Mémoires du Curé de Versailles – L’attitude des évêques

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
L’attitude des évêques

Il y a une chose qui fit au moins autant de peine au roi que tout ce qui s’était passé à l’égard des Religionnaires, qui était la diversité de conduite des évêques du royaume envers ces nouveaux convertis. Les uns souhaitaient qu’on employât contre eux toute la force et la puissance du Roi pour les contraindre de venir à l’église, d’entendre la messe, de se rendre assidus aux instructions, d’approcher des sacrements et même de celui de la Sainte Eucharistie ; les autres croyaient qu’on pouvait à la vérité les contraindre de venir aux instructions publiques, mais que, pour ce qui regarde la messe et la fréquentation des sacrements, on ne devait y employer que la voie des exhortations, de peur qu’en les forçant de communier on ne fît que des hypocrites et on ne les exposât à commettre une infinité de sacrilèges.

Des sentiments si différents qui étaient souvent rapportés au Roi lui faisaient de la peine avec beaucoup de sujets et donnaient lieu à beaucoup de plaintes et de murmures. Car ces nouveaux convertis voyant que dans les diocèses voisins on agissait avec ces nouveaux réunis avec patience et douceur et qu’on les traitait dans leurs diocèses d’une manière bien contraire, ils en murmuraient hautement ; ils approuvaient la conduite des pasteurs doux et modérés et condamnaient hautement la conduite des autres qui agissaient avec sévérité et quelquefois même avec une dureté qui les révoltait et leur donnait un grand éloignement pour l’Église.

Le Roi aurait bien désiré qu’on eût observé partout une conduite uniforme, mais il voyait que la chose était fort difficile à cause de cette variété de sentiments, d’autant plus que des évêques très vertueux et très zélés étaient partagés sur ce qu’on devait faire. Sa Majesté chercha néanmoins les moyens qu’il crut les plus propres et les plus efficaces pour apporter quelque ordre dans un point si essentiel à la religion.

Pour y réussir et venir à la fin qu’il s’était proposée, il fit écrire à tous les évêques et leur ordonna de mettre par écrit leurs sentiments et de les adresser à Mgr de Noailles, archevêque de Paris et ensuite cardinal. Cela fut exécuté très ponctuellement. Ce prélat, très zélé pour le bien de l’Église et avec lequel j’avais l’honneur d’avoir de grandes relations, ayant reçu tous ces mémoires, me les communiqua.

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Mémoires du Curé de Versailles – L’exode des ministres

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
L’exode des ministres

Le roi fut informé que la sortie des ministres causait beaucoup de maux dans son royaume, par de fréquentes lettres qu’ils nommaient pastorales, et qu’ils adressaient à leurs frères pour les consoler dans cette prétendue persécution et les fortifier dans leurs premiers sentiments. On faisait courir partout ces dangereux écrits qui faisaient de fâcheuses impressions sur les esprits des personnes faibles et très chancelantes dans la foi. On y découvrit cependant le venin de la plus horrible doctrine du monde, qui ne pouvait avoir été inspiré que par le prince des ténèbres, car on leur y marquait en des termes bien précis qu’ils pouvaient extérieurement faire profession de la religion catholique pour obéir au Prince et conserver dans le cœur les sentiments dans lesquels ils avaient été élevés et instruits.

Ces méchantes lettres produisirent l’effet que les ministres avaient prévu, car on s’aperçut bientôt de la profonde dissimulation et de l’exécrable hypocrisie avec laquelle ces nouveaux et mal convertis agissaient.

Cet événement donna lieu à beaucoup raisonner sur la conduite que le roi avait tenu à l’égard de ses ministres. On disait qu’il eût mieux valu pour le bien du royaume et pour procurer à ceux qu’ils avaient trompés en leur enseignant des erreurs les faire tous arrêter, les faire enfermer séparément dans les prisons ou citadelles et prendre le temps d’entrer avec eux en conférence sur les matières de religion, leur faire entendre qu’on ne leur rendrait la liberté que lorsqu’on serait pleinement convaincu de leur véritable conversion, que, s’ils en donnaient des marques ou des assurances, outre qu’ils jouiraient de la liberté qu’on leur avait ôtée, on leur ferait des pensions au moins aussi considérables et même beaucoup plus fortes que celles qu’ils avaient sur les biens de leurs consistoires ; on ajoutait que par ce moyen les ministres ou plusieurs d’entre eux étant parfaitement convertis, ils attireraient les peuples qui avaient été séduits par leurs discours à une conversion sincère.

J’entendais tous les jours à la Cour et ailleurs de pareils discours. Je me souviens en particulier qu’un jour, rendant une visite à feu M. de Harley, archevêque de Paris, il s’en expliqua en ces termes. Il fit comprendre la raison pour laquelle ils étaient de cet avis, car il protesta que le Roi ne lui avait pas demandé ses conseils sur cette affaire, ajoutant qu’il en aurait donné à Sa Majesté de contraires à ce qui avait été fait et surtout sur ce qui regarde les ministres, qu’il aurait, dit-il, souhaité qu’on n’eût pas laissé sortir du royaume. Je suis néanmoins persuadé qu’il ne parlait en ces termes que par la peine qu’il avait de n’avoir pas été consulté sur cette affaire qu’il croyait qu’on ne devait pas entreprendre sans sa participation, étant une affaire de religion ; car il était si courtisan et en avait si fort l’esprit et les manières qu’il était le premier en parlant au Roi de ce qu’il avait fait pour l’extirpation de l’hérésie en France de le louer plus qu’aucun autre de l’édit qu’il avait publié contre eux et en particulier sur ce qui regardait les ministres. Mais le Roi ne jugea pas à propos de le consulter, soit parce qu’il voulait tenir cette affaire très secrète, soit parce qu’il y avait déjà du temps qu’il n’avait ni estime pour ce prélat ni confiance en lui, à cause de sa conduite peu réglée.

On n’avait pas, ce me semble, sujet de censurer ce que le Roi avait ordonné, touchant l’expulsion des ministres de son royaume. Sa Majesté connaissait mieux que personne le génie, le caractère, la malice et l’opiniâtreté de ces prédicants. Il savait par une longue expérience que ces sortes de gens étant attachés par intérêt et par un misérable point d’honneur à défendre et soutenir un mauvais parti dans lequel ils étaient engagés dès leur naissance, ils avaient plus de peine que les autres à changer de sentiment, qu’ils avaient eu d’ailleurs tout le temps de faire de sérieuses réflexions sur ce qu’ils avaient à faire, puisque depuis plusieurs années ils avaient pu facilement prévoir qu’il était dans la résolution d’extirper entièrement leur hérésie. Ils avaient été sondés plusieurs fois de sa part sur leur changement, on leur en avait fait plusieurs fois la proposition, ils avaient vu d’un autre côté que le Roi traitait bien ceux d’entre eux qui par connaissance de cause étaient sincèrement rentrés dans l’Église, leur ayant donné de bonnes pensions ; enfin Sa Majesté était convaincue que, quand il les aurait tous fait arrêter, si quelques-uns eussent paru vouloir se convertir, leur abjuration n’aurait été que grimace et qu’ils auraient ensuite continué de répandre le venin de leur pernicieuse doctrine. Toutes ces considérations l’engagèrent à aimer mieux qu’ils se retirassent dans les pays étrangers que de les souffrir dans son royaume, dans lequel ils auraient fait des maux infinis et n’auraient pas manqué à la première occasion qui se serait présentée d’exciter des troubles et peut-être des révoltes et des séditions dans la France.

L’événement n’a que trop clairement justifié la conduite de notre Prince, puisque, malgré toutes les précautions qu’on avait prises et dans l’assurance qu’ils avaient qu’il faisait très mauvais pour eux de repasser dans le royaume, quelques-uns ont été assez téméraires pour y revenir en cachette et parcourir en habit déguisé les provinces pour soulever les peuples contre leur souverain et fortifier leurs frères dans leur opiniâtreté à ne se point rendre à la vérité et à la juste volonté de leur Prince.

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Mémoires du Curé de Versailles – Les deux jurades de Sainte-Foy-la-Grande

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
Les deux jurades de Sainte-Foy-la-Grande

Quoique je ne me sois pas proposé d’entrer dans un grand détail de toutes les affaires particulières, je ne puis m’empêcher d’écrire ici un fait qui regarde une des principales villes de mon diocèse, qui a été longtemps le boulevard de l’hérésie et qui s’est signalé par ses révoltes contre son souverain.

Sainte-Foy-la-Grande, située sur la rivière de Dordogne, à l’extrémité du diocèse d’Agen, avait toujours été considérée comme l’une des villes de la France la plus attaché aux dogmes et aux erreurs de Calvin. Dans le temps que cette infâme secte s’établissait dans le royaume, les habitants de cette ville, entendant parler de cette prétendue réforme qui admet en tout le joug de l’Évangile et retranche ce qui peut faire de la peine à l’homme sensuel, s’assemblèrent un jour en jurade, qui est le terme dont ils se servent en ces pays pour exprimer une assemblée de ville ; ils y délibérèrent sur le parti qu’ils avaient à prendre dans les conjonctures présentes. Leur délibération roulait à savoir s’ils persisteraient dans la profession de la religion catholique, apostolique, romaine ou s’ils embrasseraient la nouvelle et fausse religion : cette matière fut fort longtemps débattue ; on y dit les raisons de part et d’autre, et enfin il fut conclu à la pluralité des voix que toute la ville embrasserait le parti de Calvin. Il est étonnant qu’en moins d’une heure une ville toute catholique changeât si précipitamment de sentiments qu’en sortant de leur assemblée ces aveugles et insensés devinrent tout d’un coup hérétiques et, sans aucun examen ni preuves des dogmes de cette fausse religion, en furent les plus outrés défenseurs. Ils sortirent comme des furieux de leur jurade, qui fut à cet égard une vraie synagogue de Satan, allèrent abattre les églises, firent souffrir la mort aux prêtres qu’ils rencontrèrent, massacrèrent plusieurs religieux dont ils jetèrent les corps dans un puits et persécutèrent cruellement ceux qui voulurent persévérer dans la sainte religion de leurs pères, dont le nombre cependant fut très peu considérable en le comparant à celui de ceux qui se déclarèrent pour la nouvelle secte. Ce qui m’a donné occasion de faire en peu de mots le récit de cette histoire est que, lorsque le Roi eut donné cet édit par lequel il révoquait celui de Nantes et abolissait la religion protestante dans son royaume, les habitants de Sainte-Foy, exhortés par les missionnaires et pressés par les gens de guerre de faire leurs abjurations, demandèrent la permission de tenir une assemblée de ville ou leur jurade pour délibérer sur ce qu’ils avaient à faire, ce qui leur fut accordé.

Il y fut résolu par un consentement unanime qu’ils abjureraient les erreurs de Calvin et embrasseraient la religion romaine. Ce qui est à remarquer est que cette assemblée se tint le même jour que cent ans auparavant s’était faite celle par laquelle ils s’étaient eux-même retranchés volontairement de son sein, de sorte que, par jurade, ils s’étaient faits hérétiques et, par jurade, ils se firent catholiques. Le lecteur me pardonnera cette petite digression que j’ai cru utile pour connaître par les caractères de l’hérésie l’esprit des novateurs.

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Mémoires du Curé de Versailles – La révocation de l’Édit de Nantes

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
La révocation de l’Édit de Nantes

Les voyant ainsi sans ressources dedans et dehors le royaume, il prononça cet arrêt fatal à leur secte, par lequel il cassait le fameux Édit de Nantes sur lequel ils appuyaient leur confiance et leur espérance, ordonna en le faisant publier que tous les temples seraient abattus dans toute l’étendue de son royaume, dans lequel il ne voulait plus souffrir que la seule religion catholique, apostolique et romaine. Il défendit sous de très graves peines l’exercice de la religion prétendue réformée et sous peine de mort les assemblées et conventicules des religionnaires ; il commanda aux ministres dans un certain temps qu’il leur assigna de sortir de son royaume ou de faire abjuration de leurs erreurs.

Cet édit fut bientôt exécuté, car dès qu’il fut publié à Paris et dans les provinces, les catholiques qui en ressentirent la plus sensible joie qu’on puisse avoir détruisirent partout en peu d’heures tous leurs temples.

Le Roi fit envoyer partout des missionnaires pour instruire ses égarés ; mais en même temps il dispersa partout ses troupes pour les retenir dans le devoir et les obliger par la crainte de revenir à l’Église, leur mère. Il n’est pas ici question d’expliquer ou d’écrire dans le détail tout ce qui se passa dans l’exécution des ordres du Roi : si quelques-uns des officiers de guerre commirent des violences, ce n’était pas la faute de notre Prince, mais un effet de l’emportement de ces sortes de gens, qui pour l’ordinaire ne gardent pas beaucoup de mesure dans les expéditions de cette nature qui leur sont confiées. Ce qui est très certain est que plusieurs de ses hérétiques étaient retenus par une fausse honte ou par des considérations purement humaines dans cette fausse religion, qui furent ravis de trouver une porte honnête pour en sortir et pour faire profession de la religion catholique que leurs pères avaient abandonnée lâchement par un pur esprit de libertinage.

Le plus grand nombre des ministres sortirent du royaume et allèrent chercher des établissements dans les États des princes protestants ou calvinistes. On fit faire partout abjuration à ces dévoyés : les uns la faisaient sincèrement, mais il faut avouer que le plus grand nombre ne la faisaient que pour éviter d’être accablés par les gens de guerre, ou par une pure dissimulation. Il y en eut un nombre incroyable qui envoyant leur argent dans les pays étrangers s’y retirèrent, quoique partout on veillât sur les ports pour les arrêter quand ils s’y présentaient, ce qui ne les empêcha pas de tenter le passage et plusieurs y réussirent ; de sorte que le royaume souffrit beaucoup de la désertion de tant de peuple, par le dommage que tant de sommes considérables emportées hors de France y causa. Ceux qu’on arrêtait en voulant prendre la fuite étaient condamnés à la prison ou même aux galères ; on enfermait les jeunes filles et les femmes dans les couvents, ce qui en a fait convertir plusieurs.

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Mémoires du Curé de Versailles – Comme il était très facile de les trouver partout…

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
Comme il était très facile de les trouver partout dans quelque contravention…

Il commença de leur faire connaître ses sentiments, leur retranchant tout ce qu’il put des grâces que les rois, ses prédécesseurs, leur avaient accordées.

Il cassa les chambres de l’Édit et les réunit à ses parlements ; il écoutait volontiers les plaintes que les évêques lui faisaient de leurs manœuvre ; il ordonna qu’en chaque prêche un commissaire de sa part y assisterait pour examiner de près ce qu’ils diraient et pour les empêcher d’invectiver contre la religion catholique, ce qui faisait auparavant des points essentiels de leurs sermons. Lorsqu’ils s’échappaient dans des déclamations contre les articles de notre sainte religion, le Roi faisait fermer ou même détruire leur temple, faisait interdire le ministre qui avait mal parlé ou le bannissait de son royaume. Sur les plaintes des évêques qui représentaient à Sa Majesté que certains temples avaient été bâtis depuis le fameux Édit de Nantes ou qu’on y avait contrevenu en quelque point aux conditions sous lesquelles il leur avait été permis de construire, il ordonnait par de bons arrêts qu’ils seraient incessamment abattus, sans vouloir écouter sur cela aucune de leurs remontrances ; et comme il était très facile de les trouver partout dans quelque contravention, on voyait partout plusieurs de leurs temples fermés ou renversés. Il les privait de toutes les charges honorables ou des fonctions publiques, de sorte que ceux qui n’étaient pas nés gentilshommes ou n’avaient pas de grands biens se jetaient dans le commerce, qui était la seule chose qui leur était permise, ou embrassaient la profession des armes.

Ces traitements engagèrent plusieurs d’entre eux de sortir du royaume et de se retirer ou dans l’Allemagne parmi les protestants, on en Hollande et dans l’Angleterre, où la liberté de religion est entière, c’est-à-dire où on les souffre toutes parce qu’à dire vrai ils n’ont nulle religion par la diversité des sectes qui y sont établies.

Le Roi tint à leur égard cette conduite qui leur paraissait très rigoureuse jusqu’en l’année 1685. Il venait de donner la Paix à l’Europe après plusieurs conquêtes qu’il avait faites sur les alliés ennemis de son royaume : il crut que le temps était propre pour achever le grand dessein qu’il avait conçu dans son cœur de détruire entièrement l’hérésie dans tous ses États. Il se voyait si fort absolu dans son gouvernement qu’il était persuadé que personne n’eût osé ou n’eût pu contredire ouvertement à ses ordres ; d’ailleurs, ayant fait travailler efficacement à la conversion des plus grands seigneurs qui étaient nés dans l’hérésie et qui s’étaient enfin réunis à l’Église catholique, il savait qu’ils n’auraient pu trouver aucun chef qui eût eu le pouvoir ou la hardiesse de se mettre à leur tête.

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Mémoires du Curé de Versailles – Moi, je ne vous crains, ni je ne vous aime

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre II – Les protestants
Moi, je ne vous crains, ni je ne vous aime

La qualité que nous devions mettre la première comme étant la plus essentielle dans un prince chrétien et surtout dans un Roi de France qui porte le titre de Roi Très Chrétien est l’amour de la religion.

Louis XIV l’a possédé dans un degré très éminent. Il suça avec le lait une grande horreur contre l’hérésie et contre les hérétiques. Henri IV, né dans le sein de l’hérésie qu’il abjura ensuite très sincèrement, avait cru, par rapport à la situation de ses affaires et de l’état de son royaume, devoir ménager les hérétiques, et publia même en leur faveur ce fameux Édit de Nantes qui leur donnait la liberté de conscience et de professer tranquillement leur religion. Louis XIII avait eu souvent occasion de leur faire la guerre, il les avait réduits à ne plus se révolter, surtout depuis la prise de La Rochelle. Ce prince, qui avait beaucoup de religion, aurait bien souhaité détruire entièrement l’hérésie dans la France, mais il lui fut impossible d’entreprendre une si grande et si épineuse affaire : le nombre des prétendus réformés était si prodigieux dans ses États, ils étaient si forts appuyés par plusieurs grands seigneurs de la Cour qui étaient de leur secte et si bien soutenus par les princes protestants que ce Roi voyait bien que ce serait troubler de nouveau la paix de son royaume, qu’il avait eu tant de peine à procurer, que d’entreprendre cette affaire. Il fit de son côté ce qu’il put pour les resserrer dans les plus étroites bornes qui lui fût possible par plusieurs édits qu’il fit contre eux, et en veillant et faisant exactement veiller sur leur conduite, de peur qu’ils n’entreprissent rien contre l’État, l’expérience ayant fait remarquer dans tous les temps que ceux qui se sont révoltés contre Dieu et contre son Église sont fort portés à secouer le joug de leurs souverains.

Quand nous n’en aurions point d’autres exemples que les domestiques, nous n’en serions que trop convaincus, n’étant presque pas croyable combien de maux, de séditions, de guerres, de soulèvements, de meurtres ils ont causés dans le royaume depuis le règne de François 1er jusqu’au temps que leur religion a été entièrement abolie dans la France.

Le Roi, pénétré de cette vérité, avait dès son enfance conçu le dessein de bannir absolument de ses États cette dangereuse secte. Ceux qui en faisaient profession s’aperçurent bientôt de cette disposition du prince à leur égard, et ils s’attendirent à toutes sortes d’événements pendant tout le cours de son règne. Ils ne se trompèrent pas dans leurs pensées, et ils éprouvèrent bientôt les effets du zèle du Roi pour la religion catholique romaine et de l’aversion qu’il avait pour leur prétendue réforme.

Le sieur Ruvigny, gentilhomme de distinction, très zélé partisan de cette maudite secte, né avec les préjugés qu’une fausse religion a coutume d’inspirer à ceux qui l’embrassent, avait été choisi par leurs consistoires pour être leur agent général à la Cour. Cette qualité lui donnait assez souvent la facilité de parler au Roi en faveur de ses frères. Un jour, lui représentant qu’en bien des endroits ils souffraient beaucoup de la part des catholiques et que les édits de pacification n’étaient pas exactement observés comme ils l’étaient pendant le règne de Louis XIII, son père, et d’Henri IV, son aïeul, le Roi lui répondit dans son style précis ce peu de mots :

« Le Roi, mon grand-père, vous a aimé et le Roi, mon père, vous a craint. Mais moi, je ne vous crains ni je ne vous aime. »

C’est cette disposition de cœur que ce prince a fait éclater pendant tout le temps de son règne.

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Mémoires du Curé de Versailles – Le Roi

Mémoires du Curé de Versailles

Chapitre I – La Cour et le Roi
Le Roi

Nous ne devons rien dire d’aucun particulier que nous n’ayons en général dit en peu de mots ce que nous savons du Roi par rapport à ses qualités, ayant eu tout le temps de les connaître et de les apprendre.

Ce prince, de l’aveu même de tout le monde, est né avec des qualités très éminentes, capables de le faire distinguer de tous les rois qui avant lui avaient porté la couronne en France. Il est d’une taille fort haute et très bien proportionnée, il a six pieds de hauteur ou peu s’en faut, gros à proportion de sa grandeur, les épaules larges, la jambe bien faite, le visage très majestueux, le nez aquilin, les yeux assez vifs, le poil châtain, les lèvres de dessous un peu avancées depuis qu’il n’a plus de dents, la mine et le regard sérieux qui imposent et impriment du respect à ceux qui le voient et qui ont l’honneur de l’approcher, la voix un peu faible mais agréable ; sa démarche ferme et assurée qui, dans les occasions, représente mieux par son air grave et modeste que tous les souverains qui règnent aujourd’hui ; toute sa personne paraît si respectable et on y remarque je ne sais de quoi de si grand que ceux qui ne l’ont jamais vu, lorsqu’il se trouve au milieu de ses courtisans, le distinguent facilement de tous les autres. Il n’aime pas beaucoup à être vêtu magnifiquement, ses habits étant toujours assez modestes, et, lorsqu’il est obligé d’en prendre de très riches dans de certaines occasions ou cérémonies, il les quitte dès qu’elles sont finies.

Il parle fort peu en public et, lorsqu’il le fait, c’est en des termes précis, pleins de sagesse et de prudence, personne n’ayant mieux que ce prince employé le style laconique qui dit beaucoup de choses en peu de mots. Il paraît toujours égal dans quelque temps qu’on le trouve, ou qu’on ait à lui proposer des affaires, ou qu’il ait à donner des ordres, égalité qu’il conserve au milieu de tous les événements, de quelle que nature qu’ils puissent être, soit heureux ou malheureux. On ne le voit jamais rire d’un ris immodéré ; quoiqu’il ne soit pas d’un naturel mélancolique, il a toujours su prendre beaucoup sur lui, ce qui le fait paraître en toutes occasions d’une égalité parfaite, en sorte que, par son extérieur, on ne peut comprendre si ses affaires ont réussi ou si elles ont eu quelques fâcheux succès. Ainsi les courtisans, qui sont gens à étudier de plus près les inclinations et les pensées des grands, se trompent souvent dans leurs vues et les idées qu’ils se forment de l’état des affaires sur l’extérieur du Roi qui ne se laisse point pénétrer ni découvrir.

Il est d’un secret à toute épreuve, on peut tout lui confier sans la moindre crainte qu’on sache jamais de qui il a appris ce qu’on lui a dit à l’oreille. Il m’arriva qu’un jour, étant chez Mme de Maintenon, il me fit l’honneur de me demander quelque chose. J’avais quelque peine de la dire, parce qu’elle demandait un grand secret ; cependant, voyant bien que pour bien des raisons je ne pouvais rien dissimuler à mon prince, je pris la confiance de le supplier très humblement de me garder le secret. Il se mit à sourire et me dit avec un air de bonté :

« Monsieur le curé, il y a longtemps que je suis accoutumé au secret que je n’ai nulle peine d’observer très inviolablement. »

Après m’être excusé de la précaution que j’avais cru devoir prendre, je satisfis sans peine et avec beaucoup d’ouverture de cœur aux questions qu’il m’avait faites.

Ce que le Roi me dit de sa facilité et de sa religion à garder le secret était généralement connu de tous ses sujets et des étrangers. On ne pouvait l’entamer sur quelque chose que ce pu être ; les ambassadeurs des princes qui étaient en sa Cour pour les affaires de leurs maîtres ne pouvaient rien découvrir de ses desseins et de ses projets ; souvent ils ont été trompés en voulant deviner ce qu’il était résolu de faire ; il pensait quelquefois à la guerre dans le temps qu’ils se persuadaient que leurs princes pouvaient se flatter de jouir de la paix et, dans le temps même qu’il faisait de grands préparatifs sur mer et sur terre, ils ne pouvaient comprendre sur qui tomberait l’orage dont on était menacé.

Ceux qui, dans ces temps-là, avaient l’honneur d’être de son conseil avaient la même précaution sur tout ce qui y était résolu. L’exemple du Roi les avait rendus impénétrables même à leurs meilleurs amis ; il était inutile de les tenter ou de les engager de parler ; on ne pouvait rien apprendre par leur moyen et on ne savait les choses que dans l’exécution des ordres qu’on ne pouvait plus tenir secret : ainsi on était presque toujours surpris de ce qui arrivait, parce que souvent ce qui se faisait était ce à quoi on avait le moins pensé et ce qui était très difficile à prévoir. Il aurait été à désirer que, dans la suite des temps, ce secret eût été toujours ainsi inviolablement observé de la part de tous ceux qui ont eu part aux affaires publiques de l’État.

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