La purification de l’âme

Voici un sublime extrait du chapitre XII de la nuit obscure de l’âme de saint Jean de la Croix. Cette volonté de s’humilier devant la gloire ineffable de Dieu a disparu de notre civilisation matérialiste et technologique. L’effacement de soi effraie, au premier abord, le quidam parce que l’humilité est prise, à tort, pour une faiblesse. Des dictons du genre « trop bon, trop c… » écartent de la vie sociale tout élan pour une recherche de la voie chrétienne, cet esprit droit qui tempère les élans corporels et taille l’âme à l’image d’un diamant. Ce travail de sape a été effectué, au long des siècles, par l’esprit des loges occultes. Ce même esprit funeste a répandu des centaines de proverbes (et leurs terribles effets sur la société) toujours plus vils : « l’homme est un loup pour l’homme », « le roi des cornichons », « tout le monde est beau, tout le monde est gentil », « le moyen-âge était barbare », « le Christ n’existe pas », etc… allant même, de nos jours, jusqu’à tendre vers une terrible vulgarité élevée sur un piédestal. Le système est conçu pour pervertir afin de pousser les individus vers toutes les hérésies, dans le but d’une domination mondialisée : le péché serait alors élevé au rang d’un dieu païen à qui on rendrait un culte universel. Nous sommes déjà dans l’ère de l’antéchrist… En prendre conscience permet de faire reculer le démon, mais, pour cela, il faudrait qu’il y ait un véritable réveil populaire.

Extrait du chapitre XII de la nuit obscure de l’âme de saint Jean de la Croix

« Aussi convient-il à l’âme qui doit écouter le Roi des rois de se bien tenir sur pied, sans appui aucun du côté des sens et de ses affections. C’est ce que le prophète Habacuc dit de lui-même : Super custodiam meam stabo, et fîgam gradum supermunitionem, et contemplabor ut videam quid dicatu, mihi (Habacuc 2:1) : « Je me tiendrai debout sur mes gardes, c’est à-dire détaché de mes affections sensitives ; je fixerai mes pas sur les remparts, c’est-à-dire je ne laisserai pas discourir la partie sensitive ; pour contempler, c’est-à-dire pour comprendre ce qui me sera dit de la part de Dieu ». Ainsi donc nous savons maintenant que de cette nuit aride découle d’abord la connaissance de soi, et celle-ci à son tour est le fondement de la connaissance de Dieu. C’est pour cela que saint Augustin disait à Dieu : Que je me connaisse, Seigneur, et je vous connaîtrai. Car, disent les philosophes, un extrême fait connaître l’autre.

Afin de mieux prouver l’efficacité que possède la nuit des sens par ses aridités et son détachement pour attirer abondamment la lumière divine à l’âme comme nous l’avons dit, nous apporterons l’autorité de David. Il donne fort bien à entendre quelle est la puissance de cette nuit pour procurer cette profonde connaissance de Dieu par ces paroles : In terra deserta et invia et inaquosa, sic in sancto apparui tibi, ut viderem virtutem tuam et gloriam tuam (psaumes 62:3) : « C’est dans une terre déserte, sans chemin et sans eau, que je me suis présenté devant vous, pour contempler votre puissance et votre gloire ». Ce qui est extraordinaire, c’est que David ne nous dit pas que les délices spirituelles et les suavités qu’il avait éprouvées souvent aient été pour lui une disposition et un moyen pour arriver à connaître la gloire de Dieu ; il indique au contraire la sécheresse et l’abandon de la partie sensitive qui est signifié ici par la terre aride et desséchée. Il n’indique pas, non plus, que les pensées et les discours célestes dont il s’est fréquemment servi aient été pour lui une voie pour connaître et contempler la gloire de Dieu ; mais plutôt l’impuissance où il était de fixer sa pensée en Dieu, ou de se servir du raisonnement et des considérations de l’imagination, signifiée ici par la terre sans chemin. Ainsi donc le moyen que nous avons d’arriver à la connaissance de Dieu et de nous-mêmes, c’est la nuit obscure avec ses sécheresses et son aridité. Mais la plénitude et l’abondance de cette connaissance est moindre que dans l’autre nuit, ou nuit de l’esprit ; elle n’en est que le commencement.

L’âme tire encore un autre profit des sécheresses et de l’aridité de cette nuit des sens ; c’est l’humilité de l’esprit, vertu qui est opposée au premier des péchés capitaux ou à l’orgueil de l’esprit dont nous avons parlé. Cette humilité, qui provient de la connaissance de nous-mêmes, purifie l’âme de toutes ces imperfections d’orgueil où elle tombait au temps de sa prospérité. Comme elle se voit dans une telle aridité et une si profonde misère, elle n’a pas, même par un premier mouvement, la pensée qu’elle soit plus parfaite que les autres ou qu’elle l’emporte sur eux, comme cela lui arrivait précédemment ; au contraire, elle voit que les autres lui sont supérieurs. Cette considération engendre en elle l’amour du prochain ; elle l’estime ; elle ne porte plus de jugement sur lui comme précédemment, quand elle voyait qu’elle était remplie de ferveur et les autres non. Elle ne considère que sa propre misère, qui est sans cesse présente à ses yeux, et ne la laisse pas regarder les défauts des autres. C’est ce que David, lorsqu’il était dans cette nuit obscure, exprime admirablement en ces termes : Obmutui et humiliatus sum, et silui a bonis, et dolor meus renovatus est (psaumes 38:3) : « Je me suis tu et je me suis humilié, j’ai gardé le silence sur les biens, et ma douleur s’est renouvelée ». Il s’exprime ainsi, parce qu’il lui semble que les biens de son âme sont tellement taris, que non seulement il n’en peut rien dire et qu’il n’y a pas lieu d’en parler, mais qu’à la vue de la vertu des autres la connaissance de sa propre misère le rend muet de douleur.

Cette nuit rend encore soumise et obéissante l’âme qui suit la voie spirituelle. Comme elle se voit si remplie de misères, non seulement elle écoute volontiers ceux qui l’enseignent, mais elle a en outre le désir que tout le monde lui donne des conseils et des avis sur la conduite à suivre. La présomption affective qu’elle avait parfois dans la prospérité disparaît, et enfin elle se dépouille peu à peu de toutes les imperfections dont nous parlons ici et qui se rattachent, comme nous l’avons dit, au premier péché capital, l’orgueil de l’esprit. »

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