quand je serai libre, avec le petit pécule que j’ai, et les autres gratifications que me fera mon maître, je pourrai encore faire quelque chose. Cependant, ajoute-t-il, si j’avais seulement dis talents de plus, je ferais bien mes affaires. Je suis bien fou, poursuivit-il, je demande dix talents et j’en porte trente ! Qui m’empêche de prendre dix talents de ces trente ? Qui le saura ? Le seigneur Eusèbe en aura bien assez de vingt. Cela dit, il ouvre le sac, en tire dix talents qu’il met à part, et reprend son chemin et son discours.

Je vais donc porter, se disait-il, ces vingt talents au seigneur Eusèbe. Je connais bien ce seigneur-là ; il est dure et avare : je gagerais bien qu’il ne me donnera pas même un grand merci pour ma peine. Ah ! Il n’en est pas ainsi du seigneur Caquiste : je suis bien sûr que si je passais chez lui, il ne me laisserait point aller sans me faire goûter de son vin. En disant cela, notre voyageur passa le monument d’Hébé, et les deux chemins se présentèrent à lui. Voilà ici, dit-il, le point de la difficulté : de quel côté prendre ? Après tout, continua-t-il, je puis bien d’abord passer chez Caquiste, et de là ensuite, quand je me serai un peu délassé, je pourrai également aller chez Eusèbe, et sur cela il prend à gauche. D’aussi loin que Caquiste le vit :
« Eh ! Te voilà, mon cher Afrenès, apportes-tu de l’argent ?
– Oui, monsieur.
– Combien ?
– Vingt talents. C’est bien peu ; mais n’importe, entre toujours, et bois un coup en attendant le dîner.
– Mais, monsieur, dit Afrenès, ce n’est pas pour vous que j’apporte cet argent.
– Pour qui donc ?
– Pour Eusèbe.
– Bon, reprit Caquiste, Eusèbe a bien besoin de cela ! Cet argent m’est dû à moi, et j’en ai besoin : donne seulement, mon enfant, et nous dînerons ensemble.
– Mais, reprit Afrenès, je dois rapporter à mon maître un reçu.
– Eh bien ! répliqua Caquiste, je t’en donnerai un, c’est la même chose pour ton maître. »

Afrenès, qui ne savait point lire, qui ignorait la valeur d’un Billet, et qui d’ailleurs avait faim, se laissa persuader, donna l’argent et prit le reçu. Après quoi on se mit à table, on dîna, on se divertit, on joua jusqu’à ce qu’il fut temps de partir et de retourner à la maison.

Afrenès se rendait au petit pas, un peu inquiet sur sa manœuvre, et ne sachant trop à quoi tout cela aboutirait. Quand son maître le vit :
« Tu te rends bien tard, lui dit-il.
– Monsieur, répondit Afrenès, c’est qu’on m’a fait dîner.
– Eusèbe se porte-t-il bien ?
– Oui, monsieur, ou du moins il ne m’a pas paru malade.
– Lui as-tu donné l’argent ?
– Oui, monsieur.
– As-tu son reçu ?
– Oui, monsieur, le voilà. »

Ariste ouvrit le billet, et vit d’abord le seing de Caquiste.
« Eh quoi ! s’écria-t-il, c’est Caquiste qui t’a donné ce billet ; c’est donc à lui que tu as porté l’argent ? Afrenès fut déconcerté : il se troubla, et resta muet. Ariste ayant parcouru le billet :
– Eh quoi, dit-il, tu n’as porté que vingt talents ? Où sont les dix autres ?
– Afrenès, voyant que tout était découvert, se jeta aux pieds de son maître, et lui dit : Seigneur, je suis un misérable qui ne mérite que votre colère. Je n’ai rien fait de ce que vous m’aviez ordonné, et j’ai fait tout ce que vous m’aviez défendu. Punissez-moi, je l’ai mérité.
– Ariste lui dit : Tu ne m’as pas tenu ta parole, je te tiendrai la mienne. »

Aussitôt il lui fit mettre les fers aux pieds, le fit transporter à sa campagne, pour y être employé aux travaux les plus pénibles, et ne voulut plus ni le voir, ni entendre parler de lui.

Peut-on imaginer une conduite plus folle que celle de cet esclave ? Reprenons-en les principaux traits, et voyons s’ils ne nous conviennent point en quelque chose.

I. Son ingratitude.

Rappelez-vous ici tous les bienfaits que vous avez reçus de Dieu. Il vous a tiré du néant, en vous faisant homme. Ensuite, par une bonté spéciale, il vous a tiré de la masse de perdition, en vous mettant dans sa maison, dans son Église, pour y éprouver quelque temps votre fidélité à le servir, et vous mettre bientôt après en possession du Paradis, pour y jouir d’une liberté, d’une félicité et d’une vie éternelle. Voilà la fin pour laquelle il vous a créé : en pouviez-vous souhaiter une plus noble et plus avantageuse ? C’est pour vous aider à parvenir à cette fin, qu’il a créé le monde et établi son Église. En vous donnant un corps et une âme, et laissant à votre choix l’usage de toutes les créatures, il n’exige de vous qu’une chose, il ne vous défend qu’une chose. Ce qu’il exige de vous, c’est que, lorsque vous serez parvenu à l’âge de raison, lorsque vous aurez passé les années de l’enfance, et que vous serez en état de distinguer le bien d’avec le mal, vous entriez dans les sentiers de la justice, de la piété, de la dévotion, et que vous marchiez dans les voies de ses commandements, n’usant de ses bienfaits que pour son service et votre salut, et rapportant tout à sa gloire. L’unique chose qu’il vous défend, c’est de ne pas entrer dans les routes de l’iniquité, de ne pas sacrifier au démon et au monde les talents qu’il ne vous a donnés que pour être employés à son service ; de ne rien dérober des biens qu’il vous a confiés, et de ne les pas faire servir à votre amour-propre, à votre avarice, à votre orgueil, à vos passions. Examinez maintenant ce que vous avez fait jusqu’à présent.

II. Sa désobéissance. Il est important de remarquer comment il en vint là.

1) Il compte sur la récompense promise à son obéissance, et il ne s’occupe point du soin d’obéir. Il ne songe qu’à sa liberté, et point au moyen de l’obtenir. De même, tout le monde prétend bien se sauver ; personne ne veut se damner ; cependant on ne songe point au seul moyen qu’il y a de se sauver et d’éviter la damnation, qui est d’obéir aux Commandements de Dieu.
2) Il prétend obéir, et il ne s’entretient que de pensées qui le détournent de l’obéissance. Comment prétendez-vous garder la loi de Dieu, si vous n’écoutez, si vous ne lisez, si vous ne recherchez, si vous n’aimez que ce qui y est opposé, si vous ne roulez dans votre esprit, dans votre mémoire, dans votre imagination, dans votre cœur, que des pensées, des projets, des affections qui y sont contraires ?
3) Il prétendait obéir et désobéir tout ensemble ; faire d’abord ce qu’on lui défendait, et ensuite ce qu’on lui commandait. Voilà le grand écueil : on veut commencer par servir le monde, et ensuite on servira Dieu ; mais, le plus souvent on meurt sans avoir servi Dieu, et n’ayant servi que le monde.

III. Sa témérité. Elle se fait remarquer en trois choses.

1) En ce qu’il se flatte que ses actions et ses démarches seront ignorées de son maître. Des philosophes peuvent-ils bien se persuader que Dieu ne sache pas leurs actions et leurs blasphèmes, ou que, les sachant, il ne les punisse pas ? Mais, nous, qui croyons que Dieu voit tout, comment osons-nous pécher en sa présence et sous ses yeux ? Oh ! Combien ce mot, personne ne le saura, a-t-il enhardi de cœurs à commettre l’iniquité ! C’est donc ainsi que parmi les hommes, on compte Dieu pour rien.
2) En ce qu’il est content avec le reçu de l’ennemi de son maître. Et nous, ne sommes-nous pas contents, pourvu que nous ayons le suffrage et l’approbation du monde ? Ne sommes-nous pas satisfaits dès que nous avons sauvé les dehors et les apparences ? Quand le monde nous applaudit dans nos désordres et dans les actions les plus contraires à la loi de Dieu, en demandons-nous davantage ? Ne nous félicitons-nous pas ? Ne restons-nous pas tranquilles ?
3) En ce qu’il ose présenter ce reçu à son maître. C’est-là le comble de la témérité. C’est pourtant en ce point que nous l’imitons le plus exactement. Nous avançons sans cesse, et malgré nous, vers le tribunal de Dieu, et nous osons paraître devant cette Majesté redoutable avec une conscience chargée de toutes nos iniquités, avec une conscience qui témoigne contre nous et qui porte en écrit le détail exact de tout ce que nous avons fait, dit, pensé, imaginé, aimé et désiré.

Mais trois choses nous rendent encore plus coupables que cet esclave :

1) Il ne savait pas lire, et ce n’était pas sa faute : au lieu que nous pouvons lire dans notre conscience, et examiner ce qu’elle contient ; que si vous dites que vous n’y pouvez pas lire, je réponds que c’est votre faute ; que c’est parce que vous ne vous y êtes jamais exerce, et que vous n’y êtes pas habitué. Vous évitez au contraire d’y jeter les yeux, pour ne pas prendre la peine de rentrer en vous-même, et de vous recueillir un moment, comme s’il ne valait pas mieux pour vous de prendre cette peine pour effacer et ôter tout ce qui est contre vous, que de le porter sans examen au tribunal de Dieu, pour en être éternellement puni.
2) Il ne savait pas la valeur d’un billet, et que ce billet découvrait tout ce qu’il voulait cacher. Mais pour vous, quand il serait vrai que vous ne sussiez pas lire dans votre conscience, vous savez bien au moins qu’elle contient tout le mal que vous avez fait, et qu’elle vous le reprochera au tribunal de Dieu. Vous êtes donc bien téméraire et bien insensé de l’y porter en cet état.
3) Il ne pouvait pas réformer ce billet, et, après la faute qu’il avait faite, il n’y avait plus de remède pour lui ; mais il y en a un pour vous, et vous seriez bien fou, si vous ne vous en serviez pas.

Ce remède, c’est que :

1) Vous appreniez à lire dans votre conscience : que vous feuilletiez exactement ce registre de votre vie, que vous sachiez au juste ce qu’il contient, que vous y effaciez par vos larmes, et en ôtiez par une bonne confession tout ce qui s’y trouvera contre vous.
2) Que si, malgré vos efforts et votre application, il se trouve quelque endroit que vous ne pussiez pas bien déchiffrer, vous l’abandonniez a la miséricorde de Dieu, vous tâchiez de le brûler dans les flammes de l’amour divin, et le fassiez servir de fondement à l’humilité, sans vous troubler, sans vous inquiéter, servant votre Maître avec confiance et amour, et en même temps avec crainte et tremblement ; vous souvenant que votre Maître est votre Père ; qu’il ne demande qu’un cœur droit et une bonne volonté ; qu’il n’aime pas qu’on le serve dans le trouble : que le scrupule outré l’offense, et que la confiance l’honore.
3) Que vous preniez bien garde, à l’avenir de ne rien laisser entrer dans votre conscience qui la charge et puisse témoigner contre vous ; et, si quelque chose de semblable venait à y entrer par votre négligence, examinez-le aussitôt, et l’effacez par la douleur, la pénitence et la confession. De cette manière, vous tiendrez votre conscience en bon état : vous la présenterez à Dieu avec confiance ; elle sera la preuve de votre fidélité : Dieu vous accordera la récompense promise au serviteur fidèle, et vous en jouirez pendant toute l’éternité.

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Les miracles posthumes de saint Louis de Gonzague

Voici des faits posthumes aussi extraordinaires qu’authentiques tirés de l’ouvrage du Père Virgile Cepari. Pour consulter la totalité des miracles méticuleusement reportés, vous pouvez consulter le livre gratuit à cette adresse : « vie de saint Louis de Gonzague ».

Des miracles opérés par intercession de saint Louis de Gonzague

« Mon dessein, en écrivant cette vie, n’a point été de rapporter tous les miracles et toutes les grâces accordées dans différents pays par les mérites et l’intercession de saint Louis après sa mort ; mais seulement de faire un choix de quelques actions saintes et vertueuses, qui, avec l’aide du Seigneur, peuvent être imitées de tout le monde. D’ailleurs, le récit d’un grand nombre de miracles n’ajouterait rien, dans l’esprit de ceux qui ont connu notre Saint, à l’idée qu’ils ont de sa singulière vertu ; parce que les personnes intelligentes n’ignorent pas que les dons surnaturels que Louis reçut de Dieu pendant sa vie, sont quelque chose de plus grand, de plus précieux, de plus désirable que la grâce des miracles. Cependant, afin qu’on sache que cette illustration ne lui a pas manqué, je rapporterai ici quelques-uns des miracles opérés depuis sa mort et confirmés par serment. Je laisse à d’autres le soin de parler de ceux qu’il peut avoir faits de son vivant.

L’an 1593, le marquis Rodolphe à qui notre Saint avait remis le marquisat et tous ses droits, étant mort au château de Jouffri, les habitants se soulevèrent contre la maison de Châtillon. La marquise sa mère fut si sensible à cette révolte, que sa douleur la fit tomber dangereusement malade ; en peu de jours elle fut à l’extrémité, et reçut les derniers sacrements. Elle était près de rendre le dernier soupir, lorsqu’elle aperçut près de son lit son saint fils Louis tout éclatant de gloire : sa présence fit une si douce impression sur la princesse, qu’ayant eu jusque-là le cœur flétri, de manière à ne pouvoir pas jeter une larme pour soulager sa douleur, elle en versa une grande abondance ; en même temps elle fut assurée, non-seulement de recouvrer sa santé, mais encore devoir les intérêts de ses fils prendre une tournure plus consolante. En effet, contre toute espérance la marquise guérit, et eut la consolation de voir la situation du marquis François, devenir plus florissante que n’avait été celle d’aucun de ses aïeux. Ainsi, le premier miracle que fit le Saint, après sa mort, fut un devoir de piété envers sa mère.

Antoine Urbain, de Sienne, âgé de seize ans, tailleur de profession, fut attaqué de maux de tête, accompagnés d’une distillation continuelle d’humeurs âcres et malignes : il avait le visage gonflé et les yeux si malades, qu’il ne pouvait supporter ni l’air ni la lumière. La fièvre qui se joignit à tous ces maux, l’obligea de se mettre au lit. Il souffrait depuis un mois, lorsqu’il lui survint à l’œil gauche une tumeur, qui, gagnant la paupière, la couvrit bientôt, de façon qu’il perdit tout à fait l’usage de cet œil. Le mal allant toujours en augmentant, fit craindre que le malade ne perdit encore l’autre œil. Un médecin essaya deux fois de lui appliquer quelques remèdes, qui ne firent qu’accroître le mal. Le médecin s’en aperçut, et, après avoir ordonné quelques autres remèdes, qu’on ne fit pas, il ne parut plus chez le malade ; ses douleurs aux deux yeux empiraient avec le mal, dont le principe restait fixé à la paupière, et il ne lui restait plus d’espérance de guérison. Ce malade avait un oncle potier : un jour, par hasard, cet oncle vit un enfant qui tenait en main une image de saint Louis de Gonzague. Le potier demanda à l’un de ses compagnons ce que c’était que ce Saint ? Celui-ci lui en ayant raconté plusieurs miracles, l’exhorta à lui vouer son neveu. Cet oncle ayant résolu de le faire, dit à sa sœur qu’elle prît cette image, et qu’au plus vite elle la portât au malade, afin qu’il eût soin de son côté de se recommander au Saint. À cet ordre de son frère, cette femme se sentit une vive foi ; elle ne douta point que par les mérites du Saint le malade ne guérît ; elle espérait même que ce serait la nuit prochaine. Il était déjà tard ; mais, sans perdre de temps, cette femme porta ce soir-là même l’image au malade. Elle lui raconta les miracles que faisait le Saint, l’exhorta à se vouer à lui, et se retira. Antoine reçut l’image avec dévotion : sur-le-champ il conçut l’espérance de guérir. Il se mit à genoux sur son lit, et tenant l’image en mains il promit de réciter cinq Pater et cinq Ave en l’honneur du Saint, si, par son intercession, il recouvrait la vue. Il récita tout de suite ces cinq Pater et ces cinq Ave, armé d’une vive foi dans les mérites du Saint, et il se fit, par trois fois, le signe de la croix sur ses yeux avec cette image ; ensuite il se recoucha, plaça cette image auprès de sa tête, et s’endormit. Sur les cinq heures de nuit, il songea qu’il était guéri, et qu’il pouvait retourner à son travail. S’étant éveillé et ne sentant plus aucune douleur aux yeux, il crut en effet qu’il était guéri : cependant ne pouvant encore s’en convaincre à cause de l’obscurité, il appela son oncle, et lui dit : Je crois que je suis guéri, car je ne sens plus de douleur aux jeux ; je les tiens ouverts sans peine, je les sens libres et desséchés. Quand il fut jour, la tante entra dans la chambre ; et Antoine revoyant la lumière, s’écria tout hors de lui-même : Ma tante, je vois ! je vois, je suis guéri ! À ces paroles la femme s’approche du lit, et son frère aussi, et tous les deux virent les yeux d’Antoine parfaitement nets : l’humeur ordinaire et l’inflammation avaient disparu, et la tumeur s’étant retirée vers la partie gauche de l’œil, était presque dissipée, et ne donnait plus d’écoulement sensible. Aussitôt ces bonnes gens remercièrent, avec toute la ferveur dont ils étaient capables, le Seigneur et saint Louis de Gonzague. Le jeune homme, qui ne pouvait auparavant supporter ni l’air, ni la lumière, se leva aussitôt, et alla entendre la messe. Après quoi il se rendit à son travail, et reprit son métier de tailleur. On dressa un procès-verbal de ce miracle au tribunal de l’archevêque de Sienne : les médecins y déclarèrent avec serment que cette guérison était surnaturelle et divine.

Marc-Antoine Gussone, noble Vénitien, était entré dans la Compagnie de Jésus, à Padoue. À sa seconde année de noviciat, vers les derniers mois de 16o3, il tomba malade d’une fièvre maligne accompagnée de pourpre. En peu de jours, le mal vint au point que la langue au malade enfla, sa bouche se remplit d’une matière putride et grasse, qui forma autour de ses dents une espèce de tartre, de façon que le malade ne pouvait ni ouvrir la bouche, ni parler ; il avait même, de temps en temps des délires. Comme le mal augmentait de plus en plus, les médecins déclarèrent que leur art n’y pouvait rien, et que le jour suivant on ferait très-bien d’administrer le saint Viatique au malade. Plusieurs des Pères qui se trouvaient là, et quelques autres encore, pensèrent qu’il serait à propos de faire faire a ce novice un vœu à saint Louis de Gonzague, auquel il avait une dévotion particulière. Un Père, qui était absent, écrivit la même chose Père recteur ; et un autre qui, sur les cinq heures de nuit, était en oraison devant une relique de saint Louis de Gonzague, se sentit aussi inspiré de parler au père recteur ; espérant fortement que Dieu, par les mérites de son saint serviteur, rendrait la santé au malade. Celui-ci ayant quitté subitement son oraison, vint proposer au Père recteur son inspiration. Le père recteur y consentit, et prenant la relique du Saint, que ce Père avait, il la remit au Père ministre, lui recommandant de la porter de sa part au malade, le lendemain matin, après qu’il aurait reçu le saint Viatique, et de lui faire vouer un pèlerinage en l’honneur du Saint à Notre-Dame de Lorette, ou en quelque autre lieu. Le Père ministre n’attendit pas jusqu’au matin à exécuter les ordres du Père recteur ; il se rendit tout de suite auprès du malade, lui présenta la relique, lui proposa le vœu selon les intentions et la volonté du Père recteur. Le malade prit la relique, la baisa avec beaucoup de dévotion, fit le vœu qu’on lui proposait, dans la ferme persuasion que c’était là son seul remède, et se recommanda avec instance à l’intercession du Saint. Dans le moment même on s’aperçut du mieux ; il passa si bien le reste de la nuit, que le matin les médecins déclarèrent qu’ils le trouvaient hors de danger ; de façon que n’étant pas dans la nécessité de recevoir le saint Viatique, il ne communia que pour satisfaire sa propre dévotion. L’évêque de Padoue fit dresser procès-verbal de cette guérison miraculeuse, et l’on envoya par reconnaissance, au tombeau du Saint, un tableau relatif à cette guérison.

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La sainteté de Louis de Gonzague

Voici deux magnifiques lettres rédigées après la mort de saint Louis de Gonzague par l’éminent cardinal Bellarmin (en 1601) et la très-sainte Madeleine de Pazzi (en 1600).

Première lettre

J’ai déjà eu occasion de citer le témoignage du saint cardinal Bellarmin, en parlant dans cette histoire des vertus de Louis. J’avais prié cette Éminence de vouloir bien mettre par écrit tout ce qu’il savait de ce saint jeune homme, dont il avait dirigé la conscience. En conséquence, voici le récit qu’il traça de sa propre main et qu’il m’envoya du palais du Vatican, où il demeurait depuis qu’il était cardinal.

« Mon très-révérend père, c’est avec plaisir que je répondrai à ce que vous me demandez ; d’autant plus qu’il me parait qu’il est de la gloire de Notre-Seigneur qu’on sache les dons accordés par sa divine Majesté à ses fidèles serviteurs. J’ai confessé long- temps notre très-cher et saint frère Louis Gonzague, et je l’ai confessé une fois généralement de toute sa vie.

C’était lui qui me servait la messe, et il s’entretenait volontiers avec moi des choses de Dieu. De ses confessions et de ses conversations, il me paraît que je puis assurer avec vérité ce qui suit ;

1. Qu’il n’a jamais commis de péché mortel ; et je le tiens pour certain, depuis l’âge de sept ans jusqu’à sa mort ; mais pour ce qui regarde les sept premières années, je le tiens par conjecture, parce qu’il n’est pas vraisemblable qu’il péchât mortellement, puisqu’il était appelé par le Seigneur à une si grande pureté.
2. Que depuis la septième année de sa vie, à laquelle, comme il disait, il se convertit du monde à Dieu, il a mené une vie parfaire.
3. Qu’il n’a jamais éprouvé aucune révolte de la chair.
4. Que dans l’oraison et la contemplation, il n’a pour l’ordinaire souffert aucune distraction.
5. Qu’il a toujours été un modèle d’obéissance, d’humilité, de mortification, d’abstinence, de prudence, de dévotion et de pureté. Dans les derniers jours de sa vie, il eut pendant une nuit une extrême consolation dans l’idée qu’il se faisait de la gloire des bienheureux ; et quoique cette consolation eût duré toute la nuit, il croyait qu’elle n’avait été que d’un quart-d’heure.

Dans ce temps mourut le père Corbinelli ; et interrogé sur ce qu’il pensait de cette âme, il répondit avec certitude ces paroles : Elle a seulement passé par le Purgatoire. Et moi, réfléchissant sur le naturel de Louis, si attentif à ses paroles, et à ne point assurer les choses qui pouvaient être douteuses, je ne balançai pas à croire qu’il avait su par révélation divine ce qu’il me disait ; mais je ne voulus pas lui faire d’autre question, pour ne pas donner lieu à la vaine gloire. Je pourrais rapporter encore quantité d’autres choses, que je passe sous silence, parce que je ne les ai pas si présentes.

Enfin, je suis persuadé qu’il est allé droit au ciel, et j’ai toujours prié pour lui avec quelque scrupule, craignant de faire injure aux grâces de Dieu que j’ai connues en lui. Au contraire, je n’ai jamais eu de scrupule à me recommander à ses prières, dans lesquelles j’ai beaucoup de confiance.

Que votre révérence prie aussi pour moi. Des chambres du Vatican, le 17 octobre 1601. Votre frère très-affectionné en Notre-Seigneur, Robert, cardinal Bellarmin. »

Ce saint cardinal s’explique encore plus au long sur les vertus et les louanges de ce jeune saint, dans le procès fait pour sa canonisation, et dans une exhortation qu’il fit à sa louange dans l’église du collège romain, l’an 1628.

Seconde lettre

Sainte Madeleine de Pazzi a donné un témoignage illustre de la gloire à laquelle Louis est élevé dans le ciel. Voici ce qu’en dit l’auteur de sa vie : L’an 1600, le 4 avril, la sainte étant dans un de ces ravissements qu’elle avait coutume d’avoir, vit dans le ciel la gloire du bienheureux Louis de Gonzague, de la Compagnie de Jésus. Surprise d’une chose qui lui paraissait extraordinaire, elle commença à parler posément, mettant de temps en temps quelque intervalle entre ses paroles.

« Ô quelle gloire, dit-elle, est la gloire de Louis, fils d’Ignace ! Je ne l’aurais jamais cru, si mon Jésus ne me l’avait fait voir ! Je n’aurais jamais imaginé qu’il y eût autant de gloire dans le ciel, que j’en vois dans Louis ! Je le dis, Louis est un grand Saint. Nous avons des Saints dans l’église, que je ne crois pas être aussi élevés. Elle voulait parler des reliques qu’on révérait dans l’église de son monastère. Je voudrais pouvoir parcourir tout l’univers, et dire que Louis, fils d’Ignace, est un grand Saint ; et je voudrais faire connaître sa gloire à tout le monde, afin que Dieu en fût glorifié. Il n’est si élevé en gloire, que parce qu’il a mené une vie intérieure. Qui pourrait jamais apprécier le mérite et la vertu de la vie intérieure ? Non, il n’y aura jamais aucune comparaison à faire entre les actes intérieurs et les extérieurs…

Louis fut un martyr inconnu. Quiconque vous aime, ô mon Dieu, vous connaît si grand, si infiniment aimable ! Quel martyre ne fut-ce pas pour lui de voir qu’il ne pouvait vous aimer autant qu’il désirait vous aimer ! de voir que vous n’étiez pas connu de toutes vos créatures, que vous n’en étiez pas aimé ; qu’au contraire, vous en étiez offensé ! Ô combien Louis aima-t-il sur la terre ! Et maintenant dans le ciel, il jouit de Dieu dans une grande plénitude d’amour. »

Ici la Sainte voyant que le bienheureux Louis priait pour ceux qui, pendant sa vie, l’avaient aidé dans les choses spirituelles, ajouta ces paroles : « Et moi aussi, je veux m’appliquer à aider les âmes : afin que si quelqu’une va au paradis, elle prie pour moi, comme fait Louis pour quiconque lui a été sur la terre de quelque secours. »

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Lettres de saint Louis de Gonzague, 10 juin 1591

Voici les deux dernières lettres rédigées par saint Louis de Gonzague à sa mère Marta Tana de Santena, grand saint du 16e siècle décédé à l’âge de 23 ans en soignant les pauvres malades de la peste. Son histoire mérite d’être connue. Nous recommandons la lecture de l’excellent ouvrage « vie de saint Louis de Gonzague » du père Virgile Cepari.

Première lettre

Quand Louis fut revenu du grand danger où il s’était trouvé au commencement de sa maladie, il écrivit deux lettres à la marquise, sa mère. Dans la première, après l’avoir consolée et exhortée à la patience dans les adversités, il ajoutait ces paroles :

« Il y a un mois que je fus sur le point de recevoir de Dieu Notre-Seigneur la plus précieuse des grâces, celle, comme je l’espérais, de mourir dans son amour : j’avais reçu le saint Viatique et l’extrême-onction. Mais la maladie s’est changée en fièvre lente. Les médecins ne savent pas quand elle finira ; ils sont tous occupés à me faire des remèdes pour rétablir ma santé corporelle, et moi, je prends plaisir à me persuader que Dieu Notre-Seigneur veut me donner une santé bien plus précieuse que celle que les médecins travaillent à me procurer.

Ainsi je vis content, et j’espère que dans quelques mois il plaira à Dieu Notre-Seigneur de m’appeler de cette terre des morts à celle des vivants, de la compagnie des hommes d’ici-bas à celle des anges et des Saints du ciel ; enfin de la vue des choses terrestres et périssables à la vision et à la contemplation de Dieu qui est le souverain bien. En cela vous pourrez trouver des motifs de consolation, puisque vous m’aimez et que vous souhaitez mon plus grand avantage. Je vous prie de prier pour moi, afin que, pendant le peu de temps que j’ai à naviguer sur cette mer du monde, le Seigneur daigne, par l’intercession de son Fils unique et de sa sainte Mère, noyer dans la mer Rouge de sa très-sacrée passion, toutes mes iniquités ; pour que, libre de mes ennemis, je puisse arriver à la terre de promission, voir Dieu et en jouir. »

Seconde lettre

La seconde lettre fut écrite peu avant sa mort, quand il eut appris par révélation le temps précis auquel il quitterait la terre pour le ciel. Voici comment il consolait la marquise :

« Madame et très vénérée mère en Jésus-Christ. Pax Christi.

Que la grâce et la consolation de l’Esprit-Saint soient toujours avec vous.

Votre lettre m’a trouvé encore vivant dans cette région des morts, mais prêt à partir pour aller à jamais louer Dieu dans la terre des vivants. Je croyais avoir à cette heure déjà fait le pas ; mais la violence de la fièvre, comme je l’ai déjà dit, ayant un peu diminué, je suis heureusement parvenu jusqu’au jour de l’Ascension. Depuis ce temps, un rhume a fait redoubler la fièvre ; de sorte que je vais peu à peu au-devant des doux et chers embrassements du Père céleste, dans le sein duquel j’espère pouvoir me reposer en sûreté et pour toujours. Et ainsi s’accordent les diverses nouvelles données à mon sujet, comme je l’écris encore au seigneur marquis (son frère Rodolphe). Or, si la charité, comme dit saint Paul, fait pleurer avec ceux qui pleurent, et se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, votre consolation sera donc bien grande, ma très chère mère, pour la grâce que le Seigneur vous fait dans ma personne, me conduisant au vrai bonheur, et m’assurant contre tout danger de le perdre. Je vous avoue que je m’égare et me perds dans la considération de la bonté divine, mer immense, sans rivage et sans fond. Cette divine bonté m’appelle à un repos éternel après de bien légères fatigues. Elle m’invite du ciel à ce souverain bonheur que j’ai cherché si négligemment. Elle me promet la récompense du peu de larmes que j’ai versées. Prenez donc garde de faire injure à cette infinie bonté ; ce qui arriverait sûrement, si vous veniez à pleurer comme mort votre fils, qui doit vivre en la présence de Dieu, et qui vous servira plus par ses prières qu’il le ne faisait ici-bas.

Notre séparation ne sera pas longue, nous nous reverrons au ciel ; et unis ensemble pour ne plus nous séparer, nous jouirons de notre Rédempteur, nous le louerons de toutes nos forces, et chanterons éternellement ses infinies miséricordes. Je ne doute pas que, méprisant tout ce qu’inspirent la chair et le sang, nous ne donnions aisément accès à la Foi et à cette pure et simple obéissance que nous devons à Dieu, lui offrant librement et promptement ce qui lui appartient, et d’autant plus volontiers que ce qu’il prend nous est plus cher ; tenant pour certain que tout ce qu’il fait est bien fait, puisqu’en nous enlevant ce qu’il nous avait donné, c’est pour le mettre en lieu sûr et nous rendre ce que tous nous désirons davantage.

Je vous écris tout cela uniquement, par le désir que j’ai que vous, ma très-chère mère, et toute la famille, receviez ma mort comme une grande faveur. Que votre bénédiction maternelle m’accompagne et me dirige dans le passage de la mer de ce monde, et me fasse arriver heureusement au port de mes désirs et de mes espérances. Je vous écris avec d’autant plus de plaisir, qu’il ne me restait plus d’autres preuves à vous donner de mon amour et du profond respect que je vous dois.

Je finis en vous demandant de nouveau humblement votre bénédiction.

Rome, le 10 juin 1591.
Votre fils en Notre Seigneur très-obéissant, Louis Gonzague. »

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