Le témoin de la Crucifixion

Chers amis,

Je reprends la plume pour poster un petit conte que j’avais rédigé en début 2014 à propos de la Crucifixion de Jésus-Christ. Le personnage principal de ce petit récit est le témoin visuel du début de la Passion du Christ. Le récit est au passé pour amplifier la réalité de la scène. Le témoignage du vieil homme a lieu environ 50 ans après la Crucifixion du Christ. On pourrait situer ce conte aux alentours de l’an 80 de notre ère. J’espère que ce texte imaginaire vous touchera.

Bonne lecture

Stéphane
21 avril 2020

Le témoin de la Crucifixion

Je revenais de l’oliveraie avec Absalon, mon compagnon d’infortune et ami. La chaleur était implacable et j’étais courbé par la douleur qui me frappait le bas des reins. Nous marchions lentement par la faute de ces courbatures. À trente-cinq ans, je devais trouver, chaque jour, le denier nécessaire pour nourrir mes cinq enfants et mon épouse. Mes amis et moi-même devions frapper à de nombreuses portes avant de trouver un seigneur qui acceptait de nous embaucher pour effectuer quelques menus travaux agricoles. Le travail n’était pas courant à Jérusalem, beaucoup de nos frères préféraient passer leur temps à rêver, mais, pour ma part, je m’astreignais à vivre laborieusement.

Quelque temps plus tard, nous approchions de la capitale. Un brouhaha inhabituel, semblable à un essaim d’abeilles, s’élevait derrière les hautes murailles de la ville. Nous nous regardions, étonnés, Absalon et moi, tout en marchant impassiblement. Nous entrâmes enfin sous l’une des arches de la ville. Nous vîmes avec étonnement la foule répartie le long des chemins qui menait à la cité nouvelle.

Nous marchâmes encore une bonne demi-heure avant que la foule ne se fasse plus compacte. Je dus me frayer un chemin lorsque j’entendis de grands cris. Ceux-ci me forcèrent à tourner la tête dans leur direction. Hélas, des centaines de personnes, chichement habillées, nous tournaient le dos et se déhanchaient pour observer l’horizon. Ce mur humain nous empêchait de voir ce qui se passait au loin.

J’interpellai alors un passant, qui semblait revenir de là-bas, en lui posant la main sur l’épaule. « Que se passe-t-il frère ? Pourquoi tout ce rassemblement ? »

Pour toute réponse, j’eus droit à un regard peiné. Le pauvre homme continua son chemin tête baissée, le visage défait. Pendant ce temps, Absalon s’éloigna pour se renseigner. Je le perdis rapidement de vue. Il se fit avaler, au loin, par la foule agitée.

A mon tour, je m’insérais dans cette horde compacte pour le rattraper. Une chaleur moite m’enroba soudainement au point de me faire suffoquer. Une odeur tiédasse, entretenue par cette nuée, s’imposait. Je jouais des coudes pour progresser lentement dans cette masse effrontément immobile. Certains criaient ou râlaient lorsque je leur passais devant. Tout ce que je voulais, c’était rejoindre Absalon.

Je parvins, après une éternité, à atteindre les premières lignes de cette marée humaine. Mon ami était là, devant moi. Je posai alors une main amicale sur son épaule. Il resta figé sur place, comme tétanisé. Il lança d’une voix rauque, en tendant une main fébrile vers l’horizon, « regarde par là-bas ». Après avoir perçu une vive inquiétude dans sa voix, je le contournai par la gauche et montai sur la pointe des pieds pour regarder ce que sa grande carrure me montrait.

Un soldat romain me repoussa sèchement vers l’arrière tandis qu’il proférait des paroles que je ne comprenais pas. J’entendis des coups de fouet mais je ne pus découvrir la source de ce terrible bruit car le garde me repoussa violemment dans la foule. « Peux-tu me dire ce qu’il se passe, Absalon ? » lançai-je d’une voix essouflée.

Les cris se rapprochaient progressivement, tant et si bien que je pus enfin découvrir la scène. Deux hommes portaient un immense et très lourd morceau de bois. Je sus plus tard qu’il s’agissait de la partie transversale d’une croix destinée à la crucifixion, le patibulum. L’un d’entre eux était torse nu et semblait à bout de forces malgré sa grande stature. Son corps martyrisé par de nombreux coups de fouets n’était plus qu’une plaie béante. Je remarquais que sa peau était lacérée à certains endroits, comme s’il avait été châtié par un fouet métallique. L’autre individu semblait seulement l’aider à porter la charge. Je restais figé par ce que je voyais.

Nous contemplions le triste spectacle. L’homme blessé tombait souvent au sol. Il se relevait à chaque fois silencieusement et avançait sans se plaindre. Il semblait animé d’une volonté surhumaine, tandis que la douleur était gravée sur son beau visage. Il paraissait porter, dans une dignité incroyable, toutes les peines du monde. Une couronne garnie d’effroyables épines lui avait laissé des traces de sang séché sur la figure.

Cet homme me lança un regard si doux lorsqu’il passa à ma hauteur que mon cœur se serra. Je dus reculer d’un pas chancelant pour ne pas tomber à ses côtés. Il n’avait rien d’un bandit de grand chemin ou d’un voleur. Il dégageait quelque chose d’inexplicable, une sorte de grande noblesse, une sagesse que je n’avais jamais vu auparavant.

« Qui est-ce, Absalon ? demandai-je.
– Il s’agit de Yeshua ! Tu ne le connais donc pas ? répondit une femme située à ma droite.
– Non, je ne connais pas cet homme, rétorquai-je d’une voix étranglée.
– Tu devrais pourtant ! Yeshua a fait de nombreux miracles. Il a soigné beaucoup de personnes et a rendu la vue à mon mari ! s’exclama-t-elle en me fixant.
– Je ne savais pas… répondis-je d’une voix hésitante.
– Il y a encore peu de temps, le grand prophète que tu vois-là était entouré d’hommes et de femmes. Il se déplaçait avec ses chers apôtres. Sage parmi les sages, humble parmi les plus humbles, Yeshua est notre Sauveur. Il a guéri de nombreux malades dans les rues de Jérusalem. Il a été jugé par ces vils pharisiens. Ils l’ont certainement condamné à mort pour le faire taire parce qu’il annonçait le Royaume. Moi, je crois qu’il est le Fils de Dieu » expliqua un homme qui était situé derrière moi.

Les deux hommes entourés d’une escorte militaire s’éloignèrent lentement. La foule en délire hurlait tandis que je ressentais une peine qui me déchirait l’âme. « Rentrons à la maison maintenant » lançai-je en tapotant l’épaule d’Absalon. Il me lança un regard approbateur. Nous prîmes le chemin du retour dans un grand silence.

Quelques jours plus tard, les apôtres commençaient à prêcher le Royaume de Dieu grâce à de magnifiques sermons qui prouvaient que Yeshua était le Machia’h attendu par Israël. Nous devînmes chrétiens avec Absalon et nos familles respectives.

Je me nomme Aaron. Je suis vieux et fatigué maintenant. Voilà ce dont je me souviens en ce jour béni, à la veille de ma mort. Je voulais témoigner de cet épisode qui a changé ma vie, il y a environ 50 ans de cela, et m’a permis de trouver la foi. Je sens que je vais bientôt rejoindre le Seigneur. Yeshua soit loué. Préservez le trésor de la foi. Dieu vous tienne éloigné du péché.

Conté initialement rédigé en janvier 2014. Revu et corrigé en avril 2020.

Lien vers le fichier PDF : https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2020/04/le_temoin_de_la_crucifixion_v01.pdf

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